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 Les Royaumes Maudits d'Ilissiæ

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Eric, ami de Merhia
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MessageSujet: Les Royaumes Maudits d'Ilissiæ   Sam 11 Avr - 7:38

Prologue


Olivia était assise en tailleur sur le sol, profondément concentrée. Elle contemplait la dague qui se dirigeait vers elle à grande vitesse. Elle se redressa soudain et tendit sa main droite, brisant la dague sous la force de sa magie. Les vestiges de la dague se plantèrent dans l'herbe sans s'approcher à moins de trois pieds d'Olivia.
— Quelle prouesse remarquable, votre Altesse ! la félicita un petit homme bedonnant en s'inclinant avec une grâce certaine. Votre Enchantement  était parfaitement réussi.
— Je vous remercie, Marcus, mais il est inutile d'en faire trop, rit la princesse.
— Je ne fais que vous adresser les félicitations qui vous reviennent, votre Altesse. Mais si elles vous importunent, veuillez m'en excuser. Prenez quelques minutes de pause avant que nous ne reprenions l'entraînement.
Olivia, princesse d'Ara-Ëlis, reconnaissante, s'assit dans l'herbe fraîche. Elle passa sa main gauche dans ses longs cheveux blancs, parsemés de reflets argentés sous le soleil estival. La princesse avait des yeux bleus-gris en amande, les mêmes yeux que son ancêtre Naomy, la Déesse-louve. La jeune fille avait un nez droit et fin et une bouche très fine. Elle était vêtue d'un pantalon de soie noire et d'une chemise réalisée dans le même tissu, mais avec les armes d'Ara-Ëlis, un blason parti au premier d'azur à la feuille de chêne d'or et au deuxième de sinople au loup ravissant d'argent allumé et armé de sable, cousues sur son sein droit. Olivia mesurait cinq pieds et demi et était plutôt fine, pesant quelques cent dix livres.
Marcus, son maître d'armes, avait été le Grand Enchanteur d'Ara-Ëlis quelques années auparavant. Il avait des cheveux bruns et plutôt longs, qui lui arrivaient au milieu des omoplates. Il avait des yeux ronds de couleur marron qui dominaient un nez aquilin et une bouche quasi inexistante. Il avait une taille de cinq pieds et ne manquait pas d'embonpoint. Il était d'une sympathie sans égale et possédait un humour sans la moindre limite.
La princesse, asséchée par la chaleur ambiante, tendit sa main droite pour y matérialiser un verre d'eau. Mais rien n'apparut dans sa main, de même qu'elle ne sentit pas le moindre courant d'air pouvant indiquer que quelque chose s'était produit. Etonnée, elle releva la tête et avisa le palais, distant de cent cinquante verges. Elle savait qu'elle y trouverait Marcus et, plus important, sa mère. Elle fit appel à son pouvoir pour prendre sa forme de louve et y arriva sans la moindre difficulté. Elle s'élança vers le palais de toute la puissance de ses quatre pattes.

Quelques dizaines de secondes plus tard, Olivia surgit dans le bureau de Marcus et reprit sa forme humaine. La décoration était sobre, se limitant à un portrait de chacun des membres de la famille royale et, bien entendu, un bureau de bois de hêtre massif. Celui-ci était bien ordonné et derrière lui était assis Marcus, qui recevait la reine Carmilla.
Cette dernière avait de longs cheveux blancs coiffés en un chignon sévère, des yeux bleus en amande, un nez long et pointu et des joues prononcées tirant sur le carmin. Une lueur d'intelligence brillait dans ses yeux. Elle était quelque peu plus grande qu'Olivia, mesurant approximativement six pieds, mais était tout aussi fine. Les muscles de ses bras était légèrement dessinés. Elle portait une fine robe blanche de cérémonie et sur sa tête reposait sa couronne, un anneau d'or tout simple.
— Mère… Marcus… Veuillez m'excuser… souffla la princesse, reprenant son souffle. J'ai un problème d'ordre magique.
— Que t'arrive-t-il ? s'enquit froidement Carmilla.
— J'ai voulu matérialiser un verre d'eau pour me désaltérer, et il ne s'est rien passé.
— Réfléchis-tu, quelques fois ? cingla la reine. As-tu pensé un seul instant au fait que tu étais peut-être trop fatiguée pour utiliser la magie ?
— Sauf votre respect, votre Majesté, son Altesse aurait dû être en mesure de réaliser ce sort mineur. Elle venait de réaliser à merveille un sort avancé de protection. Votre Altesse, pourriez-vous avoir l'amabilité d'essayer une nouvelle fois ?
Olivia acquiesça et se concentra profondément, visualisant le verre d'eau qu'elle cherchait à faire apparaître. Elle tendit le bras et ouvrit sa main, mais rien n'apparut, comme la fois précédente. Les yeux de Carmilla s'écarquillèrent.
— Voilà qui est bien grave ! annonça-t-elle d'une voix profonde et plus aimable que précédemment. Tu as respecté chaque étape du sort mais pourtant la décharge magique n'a pas eu lieu. C'est comme si tu connaissais une sorte de… dégénérescence magique. Et malgré cela, tu n'as aucun problème pour te métamorphoser. Marcus, qu'en pensez-vous ?
— Ceci n'est pas courant, je n'ai jamais vu cela de ma vie. Des personnes qui auraient certains pouvoirs mais en auraient perdu d'autres… je ne suis pas sûr que quelqu'un puisse réaliser un sort de cette puissance qui resterait indécelable. Même une malédiction… non, pour parler franchement, votre Majesté, je ne sais pas ce qu'il se passe ni d'où cela provient. J'ai le regret de vous annoncer que je vais devoir centrer l'entraînement de son Altesse sur le maniement des armes le temps que cessent ces fluctuations magiques.


Dernière édition par Eric, ami de Merhia le Mer 2 Nov - 8:28, édité 1 fois
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Eric, ami de Merhia
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MessageSujet: Re: Les Royaumes Maudits d'Ilissiæ   Mer 29 Avr - 15:33

Chapitre 1 — L'anniversaire

Efi, Septième Lune de l'an 9705



Votre Majesté Impériale, je vous salue

Je vous écris aujourd'hui, alors que je suis touchée par un problème d'importance capitale. Ma magie, ces derniers jours, est devenue opérante de façon aléatoire. Je peux certes toujours prendre ma forme de Louve, mais je n'ai aucune emprise sur mes autres pouvoirs. Aussi me suis-je demandée si certains Mages connaissaient le même problème et si le phénomène m'est limité ou non. Quelle est la situation dans l'Empire du Nord ? Et puis par quel miracle pourrais-je accéder au trône sans magie ? Je suis fille unique ! À qui reviendra la couronne s'il devait arriver malheur à ma mère ?

Je vous prie, Votre Majesté Impériale, de bien avoir l'amabilité de dépêcher à Efi l'un de vos conseillers
Princesse Olivia d'Ara-Ëlis

La jeune Louve releva la tête, plia la lettre et attrapa le bâtonnet de cire posé sur son bureau à portée de main. Elle approcha celui-ci de la flamme de la chandelle qui l'éclairait et attendit quelques secondes. Une goutte de cire tomba sur le parchemin et Olivia apposa dessus sa bague portant le sceau d'Ara-Ëlis, cachetant la lettre. Elle réécrit dessus le nom du destinataire et, au dos, ses titre et nom. La princesse se leva de son fauteuil et se dirigea vers son balcon, avant de pousser un sifflement strident.
Un pigeon vint se poser sur sa main gauche et tendit sa patte droite, à laquelle Olivia ficela la lettre. Suite à cela, elle agita sa senestre et l'oiseau prit son envol, nullement incommodé par le poids de la lettre. Olivia le regarda s'éloigner dans l'obscurité et disparaître au loin. Elle savait que son pigeon personnel, dressé pour faire le voyage entre Efi et la Grotte Reine, capitale de l'Empire du Nord, arriverait à destination vers l'aube.
La jeune fille rentra dans sa chambre et appela sa camériste, Anna. Cette dernière entra dans la pièce par une porte dérobée et rejoignit la princesse devant la psyché au cadre d'or accroché au mur. Elle aida la Louve à défaire les lacets du corsage de sa robe noire et lui tendit une tunique en soie blanche que la princesse revêtit. Anna quitta la pièce et Olivia se coucha dans son grand lit.
Olivia se tenait debout, droite, immobile. Devant elle se tenait un Korrigan, agenouillé. Il tenait une orbe de pouvoir qui diffusait une légère lueur bleutée éclairant sa peau émeraude. La princesse fit un signe et le Korrigan se releva, atteignant la modeste taille de quatre pieds trois quarts. La jeune fille regarda la créature dans les yeux et eut un petit sursaut en constant qu'ils étaient d'un rouge rubis, contrairement aux yeux saphir de ses semblables, ce qui était signe de puissance et de pouvoir.
— Votre Altesse, dit l'individu d'une voix glacée, si vous souhaitez récupérer vos pouvoirs, je crains qu'il ne s'agisse de la seule solution. Ouvrez les yeux ! Vous avez bien vu que toutes les autres ont échoué, non ?
— Je ne le veux pas, Coriandre, n'ai-je pas été claire à ce sujet ? Je n'apprécie pas votre solution, elle est bien trop dangereuse !
— Vous faites là une bien grave erreur, Votre Altesse. Réfléchissez-y donc quelques jours de plus !

Le Korrigan explosa alors en ténèbres qui recouvrirent la scène sous les yeux ébahis d'Olivia, laquelle se retrouva dans une caverne aux murs de cristal pur. Cinq runes étaient gravées au sol mais avant que la princesse n'arrive ne serait-ce à déchiffrer l'une d'entre elles, un halo couleur émeraude l'enveloppa et une étrange chaleur se propagea en elle. La jeune fille tendit la main droite dans laquelle elle matérialisa sa flissa. Mais à peine apparue, celle-ci disparut et les énergies échappèrent au contrôle d'Olivia, faisant exploser la caverne.
Olivia se redressa soudain dans son lit, le souffle court, dans des draps trempés par sa sueur. La pièce autour d'elle était glaciale, lui sembla-t-il. La princesse quitta son lit et alla ouvrir sa fenêtre en grand. Elle admira les premières lueurs du jour qui pointaient à l'horizon et regarda la ville qui semblait l'appeler. La jeune fille rentra dans sa chambre et emprunta un escalier secret, qui l'emmena à côté d'une entrée secondaire, à l'étage inférieur.
Elle s'éloigna du palais sous sa forme animale, louve immaculée, courant au plus vite qu'elle pouvait. Courir pour s'éloigner, courir pour oublier. Oublier ses tourments, ses cauchemars, ses obligations. Olivia savait qu'elle devrait retourner au palais, mais elle n'en était pas pressée. Ces derniers jours, avec la disparition de ses pouvoirs, elle avait l'impressions d'étouffer, là où habituellement elle se sentait à son aise, dans son élément. Mais à cause d'un verre d'eau et de ce qui en découlait, la princesse avait perdu toute son autonomie.

Soudain, elle sentit une présence sur sa gauche. Une présence qu'elle connaissait bien. Ce pas léger, rapide, la rattrapant. Olivia n'eut même pas besoin de tourner la tête pour savoir qu'il s'agissait de Camille, la Louve au poil roux, son amie d'enfance. La princesse accéléra, suivie de près par sa compagne. À nouveau, ce rythme incessant de ces quatre pattes martelant le sol. Olivia pénétra dans les ruelles sombres d'Efi à toute vitesse, poursuivie par Camille. La princesse fuyait vers le fleuve, talonnée de près par sa poursuivante. À quelques mètres de l'eau, la Louve rousse sauta sur le dos de la Louve blanche et l'écrasa au sol. Les deux jeunes filles se retransformèrent.
— Bon anniversaire, princesse ! s'exclama Camille, essoufflée. Quelle idée de me faire courir ainsi alors que je venais juste te rappeler que tu devais te préparer pour ce midi !
— Mes dix-sept ans… comment ai-je pu oublier ? Merci de me l'avoir souhaité, ma sœur de cœur. Mais qu'y a-t-il ce midi ?
— Ta mère fait donner un festin en ton honneur, et en l'honneur de ta majorité fraîchement acquise. Mais franchement, princesse, comment as-tu pu oublier ?
Et Camille donna une petite tape sur l'épaule d'Olivia, avant de l'entraîner vers le palais. Camille était de deux ans plus âgée qu'Olivia. Elle avait une abondante chevelure rousse et des yeux d'un turquoise intense. Son visage fin était parsemé de taches de rousseur. Haute de six pieds, la Louve était squelettique mais avait des courbes bien dessinées. olivia reconnaissait sa beauté et savait que de nombreux jeunes hommes étaient attirés par son charme. Les deux jeunes filles se connaissaient depuis leur plus jeune âge, le père de Camille était le Guerrier en charge de la sécurité du palais. Camille avait rejoint, à peine deux lunes auparavant, la garde royale secrète, composée de neuf femmes, invisibles autour de leur souverain mais pourtant bien présentes. Cette garde était composée de trois Louves, trois Enchanteresses et trois Guerrières, âgées d'entre dix-sept et trente-deux ans, ce qui rendait leur service possible pour au maximum quinze ans. Peu nombreux étaient ceux qui en connaissaient l'existence. Olivia avait suggéré à Camille de montrer de l'efficacité dans ses tâches de Louve, ce qui augmenterait ses chances de sélection, car elle savait que l'une des Louves atteindrait bientôt l'âge fatidique de trente-deux ans.

En marchant vers le palais, les deux amies discutaient des membres de leur Ordre et de leur hiérarchie. Les Loups étaient au nombre de treize, dirigés par le couple Alpha, Jenaëlle, ancienne membre de la garde royale secrète, et Lucius. Contrairement aux meutes de loups, où seul le couple alpha peut se reproduire, chacun des Loups de Naomy en avait la capacité, mais à la condition que ce ne soit pas avec un membre de la Meute. Les Loups Bêta, en l'occurrence des Louves, étaient au nombre de trois : Camille, Clara et Justine, toutes trois membres de la garde royale secrète. Les autres Loups étaient la reine Carmilla et sa fille Olivia, Arthur, Alexis et Maryne, la Louve Oméga, ainsi qu'Alissia, la Louve immortelle, fille de Naomy et première reine d'Ara-Ëlis. L'Ordre comportait aussi deux "Loups Noirs", Aurélia et Matthéo, des Loups qui renonçaient à tous leurs privilèges de Loups, pour se fondre dans la populace et vivre une vie identique à n'importe quel lambda. Par exemple, Aurélia était Guerrière et avait atteint le rang de Capitaine.

Tout en palabrant, les jeunes filles arrivèrent devant les portes officielles du palais, orientées plein nord. Alors qu'Olivia allait pousser les battants de chêne pour entrer, Camille la retint par le bras.
— Je serai en charge de ta sécurité cet après-midi, aussi je n'aurai pas la liberté de mouvement que je souhaiterais pour t'offrir mon cadeau à ce moment-là, même si je resterai près de toi en fidèle amie. Aussi, voici pour la première partie de ton cadeau, princesse. Parce que nous sommes sœurs de cœur, j'aimerais te dire merci pour cette idée que tu as eu il y a maintenant onze ans. Jamais je n'oublierai cette nuit passée dans ce pentacle, où nous étions chacune dans les bras de l'autre, nos cœurs battant à l'unisson, nos pensées accordées à celles de l'autre. Pour toutes ces sensations et ces souvenirs échangés, merci, ma sœur. Je sais que tu traverses une épreuve difficile et si je n'ai pas pu être à tes côtés aussi souvent que je le souhaitais, à présent, je ne te quitterai plus jusqu'à ce que tu aies recouvré tes pouvoirs, je le jure. Même quand tu ne pourras pas me voir, je serai là, fidèle au poste, fidèle protectrice. Olivia, accepte ce modeste présent de ma part.
Camille tendit à la princesse un paquet de soie. La plus jeune l'attrapa et l'ouvrit, révélant un collier réalisé d'une très fine chaîne d'argent à laquelle était accroché un loup d'argent aux yeux émeraude. Les larmes aux yeux sur le coup de l'émotion, Olivia serra très fort son amie dans ses bras.
— Ma sœur de cœur, c'est moi qui doit te remercier pour tout ce que tu as fait et ce que tu continues à faire pour moi. Je n'ose imaginer ce que je ferais si tu n'étais pas là.
Les deux jeunes filles se séparèrent et entrèrent dans le palais.

L'entrée était une vaste pièce au plafond haut, aux murs de briques rouges et au sol de marbre blanc. Une porte en chêne massif, la porte de la salle du trône, leur faisait face, encadrée par deux escaliers de marbre blanc et aux rambardes d'acier. L'escalier de droite menait aux appartements de la famille royale et celui de gauche aux bureaux des personnes qui travaillaient au palais : la Reine, sa fille, les Généraux, la Grande Enchanteresse, les Grands Mages des Eléments et les Loups Alphas.
La reine Carmilla se tenait debout sur l'escalier de droite, majestueuse, et les regardait sévèrement.
— Bon anniversaire, ma princesse.
Voyant qu'Olivia allait se précipiter dans ses bras, Carmilla demanda sèchement :
— Où étiez vous ?
— Votre Majesté, s'inclina Camille, votre fille ne craignait rien, elle était sous ma protection, comme Lili me l'avait demandé.
— Mère, je ne craignais rien, je cours vite et le peuple m'apprécie. Pourquoi me serait-il arrivé quelque chose ?
— Au cas où tu l'aurais oublié, laisse-moi te rappeler que tu n'as plus tes pouvoirs, ce qui te met à la merci du moindre petit sort d'immobilisation. N'importe qui pourrait t'enlever ! Les ennemis de la Couronne sont toujours présents, ils ne se refusent rien et n'ont aucun scrupule. Tu aurais pu être attaquée, tuée, violée même. Il est temps que tu prennes tes responsabilités, Olivia. Aujourd'hui il y a le festin en ton honneur, mais à partir de demain, tu recevras les doléances du peuple, que je puisse juger de ta capacité à régner.
— Mère…
— Silence ! Tu n'es plus une enfant, Olivia, tu as atteint ta majorité ce jour. À partir de demain, tu seras une princesse responsable. Allez, approche, mais rappelle toi bien ce que je t'ai dit.
La reine ouvrit ses bras et sa fille s'y précipita. Camille, jugeant qu'elle était de trop, s'esquiva en silence.
Les deux jeunes filles se trouvaient dans les jardins du palais royal, devant un parterre de roses blanches. Les cheveux blancs d'Olivia étaient coiffés en un chignon à mèches tombantes et brillaient sous le soleil. La princesse avait revêtu un corset blanc et portait par-dessus celui-ci une robe vert émeraude qui descendait jusqu'à ses pieds nus. Camille savait Olivia plus belle qu'elle-même mais elle avait remarqué que les hommes ne s'intéressaient pas à la princesse aux cheveux blancs, sûrement à cause des responsabilités qui découlaient d'une telle amitié. En revanche, la rousse était souvent abordée par des garçons, qu'elle avait tous repoussés, et ce depuis plusieurs années.
— Camille ? l'appela Olivia, la tirant de ses pensées. Je pense que nous devrions y aller, ma mère doit m'attendre, je ne souhaite pas la décevoir à nouveau.
La rousse acquiesça et les deux filles partirent rejoindre la terrasse sud, où attendaient la centaine d'invités que Carmilla avait invité, sur conseils de sa fille. Camille alla se mêler à la foule, debout devant les marches, en haut desquelles se tenait la table d'honneur, où devaient paraître, de gauche à droite, la marquise de la Forêt Enchantée, la reine, la princesse, le duc d'Ëlis et la duchesse d'Ara.
Olivia arriva soudainement derrière sa chaise, s'attirant les applaudissements de tous les invités, qui s'inclinèrent. La fille aux cheveux blancs alla se placer devant sa chaise et s'écria, de manière à ce que tous l'entendent :
— Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue. Je vous remercie de votre présence en ce jour si important pour le Royaume. En effet, j'ai l'honneur de vous annoncer qu'à partir de demain, sauf empêchement majeur, j'écouterai moi-même vos plaintes. Mais pour l'heure, je vous invite à prendre place et à manger de bon cœur !
La princesse s'inclina devant la foule, laquelle lui rendit son salut tout en applaudissant.

Son premier cadeau lui fut remis par le duc d'Ëlis, un homme trapu aux cheveux de la couleur des blés mûrs d'été et aux yeux marron. Il portait une chemise bleu nuit et un pantalon noir. Il tendit à la princesse un arc long en if noir et un carquois aux flèches empennées de plumes d'aigle, blanches. Olivia le remercia et remit l'arc à une servante qui attendait, et qui alla le porter dans le bureau de la jeune fille.
Le deuxième cadeau fut offert par la marquise de la Forêt Enchantée, une femme grande et fine, brune, aux yeux bleus et avec un nez crochu. Elle était habillée d'une robe de soie blanche, sans manches. Elle donna à Olivia un bâton de pouvoir en bois de houx à la pierre d'émeraude, qui luisait doucement.
— Votre Altesse, je sais que vous avez des problèmes magiques, mais j'ai la certitude que tout sera bientôt revenu dans l'ordre, aussi je vous offre ce cadeau.
— Je vous remercie, Madame la marquise, dit la princesse, tendant le bâton à la servante.
La duchesse d'Ara fut la troisième à remettre son cadeau à Olivia. Elle était grande et forte, avait des cheveux bruns et des yeux noirs comme du charbon. Elle portait une robe couleur rubis, en soie. Son présent était une dague, à la lame en acier et à la poignée en or finement cisaillé. La princesse la remercia et, à nouveau, remis le cadeau à la servante.
Ainsi de suite, chacun des invités alla porter son cadeau à Olivia, des dagues de toutes sortes et en grand nombre, quelques arcs, deux arbalètes et même une hallebarde !
Dernière à remettre son cadeau, la reine s'agenouilla devant sa fille et lui tendit un fourreau courbe en bois duquel ressortait une poignée en or, avec une émeraude incrustée dans le pommeau. Olivia prit la poignée à pleine main et sortit du fourreau une flissa à la lame d'argent, sans garde, et à la poignée resplendissante. La jeune fille se leva et s'inclina devant sa mère avant de rengainer l'arme.
Jugeant le moment opportun, Camille se leva et rejoignit son amie, devant laquelle elle s'agenouilla, lui présentant la deuxième partie de son cadeau, une courte dague d'un demi pied de long à la lame d'argent et à la poignée en bois de houx taillée par le plus grand artisan ébéniste d'Efi.
Olivia fit un signe discret à son son amie pour qu'elle se relève et à peine fut-elle debout qu'elle la saisit dans ses bras. La rousse répondit à son étreinte.
Les deux jeunes filles ainsi liées, elles donnaient une sensation d'unité. Deux être différents et pourtant unis. Deux esprits liés par un sentiment bien plus fort que la fraternité. Deux âmes liées par l'amour.
Troublant cet instant parfait, un aigle bicéphale luisant d'une lumière violette apparut au sol, à la droite de Camille. Trois individus encapuchonnés en sortirent.


Dernière édition par Eric, ami de Merhia le Ven 8 Mai - 10:40, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les Royaumes Maudits d'Ilissiæ   Mer 6 Mai - 14:28

Chapitre 2 — Les messagers

Olivia s'écarta de Camille de quelques pas. Elle attrapa sa flissa et sa dague, se mit dans une posture défensive, et attendit.
Les nouveaux arrivants s'inclinèrent devant la princesse avant de se tourner vers Carmilla et de s'agenouiller devant elle.
— Votre Majesté, nous devons vous parler, à vous et à votre fille, loin des oreilles indiscrètes, dit celui de droite.
La reine inclina la tête et fit signe à Olivia de la suivre. Celle-ci rengaina sa flissa et déposa ses armes sur la table avant d'emboîter le pas de sa mère, Camille sur ses talons.

Ils se dirigèrent vers la salle du trône, déserte. C'était une vaste salle au sol de marbre blanc et aux murs de briques rouges, dans le même style que l'entrée du palais. À droite de la porte en chêne massif se trouvait une statue de Naomy, et à gauche, une statue d'Eldric, honorant le traité passé par Maryne et Clément entre l'Empire du Nord et Ara-Ëlis au temps de la Guerre des Cinq. Une des trois silhouettes encapuchonnées s'inclina devant les deux statues, révélant ainsi son statut de prêtre. Carmilla rejoignit son trône, un fauteuil surélevé à l'ossature d'or et d'argent et recouverte de velours violet améthyste. Olivia, elle, avait droit à un trône bien moins imposant en argent, recouvert de velours blanc. Camille se tint debout, droite, légèrement en retrait par rapport à sa souveraine.
Les trois inconnus s'agenouillèrent et retirèrent leur veste, découvrant de la sorte leurs visages.
À droite se tenait un homme assez grand et élancé, avec des cheveux châtains coupés courts et des yeux gris clair, perçants. Il était vêtu d'une ample tunique beige sur laquelle était cousu un aigle noir au niveau du torse : l'homme était un prêtre d'Eldric, le dieu-aigle.
Au centre se tenait une elfe grande de six pieds et demi, agréable à regarder et aux courbes finement dessinées. Ses oreilles pointues dépassaient de ses cheveux blonds et ses yeux avaient la couleur de la chlorophylle. Elle portait une armure bleu sombre, la couleur des Enchanteurs, armure sur laquelle étaient tracées quelques runes de protection argentées. Le manche d'une hache saillait par-dessus son épaule droite.
Le dernier membre du groupe était un vieil homme ridé par les ans aux cheveux gris cendre et aux yeux marron, dans lesquels brillait une lueur de ruse. Il portait un pantalon noir et une chemise qui avait dû être blanche par le passé, mais qui était à présent recouverte de taches multicolores et de brûlures et elle était même trouée par endroits. Il tenait une fiole contenant un liquide orange inquiétant dans sa main droite.

— Votre Majesté, Votre Altesse, je vous salue ! dit l'elfe d'une voix mélodieuse.
— Nous vous souhaitons la bienvenue à Efi, répondit Carmilla. Vous pouvez vous relever.
Les trois étrangers se redressèrent. Ils se concertèrent du regard avant d'incliner légèrement la tête vers le prêtre, qui prit la parole en premier.
— Votre Majesté, j'ai l'honneur de vous présenter Léo, Mage d'Outre-Temps, Sélénya, elfe Enchanteresse, quant à moi, je me nomme James et je suis Grand Prêtre d'Eldric. Nous formons le Grand Conseil de l'Empire du Nord.
— Votre Altesse, nous vous souhaitons un excellent anniversaire de la part de l'Empereur lui-même, qui vous demande de l'excuser de n'avoir pu venir aujourd'hui, ajouta Sélénya. Nous avons été dépêchés ici en réponse à la lettre de Son Altesse et…
— Excusez-moi, ma dame ! l'interrompit alors la reine avant de se tourner vers Olivia. Quelle lettre ? Tu as envoyé une lettre à l'Empire du Nord ? Pourquoi n'ai-je pas été prévenue ?
— Mère… soupira la princesse. Je souhaitais juste savoir si d'autres personnes étaient dans la même situation que moi ou pas.
— Ne crois-tu pas que tu aurais dû me prévenir ?
— Il était trop tard, vous dormiez sûrement déjà. Et puis j'avais besoin de savoir.
La reine soupira à son tour et se tourna vers le Grand Conseil. Elle fit un léger geste de la main, indiquant qu'ils pouvaient parler.
— Comme Sélénya le disait tout-à-l'heure, reprit James, Sa Majesté Impériale nous a envoyés à Efi pour répondre à la lettre de Son Altesse Olivia. J'ai prié Eldric de nombreuses heures, afin qu'il regarde pour moi dans l'Empire la situation de nos compatriotes. J'ai le regret de vous annoncer que vous êtes la seule dans ce cas. Personne d'autre ne connaît de dégénérescence magique dans l'Empire, ni même dans tout Ilissiæ. Je regrette, Votre Altesse, mais Eldric était sûr de lui.
— Non ! s'exclama Olivia, les larmes aux yeux, avant de quitter la pièce en courant, suivie par Camille.
— C'est triste pour cette pauvre fille, dit Léo d'une voix faible et tremblotante. Cependant, Votre Grâce, sachez que nous n'avons pas fini notre mission pour autant. L'Empereur a cherché dans sa bibliothèque, ce matin, parmi des ouvrages très anciens et oubliés de tous, sentant la poussière et…
— Léo ! le coupa Sélénya. Vous vous oubliez. Donc, Votre Majesté, l'Empereur a trouvé la trace d'un sort antique, dont l'effet et de soigner toute maladie d'ordre magique. Il viendra lui-même demain pour réaliser le sort.
— Olivia, attends ! s'exclama Camille, tendant le bras.
La princesse fit la sourde oreille et continua à avancer à grands pas vers la terrasse sud. Elle alla se placer derrière sa chaise et annonça d'une voix forte :
— J'ai le regret de vous annoncer que ce repas se terminera sans ma présence ni celle de ma mère, à cause de nos obligations à remplir. Je suis désolé de ne pas pouvoir rester, mais je vous souhaite tout de même une bonne fin de repas !
Elle s'inclina et se releva, flissa et dague en main, avant de s'élancer en courant à petites foulées, suivie de son amie.

Les deux filles se dirigèrent plein sud, traversant tous les jardins du château, jusqu'à arriver devant un bâtiment imposant, tout entier de marbre blanc. Il s'agissait du Temple, quartier général des Loups de Naomy. On y accédait en montant neuf marches avant de passer sous une colonnade de trois rangées de huit colonnes corinthiennes. La princesse poussa la porte de verre à double battants et entra dans un hall au plafond haut mais d'une faible superficie, seulement deux cents pieds carrés. Olivia ouvrit une porte à droite et se retrouva dans une petite pièce, de laquelle partait un escalier en bois descendant, que les jeunes filles empruntèrent.
L'escalier débouchait sur une vaste salle d'armes au sol de terre battue et aux murs de pierre, dont trois des murs étaient couverts de râteliers d'armes. La fille aux cheveux blancs entra dans un vestiaire, à droite, tandis que Camille utilisait un vestiaire à gauche.

Quelques minutes plus tard, elles se retrouvèrent dans la salle d'entraînement. Olivia avait revêtu une armure de cuir noir alors que Camille portait une cotte de mailles magiquement allégée. La princesse tenait dans sa main droite sa dague en garde inversée, et dans la gauche sa flissa. La rousse, elle, était armée d'un poignard en prise traditionnelle dans sa dextre et d'une kriss en prise inversée dans sa senestre.
— Pas de magie, évidemment, énonça Olivia d'une voix forte. Bonne chance !
Les deux filles reculèrent de trois pas et fléchirent les jambes, gagnant en souplesse et en extension dans le cas où elles devraient sauter.
Olivia bondit la première, portant une attaque verticale de la main gauche avant de décocher un coup de dague au niveau de l'épaule gauche de Camille. Celle-ci bloqua la flissa de sa kriss avant de pivoter sur son pied droit et d'abattre son talon dans le flanc de la princesse.
Une lueur fauve dans le regard, la fille aux cheveux blancs poussa un gémissement et riposta, assenant sa dague au niveau du torse de Camille et sa flissa à hauteur de cuisse. La première fut stoppée par la cotte de maille et la deuxième rencontra un poignard. La rousse passa alors à l'attaque, tourbillon de grâce, frappant à une vitesse telle qu'Olivia ne pouvait interposer ses propres lames qu'aux derniers moments. Peu à peu, la princesse recula, se rapprochant du mur. Mais Camille stoppa alors son assaut et envoya ses deux armes sur le torse d'Olivia, qui ne réussit à les esquiver que de justesse. Profitant du déséquilibre de son amie, l'aînée recula jusqu'à l'un de murs et attrapa une épée bâtarde.
Elle rugit et revint dans le combat. Maniant son arme avec une incroyable brutalité malgré son apparence si frêle, elle frappa trois fois de suite sur la main gauche d'Olivia. Cette dernière para les deux premiers mais ne put rien faire contre la troisième. Sa flissa tomba au sol.
À présent, plus rien ne pouvait arrêter Camille, qui tourna rapidement autour de son amie. Elle jeta sa bâtarde et sauta sur le dos de la princesse, la désarmant. Elle récupéra la dague et posa le côté tranchant de celle-ci sur le cou d'Olivia, vaincue.

— J'ai gagné ! fanfaronna Camille. Allez, relève-toi !
Les deux jeunes filles se remirent sur leurs pieds.
— Qu'espérais-tu ? s'enquit la plus vieille.
— Te battre. Je pensais pouvoir le faire.
— Tu n'avais aucune chance. Mais ce n'est pas du combat que je veux te parler, Olivia. Je te parle de la lettre à Sa Majesté Impériale.
— Je ne vois même pas pourquoi tu me poses la question. J'espérais ne pas être la seule, bien entendu ! cracha la princesse. J'espérais que je pourrais parler avec quelqu'un, quelqu'un qui me comprendrait vraiment.
— Moi, je te comprends. Je comprends ce que tu endures.
— Comment le pourrais-tu ? Jamais tu ne t'es retrouvée dans cette situation. Et puis tu n'es pas princesse héritière ! Moi, j'ai cette loi, éditée par je ne sais quel roi imbécile, qui m'empêche d'accéder au trône si je ne pratique pas la magie.
— Réfléchis-tu, de temps en temps ? Ta mère est la reine, elle a le pouvoir de supprimer cette loi !
— Sache que je lui en ai parlé. Et elle m'a répondu qu'elle ne pouvait pas, malgré l'envie qu'elle en a, à cause des opposants au Régime. Ils sont bien trop gênants, nous avons les mains liées sur de nombreux sujets.
— Mais qui sont-ils, ces opposants au Régime ? Tu en parles, ta mère en parle, Lili nous en parle en nous disant que ce sont d'eux que nous devons vous protéger, mais j'ignore tout de ces gens ! Peux tu m'en dire plus ?
— Mes dossiers sont au palais. Mais j'ai au Temple un historique de leurs derniers actes. Suis-moi !
Olivia rengaina ses armes, sa flissa dans son dos et sa dague à la ceinture, tandis que Camille glissait sa kriss et son poignard dans des fourreaux dorsaux.

Les deux jeunes filles quittèrent la salle d'armes et retournèrent dans le hall du bâtiment. Elles entrèrent dans la salle principale, une grande pièce dédiée au culte de la déesse-louve.
Une immense statue de celle-ci en marbre et en or trônait au fond de la salle, et devant elle brûlait un feu violet aux flammes hautes. Une personne le contemplait, et elle se retourna lorsqu'ils entrèrent.
Elle avait de longs cheveux blancs et des yeux bleus en amande. Elle portait une robe blanche immaculée. Une rapière à la lame en argent et à la poignée d'or incrustée d'une émeraude était posée à sa gauche.
— Dame Alissia, murmura Olivia, respectueuse, d'une voix faible.
— Votre Altesse, quand le temps sera venu, il vous faudra dire oui, sinon vous courrez un grave danger, qui pourrait coûter de nombreuses vies innocentes !
— Ma Dame… de quoi parlez-vous ? s'enquit la jeune fille.
— Vos rêves seront la clef, répondit Alissia, énigmatique.

Les filles, stupéfaites par des paroles aussi étranges, passèrent leur chemin, utilisant une des portes du mur de droite pour arriver dans un bureau.
La pièce était assez petite quoique très luxueuse. Le mur face à la porte avait été remplacé par une majestueuse baie vitrée, les deux autres étaient recouverts de grandes bibliothèques en bois de hêtre massif et qui regorgeaient de livres et de parchemins. Le bureau était de chêne, couvert de papiers. Au sol se trouvait un tapis luxueux, aux couleurs d'Ara-Ëlis.
— Voici donc ton bureau au Temple ! fit Camille, admirative.
— Ce n'est pas le mien. C'est celui de la famille royale. Mais comme ma mère utilise celui qu'elle a au palais, je ne vois aucun inconvénient à travailler dans celui-ci. Ce mur, à droite, contient les archives de l'Ordre de ces treize derniers siècles. À gauche, il y a des cartes de toutes les terres connues d'Ilissiæ et des plans anciens et originaux, comme celui de l'ancien palais impérial, et près de la fenêtre se trouvent les archives des Sept Grandes Guerres et de la Guerre des Cinq. Et ceci, ajouta la princesse en attrapant un épais dossier, est une compilation des derniers actes des opposants au Régime. Allez, retournons au palais !
— Attrape ma main ! ordonna Camille.
Olivia obéit et les deux filles disparurent.

Elles réapparurent dans le bureau de la princesse dans un éclair saphir. C'était une vaste salle rectangulaire sans fenêtres, au sol de marbre blanc et dont les murs visibles étaient peints en vert. Sur le mur à droite du bureau étaient accrochés les portraits de plusieurs grands rois d'Ara-Ëlis. Sur celui d'en face était dessinée une fresque représentant le sacre d'Alissia. Devant le mur opposé à la porte se situait une petite bibliothèque remplie de dossiers de différentes couleurs. Au centre du dernier mur se trouvait la porte, en bois de chêne finement ouvragé et à la poignée d'argent, et à droite de celle-ci se dressait une statue de Naomy. Le bureau d'Olivia, en bois de bouleau, était recouvert de dossiers colorés en apparence désordonnés, pourtant, la princesse attrapa l'un d'eux, noir, sans la moindre hésitation.
— Le duc d'Ëlis, chef des opposants au Régime. Il ne souhaite rien de moins que le trône et la mort de toute ma famille.
— Le duc d'Ëlis ? s'étonna Camille. Pourquoi ? Sa famille avant lui était-elle ainsi ?
— Non, sa famille a toujours fidèlement servi la Couronne, main dans la main avec la famille des ducs d'Ara malgré leur ancienne rivalité. D'ailleurs, le duc d'Ëlis tente de forcer la main à ma mère pour obtenir la tête de la duchesse.
— Mais te mère ne fait rien contre lui ?
— Elle ne peut pas. Il est suffisamment rusé pour ne pas laisser de preuves et pour agir de façon subtile. Nous n'avons aucune raison de l'arrêter, bien que ce ne soit pas l'envie qui nous manque. Et les Roses Noires, ces assassins insaisissables et qui ne manquent jamais leur cible, sont de son côté.
— La duchesse d'Ara est-elle suffisamment protégée ?
— Oui. Moi-même, j'ignore où elle se cache lorsqu'elle n'est pas au palais. Ma mère est sous la protection permanente de cinq gardes, trois de la garde officielle et deux gardes de la garde secrète. Quant à moi, je suis sous ta protection et sous celle de Jenaëlle qui veille devant la porte de mes appartements durant la nuit. L'escalier que j'ai emprunté ce matin pour quitter le palais ne peut être utilisé que par les Loups de Naomy, grâce à un sort de la marquise de la Forêt Enchantée. Le royaume n'en sait rien, mais une guerre civile peut éclater à tout moment.
Olivia se tut. Ce qu'elle venait de dire, seuls sa mère, la dirigeante de la garde royale secrète, la père de Camille et elle étaient au courant. Ces mesures de sécurité avaient été prises deux ans plus tôt, juste après l'élection de Lili à la tête de la garde secrète, quand Carmilla, grâce à ses espions, avait appris que le duc d'Ëlis était un traître.
— Jamais je n'aurais imaginé cela… murmura Camille. Et cela ne fait que renforcer mon désir de te protéger. Sais-tu seulement à quel point tu es importante pour moi, Olivia ?
— Probablement autant que, toi, tu es importante pour moi. Mais pourquoi me poses-tu cette question ?
— À présent que je me rends compte à quel point nos vies ne tiennent qu'à peu de choses, je veux t'avouer, tant qu'il en est encore temps, une chose que je veux te dire et que je n'ose te dire depuis de nombreuses années.
— Quoi donc, Camille ? Pourquoi tant de mystères ?
— Je t'aime, Olivia.
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