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LadyRose
Tempête
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Date d'inscription : 20/04/2011

MessageSujet: Extrait    Ven 22 Juin - 10:06

Léontine parcouru le paysage des yeux un long moment. C’était la nuit noire et pourtant la ville éclatait de lumière. La lueur qu’elle projetait se reflétait sur les nuages énormes, bas et doublés d’une épaisse fumée grise qui recouvraient presque totalement le ciel. Les torchères au loin brûlaient plus que d’habitude. Un léger tintement semblait parcourir l’air.

La cité ressemblait à une couronne de diamants étincelants sur un coussin de velours d’un noir d’encre. La jeune fille baissa le regard et contempla silencieusement la terre noircie et desséchée à ses pieds. Elle poussa des éclats de bois brûlés avec son soulier et se mit à tracer des formes du bout de son pieds. Jacques, se tenait droit et immobile. Lui aussi regardait cette ville métamorphosée.

Au bout d’un instant de silence, seulement interrompu par les légers craquements que produisait Léontine avec sa chaussure et par le son de clochette, Jacques prit enfin la parole.

- Bon. C’est différent, c’est sûr.
- C’est sûr, lui répondit la jeune fille toujours absorbée par ses dessins.
- Et qu’est-ce qu’on fait ?
- Je ne sais pas.
- Bien sûr, vous ne savez pas. Vous attendez que je prenne une décision seul, vous allez râler, puis me suivre. Comme d’habitude. Pourtant vous avez de l’idée, alors dites-moi ce que vous voulez qu’on fasse.

Léontine effaça rapidement les lignes tracées dans le sol tout en poussant un soupir d’exaspération. Elle ne savait pas quoi faire et n’avait ni l’envie ni la force de réfléchir à quoi que ce soit. Elle ne savait que penser de tout cela. Était-ce vraiment la ville qu’elle avait connue ? Elle s’assit sur le sol et inspira une grande bouffée d’air chaud et qui sentait la cendre. Elle attendait que Jacques se remette à parler mais celui-ci se taisait et ne la regardait pas. Léontine compris que cette fois-ci il ne céderait pas : c’était elle qui devait agir.

Le tintement ambiant commençait à l’agacer. Soudain elle eut une idée :

- Et si nous allions voir ta famille ?, proposa-t-elle.
- Hein ? Mais ils sont juste à côté du château, s’ils n’ont pas déménagé…
- Je sais, mais je n’ai pas envie d’aller là-bas sans savoir ce qui s’y passe d’abord, dit-elle tout en désignant la ville du menton. Alors en attendant nous pouvons aller voir ta famille : tu pourras les revoir et les rassurer sur ton sort et ils nous informeront de ce qui se passe en ville.
- Nous allons nous faire repérer…
- Pas si nous longeons la rivière dans le petit bois. Il fait nuit, les arbres sont serrés et la rivière couvrira le bruit de nos pas. Nous rejoindrons le petit pont près de ton jardin, nous traverserons celui-ci et nous passerons par la porte de derrière.
- S’il y a quelqu’un pour nous ouvrir ! Mais j’avoue que l’idée est bonne. D’accord, faisons ainsi.

Léontine se releva et ils se mirent tous deux en route.
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LadyRose
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MessageSujet: Re: Extrait    Ven 22 Juin - 19:16

Léontine de Sivert était pressée et en colère. Pressée parce qu’elle devait s’acheter une nouvelle toilette pour la réception de la comtesse de Valcourt qui avait lieu le soir même, et en colère parce qu’elle n’avait été informée de la dite réception que le jour J. Et encore, elle n’était au courant seulement parce qu’elle avait surpris une conversation entre ses parents !

Elle n’avait pas pris le temps de faire appeler un fiacre et était partie de l’hôtel à pieds. Grave erreur puisque la ville était en travaux et que les pavés de la route avaient été enlevés par endroit. À certains moments il ne restait plus que des trous boueux en guise de passage piéton. La belle robe de Léontine se tâchait en frottant le sol et ses souliers vernis étaient recouverts d’une épaisse couche de terre. Mais elle n’y prêtait guère attention : son esprit fulminait à l’idée qu’on ne l’ai pas prévenue de la fête.

Je leurs ferai payer cher ce qu’ils m’ont fait !, se disaient-elle, Je sais pourquoi ils ne m’ont pas prévenue, c’est parce que « je dépense trop en fanfreluches », comme ils disent. Et alors ? Rien n’est trop joli pour moi ! Je suis belle, je suis riche : je mérite ce qui est beau et riche. Ah ! Ils voulaient me parler de l’invitation au dernier moment pour que je n’ai que des vieilleries à me mettre sur le dos ! J’aurais été ridicule… Comme Hortense. Mais peu importe, heureusement que j’ai entendu mes parents en discuter sans qu’ils me voient. Je vais vite arranger une robe pour ce soir.

Tout en se faisant ces réflexions, elle était arrivée chez le tailleur le plus réputé de la ville. Elle entra en ouvrant violemment la porte. Le vendeur connaissait bien Léontine et sa personnalité… « pourrie gâtée », se dit-il en lui-même. Cependant c’était l’une de ses meilleurs clientes et il afficha un sourire mielleux à la jeune fille.

- Que désire Mademoiselle aujourd’hui ?, lui demanda-t-il d’un ton doucereux.
- Il me faut une tenue pour ce soir, je suis invitée chez la Comtesse de Valcourt et je n’ai rien de présentable, lui répondit Léontine en s’effondrant sur un fauteuil.

La figure rouge, suante, la coiffure échevelée, à demi-défaite et l’air furibond de la jeune fille donnait envie de rire au tailleur. Mais il se retint pour ne pas s’attirer les foudres de sa cliente. Avec l’aide d’une vendeuse il alla chercher les plus belles toilettes et les étala devant Léontine.

Remise de ses émotions, celle-ci se releva. Le marchand lui fit remarquer que ses chaussures étaient crottées et qu’il aurait été bon de les nettoyer. La jeune fille le remercia et claqua des talons, faisant tomber d’épaisses couches de boue sur le plancher de la boutique. Le tailleur ne dit rien et fit signe à la vendeuse de nettoyer.

Léontine essaya plus d’une vingtaine de tenues. Venue pour une seule robe, elle se décida pour une toilette complète : jupons trop bouffants, corset excessivement serré, gants et bas. La robe était lourdement décorée, pompeuse, imposante et ne flattait pas son teint. Mais Léontine se trouvait ravissante et le tailleur trouvait l’argent ravissant. Il flatta l’orgueilleuse qui acheta tout.

- Mademoiselle paiera-t-elle de suite ?
- Non, non, faites comme d’habitude.
- Sur le compte de Monsieur votre père ?
- Mais oui, mais oui, comme d’habitude !, s’exclama Léontine, agacée d’être interrompue dans la contemplation de sa tenue ridicule qu’elle trouvait splendide.

Alors qu’elle s’admirait, elle se dit qu’elle n’avait jamais eu plus belle robe dans sa collection. Mais elle ne savait où la mettre : son immense garde-robe remplissait ses appartements. Elle se résigna à l’idée qu’elle devait se séparer de quelques unes de ses « vieilles fripes » de velours et de brocart qu’elle n’avait porté qu’une fois. Mais qu’en faire ? Les donner ? À qui ? Hortense ne portait jamais de si jolies choses. Elle disait qu’elle n’en avait pas besoin. Selon Léontine c’est plutôt parce qu’elle n’avait aucun goût. Son regard s’arrêta sur le reflet dans le miroir de vendeuse. Celle-ci nettoyait la boue qui maculait le sol.

La jeune fille avait environ l’âge de Léontine. Elle portait une robe unie très simple et ses cheveux étaient relevés en chignon. Elle ne pouvait pas se payer les fastueuses tenues qu’elle vendait, cela ne faisait aucun doute. Cette pensée fit naître en Léontine l’idée qu’elle pouvait peut-être, oui « peut-être », lui céder une robe. La jeune employée tourna soudainement la tête vers Léontine. Son air simple de fille du peuple déplut immédiatement à Léontine. Elle se dit en souriant : « Non, non, c’est trop beau pour elle ! ».
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