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 Les coffres de Cassandre

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camille
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MessageSujet: Les coffres de Cassandre   Jeu 14 Juin - 20:25

Les coffres de Cassandre est la nouvelle histoire que j'écris depuis quelques mois. Je l'ai passé en principale à la place de Prophéties puisque j'ai presque écrit autant de page pour les coffres en trois mois que pour Prophéties en 2 ans et demi.

Vous pouvez lire l'histoire sur mon blog Skyrock : http://annalune.skyrock.com et laisser un commentaire là-bas.

Après quelques commentaires me montrant le nombres de fautes que je fais dans cette histoire, je soumets finalement mes textes à la correction ici.

Brefouille, Luc, je te laisse tous le texte ici pour la correction, et je mettrais des "[]" pour délimiter les passages déjà corrigés Smile

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J'ai pas résisté


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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mer 15 Aoû - 12:27

CHAPITRE 1
Vertiges

~ Version corrigée ~


___Cassandre Cardonne, jeune rousse de dix-neuf ans, contemplait le ciel gris empli de nuages. Ce temps pluvieux, qui rendait certains mélancoliques, l'apaisait. Elle se releva sur les coudes et observa les environs. La grande maison dans laquelle elle vivait s'élevait majestueusement, entièrement bâtie de pierres grises. Autour, la pelouse s'étendait, entretenue chaque jour par Jo, le jardinier de la famille depuis bientôt trente ans. Quelques arbres avaient été plantés le long de la clôture, cachant ainsi la vue aux passants un peu trop curieux.

___La clochette du repas retentit. Cassandre se leva et ramassa son livre, qu'elle lisait avant de s'assoupir. Elle monta les quatre marches menant au perron, passa la grande double-porte de chêne et traversa le long couloir sombre jusqu'à la salle à manger. Sa mère, Rose Cardonne, autrefois Rose Gardie, était déjà assise en bout de table, de même que son mari, Pierre. Après la mort de son premier époux, Rose s'était remariée, rassemblant ainsi sa fortune et celle de la famille Cardonne. De leur union était né Tibault, après que Pierre eut adopté Cassandre. Le petit garçon fit une entrée fracassante en ouvrant la porte à la volée après que Cassandre s'était assise à sa place, à la droite de sa mère. Armé de faux pistolets à eau, il poussa un cri de guerre et courut autour de la table en menaçant d'arroser quiconque tenterait de l'arrêter.

___« Tibault ! Cesse ce raffut et va poser tes jouets. Je t'ai déjà dit que tu ne devais pas les sortir de ta chambre. Dépêche-toi ! Si le repas est froid quand tu reviens, tu iras te coucher sans manger. »

___L'enfant baissa la tête, penaud et retourna d'où il venait.

___Rose Cardonne était de ces femmes qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds et à qui on ne tenait pas tête. Quant à Pierre, il était son homologue masculin. Bien qu'il fut moins stricte que sa femme, la seule personne avec qui il était vraiment indulgent était son fils.

___Les Cardonne étaient une de ces vieilles familles, comme on n'en trouve pratiquement plus, catholiques jusqu'au bout des ongles et suivant un mode de vie déjà tracé sans possibilité de changement. Cassandre se lassait de cette vie monotone. Tibault, lui, ne s'y était pas encore fait, trop jeune pour tenir en place.

___« Vraiment, je ne comprend pas pourquoi tu lui as acheté ces jouets. Ils ne font que l'exciter davantage et mouiller le sol à chacun de ses passages.
— Il faut bien qu'il s'amuse un peu. C'est de son âge. À t'écouter, on croirait qu'il doit passer son temps à étudier ou à rester assis dans un coin avec un livre, répondit Pierre.
— Et bien ce ne serait pas une mauvaise idée.
— Il faut bien que jeunesse se fasse... »

___Voilà une des seules choses sur laquelle ils n'étaient jamais d'accord. L'éducation de Tibault était un vrai casse-tête pour ses parents. Pierre pensait qu'il fallait le laisser jouir de sa jeunesse alors que Rose était persuadée qu'il devait au contraire s'habituer à écouter, à se comporter comme les grands. Le respect, la sagesse et la loyauté étaient les trois principes fondamentaux qu'elle tentait d'inculquer à son rejeton. Elle pensait les avoir bien enseigné à Cassandre, alors qu'en réalité, celle-ci était trop timide pour rétorquer, quoi qu'on lui dise.

___Lorsque Tibault revint, silencieux, Rose appela leur domestique : « Thérésa ! »

___C'était une dame d'âge mûre, dodue, avec un visage en forme de cœur et une gentillesse à toute épreuve. Elle avait réconforté Cassandre en cachette lorsqu'elle se faisait punir et le faisait encore avec son petit frère.
___Le repas se déroula en silence, seulement interrompu par les quelques interventions des adultes.

___Lorsque Cassandre eut terminé de manger, elle demanda la permission de sortir de table à sa mère qui accepta d'un signe de tête. La propriété comprenait trois étages et le dernier était en quelques sortes réservé à la jeune fille. Sa chambre était autrefois deux pièces distinctes dont on avait abattu le mur qui les séparait pour la rendre plus spacieuse. Pour y accéder, il fallait traverser la salle de bain. Celle-ci menait aussi sur un cagibi qui contenait uniquement un banc, une moquette beige et plusieurs portes manteaux. Ce débarra avait également une porte qui donnait sur la chambre. Pierre avait aménagé une pièce adjacente pour la transformer en dressing, avec des miroirs sur tout un mur, des tringles, des casiers dissimulés par des rideaux, une moquette rose et un long banc en plein milieu. Trois chambres étaient aussi entretenues pour les amis, mais seulement deux étaient réservées à Cassandre. À l'Est, il y avait une salle de bain pour les invités et une pièce inoccupée faisant office de fourre-tout.
___Cassandre entrouvrit sa fenêtre, laissant la brise s'infiltrer dans la pièce pour l'aérer.
___Après avoir révisé quelques cours, elle décida de sortir. Au beau milieu de l'escalier, elle fut soudain prise de vertiges. Elle manqua de trébucher mais se rattrapa à la rambarde sur le mur et s'assit sur une marche, la tête entre les mains. Voilà déjà deux semaines qu'elle subissait ces vertiges, sans en comprendre la raison. La première fois, c'était en en rentrant de la fac, sur un passage piéton. Elle s'était à moitié effondrée sur le sol et avait manqué de se faire renverser. Ces vertiges la perturbait mais elle ne souhaitait pas en parler à sa mère. Pas parce qu'elle ne voulait pas l'inquiéter, mais parce qu'elle savait qu'elle se ferait des plans sur la comète, qu'elle lui ferait passer des centaines d'examens et qu'elle la consignerait à la maison, sans doute pour le restant de ses jours. Alors Cassandre attendit que son malaise passe puis se releva et sortit de la maison. Elle descendit la rue et se rendit dans un parc abandonné, où ses amis et elle avaient l'habitude de se retrouver.

___Lorsqu'elle arriva, seuls deux d'entre eux étaient là.
___Assis sur un banc délabré, Kan et Lia, qui sortaient ensemble, se partageaient une cigarette. Kan, les cheveux rasés de près, portait un jean troué et un T-shirt noir décoré d'une tête de mort. Il contemplait Lia d'un regard marron profond. Celle-ci était blonde et avait de grands yeux sombres. Cassandre s'approcha et s'assit à côté des amoureux. Le sol et le banc étaient trempés, contre-coup de la pluie, mais elle s'en fichait. Elle se changerait en rentrant, de toutes façons. Elle savait que ses amis n'en avaient rien à faire non plus. Kan lui passa sa cigarette. Elle la prit et en tira une longue bouffée. Cela faisait bientôt deux ans qu'elle fumait régulièrement. Depuis qu'elle les avait rencontrés en fait. Elle s'était greffée à leur groupe. Ils étaient quatre jeunes issus de bonnes familles qui souhaitaient échapper à leurs obligations familiales, comme elle. La cigarette, entre autres, était une chose qui lui permettait de se détendre, d'oublier.

___Alors qu'elle sortait une nouvelle cigarette de son paquet personnel – une seule à trois, c'était peu –, les deux membres manquant du groupe arrivèrent. Mathi et Jeph étaient les plus âgés de la bande. Cassandre les considérait presque comme ses grands frères mais s'entendait particulière bien avec Jeph.
___Comme Lia était entre les bras de Kan, ils prenaient les trois quarts du banc. Cassandre occupant la place restante, il n'y avait plus de place pour s'asseoir. Aussi, tandis que Mathi s'asseyait par terre en face d'eux, Jeph se posa au sol, le dos contre les jambes de Cassandre et renversa la tête de manière à la poser sur ses genoux. Elle passa ses doigts dans ses cheveux. Elle aimait bien faire ça. Il avait de beaux cheveux doux. Ils étaient noirs avec des reflets légèrement roux. Il la regardait avec ses yeux verts, quasi-identiques aux siens. Elle lui sourit et lui caressa la joue. De son autre main, elle tira une bouffée de sa cigarette puis la passa à Jeph. Il fit de même deux fois avant de la lui repasser. Ils réitérèrent le même geste plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il n'y ai plus de tabac.
___Personne ne parlait pourtant le silence ne les gênait pas. La pause cigarette était presque un rituel, une cérémonie pour laquelle chacun s'appliquait à respecter le côté presque religieux. Voilà, c'était ça, leur religion. Pas cette chose toute faite d'idées reçues que leurs parents leur imposaient chaque dimanche.

___Chacun d'entre eux était prédestiné à un grand avenir par ses parents. Kan devait partir pour une université en Angleterre deux ans plus tard – départ déjà repoussé plusieurs fois. Lia, elle, allait continuer toutes les actions caritatives dans lesquelles sa mère avait investit beaucoup d'argent. Mathi et Jeph succéderaient chacun à leur père. Mathi à la tête d'une grande société dont le siège social était aux États-Unis. Les parents de Jeph souhaitaient qu'il fasse une carrière politique et travaille dur pour, comme son paternel, devenir ministre. La mère de Cassandre comptait qu'elle se marie rapidement avec un homme riche afin d'accroître un peu plus encore la fortune familiale et qu'elle ait une ribambelle d'enfants susceptibles de faire d'autres beaux mariages et d'augmenter son héritage.
___Évidemment, aucun d'entre eux ne voulait vivre le destin qu'on leur avait choisi, sauf peut-être Lia qui ne s'opposait pas à servir les bonnes causes, si tant est qu'elles ne prennent pas vingt-quatre heures de ses journées. Mais ils n'avaient pas le choix. Chez eux, il fallait faire la fierté des parents et reprendre le flambeau.

___Cassandre ne les avait jamais vu mais s'imaginait bien ses quatre amis en grande pompe. Particulièrement Mathi et Jeph. Ils étaient les plus matures. Ils ne tentaient pas d'échapper à leur destin. Ils oubliaient le temps où ils se retrouvaient tous, mais ne cherchaient pas à se rebeller. Ils savaient que quoi qu'il se passe, ils feraient ce qu'on leur demandait. C'était le moment de vérifier si son imagination était exacte.

___« Ma mère fait un gala de charité dimanche prochain, leur annonça-t-elle. Vous êtes tous invités, ainsi que vos parents. Tenue de soirée exigée, évidemment.

___Elle leva les yeux aux ciel. Elle avait horreur de porter ces tailleurs et escarpins inconfortables.

— Ouais, je verrais ce que je peux faire. Enfin, je suppose qu'il suffit que je dise le nom de famille pour que ça passe... soupira Lia.
— Idem, dit Kan.
— Mon père est en Amérique, expliqua Mathi, mais je pense que ma mère voudra absolument venir.
— Je viendrais, sourit Jeph en lui serrant la main.

___Leurs parents voyaient les fréquentations de leur enfant d'un très bon œil, car elles leur ouvraient de nouveaux horizons et de nouvelles portes dans le monde très sélect de ces vieilles familles.

— D'ailleurs, j'ai deux chambres d'amis, donc, vous pouvez également rester pour la nuit. Mon étage ne sera pas envahi par les invités de mes parents, donc elles sont toujours libres. Je crois que je me sentirais très, très seule, si vous me laissiez tomber, ajouta-t-elle en faisait la moue.

___Ils rigolèrent tous de bon cœur. Bien que Cassandre fut la dernière arrivée, elle était très bien intégrée et ils la voyaient un peu comme le petit pitre de service. Ce n'avait pas toujours été le cas. Au début, elle était très réservée. Elle était venue à eux mais ils l'avaient convaincue de rester alors qu'elle avait voulu repartir. Petit à petit, elle avait fait de ce monde inconnu le sien.

— Bon, je crois que c'est décidé, déclara Jeph. Dimanche soir, pyjama party chez Cassandre.
— C'est pas tout, termina Cassandre, mais il faut que je rentre, sinon, ça va encore me retomber dessus.
— Je te raccompagne, annonça Jeph. »

___Cassandre fit la bise à tout le monde et partit aux côté de Jeph. Durant le chemin, ils rigolèrent beaucoup. Ils se chamaillaient gentiment, se faisant des chatouilles par-ci, se courant après par-là. Ils arrivèrent chez Cassandre tout essoufflés et durent prendre une bonne minute pour se redonner une contenance.

___Cassandre eut à nouveau un vertige. Elle chancela et Jeph la rattrapa pour qu'elle ne tombe pas. Ils restèrent comme ça, enlacés, le temps que son malaise passe, et même après. Elle enfouit sa tête dans son épaule et lui dans sa chevelure rousse. Elle le serrait fort, comme s'il était une bouée de sauvetage. Elle n'avait pas envie de le lâcher et de retourner à sa vie habituelle, mais elle n'avait pas le choix. Elle recula et ils se regardèrent dans les yeux. Il finit par se rapprocher d'elle et de respirer un grand coup dans ses cheveux.

___« J'aime ton odeur. Tes cheveux sentent bon. »

___Elle lui sourit et jeta un regard en arrière vers sa maison.

« Allez, va, lui dit-il.
— Je n'ai pas envie, rechigna-t-elle.
— On se revoit dimanche. C'est seulement dans trois jours. Ça ne sera pas long, tu verras. Et si tu ne vas pas bien, ou que tu veux juste discuter, tu n'hésites pas à m'appeler, d'accord ? »

___Elle opina puis déposa un baiser sur sa joue. Elle retourna ensuite chez elle et se dépêcha de monter dans sa chambre pour changer de vêtement avant de mettre les anciens dans le bac à linge sale.

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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mer 15 Aoû - 12:32

CHAPITRE 2
Mauvais rêves


Elle ouvrit soudainement les yeux, en sueur. Elle avait encore fait cet horrible rêve. Deux yeux, mi-rouges mi-noirs la regardaient et une voix s'élevait de nulle part pour lui chuchoter « Viens, viens et épouse-moi. Viens à moi et tu régneras. Viens, sois mienne et tu seras reine. ». Les rêves avaient commencé en même temps que les vertiges. Cassandre voyait le lien, sans en comprendre l'origine, la raison. Tentant d'oublier l'affreuse voix, elle se leva difficilement et se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche. L'eau chaude sur sa peau dénoua ses muscles encore contractés de son cauchemars. Elle sortit du bac et coiffa ses longs cheveux roux, qu'elle avait attaché en chignon durant sa douche. Elle les laissa au naturel, comme elle aimait le faire : de belles boucles lui tombaient jusqu'au creux de ses reins. Sans qu'elle n'ait à appliquer quelque produit que ce soit, ils étaient toujours flamboyants, comme des flammes dansantes dans le vent.

Après s'être habillée – un jean slim, un pull beige à grosses mailles lui arrivant mis-cuisses et des bottes de la même couleur toutes fourrées – elle descendit à la cuisine et déjeuna. Elle remonta ensuite, se lava les dents, se maquilla légèrement les yeux et prépara son sac. Ensuite, elle ouvrit les portes-fenêtres et passa sur le balcon. Les mains sur la barrière en fer forgé, elle ferma les yeux et laissa le vent la rendre sourde à tout autre bruit, ivre de cette connexion avec la brise.

Soudain, son portable vibra dans sa poche, indiquant l'heure de partir au (lycée) et elle s'arracha de sa méditation avec regret. Elle rentra dans sa chambre, prit son sac et descendit l'escalier à la volée. Malgré le fait qu'elle n'aime pas particulièrement aller en cours, Cassandre aspirait plus que tout à fuir la maison. L'ambiance chic et sévère l'étouffait. On retrouvait l'excès de luxure dans son (lycée, un lycée) de « bourges », comme ils l'appelaient tout le temps, mais les gens étaient plus décontractés. Et puisque c'était un établissement payant, extrêmement cher, il n'y avait pas les querelles stéréotypées des séries TV avec la pom-pom girl qui s'acharne contre la petite intellotte qui travaille dur pour avoir une bourse parce qu'elle ne peut pas se payer une bonne université.

Cassandre avait des amis dans son lycée mais ils étaient tous heureux de vivre dans le confort et la fortune de leurs parents, souhaitaient reprendre leurs affaires afin de suivre dans la même voie, contrairement à elle, Kan, Lia, Mathi et Jeph.

Marie et Gabrielle attendaient Cassandre devant la grande grille de l'établissement. Lorsqu'elle arriva, elles lui firent de grands signes de la main, toutes sourire. Elles lui firent la bise et ensemble, elles rentrèrent à l'intérieur du bâtiment. C'était un édifice à la fois ancien et moderne. Il datait du XIXème siècle mais avait été rénové plusieurs fois et toute la partie Est était équipée d'engins technologiques très sophistiqués.

Les trois filles, qui étaient d'ailleurs dans la même classe, avaient cours dans l'aile Ouest, en littérature. Elles en avaient deux heures, puis enchainaient avec une heure d'anglais toujours dans la même aile et enfin une heure de physique dans l'aile Est cette fois-ci.

Quand elle entrèrent dans la salle de cours, le professeur leur demanda de s'installer immédiatement en face d'un ordinateur. C'étaient tous des écrans plats dernier cri. Et s'il y avait bien une chose que Cassandre maîtrisait par dessus tout, c'était les programmes informatiques. Si elle avait pu choisir ce qu'elle ferait de sa vie, elle serait devenue webmaster, ces personnes qui s'occupent de mettre les sites en ligne et de les gérer. C'était sa passion. Alors, lorsqu'elle était en matière scientifiques, requérants des connaissances informatiques, elle était dans son élément.

L'heure passa vite pendant qu'elle calculait et utilisaient plusieurs programmes mathématiques ou astronomiques. Et la sonnerie retentit, bien trop tôt à son goût.

Elle déjeunait généralement chez elle, n'étant qu'à quelques minutes de la maison. Mais ce jour-là plus qu'un autre, elle n'avait pas envie de rentrer. Aussi se dirigea-t-elle vers un café qui se trouvait en face du (lycée). Elle y commanda un sandwich au thon et un coca. Elle mangea également une religieuse au café puis sortit du café une demi-heure environ avant que ses cours de l'après-midi reprennent. Elle s'assit donc sur un banc pour attendre la reprise des cours.

Elle finit la journée à cinq heure du soir, après deux heures épuisantes de mathématiques et une heure de Philosophie.

Quand elle sortit du (lycée), elle eut envie de retrouver ses amis au parc, mais elle se dit qu'ils devaient avoir d'autres choses à faire et qu'elle ne pouvait pas passer vingt-quatre heure sur vingt-quatre de son temps avec eux non plus. Alors, elle alla dans un autre parc, un qui n'était pas abandonné, mais où personne de sa connaissance ne venait. Elle sortit une cigarette de son paquet et l'alluma. Sa marque préférée était les Royal Menthol. Le petit goût de menthe donnait une impressionnante sensation de fraicheur. Elle en fuma deux d'affilé. Elle n'était pas accro, elle pouvait s'en passer si elle n'en avait plus sans piquer une crise. Mais fumer lui procurait une sensation de liberté et de légèreté qu'elle aimait beaucoup. Cela lui permettait de souffler un coup après une dure journée et de se donner du courage avant de rentrer à la maison.

Cassandre termina sa deuxième cigarette puis l'écrasa au sol, rangea son paquet et son briquet et reprit son chemin. Il fallait qu'elle se dépêche, sinon elle allait être en retard à son cours de danse contemporaine. Son inscription avait été une véritable lutte avec sa mère : elle ne voulait pas en entendre parler, tandis que Cassandre lui demandait la permission tous les jours. Elles avaient fini par se faire la tête et Rose avait craqué. Cela faisait déjà cinq ans que Cassandre était dans le même groupe de danse et il était devenu comme une deuxième famille pour elle.
Arrivée, elle monta rapidement dans sa chambre, rassembla ses habits de danse dans son sac de sport, s'attacha les cheveux en un chignon négligé et descendit attendre sa mère qui devait l'amener.

Rose était en pleine organisation de son bal de charité. Toute une équipe était autours d'elle écoutant les ordres qu'elle donnait. Elle distribuait les taches et chacun s'occupait d'une en particulier.

Cassandre regarda sa maternel diriger son entourage d'une main de fer. Contrairement à elle, elle était incapable d'imposer sa volonté. On aurait pu la penser associale. En fait, elle était tellement timide qu'une grande appréhension la prenait dès qu'elle devait parler à quelqu'un. Elle était particulièrement apeurée par l'éventualité qu'on la rejette ou qu'elle dérange. Aussi, si les gens ne faisaient pas le premier pas avec elle, elle n'allait jamais voir de personnes nouvelles. Hormis avec ses amis du parc, comme elle les appelait. Eux, ils avaient exercé une attirance presque irrésistible sur elle. Depuis le jour où elle les avait découvert au parc abandonné alors qu'elle fuyait une dispute avec sa mère, elle n'avait jamais réussi à guérir du magnétisme qu'elle ressentait. Mais la fois où elle avait prit peur dans cet univers qu'elle ne connaissait pas et où elle avait tenté de ne plus les revoir, Jeph n'avait eu besoin que de lui parler pour qu'elle revienne immédiatement. Elle ressentait une véritable affection pour eux. Elle se sentait moins seule. D'autres personnes ressentaient la même chose qu'elle. C'était un cadeau du destin que de les avoir mis sur sa route et chaque jour elle en était reconnaissante.

Finalement, Rose sembla se souvenir de l'heure car elle tourna vivement la tête vers Cassandre qui était devant la porte, perdue dans ses pensées et prit rapidement ses clefs de voiture avant de sortir de la maison. Elle déverrouilla le véhicule et monta à l'intérieur tandis que Cassandre posait son sac dans le coffre avant de la rejoindre. Celle-ci n'entendait absolument rien aux voitures, si bien qu'elle était incapable de dire de quel modèle il s'agissait ni même de la marque. Tout ce qu'elle savait, c'est que c'était une voiture très couteuse.

Le gymnase dans lequel Cassandre dansait se trouvait à environ un quart d'heure de route. Elle l'avait choisi méticuleusement en en visitant plusieurs et en assistant à plusieurs cours afin de décréter quelle danse lui convenait le mieux. Au final, le contemporain l'avait séduite. Elle aimait beaucoup les mouvements fluides de cette danse et la variation de rapidité des enchaînements. Parfois, les mouvements étaient très longs et d'un coup, ils devenaient rapides. Et ainsi de suite. Selon elle, cette danse permettait de faire ressentir des émotions, de faire vivre une histoire.

Durant le trajet, un silence pesant régna. Chacune prenait soin de ne pas parler. Finalement, elles arrivèrent plus tôt que prévu car il n'y avait pas de bouchon sur la route. Avant que Rose ait dit quoi que se soit, Cassandre sorti du véhicule, prit son sac et se dirigea vers le bâtiment. C'est une sorte de grand gymnase muni de plusieurs salles de danses autours. Il y avait également un dojo et une salle de gym. La jeune fille passa les premières portes puis valida son badge qui lui permit de rentrer à l'intérieur. Elle passa immédiatement dans les vestiaires où elle se changea. Sa partenaire, Joëlle, la rejoignit bientôt. C'était avec elle qu'elle faisait tous ses duos, ses portés... Elles s'accordaient parfaitement et semblaient être faites pour danser ensemble.

Elles se firent la bise, finirent de se changer et partirent dans la salle de danse pour s'échauffer. Après quelques exercices personnels puis en groupe, le professeur forma des groupes différents et chacun devait inventer ou réviser un passage de leur danse pour le concours régional. Cassandre, Joëlle et deux autres danseuses devaient inventer un morceau. Il était rare qu'elles commencent à inventer immédiatement. La plupart du temps, elles rigolaient et chahutaient un peu avant. Mais cette fois, Cassandre n'était pas d'humeur à s'amuser. Elle avait juste envie de danser. Pour noyer sa mélancolie. Que lui arrivait-il à la fin ? D'accord, elle était toujours plus ou moins morose mais cette fois-ci, c'était bien plus fort et bien plus long. D'aucun aurait suggéré qu'elle avait ses règles. Il est vrai que son comportement et ses émotions ressemblaient fortement à cette période. Pourtant, ce n'était pas le cas. Cassandre décida que ça passerait tout seul et qu'elle n'allait pas plus s'inquiéter. Elle demanda donc à ses camarades de se mettre au travail et elles commencèrent à danser. Chacune proposait une fois huit de mouvements. Lorsque tout le monde était d'accord, l'enchaînement entrait dans la chorégraphie. Quand certaines n'aimaient pas tel ou tel mouvements, on le modifiait sans pour autant supprimer le morceau entier, pour que l'enchaînement soit réellement le résultat des quatre. À la fin du cours, tous les groupes passèrent devant les autres afin de montrer ce que chacun avait fait. Le groupe de Cassandre et celui d'une autre très bonne danseuse reçurent de grandes acclamations. Avant de se quitter totalement, toutes les danseuses se mirent en place et firent le début de la chorégraphie qu'elles avaient commencé à monter. Le professeur trouva deux ou trois choses à redire et elles la refirent à chaque fois. Au quatrième essais, l'entraîneuse fut satisfaite et déclara le cours terminé. Cassandre prit une douche froide – bien qu'il fisse frais à l'extérieur, elle avait particulièrement chaud d'avoir tant bougé – et se rhabilla rapidement. Ses derniers temps, elle avait l'impression de tout faire « rapidement ». À part les cours de maths. Évidemment, eux, ils passaient toujours avec une lenteur hallucinante.

À la sortie du bâtiment, sa mère l'attendait déjà. Lorsque sa fille atteignit la voiture, elle houspilla :

« Dépêche-toi ! Je te rappelle que l'on est invité chez les Marchalles ce soir ! »

À la tête de Cassandre, elle soupira d'exaspération.

« C'est pas vrai ! Ne me dit pas que tu avais oublié ! Seigneur, j'espère au moins que tu as préparé ta tenue. Je refuse de t'y voir dans ces... ces... guenilles !
– T'inquiète pas, je sais ce que je vais mettre. »

Ce qui était un mensonge car elle ne pensait plus à ce diner depuis le soir où il avait été prévu. De plus, les vêtements de Cassandre étaient une éternelle source de conflit entre la mère et la fille. L'une voulait que l'autre s'habille plus chiquement, l'autre voulait qu'on la laisse s'habiller comme elle l'entendait.
En tout cas, vu le nombre de galas, de soirées, de fêtes et autres auxquels la famille Cardonne avait assisté, ce n'était pas les robes ou tenues sophistiquées qui manquaient à la jeune fille.

Quand elles arrivèrent chez elles, la nuit tombait. La maison demeurait calme. Le père, déjà prêt, aidait le fils à enfilait le costume et le nœud papillon que Rose lui avait choisi. Cassandre monta dans sa chambre et passa dans son dressing. Elle ouvrit la penderie – où se trouvaient toutes ses robes, soigneusement rangées dans leur housse blanche – et fit défiler les tenues devant ses yeux. Il fallait quelque chose de chic, sans être trop fantaisiste ou voyant. Elle se décida pour une jupe de tailleur noir et une chemise à manche courte en soie violette. Elle chaussa des escarpins violets également et mit dans une pochette noire – celle qu'elle utilisait le plus, d'ailleurs – son téléphone, un paquet de mouchoir et ses clefs. Pour ses cheveux, elle les releva en un chignon dont s'échappaient quelques boucles. Elle se maquilla légèrement, enfila un gilet noir et redescendit. Tout le monde l'attendait en bas.

Même si Tibault aimait taquiner sa soeur, il se retrouvait toujours plein d'admiration quand elle apparaissait dans ses jolies tenues.

« T'es belle Cassie ! Dis, tu me donnes la main ? Hein, hein ? Tu veux bien ? »

Cassandre aimait tendrement son petit frère. Elle ne résistait jamais à sa bouille. C'est avec plaisir qu'elle prit sa petite main dans la sienne. Du haut de ses six ans, il était toujours plein d'entrain mais aimait venir se blottir dans les bras de la jeune fille, le soir, alors qu'il était sensé être couché dans son lit.

Toute la famille s'installa dans la voiture de Pierre. Une demi-heure plus tard, ils étaient chez leurs amis. C'était également un couple assez aisé, avec une grande maison et une belle voiture. Un vrai cliché auquel appartenaient les Cardonne et toutes leurs connaissances. Le couple en question avait une quarantaine d'années et une fille de l'âge de Tibault. Immédiatement, elle arriva en courant, ouvrit la porte et attrapa le bras du petit garçon pour l'emmener jouer. Comme à chaque fois qu'ils venaient, la petite prenait Tibault pour son jouet personnel et lui se laissait faire, intimidé par la fille. Aussi se retrouvait-il souvent à quatre pattes, portant Eléna (car elle s'appelait comme ça) sur son dos, ou encore le serviteur personnel de mademoiselle. Une fois, elle l'avait affublé d'une robe à fanfreluches avec des barètes dans le peu de cheveux trônant sur son crâne. Cassandre avait bien rit. Rose un peu moins.

Le couple accueillit les parents et leur fille avec un enthousiasme poli. Aussitôt, ils passèrent au salon. Les femmes se mirent à parler de la fête du surlendemain et de ses préparatifs et les hommes débattirent sur les dernières courses de chevaux. Cassandre se contentait de rester assise sagement sur le canapé, attendant qu'on daigne passer à table. Depuis petite, sa mère la traînait à ses diners entre mondains et elle avait apprit à rester immobile comme la parfaite jeune fille qu'elle était sensée être. Écoutant d'une oreille ce qui se racontait – des fois qu'on ait envie de lui adresser la parole ou qu'on annoncerait le repas – elle rêvassait à la première chose qui lui passait par la tête. Ainsi, elle trouvait le temps moins long. Elle aurait pu sortir son téléphone portable et envoyer des messages à ses amis mais c'était une chose qui ne faisait pas. Pas dans la bonne société, quand on dinait chez des amis. Cassandre pensa à l'hypocrisie de la situation. La plupart des « amis » chez qui ils allaient diner n'en étaient pas vraiment. Mais il s'agissait d'entretenir sa popularité au sein de la grande famille de la société. Et pour cela, Rose avait toujours été excellente. Personne ne savait mieux organiser des soirées mondaines qu'elle. Et lorsqu'une était prévue quelque part, on faisait appel à elle pour gérer les préparatifs.

Finalement, l'heure de manger arriva. Le repas fut animé des mêmes conversations que plutôt et la soirée se continua autours de thé – pour les femmes – et de cigares – pour les hommes.

Après ce qui sembla plusieurs interminables heures à Cassandre, les parents annoncèrent enfin qu'ils rentraient. Tout le monde se fit la bise, remercièrent untel et untel et les Cardonne embarquèrent en voiture. Fatigué, Tibault s'endormit sur les genoux de Cassandre et son père dû le porter pour le monter dans son lit. La jeune fille retira ses escarpins avant de monter les escaliers afin de ne pas faire trop de bruit sur le marbre. Elle se déshabilla et laissa tomber ses vêtements sur le sol puis se coucha.

Cette nuit-là, elle refit le même cauchemars.

Cassandre se réveilla vers les 10 h 30. Sa mère, en ayant eu assez de crier son nom du bas des escaliers, avait envoyé Tibault la réveiller « en douceur ». Sournoise. Il criait, riait et sautait sur son lit comme un cheval fou. Nul n'était meilleur que lui pour les réveils bruyants. Cassandre capitula et se leva. Le cerveau encore embrumé de sommeil, elle descendit à la cuisine. Rose l'attendait, rouge, les points sur les hanches.

« Cassandre Émilie Cardonne, tu me dé-ses-pères ! Pourquoi, nom de Dieu, oublie-tu toujours les journées importantes ? Et voilà que tu me fais jurer !
– Ah oui, les boutiques, soupira l'endormie.
– Oui, s'exaspéra Rose, les boutiques. Tu es sensé te trouver une robe pour demain. J'ai encore des tonnes de choses à faire et tout ce que tu trouves de mieux, c'est de paresser toute la matinée ! Tu vas me faire le plaisir de te dépêcher et d'aller rejoindre Tom et Harry. Ils t'attendent en bas. Encore ! »

Cassandre remonta, s'habilla et redescendit. Tom était son chauffeur, tandis qu'Harry était un ami que Rose avait « approuvé ». Tom avait l'air d'un majordome. Grand, les cheveux grisonnant, il s'habillait toujours d'un costume gris. Il l'appelait toujours « mademoiselle » et faisait presque la révérence quand il la voyait. Harry, lui, était de compagnie plus agréable. Du même âge qu'elle, il ne ratait jamais une occasion de rigoler et de faire des blagues. Côté physique, il passait pour banal. Mais il avait une personnalité en or et savait faire rire Cassandre lorsqu'elle désespérait de ses longues après-midi en magasins. Lui adorait ça. Ses parents étant PDG d'une grande firme de mode, il baignait dans son élément dans les boutiques. Aussi était-ce toujours lui qui accompagnait Cassandre pour ces occasions.

Ils s'installèrent tous les deux la voitures – Cassandre par la portière que lui avait ouverte Tom – et Harry partit dans un monologue sur les nouvelles tendances du moment.

« Ma chérie, tu vas voir, je vais te rendre su-blime ! Tu le sais, je me considère comme ton styliste personnel. Je sais, je sais, tu vas encore me dire que tu peux t'habiller toute seule mais fait moi confiance, tu veux. Je vois parfaitement quel genre de vêtements je vais te faire porter. Tous les hommes seront en pâmoison devant toi, tu verras. Demain, à la première heure, j'arrive chez toi avec une armée de coiffeurs et de visagistes. Habituellement, je préfère tout faire moi-même mais c'est une occasion spéciale... »

Cassandre sourit. Il ne se lassait jamais de déblatérer. Quand il était partit, personne ne parvenait à l'arrêter.

« Harry.
Il tourna la tête vers elle, s'interrompant.
– Merci.
– De quoi ?
– De toujours être là.
– Oh, Cassie ! Je serais toujours là pour toi ma chérie ! Tu peux m'appeler quand tu veux. Tu le sais, hein ?
Elle opina.
– Merci.
Il balaya la remarque d'un revers de la main.
– Cesse de dire ça. Si tu veux réellement me remercier, laisse-moi m'occuper de toi pour demain et faire de toi la plus belle déesse que le monde n'ait jamais vu. Tu vas être la reine de demain, ma belle.
– Tu risques de contrarier les plans de ma mère, rigola Cassandre.
– Tu as raison.
Il fit mine de réfléchir.
– En fait, je vais te faire encore plus belle que ça. Ta mère en sera tellement éblouie qu'elle n'aura même plus la force de te reprocher quoi que se soit.
– Fermer son clapet ? Demanda-t-elle. Tu m'offres le plus beau des cadeaux !
– Je sais, je sais, se vanta le jeune homme. »

Harry continua de faire le pitre durant tout le trajet.

Le centre commercial le plus proche et le plus garni en boutiques de vêtements était le centre du Soleil. C'était plus une ville commerciale qu'un centre particulier d'ailleurs. Il regroupait absolument tout ce qui pouvait être acheté.

Ils commencèrent par visiter une librairie. Bien que ce ne fut pas au plan initial, Cassandre voulait s'acheter des livres. Elle parcourut les rayonnages et trouva cinq ouvrages qui l'intéressaient. Elle passa en caisse, paya et ressortit attendre Harry. Lui aussi était entré mais pas pour la même raison. Quand il réapparu devant Cassandre, ses bras étaient chargés de magazines de mode.

« Avec ça, si je n'ai pas d'idée pour te coiffer et te maquiller, je ne sais plus quoi faire ! »

En rigolant, ils continuèrent leur chemin. Ils passèrent devant une boutique de robes de mariée. La jeune fille s'arrêta et admira les robes en vitrine. Elle entra, comme hypnotisée. Harry la suivit. Elle n'aimait pas les robes, c'est vrai, mais elle n'avait jamais su résister aux robes de mariée.

« Ma chérie, s'écria Harry, promet-moi que tu me laissera m'occuper de toi le jour de ton mariage ! »

À ce moment, une vendeuse arriva, un sourire aux lèvres.

« Je peux vous aider ? »

Cassandre rougit, déclina l'offre et sortit. Les deux amis continuèrent à flâner dans les galeries, Harry s'arrêtant à chaque boutique.

Avant de continuer plus, ils décidèrent de s'arrêter un instant pour manger. Ils auraient pu déjeuner dans un grand restaurant – leur portefeuille le leur permettait mais Harry savait que Cassandre n'aimait pas étaler sa fortune. De même que celle-ci savait que son ami n'arrivait pas à se faire au fait de manger avec les doigts, si bien qu'elle ne lui proposa pas de manger dans un fast-food. Donc, ils choisirent de se restaurer dans un café. Tandis que Cassandre commandait un sandwich, Harry hésitait entre plusieurs salades composées. Une vraie fille ! Et pourtant, contrairement à ce que certains auraient pu penser, il n'était pas homosexuel. Ce n'était qu'un préjugé. C'était juste un garçon qui avait bon goût et aimait la mode.
Cassandre ne résista pas à une religieuse au café pour son dessert mais Harry se contenta d'un café.

« Ne mange pas trop, désapprouva-t-il. Je veux que tu rentres dans les robes que je te ferais essayer. »

La jeune fille se sentit coupable envers lui. Elle termina néanmoins son gâteau et ils filèrent en direction des boutiques qui n'avait pas encore été visitées.

Alors qu'ils déambulaient depuis un petit moment déjà, Harry s'arrêta soudainement, le regard vide, comme hypnotisé. Il secoua vivement la tête et s'écria :

« Ne regarde surtout pas ! »

Cassandre fit mine de tourner la tête et le garçon lui plaqua deux mains sur les joues pour l'en empêcher.

« J'ai dit : ne regarde pas ! »

Cassandre pouffa et promit. Harry lui fit fermer les yeux et la dirigea vers une boutique. Elle entendit son ami demander à la vendeuse de prendre ses mesures. Elle en conclut donc qu'elle était dans une boutique de vêtement et qu'il avait enfin trouvé la robe qu'il comptait lui faire porter.
La vendeuse vint la mesurer avec son mètre le tour de taille, de poitrine et de hanches. Harry lui désigna la robe qu'il voulait et celle-ci alla la chercher. Le jeune homme donna ses directives pour les retouches et annonça qu'il viendrait chercher la robe dans la soirée. Il avait dû accompagner ses paroles d'un billet car la vendeuse ne protesta pas – pourtant, le délai était court pour faire retoucher une robe. Harry la remercia et, dirigeant Cassandre par les épaules, sortit. Un peu plus loin, il l'autorisa à rouvrir les yeux. Le plan initial ne consistait pas à lui cacher la robe mais elle lui faisait confiance et ne protesta pas.

Maintenant qu'il connaissait l'aspect de la robe, il pouvait acheter les chaussures et le maquillage nécessaire. Il l'entraîna dans une grande boutique de cosmétiques et en ressortit les mains pleines de sacs. Et en bon gentleman, il ne laissait rien porter à Cassandre. Il passa encore dans quelques salons de coiffures où il parla avec les coiffeurs et leur demanda conseil, loin de Cassandre, évidemment. Dans une petite boutique débordante de chaussures, il partit à la recherche de la perle qui la chausserait. Il s'occupait tant d'elle qu'il savait même quelle pointure elle chaussait. Apparemment, il trouva son bonheur car il ressortit avec un sachet qui prenait visiblement la forme d'une boîte de chaussure.

Quand il eut terminé sa tournée des boutiques, son amie lui demanda s'ils rentraient. Il lui répondit d'un air indigné que c'était encore loin d'être terminé. Cassandre soupira mais le suivit tout de même.

La prochaine étape était le centre de beauté. Il était divisé en deux après l'entrée : le coin des hommes et celui des femmes. Harry expliqua ce qu'il voulait à l'esthéticienne et partit du côté des hommes.

La femme prit Cassandre par le bras et la fit passer par la porte réservé aux femmes. C'était un grand couloir où débouchait pleins de portes. Elle la fit entrer par l'une d'elle dans une pièce ressemblant à un bloc opératoire, en plus décoré. Il y avait un siège incliné blanc au milieu de la pièce et une lampe à halogène planté dessus. La femme fit s'allonger Cassandre sur le fauteuil et approcha un tabouret métallique qui était dans un coin pour s'asseoir dessus. D'un tiroir, elle sortit une mallette grise. Elle contenait des accessoire d'esthétique. Elle la posa sur une table qu'elle avait aussi approché – elle était sur roulettes. Contre un mur, un meuble blanc semblait contenir des instruments d'épilation. Dessus, il y avait des pots. Quand la femme en prit un, Cassandre comprit qu'ils était remplit de cire épilatoire. L'esthéticienne en appliqua autour des sourcil de sa cliente. Elle attendit quelques secondes que la cire durcisse puis la retira en tirant d'un coup sec. Si Cassandre avait ressentit de la douleur au début, elle s'était habitué à force de se faire épiler. À la pince à épiler, la femme lui enleva les cils qui étaient toujours en trop. Elle n'eut pas besoin de lui épiler les jambes ou les aisselles, ni même le maillot car Cassandre l'avait fait faire il n'y avait pas très longtemps.

La femme inclina le dossier du siège complètement, de sorte que Cassandre se retrouva entièrement à l'horizontale. Elle lui fit fermer les yeux et commença à lui enduire le visage de crème. Contrairement à ce que la jeune fille s'attendait, elle ne lui posa pas de concombre sur les yeux mais un masque de nuit sans élastique. Elle lui appliqua du lait hydratant sur les jambes et de la crème rafraichissante sur les pieds.
Elle lui enleva ensuite le masque et la crème du visage avant de lui en appliquer une autre qu'elle ne devrait pas, lui dit-elle, essuyer.

Elle sortit et entra une autre femme, plus petite, une serviette entre les mains. Elle la posa sur le tabouret métallique et fit retourner Cassandre sur le ventre. Ensuite, elle lui massa les épaules, le dos et les pieds. Quand elle eut terminé, elle sortit. Cassandre attendit un moment avant que la première femme ne revienne et l'emmène dans ce qui était sans doute un bain à remous, vu les bulles qui sortaient de l'eau. La jeune fille se déshabilla et entra dans le spa. L'esthéticienne la laissa seule environ une demi-heure avant de revenir la chercher. Pendant qu'elle séchait dans une serviette éponge, la femme lui fit un soin des cheveux, les lui rinça et lui rendit ses vêtements. Enfin, elle retourna dans la pièce d'entrée, où Harry l'attendait, lisant un de ses magazines.

Lorsqu'il la vit, un grand sourire étira ses lèvres et il se leva pour l'accueillir.

« Alors, comment te sens-tu ? Détendue ?
– Plus que jamais, sourit Cassandre.
– Tant mieux, approuva Harry. Demain sera une longue journée. Tu auras besoin de toutes tes forces. Allons-y !
– C'est enfin fini ? S'enquit la jeune fille.
– Oui ! Je te libère !
– Ouf ! »

Cassandre appela Tom pour qu'il vienne les chercher et en attendant qu'il arrive, ils allèrent goûter, un peu tard cependant. Harry commanda un café noir, Cassandre un milkshake banane. Pour lui faire plaisir, elle ne prit aucun gâteau. Ils allèrent chercher la robe – enveloppée dans une housse, si bien que Cassandre ne put la voir – et rejoignirent le parking où Tom était déjà arrivé. Ils montèrent en voiture et la jeune fille, tellement détendue de sa séance en institut, s'endormit presque pendant le trajet. Quand le véhicule se gara dans l'allée de la maison, il était bientôt 7 heures du soir. Cassandre déposa un baiser sur la joue de Harry et le remercia.

« Mais de rien ma belle. A demain et repose-toi bien. Je ne veux pas voir de rides demain ! »

Elle descendit et gagna la maison pendant que la voiture redémarrait pour ramener Harry chez lui.

Quand Cassandre rentra, le moment de passer à table avait sonné. Après avoir posé ses affaires dans le salon – affaires qui ne comprenaient ni la robe ni les chaussures – elle rejoignit sa famille dans la salle à manger. Elle ne fit que picorer en répondant à sa mère qui lui quémandait des détails de sa journée. Elle demanda la permission de sortir de table et pour une fois, Rose ne fut pas contrariante et la lui accorda. Elle devait se douter que cette journée à faire les boutiques avait été éprouvante pour sa fille qui n'aimait pas ça.

Cassandre monta dans sa chambre et ne prit pas de bain avant de se coucher puisqu'elle avait été dans le jacuzi. Elle se mit immédiatement en pyjama et se glissa dans son lit. Elle était tellement fatiguée que cette nuit-là, elle rêva pas.

« Allez, debout, on se lève ! Nous avons seulement deux heures pour te préparer ! »
Harry réussit un réveil encore plus brutal que celui de Tibault. Cassandre ouvra les yeux avec difficulté. La lumière l'aveugla un instant puis elle vit clairement. Et faillit s'étrangler. Dans sa chambre, une armée de maquilleurs et de coiffeurs installait leur équipement. La jeune fille, l'esprit toujours embué par le sommeil, eut du mal à intégrer les informations. Il y avait des gens. Qu'elle ne connaissait pas. Dans sa chambre. Et accessoirement, elle était dans son lit, en pyjama, débraillée, décoiffée, pas maquillée et sans sa dose de caféine traditionnelle du matin. Pas normal. Elle se redressa sur les coudes.

« Bonjour, Harry. C'est comme ça qu'on salue les gens habituellement. Quand on est civilisé.
– Pas le temps, ma belle. Allez, va prendre une douche, qu'on puisse passer aux préparatifs.
– Pas tant que j'aurais pas eut mon café, refusa l'endormie en boudant.
– Roh, tu ne peux pas t'en passer pour une fois ? S'exaspéra Harry.
– Va me chercher mon café, répliqua-t-elle en détachant chaque syllabe.
– Plus bornée tu meurs, soupira le jeune homme. Très bien, je vais te faire ton café. Autre chose, mademoiselle-sans-mon-café-du-matin-je-boude ?
– Un croissant. Doré. S'il te plait, rajouta-t-elle sous le regard noir d'Harry.
– A vos ordres mon capitaine. »

Cassandre leva les yeux aux ciel et se laissa tomber sur le dos. Il avait le don de l'agacer et pourtant elle n'arrivait pas à lui en vouloir. Et puis elle savait qu'il faisait tout ça pour elle. Et qu'il ne lui résistait rien. Finalement, elle n'était pas mécontente d'avoir Harry pour ami. Elle se sentait princesse avec lui, tant il était toujours aux petits soins pour elle. Avec lui, elle avait le droit d'être capricieuse. Il ne le lui reprochait jamais. Pas sérieusement. Parfois, il lui en faisait la remarque, mais toujours en rigolant.

Harry revint une dizaine de minutes plus tard. Il lui donna son croissant et son café puis partit à la rencontre des professionnels qui parlaient entre eux avec enthousiasme. Cassandre savoura son café, qu'elle but en plusieurs gorgées, alternant boisson et croissant. Enfin, elle sentit l'excitation – plus de découvrir sa robe que de la fête, y étant habituée – prendre le pas sur la fatigue. Elle se leva de son lit et sauta immédiatement sous la douche. Puis, elle joua le jeu et se laissa chouchouter.
Une femme s'occupait de sa main gauche tandis qu'une autre s'affairait sur la droite, lui limant, polissant, renforçant et vernissant ses ongles. Elles ne furent pas fantaisistes et se contentèrent des les peindre de couleur perle. Pendant ce temps, une femme et un homme se disputaient ses cheveux. Elle les sentait lui mettre un bandeau – tressé, elle l'aurait parié – puis lui relever plusieurs mèches et les coincer dedans jusqu'à qu'elles soient toutes attachées. Uniquement quand ils eurent fini, un homme et trois assistantes vinrent la maquiller. Cassandre dû rester immobile pour ne pas faire bouger le maquilleur et que ses traits soient droits. Elle eut plus l'impression de se faire peindre comme un tableau que maquiller. Il lui appliqua fond de teint, fard à paupière et à joue, eye-liner, mascara, rouge à lèvre et gloss. Après une bonne heure de préparation en tout genre, Harry revint à la charge et la fit se lever de son siège. Il lui intima de fermer les yeux et l'aider à enfiler sa robe et ses chaussures. Il fit les derniers ajustements, la plaça devant un miroir et lui donna enfin la permission de regarder.

Cassandre ouvrit les yeux et resta stupéfaite devant son reflet.

« Harry... C'est... C'est vraiment magnifique. »

----

Il y a des parenthèses entre tous les "lycée" parce qu'on m'a fait remarqué qu'à 19 ans, Cassandre ne pouvait plus être au lycée, à moins d'avoir redoublé. Or, elle ne l'a pas fait, donc, le temps que je me renseigne pour savoir où elle a cours, je mets des parenthèses.

~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~

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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mer 15 Aoû - 12:38

Non, je n'ai pas fini de vous torturer avec mes chapitre de 40 mètres de long x)

CHAPITRE 3
Flashs

« Harry... C'est... C'est vraiment magnifique.
– N'est-ce pas ? Sourit le concerné. »

Cassandre ressemblait à une version moderne d'une déesse grecque. Son ami n'avait pas mentit. Quand il disait « déesse », c'était bien déesse. Dans tous les sens du terme.
La robe était de couleur nacré, en soie. Elle était bustier, moulante et lui arrivait aux genoux. Le bas ressemblait aux jupes de tailleurs. Sur la poitrine, des pans de tissus s'emmêlaient, s'entrecroisaient et formaient un rendu difficile à décrire. Dans le dos, un voile beige transparent prenait racine en trois points et flottait librement. Il était plus long que la robe, ce qui donnait un effet traîne. Elle chaussait de simples escarpins fermés, de couleur identique à la robe. Quant à la coiffure, elle était sublime. Comme elle l'avait deviné, le bandeau dans ses cheveux était tressé. De couleur doré, on aurait dit un diadème. Toutes ses cheveux convergeaient en arrière, passé dans l'élastique du bandeau. De sorte qu'ils formaient autour de sa tête une sorte de couronne. Son maquillage, discret mais élégant, complétait le tout. Son visage toujours si pâle avait été légèrement rosi aux joues. Un marron clair recouvrait ses paupières, ainsi qu'un fin trait d'eye-liner, qui, pointant vers le haut à l'extrémité des yeux, lui donnait des airs de biche. Ses lèvres, quant à elles, étaient juste rosies et brillantes, grâce au gloss.

Vraiment, le résultat était bluffant. Cassandre sauta au cou d'Harry en guise de remerciements et celui-ci lui hurla de faire attention à ne pas gâcher tout ce travail. Alors elle se tint tranquille. Néanmoins, elle était impatiente de retrouver ses amis. Elle resta dans sa chambre jusqu'à ce que la fête commence, sur les coups de midi et que la musique sirupeuse se mette à envahir toutes les oreilles. Elle descendit en compagnie de Harry qui lui avait tendu le bras. Au moment d'entrer dans la salle de réception, un vertige la prit et elle dû s'accrocher au bras de son ami pour ne pas tanguer. Harry prit une mine inquiète et lui demanda si elle allait bien. Elle répondit par l'affirmative et ils firent leur entrée dans le grand salon. Plutôt une salle de bal à vrai dire, vu la superficie de celui-ci. Quelques regards admiratifs se tournèrent vers eux quand ils apparurent. Il faut dire que Harry était très élégant aussi. Il était en costume noir, avec une chemise bleue ciel et un nœud papillon. Il ne portait pas la veste de costume mais un gilet d'homme, ce qui rajoutait une petite touche d'originalité. Tellement lui, en fait. Côte à côte, ils devaient vraiment faire un beau duo.

Dès qu'elle les vit, Rose se précipita vers eux.

« Oh mon Dieu Harry, tu as fait des merveilles. Elle est su-blime ! »

Cassandre sourit à ce dernier mot, étant le même et prononcé de la même manière que ce qu'avait dit Harry la veille. Le jeune homme remercia Rose et vanta les mérites d'avoir un si beau modèle. Cassandre les laissa à leur discussion et se dirigea vers les invités afin de saluer tout le monde, comme elle était sensée le faire. Plusieurs fois, on la complimenta sur sa tenue et elle fit de même.

Elle venait de terminer sa tournée quand deux mains se posèrent sur ses yeux.

« Devine qui c'est ! Lui ordonna une voix malicieuse.
– Jeph, tu sais que Harry va te tordre le coup si tu abimes mon maquillage ?
– Pfff, souffla-t-il. T'es pas drôle. Et pis c'est qui ce Harry d'abord ?
– Je te le présenterais plus tard, conclu-t-elle, sans lui laisser l'occasion de répondre. »

Cassandre se retourna et contempla Jeph. Il portait le traditionnel costume cravate, mais sa chemise était en soie nacré, exactement de la même teinte et texture que sa robe.

« Hum, tu es sûr que tu ne le connais pas déjà ? C'est étrange quand même que mon cavalier soit habillé assorti à ma tenue alors que je ne savais rien d'elle et que toi non plus, tu ne trouves pas ?
– Je ne vois pas de quoi tu parles, détourna Jeph. Simple coïncidence.
– Mais oui bien sur.»

Sa voix trahissait son amusement et Cassandre en déduisit qu'il se fichait d'elle et qu'il avait effectivement été contacté par Harry. Néanmoins, elle le prit dans ses bras et lui déposa un baiser sur la joue avant de saluer chaleureusement ses autres amis qui attendait derrière. Kan et Lia, évidemment venus ensemble, étaient très beaux. La robe de Lia resplendissait. Longue, elle frôlait le sol et sa couleur verte clair était originale, mais pas décalée. Elle aurait pu rater sa tenue avec une teinte si osée mais pas du tout. Ses cheveux pendaient dans son dos, lisses, et son maquillage restait discret, dans les même tons que sa robe. Kan et Mathi étaient resté dans le traditionnel avec un simple costard cravate avec chemise blanche.

Cassandre les serra tous dans ses bras et leur fit la bise puis alla saluer leur famille, qui discutait avec animation avec Rose.

Le repas fut servit lorsque tous les invités furent arrivés. Cassandre et ses quatre amis se retrouvaient en bout de table, non loin de leurs parents. Elle était entre Jeph et Mathi et Kan et Lia en face d'eux. Le repas se déroula calmement pour certains, avec bruit pour d'autres. Les cinq amis parlaient entre eux, intervenant de temps en temps dans les conversations de leurs géniteurs, quand ce n'était pas l'inverse.
Le dessert arriva et Cassandre fondit dessus, prenant garde toutefois de ne pas se tâcher. Harry, à sa diagonale, la regardait d'un air sévère qui voulait dire « si tu tâches ta robe, je te fais la peau ». Puis voyant qu'elle se reprenait et mangeait délicatement, il sourit, et rit même lorsqu'il comprit qu'elle exagérait volontairement, en se donnant de faux airs, le petit doigt en l'air.

Puisqu'un gala n'en serait pas un s'il n'y avait pas de danse, le bal fut ouvert. Il ne fallait pas s'attendre à de la musique de jeune, qui bouge et tout le toutim. De toutes façons, seuls ce qu'on appelait les « nouveaux riches » s'y attendaient car toutes les prestigieuses familles savaient à quoi s'en tenir. De plus, elles auraient trouvé ça déplacé de bouger comme des sauvages sur des musiques entraînantes. Aussi, les plus jeunes se contentaient-ils d'attendre de se retrouver seulement entre eux pour aller en boîte.
Ainsi donc, les musiques étaient des valses ou alors des slows.

Pendant une petite demi-heure, peu de couples s'aventurèrent sur la piste. Tous digéraient avant de se mettre à danser. Néanmoins, la salle prévue à cet effet fut bientôt remplie.
Rose dansa avec Pierre, Kan avec Lia, Tibault fit la ronde avec Éléna et Mathi réserva une danse à Cassandre. Celle-ci valsa d'abord avec Harry qui voulait absolument danser avec son chef d'œuvre de la soirée et avec d'autres personnes, qu'elle connaissait plus ou moins bien.

Cassandre ne put déterminer combien de temps elle passa sur la piste, mais cela lui semblait être une éternité. Elle alla s'asseoir sur un des canapés qui longeaient les murs. Mathi la rejoint, lui tendant un verre de cocktail. Elle le prit avec soulagement et se désaltéra.

« Déjà fatiguée ? Demanda le jeune homme en souriant.
– Tu n'as pas idée d'avec combien d'hommes j'ai dansé ! Et puis j'ai chaud. Dire qu'on est en novembre ! S'emballa Cassandre.
– Mais tu m'avais promis une danse, bouda Mathi. J'ai fait tournoyer plein de jeunes filles, la plupart bien artificielles d'ailleurs, mais toujours pas toi.
– Allez, concéda-t-elle, je vais tenir ma promesse.
– J'ai cru que tu ne le dirais jamais ! »

Cassandre rigola et, se levant, prit la main de Mathi pour l'emmener danser. Comme tous ceux de bonnes familles, ils avaient apprit à danser la valse, ainsi que d'autres danses de salon, et se débrouillaient bien. Mathi fit rire Cassandre en lui racontant comment plusieurs filles l'avaient abordé et dragué. Il avait toujours un petit mot pour la faire rire, une anecdote à raconter.

Quand la valse se termina, un slow débuta. Un doigt vint se poser sur l'épaule de Mathi et celui-ci, se retournant, découvrit Jeph, tout sourire.

« Tu me laisses la place ? Demanda-t-il à son ami. »
Mathi opina et s'en alla danser avec quelqu'un d'autre après avoir embrassé Cassandre sur la joue.

« M'accorderez-vous cette danse ? Demanda à nouveau Jeph.
– Évidemment, gros bêta. »

Cassandre enroula ses bras autours du cou du jeune homme et celui-ci plaça ses mains sur les hanches de sa partenaire. Ils dansèrent plusieurs minutes en silence quand Jeph le rompit :

« Est-ce que je t'ai dit que tu étais magnifique ? Murmura-t-il à son oreille.

Elle sentait son souffle dans son cou.

– Non, mais merci, sourit-elle.
– En fait, non, tu n'es pas magnifique. Tu es pire que magnifique, tu es splendide et encore plus.

Cassandre rigola doucement.

– Ne me lance pas des fleurs, tu sais que ça ne me réussit pas. Je vais encore avoir les chevilles gonflées, se moqua-t-elle.
– Ne sois pas ridicule, continua-t-il. Je dis juste la vérité. De toutes les personnes présentes dans cette salle, tu es la plus belle.
– Merci, chuchota la jeune fille, touchée.
– C'est naturel.
– Toi aussi tu es beau. Bien élégant. Je m'étais toujours demandé à quoi tu ressemblerais habillé en costume.
– Et tu es satisfaite ?
– Oui. Je suis sûre que tu as fait bavé toutes les filles présentes aujourd'hui, plaisanta-t-elle à moitié.
– Ah oui ? Je ne m'en suis pas rendue compte.
– Et il n'y en a aucune que tu as préféré aux autres ? Avec qui tu aimes le plus danser ?
– Si, avec toi. Les autres n'ont pas d'intérêt à mes yeux.
– Je ne te parle pas comme ça, Jeph. Pas d'amitié. Pas même de la très forte amitié, comme nous deux. Je te parle d'une fille pour qui tu aurais éprouvé plus que de l'attirance ou de l'amitié.
– Alors non.
– Moi non plus. »

Leur échange avait duré le temps de deux slows, aussi, ils allèrent s'asseoir un moment. Ils continuaient à discuter quand le regard de Cassandre fut attiré vers l'entrée de la salle – deux grandes portes vitrées. Sa mère discutait avec entrain avec la dernière personne que la jeune fille aurait voulu voir.

« Oh non. Jeph. Jeph, il faut que je me cache !

Elle serra le bras de son ami.

– Pourquoi, qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle n'eut pas le temps de répondre que sa mère était déjà en face d'eux, un sourire grand comme pas permit.

– Ma chérie ! Devine qui vient d'arriver ? C'est Jérôme !

Cassandre fit un sourire crispé.

– Bonjour Cassandre, dit le bellâtre qui se tenait près de Rose d'une voix suave.
– Bonjour.

Rose fronça les sourcils.

– Et bien, tu ne l'embrasses pas ?

La jeune fille se leva et fit la bise à l'arrivant.

– Allez Cassandre, va danser avec Jérôme !

La concernée lança un regard de détresse à Jeph.

– Cassandre et moi allions retourner danser, madame, intervint celui-ci.
– Mon petit Jeph, vous y avez déjà été deux fois, vous pouvez bien laisser la place aux autres. Ne vous en faites donc pas, vous la rejoindrez après. Et puis vous dormez ici ce soir, n'est-ce pas ? Laissez profiter ceux qui n'ont pas cette chance. Allez, mes enfants, allez danser ! »

Cassandre posa sa main sur le bras de Jérôme avec contrariété. Celui-ci l'emmena au milieu des autres danseurs et Rose eut une mine réjouie. Jeph, lui, s'inquiétait pour son amie. Il était rare qu'elle soit si réfractaire à quelque chose. Elle avait vraiment l'air apeurée, contrariée.

La jeune fille se retrouvait face à celui qu'elle avait toujours évité. Enfin, toujours, non. Lorsqu'ils étaient enfants, ils aimaient se retrouver pour jouer ensemble. Elle avait beaucoup rie avec lui. Mais ils avaient grandi. Tandis qu'elle cherchait son indépendance, ne voulait pas suivre les pas de ses parents, lui devenait le séducteur que tout le monde voyait en lui et se préparait à succéder à son père. Et alors qu'elle s'éloignait de lui, sa mère la forçait à le voir. Puis elle avait apprit. La raison de tout, depuis le début. Aussi avait-elle décidé de couper les ponds, de ne plus avoir de contact avec lui. Mais c'était sans compter Rose. À tous les évènements qu'elle organisait, elle l'invitait. Et ça tuait Cassandre de devoir le voir, le toucher, danser avec lui et faire semblant que tout était normal.

Jérôme était grand, un mètre quatre-vingt-cinq à peu près. Ses yeux étaient bruns et ses cheveux blonds. Il avait un visage carré et la carrure musclée. On voyait qu'il entretenait son corps. Cassandre avait horreur de ça. Des garçons qui passent des heures en salle de sport pour avoir un corps de rêve. Tout autant que de son sourire hypocrite donc il ne se départait jamais.
La main droite de Jérôme tenait avec force celle de Cassandre tandis que sa gauche la serrait toujours davantage contre lui. Danser avec lui n'était pas agréable, car il ne la laissait pas libre de ses mouvements mais la forçait à le suivre. Il voulait la dominer.

« Ma chère Cassandre. Voilà longtemps que l'on ne s'était pas vu. Me fuirais-tu ? Commença-t-il d'une voix douceâtre.
– Oui et ne fait pas semblant de ne pas le savoir, répliqua-t-elle sèchement. Tu t'attendais peut-être à ce que je te tombe dans les bras mais désolée de te décevoir, ça ne sera pas le cas. En fait non, je ne suis même pas désolée. Si ça ne tenait qu'à moi, je serais déjà loin de toi, et surement pas en train de danser avec toi.
– Alors heureusement qu'il n'en tient pas qu'à toi, chuchota-t-il. C'est bien dommage que tu sois si farouche avec moi, mais ça n'en rajoute que plus de piment. J'aime les femmes avec du caractère. Et tu sais qu'un jour, je t'aurais.
– Jamais.
– Tu devrais voir ta mère, Cassandre. Elle rayonne de joie. Veux-tu la priver de ça ? Ne veux tu pas son bonheur ?
– Pas au détriment du mien.
– Allons, allons, fit-il, de la voix du père consolant son enfant. Tu serais tellement mieux avec moi. Un jour, tu viendras te jeter dans mes bras. Tu ne pourras plus te passer de moi. Et plus vite tu comprendras ça, mieux ça sera, pour toi comme pour moi.
– Ne prends pas tes rêves pour la réalité. Tu peux berner autant de filles qu'il te plairas, mais moi, tu ne m'auras pas, déclina-t-elle d'un ton sec.
– Je ne désire que toi, insista-t-il.
– Ce n'est pas réciproque. »

La chanson étant terminée, Cassandre s'enfuit de la salle de bal et alla se réfugier sur la terrasse de la salle de réception – qui n'était pas la même que la salle de bal.

Jeph vint la rejoindre et s'accouda à la barrière du balcon, à côté d'elle. Tandis qu'elle regardait le sol à plusieurs mètres de leurs pieds, lui contemplait les étoiles.
Pendant un bon moment, il ne dit rien, respectant son silence. Mais il finit par craquer et demanda :
« C'est qui Jérôme ?
– Un garçon que je connais depuis petite, répondit-elle, fermée.
– D'accord, mais pourquoi avais-tu l'air si contrariée à l'idée de danser avec lui ?
– Pourquoi tu dis ça ? Demanda-t-elle, faisant mine de ne pas savoir de quoi il parlait.
– Tu crois que je n'ai pas vu le regard que tu m'as lancé ni la façon dont tu t'es enfuies à la fin de la musique ?
– C'est... hésita la jeune fille. C'est le garçon auquel ma mère espère me marier un jour. Elle ne me force pas. Mais une fois, je l'ai surprise en train de parler avec sa mère. Je passai devant le salon et je les ai entendu parler du fait que ce serait si bien si on nous mariait. Qu'elles avaient tout fait depuis que nous étions petits pour que ça se réalise. Elle me pousse constamment à le voir, à lui parler. Et lui est tout à fait d'accord avec elles. Il passe chaque minute où il est dans la même pièce que moi à essayer de me séduire. Mais il est tout ce que je déteste. La prétention, l'arrogance, l'hypocrisie, tout. Ils veulent tous que je finisse avec lui. Et lui est persuadé qu'un jour, je tomberais dans ses bras. Je ne veux pas. Et je ne supporte plus de devoir fuir devant lui, d'avoir cette constante angoisse de le voir. Je suis... fatiguée de cette sorte de course poursuite interminable.
– Je suis désolé, murmura Jeph. Je suis de tout cœur avec toi. Un jour ils se lasseront et laisseront tomber, tu verras.
– J'espère... J'espère. »

Longtemps, ils restèrent ainsi, à parler de tout et de rien. Puis Cassandre eut un vertige. Elle tangua et Jeph n'eut pas le temps de la rattraper. Ses genoux lâchèrent et elle glissa au sol. Les deux mains sur le sol froid et la tête baissée, elle tentait de reprendre ses esprits et le contrôle de son corps. Mais chaque vertige était plus puissant et plus dur à surmonter que le précédent. Elle frissonna et Jeph enleva sa veste pour la poser sur ses épaules. Elle respirait bruyamment. Le jeune homme s'inquiéta mais elle ne voulut rien savoir, s'entêtant à dire que ce n'était pas grave. Quand elle alla mieux, Jeph l'aida à se relever et ils rentrèrent à l'intérieur.
La soirée se terminait et les invités commençaient à partir. Cassandre laissa Jeph avec les autres et partit rejoindre Rose, Pierre et Tibault à l'entrée pour saluer les invités.

Harry ne s'en alla pas tout de suite mais aida d'abord Cassandre à défaire sa robe, se démaquiller et se décoiffer. Puis il partit.

Tandis que les domestiques rangeaient la maison – et il y avait à faire – Cassandre emmena ses quatre amis dans les chambres du haut. Il y avait dans l'une un lit deux places et dans l'autre deux lits une place. Bien que Kan et Lia soient en couple, ils ne tenaient pas à faire un scandale au cas où leurs parents, par le biais de Rose, apprissent qu'ils avaient dormi ensemble aussi fut-il convenu qu'ils dormiraient chacun dans un des deux lits une place. Mathi et Jeph eux coucheraient dans le lit deux places.

Néanmoins, il n'était pas l'heure de dormir mais plutôt de diner. Avec le repas de titan qu'ils avaient avalé plus tôt, ils ne se sentaient pas de manger un festin. Kan proposa de commander des pizzas et l'idée fut approuvée à l'unanimité. Cassandre chercha dans ses papiers et dénicha la carte d'un camion de pizza. Pendant une bonne dizaine de minutes, tous se disputèrent pour savoir quelles pizzas ils allaient commander. Tandis que Lia et Mathi souhaitaient une pizza quatre fromages, Kan voulait une pizza aux anchoix et Jeph aux poivrons. Quand à Cassandre, elle préférait les pizzas à la crème fraiche, façon tartiflette. Comme personne à part elle n'y avait gouté, ils décidèrent d'en commander une comme ça mais restait toujours la question de la deuxième pizza. N'arrivant à aucun résultat, ils finirent par tirer au sort et ce fut la pizza quatre fromages qui gagna. Lia eut un sourire triomphal et Mathi sauta sur le lit de Cassandre. Jeph et Kan eux, décidèrent de bouder. Mais quand Lia dit que dans ce cas, ils ne commanderaient pas de pizza du tout, Kan revint vers elle avec des yeux suppliant et, s'emparant du téléphone fixe que Cassandre avait posé sur son lit, composa le numéro du camion pizza.

Jeph ne voulut pas arrêter de faire la tête mais lorsque Kan et Cassandre remontèrent avec les pizzas en mains, il fut le premier à se jeter dessus. Cassandre demanda à Thérésa de bien vouloir leur monter des assiettes et verres en plastique et en même temps, Tibault se faufila et regarda Cassandre, les yeux brillants. Lia rigola et lui donna une part de chaque pizza puis il s'en alla aussi vite qu'il était venu.

Ils jouèrent au monopoly tout en mangeant. Ils s'étaient installé sur une table basse et assis sur des petites chaises multicolores. Kan, qui faisait la banque, tenta de se donner plus d'argent qu'aux autres mais la supercherie fut vite découverte. Cassandre finit par perdre presque tout son argent – les cartes chances n'étaient pas très gentilles avec elle – aussi fit-elle mine de s'allonger par terre à cause d'un mal de ventre. Puis, discrètement, elle se glissa sous la table et ressortit une main du côté de Mathi pour lui piquer quelques billets – c'était lui qui gagnait. Mais celui-ci la repéra et lui attrapa la main.

« Ah, et tu fais comment maintenant hein ?
– Mais heu, c'est pas juste ! Pourquoi c'est toujours moi qui perd ?
– C'est la vie ma pauv' Lucette, la nargua-t-il.
– Pffff c'est un jeu tête d'âne, grogna la jeune fille. En quoi c'est la vie ? J'achète pas des maisons tous les jours moi. Et encore moins des gares, des centrale d'électricité ou d'eau hein !
– C'est ça, c'est ça. Arrête de faire ta malheureuse et retourne à ta place.
– Je t'achète ta maison sur le boulevard des Capucines si tu veux, proposa Jeph.
– Bah voyons, comme ça tu auras toutes les vertes !
– Oui mais toi tu auras plus d'argent.
– C'pô juste, j'vous dit !
– Moi je te prend l'avenue Mozart ! Renchérit Lia.
– Non mais vous avez pas finit de vouloir me dépouiller ? Bouda Cassandre. Mes pauvres petites maisons. Je vous perd, mais vous resterez dans mon cœur toute ma vie, fit-elle, tragiquement.
– Tu devrais faire comédienne Cassandre, remarqua Kan.
– Je sais, je sais, sourit-elle, fière. Bon, qui veut mes maisons ? Pas chères, pas chères mes maisons ! Rigola-t-elle à nouveau, d'un ton de poissonnière. »

La partie se termina dans les rires et les « boudages » de Cassandre, avec une victoire fracassante de Mathi. Ils voulurent ensuite regarder un film mais n'étaient pas d'accord sur le genre. Les filles voulaient voir du romantique et du fantastique et les garçons de l'horreur. Il choisirent de voter mais comme les garçons étaient plus nombreux, ils gagnèrent.
Ils s'installèrent sur le grand canapé en face de la télévision et Cassandre se mit entre Jeph et Mathi à qui elle prit un bras chacun et les serra si fort qu'ils eurent peur de les perdre. Jeph jeta un regard interrogateur à la jeune fille.

« Je me prépare, dit-elle. Dès qu'il y a la moindre goûte de sang ou le moindre cri, je meurs de peur. Alors ne vous étonnez pas si vous finissez avec le bras broyé. »

Les garçons rigolèrent et Lia mit le film en route puis elle vint ensuite se caler entre Mathi et Kan. Dès les premières minutes du film, un homme avec un couteau assassinait toutes les personnes qui se trouvaient sur son passage et Cassandre se crispa encore plus. Au bout d'une demi-heure, elle avait déjà crié trois fois et capitula, enfouissant sa tête dans l'épaule de Mathi. Kan se moqua d'elle et elle lui envoya un coup de point dans la poitrine, écrasant au passage Mathi et Lia qui se trouvaient au milieu. Le film se finit au bout de deux heures dix au grand soulagement de Cassandre. Comme il se faisait vraiment tard, ils allèrent tous se coucher.

Cassandre mit du temps à s'endormir. Elle était heureuse de la journée – si on ne comptait pas l'épisode Jérôme – mais aussi préoccupée. Les cauchemars, ainsi que les vertiges, étaient de plus en plus présents. La jeune fille avait beau faire semblant de ne voir le problème, elle savait bien qu'il y en avait un. Quelque chose ne tournait pas – plus – rond chez elle. Cela l'effrayait mais elle ne voulait pas se laisser submerger par la peur. Et elle ne voulait pas encore inquiéter ses amis, aussi faisait-elle comme si de rien n'était.
Cassandre choisit de penser à autre chose et ses pensées se portèrent sur ses amis, qui dormaient à côté. Mathi était un peu le grand frère de tout le monde. Toujours gentils, parfois un peu taquin, il pensait au bonheur des autres avant le sien. Kan était le pitre de service, au même titre qu'elle. Il aimait particulièrement l'embêter sur ses petits travers. Cassandre avait toujours trouvé Lia réservée et bien qu'elle ait eu l'occasion de la voir plus ouverte qu'au début, elle restait la plus introvertie de tous. Bien sur, elle prenait part aux plaisanteries et aux jeux du groupe, mais toujours modérément. Cassandre mettait ce comportement sur le compte de l'éducation qu'elle avait reçu. Quant à Jeph, c'était le plus gentils avec elle, toujours plein d'attention envers elle. Elle savait qu'elle pouvait tout lui dire et pourtant, elle se bloquait toujours quand il s'agissait des choses les plus importantes. Il savait lui tirer les vers du nez mais Cassandre ayant toujours été quelqu'un de déterminé, il n'obtenait que rarement des réponses vraiment complètes. Cela dit, il était sans doute aussi têtu qu'elle aussi n'abandonnait-il jamais.

C'est en ressassant tout ce qu'elle savait de ses amis que la jeune fille s'endormit.

*

Encore ces yeux rouge et noir. Et puis des lèvres, écarlates, comme pleines de sang. Un murmure, à vous glacer d'effroi. Toujours les mêmes paroles « Cassandre, Cassandre. Épouse-moi. Viens à moi. Sois mienne, sois ma reine. Règne avec moi. Cassandre... Cassandre... ». La peur. Pire même. La terreur. Elle court. Dans le noir. Elle ne sait pas où elle va. Elle se sent oppressée. Quelque chose se referme sur elle. C'est l'obscurité qui la tient entre ses mains de ténèbres. Et le chuchotement de l'enfer continue, lent. Il se délecte de sa frayeur. Elle va exploser sous la peur. Elle ne sait plus quoi penser. Son esprit s'embrouille. Une silhouette avance vers elle. Elle est plus noire que le noir l'environnant. Elle tend les mains et la prend. La jeune fille se sent comme un pantin inanimé. Elle n'est plus capable du moindre mouvement. Et la silhouette rigole. Un rire sinistre. Un rire glacial. Un rire à vous déchirer les tympans. « Cassandre..., murmure-t-elle encore, tu es à moi. » La jeune fille souffre. Elle souffre de son inertie. Elle souffre de tout et de rien à la fois. Elle souffre tellement que la seule chose qu'elle peut faire, c'est crier, encore et encore. Elle crie dans son cœur, dans sa tête. Son âme crie avec elle. Mais personne ne peut l'entendre. Elle est seule dans le noir.

*

Jeph fut réveillé en sursaut par un cri. Non, pas un cri, plus que ça, un hurlement. Il courut vers la provenance du son déchirant. C'était la chambre de Cassandre. Kan et Lia étaient déjà réveillés et la regardait se débattre dans son sommeil. Mathi ne tarda pas non plus. Tous l'observaient, choqués, ne sachant pas quoi faire. Elle semblait souffrir. Tellement souffrir. Elle bougeait dans tous les sens, comme si elle se battait avec quelqu'un. Avant que quelqu'un d'autre ne soit réveillé par ses cris, Jeph se précipita à son chevet. De près, il put voir qu'elle pleurait. Il intima aux autres de retourner se coucher et se glissa dans le lit avec elle. Il la prit dans ses bras et la berça. Il lui murmurait que c'était fini. Que tout allait bien. Qu'il était là avec elle. Et elle se calma. Cependant, ses larmes continuèrent de couler. Elle respirait bruyamment. Du fond de son inconscience, elle avait entendu sa voix. Néanmoins, elle avait toujours peur. Et dans son rêve, bien que la silhouette soit partie, l'obscurité, elle, était toujours là.

Jeph continua de la bercer jusqu'à ce qu'elle soit totalement calmée et s'endormit à côté d'elle.

Cassandre ouvrit les yeux. Elle se remémora son cauchemars. Cette fois-ci, il avait été particulièrement violent. Sans doute le plus effrayant et le plus éprouvant depuis qu'elle avait commencé à en faire. Elle en était toute chamboulée. Elle sentit un souffle dans son cou. Étonnée, mais aussi inquiète, elle se retourna et se retrouva face à Jeph. Sa surprise grandit encore plus. Que faisait-il là ? Quand l'avait-il rejoint dans son lit et surtout pourquoi ? Elle s'aperçut alors que le t-shirt de son ami était mouillée. Et elle percuta. Elle avait dû faire du bruit à cause de son rêve. Il était venu pour la réconforter. Et elle avait pleuré. Tant pleuré que les larmes sur Jeph n'avait pas encore séché. La jeune fille se sentit très mal. Il avait dû s'inquiéter. Et il lui poserait des questions à coup sur dès qu'il serait levé. Avait-elle aussi réveillé les autres ?

Elle sortit du lit – heureusement qu'il était deux places sinon Jeph n'aurait jamais pu rester dessus sans tomber. Elle se dirigea vers la douche puis se ravisa. Si elle la prenait ici, elle réveillerait assurément les autres. Alors, elle prit son nécessaire de toilette et ses habits puis descendit à l'étage en dessous pour prendre sa douche dans l'une des salles de bain qui s'y trouvaient. L'eau dégoulinant sur son corps lui fit un bien fou. Elle dénoua ses muscles et effaça les dernière traces de la nuit sur ses joues. Elle se retint de pleurer encore. Ce qui se passait la nuit restait la nuit. C'était la règle qu'elle c'était imposé quand les cauchemars avaient commencé. Elle s'était promis de n'en parler à personne, de ne pas y penser pendant la journée. Elle aurait dû penser au fait qu'en invitant ses amis à dormir chez elle, il y aurait de fortes chances pour qu'ils l'entendent. Elle devait tout faire pour qu'ils croient à un petit cauchemars de rien du tout.

Cassandre sortit de la douche, se sécha et s'habilla puis se maquilla légèrement pour cacher ses yeux bouffis et ses cernes. Sans vouloir se l'avouer, elle était terrorisée à l'idée de se rendormir le soir à venir. Elle en avait assez de ne pas passer une nuit sans cauchemars. Du moins celle avant la fête avait été calme, du fait de sa fatigue. La jeune fille comprit soudain que si elle voulait ne plus rêver la nuit, il fallait qu'elle s'épuise pendant la journée. Elle décida alors de commencer immédiatement. Elle courut dans sa chambre, ouvrit les rideaux de toutes les fenêtres et tonna d'une voix claire :

« Debout bande de marmottes ! Une grande journée nous attend ! »

Elle passa dans la chambre où Mathi s'était retrouvé tout seul et fit des chatouilles à celui-ci. Il se réveilla difficilement, l'esprit embrumé par le sommeil. Dans la chambre de Kan et Lia, elle reprit la méthode de son frère et sauta sur le lit du garçon. Cependant, il était déjà à moitié réveiller et se retourna de sorte qu'elle se retrouva au sol, les quatre fers en l'air. Lia se réveilla à cause du bruit et rigola devant la posture et l'expression de Cassandre. Celle-ci se reprit et cria :

« Vengeance ! »

Elle remonta sur le lit de Kan et l'attaqua de chatouilles. Lia les rejoint et Mathi aussi.

Jeph ne participa pas à la mêlée mais les regarda, appuyé contre l'encadrement de la porte, les bras croisés. Il observa particulièrement Cassandre qui semblait de pas se rappeler de la nuit. Cependant, quand ils arrêtèrent de se bagarrer et qu'elle passa devant lui, s'arrêtant pour lui sourire, il put lire dans ses yeux qu'elle était profondément blessée. Il la connaissait si bien qu'il savait voir ses émotions dans son regard, même celles qu'elle tentait de cacher. Cela marchait peut-être avec les autres, mais pas avec lui. Elle lui lança un regard interrogateur et il fronça les sourcils. Comment arrivait-elle à rester si légère après la nuit qu'elle avait vécu ? Sa grande générosité et sa peur d'inquiéter ses amis lui donnait une force admirable.

Voyant qu'il ne répondait pas à sa question muette, Cassandre haussa les épaules et continua son chemin. Elle sortit de la pièce et descendit aux cuisines. Elle prépara un grand plateau de croissants, pains au chocolat, brioches et y posa des tasses et une cafetière bien remplie. La jeune fille s'étonna d'ailleurs d'avoir réussit à se doucher et à réveiller ses amis sans avoir prit son café du matin.

Elle se retourna pour repartir dans la chambre quand elle tomba nez à nez avec Jeph. Il avait une mine contrariée.

« Tu va enfin te décider à me dire ce qui ne va pas ? Rouspéta-t-elle.
– Ce serait plutôt à moi de dire ça, rétorqua-t-il.
– Pourquoi, s'étonna la jeune fille ? C'est pas moi qui fait la gueule depuis ce matin.
– Non, dit-il, amer, tu as juste hurler toute la nuit, pleurer sur moi jusqu'à l'aube, mais à part ça, il n'y à rien...
– J'ai juste dû faire un cauchemars à cause du film d'hier, c'est tout.
– Je sais bien que tu es froussarde mais le film ne faisait pas peur à ce point.
– Normal, conclut-elle, tu es un mec. »

Elle lui passa devant et monta rejoindre les autres. Ils lui sautèrent dessus quand ils virent le contenu de ses mains. Cassandre installa le plateau sur la table basse et tous se jetèrent dessus. La jeune fille fit une tournée de café et en en prit un grand mug. Jeph se décida quand même à les rejoindre. Mathi demanda à la jeune fille si ça allait mieux et elle comprit immédiatement l'allusion à la nuit. « Et mince ! Se dit-elle. » Elle les avait donc réveillé eux aussi. Elle lui répondit la même chose qu'à Jeph et personne ne chercha à aller plus loin.

« Ça vous dit une journée à la campagne ? Lança Cassandre à la cantonade, toujours dans son idée de s'épuiser avant la nuit.

Bien qu'il soit lundi, c'était un jour férié, aussi n'avaient-il pas cours.

– Bonne idée ! Approuva Mathi.
– Et si on pic-niquait là-bas ? S'excita Kan.
– Ce sera l'occasion de se faire bronzer, accepta Lia.
– Et toi Jeph, tu es partant ? Demanda Cassandre, faisant comme si de rien n'était.

Il hocha la tête.

– Parfait ! Alors, préparons les paniers pour midi. »

Il se mirent tous à la tâche et confectionnèrent des sandwichs de pâté, de jambon/beurre, de saucisson ou de salami puis prirent trois ou quatre sachets de biscuits apéritifs et des bouteilles de sodas qui restaient de la veille. Ils mirent toute la nourriture dans de grands sacs isothermes. Ensuite, il allèrent s'habiller en conséquence. Les garçons avaient ce qu'il fallait dans leurs affaires mais Lia n'avait rien d'assez décontracté pour la campagne alors Cassandre la laissa piocher dans son dressing.

Ils partirent vers 10 h 30. Mathi s'installa au volant d'une des voitures que les Cardonne gardaient dans leur garage. Exceptionnellement, Tom ne les emmena pas.

La voiture s'arrêta une heure plus tard devant une grande colline. Tout autour, il n'y avait que du vert : des champs, des collines, des champs, des champs, de l'herbe et encore des champs.

Les cinq amis montèrent au sommet de la colline et installèrent les couvertures et la nourriture.
Ils mangèrent tout de suite après, puisqu'il était déjà midi. Le repas ne se passa évidemment pas dans le calme. Accompagnés du sifflement du vent et des chants d'oiseaux, ils chahutaient, se chamaillaient, s'amusaient. Kan, un air de malice dans le regard, se mit à quatre pattes et imita le lion s'approchant de sa proie. Il sauta sur Cassandre, qui, surprise, roula le long de la pente de la colline. Le garçon descendit la rejoindre puis lui courut après. Cassandre s'enfuit et remonta péniblement rejoindre les autres. Elle se cacha derrière Lia mais il la contourna en feintant d'abandonner et lui chatouilla les côtes. Cassandre se tordit par terre, riant à ne plus en pouvoir.

« Oh, tu oses ! S'offusqua-t-elle.
– Oui, j'ose ! Répondit-il.
– Jeeeeph ! Sauve-moi ! Lia, dit-lui d'arrêter ! Pitié !
– Je n'arrêterais que si tu avoues que je suis le meilleur, dit-il. Allez, dis-le.
– Jamais !
– Alors je continue.
– Non ! Pitié, pitié, pitié. D'accord, d'accord, d'accord, capitula-t-elle, c'est toi le meilleur ! Arrête ! S'il te plaiiit !
– Et ?
– Et tu es le plus beau, continua-t-elle, le plus fort, le plus grand et je ne peux pas rivaliser avec toi !
– Je préfère ça, s'arrêta-t-il.

La jeune fille s'enfuit à côté de Jeph.

– Tu aurais pu m'aider quand même ! Traître !

Elle croisa les bras et leva le menton.

– Puisque c'est comme ça, je te boude !
– Tu en es incapable, dit Jeph, d'un ton calme.
– C'est ce qu'on va voir, répliqua-t-elle.

Kan alla s'assoir près de Lia et passa un bras autour de ses épaules.

– Alors, qu'en dis-tu ? Tu viens d'avoir la preuve que tu sors avec le meilleur, le plus fort, le plus beau... se vanta-t-il.

Lia rigola et leva la tête pour l'embrasser. Il lui rendit son baiser et ils s'enlacèrent.

– Hé ! Protesta Mathi, il y a des hôtels pour ça !
– Jaloux, va, rétorqua Lia. »

Ils rirent encore beaucoup quand le soleil commença à se coucher. Ils n'avaient pas vu le temps passer. Avant qu'ils n'aient eu le temps d'arriver à la voiture ni même d'emballer tous les restes, la pluie se mit à tomber. Et pas quelques gouttelettes. Non, de vraies trombes. Ils coururent alors jusqu'au véhicule et s'engouffrèrent à l'intérieur. Le ciel s'était beaucoup assombrit en très peu de temps. Si bien qu'à présent, il faisait nuit. Et les nuages cachaient les étoiles. Plusieurs éclairs zébrèrent le ciel, bientôt suivis de grands coups de tonnerre. Mathi démarra et suivit le chemin de terre qui les avait mené jusque là. Juste avant d'arriver sur l'autoroute, Cassandre se crispa. Dans sa tête, une image apparut. Les yeux. Les mêmes que dans son cauchemars. L'image disparut puis réapparut plusieurs fois. Comme des flashs. Elle suffoquait. Elle n'avait plus assez d'air et n'arrivait plus à respirer. Elle accrocha ses mains aux sièges avant et se courba, tentant de reprendre son souffle. Jeph, à côté d'elle, cria quelque chose, lui parla, mais elle n'entendait rien, ne comprenait pas. Ses oreilles bourdonnaient. Sa vue était obstruée par l'image répétée. Elle gardait les yeux grands ouverts mais impossible de voir la réalité de la voiture. Elle sentit à peine Jeph la secouer. Elle ferma les yeux très fort, se passa les mains dessus et secoua la tête. Elle commençait à avoir le tournis à cause du manque d'air. Soudain, sa gorge se débloqua, ses poumons fonctionnèrent à nouveau et la seule chose qu'elle put faire, c'est crier. Un hurlement à vous déchirer les tympans. Mathi avait arrêté la voiture quand elle avait commencé à faire sa crise et Kan et Lia avaient ouvert les deux portières. Poussant Jeph, Cassandre se rua à l'extérieur. Elle inspira un grand coup l'air frais. Puis vomi sur le bord. Elle rendit toutes ses tripes. Elle respirait vite, essoufflée. La pluie la trempait jusqu'aux os mais elle ne la sentait pas. Elle n'avait plus pied dans la réalité. Elle revint à elle quand Jeph la prit par la main pour la rentrer dans la voiture. Comme la veille, il ôta sa veste pour la poser sur elle. Il la serra dans ses bras tout le temps du trajet. Maintenant, elle avait vraiment froid. Elle grelottait. Elle était en état de choc. Elle entendait ses quatre amis discuter bruyamment, débattre de ce qu'il fallait faire. Quand Lia proposa qu'on l'emmène à l'hôpital, elle tira sur le bras de Jeph qui se pencha pour l'écouter. Elle lui chuchota d'une voix tremblante qu'elle ne voulait pas y aller, qu'ils devaient juste la ramener chez elle. Elle le supplia et il céda. Mathi prit donc la direction de la maison de Cassandre et la déposa chez elle. Ils montèrent tous à l'étage. Lia déshabilla son amie et la sécha puis la mit au lit. Kan, Mathi et elle récupérèrent leurs affaires puis s'en allèrent après un dernier regard à Cassandre. Jeph leur promit de leur téléphoner le lendemain et installa un fauteuil à côté du lit pour veiller sur la jeune fille. Cette nuit, elle fit encore un cauchemars. Il resta à son chevet toute la nuit et ne dormit pas. Il lui chuchotait des paroles apaisantes. Cela ne marchait pas tout le temps, parfois, son mal semblait être trop grand pour être réconforté par de simples mots. Au matin, Jeph ne dormait toujours pas. Cassandre se réveilla difficilement. Le jeune homme lui sourit. Il avait les yeux fatigués.

« Rendors-toi, lui murmura-t-il.
– Je dois aller en cours, on est lundi, protesta-t-elle faiblement.
– Tu n'es pas en état.
– J'ai encore fait un cauchemars, hein ?

Il opina.

– Tu n'as pas dormis ? Demanda-t-elle.

Il haussa les épaules et elle comprit que cela voulait dire que non.

– Viens, chuchota-t-elle en se poussant pour lui faire de la place sur le lit.
– Non, refusa-t-il. Je suis bien là.
– S'il te plait, insista la jeune fille. Ne t'inquiète pas, ça va mieux. Viens avec moi. »

Il céda et se glissa à côté d'elle. Elle se blottit au creux de son épaule et il respira le doux parfum de ses cheveux qui s'éparpillaient sur son torse. Cassandre étouffa un bâillement et passa un bras sur le ventre de Jeph. Elle lui murmura un « merci » et se rendormit. Il la suivit bientôt dans les bras de Morphée.

Il devait être environ deux heures de l'après-midi quand Jeph se réveilla. Cette fois, Cassandre s'était éveillée plus tôt que lui et le regardait dormir. Quand elle sentit qu'il émergeait de son sommeil profond, elle fit courir ses doigts sur son visage, dessinant la courbe de son nez, entourant ses yeux... Il avait la peau très douce. De toute évidence, la période critique de l'adolescence et tous les problèmes qui l'accompagnent – l'acné, en l'occurrence – n'était qu'un lointain souvenir chez lui. Il avait davantage le visage et la carrure d'un homme que celle d'un jeune garçon. Jeph ouvrit les yeux et lui sourit. Cassandre s'assit, s'appuyant sur les coussins. Elle attira le visage de son ami à elle et le posa sur ses genoux. Ainsi, elle pouvait continuer à peindre ses traits de ses doigts. Puis, elle passa ses mains dans ses cheveux, jouant avec quelques mèches. Jeph tendit une main et attrapa celle de la jeune rousse. Il déposa un baiser dessus, la porta à sa joue et ferma les yeux. Elle enfouit sa tête dans son cou et ils restèrent ainsi plusieurs dizaines de minutes.

« Cassandre ! Maman veut que tu descends ! »

Tibault venait d'entrer en trombe dans la chambre de sa grande sœur et regardait, fixé, les yeux en billes, la scène sous ses yeux. Puis, aussi vite qu'il était rentré, il repartit en criant :

« Maman, y a Cassandre qui fait des câlins à un garçon ! »

Avec un rire gêné, les deux amis se séparèrent et se levèrent.

Cassandre passa dans la salle de bain après avoir récupéré quelques affaires et s'habilla rapidement. Elle retrouva Jeph quelques minutes plus tard. Il était sur la terrasse et regardait le ciel. Il portait un simple t-shirt gris. On voyait clairement les muscles de son dos et de ses bras à travers. Certes, ils n'étaient pas trop développés, mais assez pour satisfaire le regard. Et son jean noir moulait parfaitement ses longues jambes fines et ses fesses. Cassandre y jeta un œil appréciateur et, souriant, descendit à la cuisine dans le but de faire couler du café. Sa mère lui tomba littéralement dessus.

« Cassandre, on peut savoir ce que tu fais avec ce jeune homme ? En fait non, je ne veux rien savoir. Après tout, tu es majeure. Mais pense un peu à Jérôme ! Tu as pensé au mal que ça allait lui faire ? Pauvre trésor.
– Maman, dit calmement la jeune fille, il n'y a rien entre Jérôme et moi.
– Ça c'est ce que tu dis, répondit-elle. Je vois bien comme il te regarde.
– Lui oui, fit sa fille, sarcastique, mais si tu t'occupais plus de ce que je ressens moi et pas lui, tu te rendrait compte que je n'ai pas le moindre sentiment pour lui.
– J'ai été jeune avant toi et je disais la même chose à ma mère. »

Puis elle partit vaquer à ses occupation sans laisser le temps à Cassandre de répondre. Celle-ci secoua la tête puis remplit deux tasses de café et remonta à l'étage. Elle rejoignit Jeph, toujours dehors et se plaçant à côté de lui, lui tendit sa tasse. Il se tourna à peine vers elle et prit le récipient en la remerciant. Tous les deux se perdirent dans la contemplation du ciel et de l'horizon. L'air était froid et l'approche de l'hiver d'autant plus évidente. Cassandre resserra ses mains autour de sa tasse chaude afin de se réchauffer un peu et but à petite gorgées le liquide qui vint lui bruler l'estomac.

« Tu n'as pas froid ? Demanda-t-elle sans le regarder.
– Non, répondit-il simplement.
– À quoi penses-tu ? Continua-t-elle.

Il tourna la tête vers elle.

– À rien, dit-il, rougissant.

Elle n'insista pas. Il n'y avait rien pour elle de plus désagréable que quelqu'un qui tentait de vous tirer les vers du nez.

– Tu veux bien rester avec moi aujourd'hui ? Je n'ai pas envie de rester seule.
– Bien sur, sourit le jeune homme. Que veux-tu faire ?
– Rien. Je ne sais pas. Je... Juste rester avec toi.
– D'accord, chuchota-t-il. »

Ils rentrèrent et Jeph lui proposa de se rendre chez lui. Elle accepta aussitôt, heureuse de pouvoir échapper à son environnement familiale. Jeph habitait dans un studio au dernier étage d'un immeuble. Dans un quartier chic, évidemment. Depuis qu'il avait atteint sa majorité, il avait choisi de loger seul. Il fuyait ses parents, comme Cassandre rêvait de le faire. Pour autant, il ne faillait pas devant ses responsabilités. Il faisait face quand elle aurait voulu se cacher loin de ce monde d'hypocrisie et de faux-semblants. Elle l'admirait pour cela.

Jeph rassembla ses affaires et fit son sac pendant que Cassandre enfilait son manteau et mettait ses clefs dans une des poches, laissant volontairement son téléphone sur son bureau. Lorsque Jeph lui demanda pourquoi elle ne le prenait pas, elle lui répondit que c'était pour que sa mère ne puisse pas l'appeler. Enfin, ils partirent.

Ils firent le chemin à pied. L'immeuble était à une dizaines de minutes. Pendant le trajet, ils ne parlèrent presque pas. Ils arrivèrent devant un vieux bâtiment. Jeph ouvrit la porte d'entrée avec son pass et ils montèrent dans l'ascenseur. Quand ils en sortirent, Cassandre ressentit un léger vertige mais elle se reprit rapidement et le jeune homme étant devant elle, il n'en sut rien. Jeph déverrouilla la porte de chêne et invita son amie à entrer. Celle-ci le suivit à l'intérieur sans faire attention à la décoration : elle était venue si souvent qu'elle connaissait les moindre recoins de l'appartement. Les murs étaient blancs et des tableaux de grands artistes en recouvraient certains. Le mobilier était simple mais on voyait qu'il coutait cher. Après tout, il aurait été ridicule de se priver de confort alors qu'il avait de l'argent. Il l'utilisait à bon escient, aussi les lieux n'étaient pas étouffants de luxure.

Jeph partit poser ses affaires dans sa chambre et Cassandre s'assit sur le canapé qui faisait face à la télévision. Elle ôta ses chaussures et glissa ses pieds dans les franges du tapis persan. Jeph revint et lui demanda si elle voulait manger quelque chose. Alors seulement là, elle se rendit compte qu'effectivement, elle avait faim. Elle accepta donc et le rejoignit dans la cuisine. Il sortit une poêle et fit quatre œufs. Pendant ce temps, Cassandre coupait des morceaux de pain pour en faire des mouillettes. En quelques minutes les œufs furent cuits et le jeune homme les fit glisser dans les assiettes qu'il avait préparer auparavant. Les deux amis s'assirent autour de la table et mangèrent en parlant de tout et de rien. Quand ils eurent finit, Cassandre ouvrit la fenêtre de la cuisine et s'y accouda. Elle sortit une cigarette de son baquet et Jeph, qui s'était approché, la lui alluma. Il s'en alluma une aussi et se posta à côté d'elle. La jeune rousse tirait de longues bouffés qu'elle expirait lentement pour faire durer le plaisir. Progressivement, ses muscles se relâchèrent et elle se détendit. Elle regarda face à elle mais la seule chose qu'elle voyait était le mur en brique de l'immeuble d'à côté. Elle finit sa cigarette puis retourna sur le canapé. Jeph s'assit près d'elle et mit la télévision en route. Il n'y avait rien de bien intéressant : des comédies, des émissions de télé-réalité, des jeux télévisés ou les informations. Le jeune homme zappa plusieurs fois avant de finalement rester sur les infos. S'il fallait s'ennuyer, autant ne pas s'abrutir en plus avec des émissions idiotes. Ils regardèrent un reportage sur les grandes firmes. Un PDG américain parlait de la crise et des suppressions de postes qui en résultaient. Cassandre eut l'impression de le connaître.

« Mais, commença-t-elle. Ce n'est pas le père de Mathi ?
– Si, répondit Jeph.
– Ça fait bizarre de le voir à la télé. Ça rend les choses... irréelles.
– Pas mal de choses sont irréelles en ce moment, marmonna-t-il.
– Comment ça ?
– Rien, soupira-t-il. Je dormirais bien encore un peu, conclu-t-il en s'étirant.
– Encore ? S'étonna Cassandre.
– Bah, j'ai pas dormis beaucoup aujourd'hui hein, rit le jeune homme en lui lançant un regard taquin.
– Désolée...

Cassandre rentra la tête dans les épaules. Elle s'en voulait d'avoir tant inquiété son ami qu'il n'en avait pas dormi de la nuit.

– Allez, c'est rien, dit Jeph. Les amis sont fait pour ça, non ? »

Le jeune homme alla chercher une couverture polaire et revint s'installer. Il la déposa sur eux deux et Cassandre se blottit contre son ami. Devant un film français peu divertissant, ils s'endormirent encore.

*

Jeph se réveilla et regarda dormir Cassandre contre lui. Dans son sommeil, elle avait glissé sur ses genoux. Elle ne semblait pas faire de cauchemars cette fois-ci, mais plutôt un rêve car elle souriait. Jeph pensa qu'ainsi, elle était très belle. Ses cheveux flamboyants en bataille encadraient son visage et tombaient en cascade tout autour d'elle. Quelques mèches venaient lécher son visage. Le garçon l'en dégagea d'un doigt qu'il retira presque aussitôt. Il était difficile pour lui d'être aussi proche d'elle. Une telle proximité rendait difficiles ses efforts pour cacher son attirance pour la jeune fille. S'il avait réussi jusque là, il avait peur que les soudaines crises de Cassandre n'empirent les choses. S'il devait gérer un stress permanent en pensant à elle, il ne pourrait pas s'empêcher de veiller sur elle, de se rapprocher d'elle encore plus. Et dans ce cas, cacher ses sentiments deviendraient quasiment impossible. Il approcha lentement son visage de celui de la jeune fille. S'il pouvait l'embrasser, rien qu'une fois, juste une toute petite fois, peut-être que la frustration de ne pouvoir la toucher pour de bon au quotidien deviendrait moins persistante. Mais alors qu'il renonçait, pensant qu'il devenait fou, Cassandre leva les bras et, entourant la nuque du jeune homme, l'attira à elle. Ainsi, Jeph se retrouva à l'embrasser sans vraiment savoir ce qu'il se passait. Cassandre semblait dormir encore et lui avait sentit toute résistance s'envoler au moment même où ses lèvres avaient touché celle de la jeune fille. Et le plus étonnant, c'est qu'ils répondaient mutuellement au baiser, bien que Cassandre soit encore endormie. Mais la jeune rousse se réveilla et fut tellement surprise qu'elle dégringola au sol. Jeph s'empressa de l'aider mais elle se dégagea et recula. Elle semblait effrayée. Jeph tendit les mains vers elle, suppliant. Elle secoua la tête. Elle enfila son manteau en vitesse et courut presque jusqu'à la porte.

« Je dois partir, désolée.
– Cassandre, attend ! »

Mais elle ne lui répondit pas : elle était déjà partie.

Cassandre dévalait les escaliers, trop pressée pour attendre l'ascenseur. Que s'était-il passé ? Pourquoi l'avait-il embrassé ? Et pourquoi avait-elle fuit ? Arrivée à l'extérieur du bâtiment, elle continua à courir et se rendit au parc abandonné sans même s'en rendre compte. Elle allait s'arrêter quand elle aperçut Kan et Lia sur leur banc. Elle accéléra donc et se dirigea vers l'autre sortie. Les deux amoureux la regardèrent passer avec un regard surpris. Ils savaient qu'elle avait passé la journée avec Jeph car ils avaient téléphoné pour prendre de ses nouvelles. Aussi se doutaient-ils que la course de leur amie avait un rapport avec lui. Lia, qui avait comprit depuis un bon moment l'attirance de son ami pour la jeune fille pensa qu'il s'était enfin décidé à se déclarer et que Cassandre ne ressentait pas la même chose. Kan, quant à lui, n'en pensait rien du tout, hormis le fait que Cassandre courrait rarement et que c'était étrange.

La jeune fille s'arrêta finalement dans un autre parc, celui dans lequel elle allait quand elle n'était pas avec ses quatre amis. Toute essoufflée, elle s'assit sur un banc et y resta longtemps, à réfléchir. Bientôt, il fit nuit noire. Cassandre avait passé la soirée à réfléchir et, perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu le temps passer. Son état s'était empiré. Elle avait commencé à paniquer sans véritable raison, se sentait alerte mais aussi extrêmement fatiguée. Le souffle lui manquait. Bien qu'elle ait l'habitude : elle savait que ces symptômes présageaient une vision, un vertige ou un cauchemars, elle était toujours autant prise au dépourvue. Elle essaya de se lever pour rentrer chez elle mais elle vacilla et dû se remettre debout. Elle commença à marcher en titubant et sortit du parc dans le même état. Elle se tenait aux murs, s'arrêtant souvent. Elle tentait de reprendre ses esprits mais n'y parvenait pas. Comme si quelque chose l'en empêchait. Elle parvint chez elle – comment, elle n'aurait su le dire – une vingtaine de minutes plus tard. En revanche, en bas des escaliers, elle fut incapable de les monter. Alors, elle retourna dehors et s'allongea sur l'herbe froide. La morsure du vent ne lui faisait presque rien. Elle accrochait ses doigts aux quelques brins d'herbe, tentant de maîtriser son esprit. Malheureusement, rien n'y faisait. Alors, elle attendit, attendit encore, malgré la peur et finit par s'endormir.

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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mer 27 Fév - 20:23

Miiss - et Lucas si tu veux toujours être mon bêta -, pourras-tu corriger directement le chapitre 4 quand tu l'auras lu plutôt que de continuer de commenter le chapitre 3 pour que je puisse le poster sur mon blog stp ? Merci Smile

Chapitre 4
Visions


Cassandre se réveilla, mouillée. Elle regarda autour d'elle et se rendit compte qu'elle se trouvait dans le jardin. Elle mit quelques minutes à comprendre ce qu'elle faisait là puis se rappela de la veille. Les flashs et les vertiges avaient été particulièrement violents. La jeune fille n'eut pas le temps de penser plus car sa mère sortit de la maison. En la voyant, Rose resta bouche bée.

« Mais qu'est-ce que tu fiches ici dans cet état ? Commença-t-elle.
— Je... Je n'en sais rien, répondit sa fille.
— Comment ça tu n'en sais rien, explosa-t-elle ? C'est toi qui est arrivée là !
— Je te dis que je ne sais pas ! »

La jeune fille se leva et rentra. Il était encore tôt et elle avait le temps d'aller au (lycée) pour le premier cours.
Durant les cours, Cassandre eut du mal à se concentrer : elle ne cessait de penser à la veille.
À cinq heures, Tom revint la chercher et à peine eut-elle posé un pied à l'intérieur que Rose lui tomba dessus :

« Dépêche-toi de te préparer ! Lui intima-t-elle.
— Pourquoi ? S'étonna Cassandre.
— On va à la messe ce soir. Comme il y avait le gala dimanche, n'a pas pu y aller alors on y va ce soir. »

Cassandre soupira et monta se changer. Elle ne pouvait pas mettre n'importe quoi dans une église. Elle choisit un jean et un haut rose pale façon chemisier. Elle s'attacha les cheveux en une queue de cheval et redescendit.

La jeune fille était croyante et respectait les principes de l'Église. Seulement, elle la trouvait parfois trop stricte et aurait préféré que les célébrations soient plus animées. Elle avait entendu parler de certaines paroisses où des groupes de jeunes animaient les messes en chantant des chants plus modernes et moins traditionnels.

Les Cardonne partirent et arrivèrent bientôt à l'église. En entrant il se signèrent et tandis que Rose alla saluer le prêtre, les trois autres allèrent s'asseoir. Il restait une demi heure avant le début de la messe. Au milieu des fidèles, Lia et Jeph arrivèrent. Lia vint immédiatement voir Cassandr tandis que Jeph hésitait mais il lui emboita finalement le pas. Ils se firent la bise mais repartirent chacun avec leur famille.
La célébration dura un peu plus d'une heure. Au moment de la communion, Cassandre reçu l'hostie et en revenant, elle se mit à prier. Elle pria pour que ses vertiges, cauchemars et flashs cessent, pour que la situation avec Jeph s'éclaircisse et aille mieux et pour que sa famille et ses amis restent toujours en bonne santé. Enfin, elle pria pour son défunt père et lui demanda de l'aider dans cette période difficile de sa vie.

À la fin de la messe, Cassandre se dépêcha de sortir pour ne pas avoir à croiser Jeph mais il la suivit et l'interpella. La jeune fille ne répondit pas et s'enfuit dans la voiture. Quand tout le monde fut en voiture, Tom démarra.

Le mercredi matin, Cassandre était dans un état comateux. Durant la nuit, les cauchemars avaient été si violents qu'elle n'avait dormi de par intermittences.
Elle prit double dose de caféine, ce qui ne l'empêcha pas d'être assommée. Pendant toute la matinée, elle eut des nausées, des maux de tête et des flashs. Mais elle essayait de ne rien laisser paraître.
Comme le mercredi elle n'avait cours que le matin, la jeune fille reprit le chemin de la maison à midi. Elle ne mangea pas et monta directement dans sa chambre. Elle se déshabilla et se mit au lit mais comme ses migraines l'empêchaient de dormir, elle prit un anti-douleur et se recoucha. Comme la nuit dernière, elle ne dormit que par tranches d'une demi heure et se réveilla fréquemment.

Alors qu'elle se réveillait en fin d'après-midi, un soupir attira son attention. Pensant que Tibault était encore entré dans sa chambre sans permission, elle se redressa, prête à rouspéter. Mais ce qui se trouvait devant elle n'avait rien à voir avec son frère.

Cette... Chose, car elle n'était pas sûre que ce soit un homme, avait la peau légèrement rougie. Ses cheveux étaient noirs de jais et lui tombaient dans les bas du dos. Malgré ça, il était indéniable que la créature était un mâle. Il avait la mâchoire carrée et une physionomie mince mais musclée. Cassandre douta de sa réalité quand elle vit les cornes rouges, la queue en pointe et les ailes noires rétractées. Puis enfin, elle regarda ses yeux et fut certaine d'halluciner. La créature avait un œil rouge et l'autre noir. En reconnaissant les yeux de ses cauchemars, Cassandre crut mourir de peur. Elle aurait voulu crier mais aucun son ne sortit de sa gorge.
La chose était appuyée contre un mur et la regardait, un sourire narquois aux lèvres. Mais, voyant que Cassandre ne disait rien et se contentait de le fixer, il parut exaspéré.

« Tu ne dis pas bonjour ? Commença-t-il. Je pensais que ton père t'avait mieux élevé que ça.
— Qui êtes-vous ?
— Je te pourrie la vie depuis des semaines et tu ne sais toujours pas ? Je ne sais pas si je suis sensé m'en réjouir ou en pleurer.
Il parut réfléchir.
— Attend une minute. Qui est ton père ?
— Michel Gardie, répondit-elle. Pourquoi ?
— C'est bien ce que je pensais, l'ignora-t-il. Dans ce cas, ce n'est pas normal que tu ne saches pas qui je suis. Tu avais quel âge quand il est mort ?
— Dites-donc, se fâcha la jeune rousse, c'est pas bientôt finit l'interrogatoire ? Je répète, qui êtes-vous ?
— Je me présente, Lucifer, prince des Enfers, pour me servir. (Il s'inclina). Heureuse ?
— Oh. Mon. Dieu.
Cassandre sortit de son lit et arpenta la pièce, la tête entre les mains.
— Je rêve. C'est obligé, je rêve. (Elle se pinça). Alors, j'hallucine. Oh mon Dieu, je suis devenue folle. Je suis folle, c'est pas possible. Oh mon Dieu.
— Oui, oui, ton Dieu. Il est pas là ton Dieu, cocotte. En ce moment, c'est tout le contraire tu vois. Et, hum, bien que ça ne me dérange pas le moins du monde, j'ai comme l'impression que ton accoutrement n'est pas très adapté à une jeune fille de ton âge.
— Oh mon Dieu ! S'écria Cassandre en se rendant compte qu'elle était en culotte et débardeur. Et bien qu'elle soit certaine d'avoir à faire à une hallucination, se montrer devant elle en petite tenue était gênant.
— Bon ça va, on a comprit, s'impatienta Lucifer. Tu veux bien arrêter de parler de lui, ça me fait saigner les oreilles.
— Si je ne l'écoute pas, ça va surement passer.
— Tu n'es pas folle, tu sais.
— Je ne l'écoute pas, je ne l'entends pas.
— Bon sang mais tais-toi ! Cria-t-il. »

Cassandre se figea. A présent, il lui faisait vraiment peur. Sans se retourner, sans le regarder, elle alla dans son lit et se coucha, la tête sous la couette. Elle était secouée de tremblements. Lucifer soupira.

« Je m'en vais mais je reviendrais. Tu ne m'as même pas laissé donner le motif de ma visite. »

Cassandre se releva et vit que l'hallucination était partie. Mais là où il s'était tenu, un mouchoir pourpre reposait au sol. Elle était épuisée. Elle ne ramassa pas le mouchoir et décida de ne parler de cette apparition à personne. Elle n'avait pas envie que tout le monde sache qu'elle était folle.
La jeune fille n'avait plus la force de faire quoi que ce soit alors elle resta dans son lit et se rendormit. Et étrangement, celle nuit-là, elle ne fit pas de cauchemars.

Le lendemain matin, Cassandre se réveilla avec une faim qui lui donnait mal au ventre. Hormis son petit déjeuner, elle n'avait rien mangé la veille. Elle mangea donc avidement et but une demie cafetière. Elle se doucha et enfila une robe grise en laine avec un sous-pull noir à col roulé et des collants opaques. Elle chaussa des bottines noires à lacets et laissa ses cheveux libres dans son dos.

« Cette couleur de cheveux est vraiment sublime, commenta une voix dans son dos. Ça me rappelle chez moi. Tu sais, les flammes de l'Enfer. Et le noir te va très bien au teint. »

Cassandre se retourna lentement et fit face à l'intrus. Elle se demandait quand même comment un hallucination pouvait être hors de vue. Lucifer était désormais à seulement quelques centimètres d'elle. Elle devait admettre qu'il était séduisant à sa manière. Ses longs cheveux adoucissaient son visage et il y avait quelque chose dans ses expressions qui attirait le regard. Et puis, cette odeur, si enivrante, qui émanait de lui, lui faisait presque tourner la tête, si la peur ne l'en empêchait pas. Elle pensa qu'après tout, c'était ce qu'incarnait le diable : la tentation, le désir. Puis elle se reprit, se rappelant que ce n'était que le fruit de son esprit dérangé.

« Tu n'as pas fini avec cette de folie ? »

Bah voilà que maintenant il lisait dans ses pensées. Il apparaissait comme par magie dans sa chambre, avait des ailes et des cornes et savait ce qu'elle pensait et il espérait lui faire croire qu'il était réel ? La jeune fille se dit que tant qu'elle admettait qu'elle était dérangée mentalement, elle avait encore une chance de guérir.

« En fait, la seule façon de guérir, comme tu dis, serait d'accéder à ma requête. Hors, tu me verrais toujours, encore plus souvent même, mais tu n'aurais plus ces affreux maux de tête, ces cauchemars, ces vertiges, visions et j'en passe. »

Cassandre ne répondit pas. Elle était déterminée dans son idée de ne pas lui répondre. Idée qui sembla d'ailleurs exaspérer le diable. Néanmoins, elle continua à se préparer pour les cours et partit, laissant l'apparition derrière elle.
Cependant, dans le bâtiment scolaire, il réapparut à côté d'elle, nonchalant, les mains dans les poches de son pantalon noir.

« Laisse moi au moins t'expliquer ce que je veux, s'impatienta-t-il. »

Cassandre frissonna. Ces apparitions commençaient réellement à lui donner la frousse. Si les hallucinations accaparaient aussi ses journées en cours, elle n'allait plus s'en sortir. Peut-être devait-elle consulter un psychologue ? Non, impossible. Elle ne tenait pas à ce que tout le monde sache qu'elle était folle, encore moins sa mère.

Toute la journée, Lucifer tenta de l'amener à lui parler. Excédé de voir que rien n'y faisait, il disparut et ne réapparut qu'une fois chez elle. Il arriva à l'improviste, comme les fois précédentes et elle sursauta.

« Alors écoute-moi fillette. Maintenant, ça suffit. Je suis Lucifer, le diable en personne. Ce n'est pas une pauvre gamine comme toi qui va contrarier mes plans. Non, tu n'es pas folle, non, tu n'hallucines pas. Je ne vais pas te courir après. Ce n'est pas dans l'ordre des choses parce que je suis le diable, le plus puissant et le plus diabolique et toi tu n'es à priori qu'une petite humaine de rien du tout. Donc puisque la manière gentille ne marche pas, je vais être méchant. Je ne suis pas là pour t'inspirer l'indifférence mais la crainte. La peur, l'horreur, c'est mon domaine. Puisque tu le prends comme ça, je vais m'amuser. Avec toi, évidemment. Maintenant, regarde-moi bien dans les yeux. »

Cassandre s'exécuta et le regretta immédiatement. Elle voyait dans son regard les flammes de l'Enfer. Et alors, une frayeur abominable l'envahit. Elle sentit son cœur accélérer et une sueur froide lui parcourir la colonne vertébrale. Ses muscles se rétractèrent et elle se tassa sur elle-même. Enfin, il détacha son regard et elle put respirer à nouveau. Et alors, elle cria la première chose qui lui vint :

« Allez vous-en ! »

En ricanant, Lucifer partit, la laissant seule avec son choc. Elle sortit de chez elle en courant et rejoignit le parc abandonné. Elle fuma trois cigarettes à la filé, ce qui ne suffit qu'à peine à la calmer. Au bout d'une petite heure, elle entendit des pas derrière elle et Mathi s'assit à côté d'elle. Il tira lui aussi une cigarette et, s'en rien dire, la fuma tranquillement. C'est ce que Cassandre aimait avec lui. Il était là pour elle mais ne la forçait pas à parler. Si elle souhaitait se confier, il l'écoutait mais si elle ne voulait pas, il le respectait. Finalement, elle attendit qu'il eut finit de fumer puis se jeta à son cou. Elle ne parlait toujours pas mais le serrait fort contre elle, comme on s'accroche à une bouée de sauvetage en pleine mer. Il lui rendit son étreinte, caressant son dos.
Comme elle était partit précipitamment, Cassandre avait oublié de prendre une veste. Et fin novembre, il faisait vraiment froid. Aussi, elle décréta qu'elle devait partir. Il lui proposa de la raccompagner mais elle déclina l'offre. Et juste avant qu'elle s'en aille, il lui rappela que le trois décembre, ils devaient tous se retrouver chez lui. Ils fêtaient toujours l'anniversaire de la jeune fille ensemble, chez l'un deux. Parfois aussi, ils sortaient mais Cassandre préférait l'intimité de ses amis à la foule d'une discothèque. Lorsqu'elle rentra chez elle, elle monta dans sa chambre et une fois de plus, se coucha sans manger. Les cauchemars furent pressés de l'assaillir et Cassandre devina ce que le diable lui voulait. Il le disait clairement dans sa tête « Sois mienne et deviens ma reine. ». Mais si elle avait cessé de renier l'existence de cette présence mystique, elle n'était pas encore prête à accepter le message qu'il lui délivrait. Alors elle sombra dans le néant de son subconscient, en se demandant comment elle allait bien pouvoir sans sortir avec toute sa tête.


Faire semblant devenait de plus en plus difficile pour Cassandre. Ses journées étaient accaparées par des flashs et des vertiges et ses nuits par des cauchemars. Elle pensait avoir vécu le plus éprouvant, mais une nuit, l'horreur atteint son paroxysme. Elle était au milieux d'un incendie. « L'Enfer », lui chuchota une voix. Elle sentait les flammes lécher ses jambes, puis ses bras et tout son corps. Elle se sentait brûler vive. La douleur était insupportable et elle criait encore et encore. Elle se débattait, balayant ses bras de ses mains, comme pour enlever le feu de sa peau. Elle agrippa ses cheveux et tira dessus avec toute la force du désespoir qu'elle ressentait. Ses pieds disparurent, puis ses mollets, ses cuisses, son ventre, son torses et ses bras, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus que la tête. Le reste avait brûlé. La voix retentit à ses oreilles : « Cesse de lutter. Rejoins-moi. Tu n'auras plus mal. Tu régneras. Tu seras libérée de la douleur. Ta vie ne seras plus que plaisir, débauche, passion. Viens avec moi ! ».
Cassandre se réveilla brutalement. Elle vérifia que tous ses membres étaient à leur place. Dieu qu'elle avait eu peur ! Elle n'en pouvait plus. Elle tombait de sommeil et n'avait jamais de répit. Réveillée comme endormie, Lucifer la traquait. Mais elle se demandait pourquoi elle. Qu'avait-elle fait qui mérite de vivre un tel cauchemars ? Ce n'est pas comme si elle avait déjà joué au ouija, invoqué un esprit ou consulté une voyante... Un prêtre lui avait un jour dit que ce genre de pratique vous rapprochait du mal. Elle s'en était toujours abstenue.

La jeune fille regarda son réveil. Il était 6 h 20. Dans quelques heure, Pierre et sa mère se lèveraient. Cassandre ne se sentait pas la force d'aller encore en cours. Mais elle n'avait pas le choix. Elle continuerait à faire comme si de rien n'était tant qu'elle pouvait le supporter. Avec difficulté, elle se leva. Elle passa dans la salle de bain et se fixa dans le miroir. Le reflet qu'il lui renvoyait ne lui ressemblait pas. Ses boucles ressemblaient à une serpillère sale. Son teint habituellement laiteux était pâle comme la mort. Elle avait d'horrible cernes sous les yeux. Avec des crèmes et du maquillage, elle tenta de se rendre bonne figure mais même ainsi, elle n'avait pas l'air en forme. Peu importe, elle prétexterait une insomnie. Après tout, ce n'était pas un mensonge, vu le peu d'heure qu'elle dormait la nuit... Elle descendit dans la cuisine et y retrouva Pierre.

« Bonjour Cassandre. Et bien, tu as vraiment mauvaise mine. Je suis sûr que tu as minci. Cela fait plusieurs repas que l'on ne te voit pas à table. Ta mère et moi nous faisons beaucoup de soucis. Tu es sûre que ça va ?

Cassandre doutait que sa mère s'inquiète pour elle mais ne releva pas.

— Oui, tout va bien, Pierre, merci. Tu peux me servir une tasse de café s'il te plait ?
— Bien sur. Mange un peu quelque chose. Ne me dis pas que tu fais un régime ? Tu n'en as absolument pas besoin.
— Non, non, ne t'en fais pas. Regarde, je mange un croissant.
— C'est bien, tu peux en manger deux, avec tout les repas que tu as loupé...
— Ma chérie, s'exclama Rose en arrivant dans la pièce, comment vas-tu ? On ne te voit plus. Tu passes ta vie à dormir. Qu'est-ce qu'il se passe, enfin ?!
— Mais rien maman, assura la jeune rousse. Tout va bien. J'ai juste un peu de mal à dormir. Ça doit être le stress des examens.
— Pierre, peux-tu nous laisser un instant s'il te plait ? Demanda Rose.
Il sortit de la cuisine et elle s'installa à côté de sa fille.
— Cassandre, reprit-elle, je sais qu'on ne se parle pas beaucoup et que tu n'apprécies pas vraiment mes manières. Mais je reste ta mère et si tu as le moindre problème, tu peux m'en parler. Même si nous n'avons pas les mêmes opinions sur quelques sujets, je serais quand même toujours là pour toi si tu as besoin. Je vois bien que quelque chose ne va pas. Et ça me fait de la peine. Je ne te force pas à parler mais tu peux tout me confier. C'est à cause d'un garçon ?

Cassandre rigola doucement. Pouvait-on considérer le diable comme un garçon ? Elle était néanmoins agréablement surprise des paroles de sa mère. Elle se leva et la prit dans les bras.

— Tout va bien, ne t'inquiète pas. Je dois aller me préparer. »

Attrapant un deuxième croissant, elle sortit de la pièce et remonta dans sa chambre tout en le mangeant. Mais peine arriva-t-elle au palier qu'elle sentit au haut le cœur. Elle eut tout juste le temps de se précipiter aux toilettes avant de rendre tout ce qu'elle avait mangé, c'est-à-dire pas grand chose. Apparemment, le fait d'être resté si longtemps sans manger lui faisait rejeter la nourriture. Elle s'essuya les lèvres, se lava les dents et enfila un jogging avec un sweet. Elle avait sport dans la matinée. La jeune fille partit dès qu'elle fut prête et fit le chemin à pied. Elle espérait ainsi retrouver son calme. Mais elle regretta vite son choix. L'air était vraiment gelé et la morsure du vent lui donnait mal à la tête. Se frictionnant les mains pour se réchauffer – en vain –, elle arriva au (lycée). Elle se hâta d'entrer dans le bâtiment et rejoignit la salle de son premier cours.
Les deux premières heures se passèrent sans accroc. Cassandre se dit que Lucifer faisait peut-être la grasse matinée lui aussi. Aussitôt eut-elle finit de pense cela qu'elle entendit un éclat de rire dans sa tête. Surement pas, corrigea-t-elle. Elle tenta de penser à autre chose que lui, ne voulant pas lui donner une raison de plus de la torturer. Malheureusement, il n'eut pas besoin d'une invitation pour cela. Une voix résonna à nouveau en elle :

« Alors, n'es-tu toujours pas disposée à m'écouter ? »

Cassandre secoua la tête. Elle l'entendit alors soupirer et un puissant vertige la prit. Son cerveau se remplit de pensées noires et déprimantes. Elle eut mal au cœur et du mal à respirer. Un vertige en entraînant un autre, elle s'évanouit.

Quand elle se réveilla, la jeune fille était dans son lit. Sans qu'elle sache pourquoi, une grande peur emprisonnait son être. Elle ne parvenait plus à réfléchir. Elle se sentait déprimée, n'avait plus envie de rien. Et sa tête continuait à tambouriner, encore et encore. Son cœur battait à tout rompre, son souffle se faisait rapide. Elle voulait pleurer et se réfugier quelque part où plus rien ne l'atteindrait.
La jeune rousse tenta de se lever mais tomba au sol. Ses pieds de la soutenaient plus. Alors elle se colla contre mur, dans un angle et rabattit ses jambes contre elle. Elle se balançait d'avant en arrière, en priant pour que tout s'arrange. Lucifer lui susurrait à l'oreille des paroles menaçantes. Elle mit ses mains contre ses tempes et enfouit sa tête dans ses genoux. Elle hurla de la laisser tranquille. Elle cria tant que bientôt, Pierre et Rose arrivèrent. En la voyant dans cet état, ils se précipitèrent vers elle et tentèrent de la relever. Mais elle avait si peur qu'elle était tel un roc, ne pouvant bouger plus que son éternel balancement. Ils finirent par abandonner et s'en aller, la laissant seule. Elle n'aurait su dire si elle aurait préféré qu'ils restent ou partent.

Plusieurs fois, Rose et Pierre vinrent la voir. Quand il rentra de l'école, ce fut Tibault qui monta. Mais sa mère, ne voulant pas qu'il voit sa sœur dans cet état, le fit vite sortir. Le soir, Rose tenta de lui apporter à manger. Cassandre resta léthargique. Pierre appela alors un médecin. Celui-ci arriva et parla à la jeune fille. Il essaya de la faire parler, bouger, réagir. Rien n'y fit. Et quand il la touchait, elle sursautait et frissonnait. Il prescrit une piqure de vitamines et de tranquillisants, puis il repartit.

Toute la nuit, Cassandre lutta pour ne pas s'endormir. Elle ne le voulait plus. Si ses journées étaient horribles de par les voix et les vertiges, ses nuits l'étaient encore plus à cause des cauchemars. Elle avait peur que les rêves puissent lui faire du mal en vrai. Comme si elle allait se réveiller en Enfer. Lucifer continuait à lui chuchoter des menaces, des mots qui avaient une force maléfique, capables par leur seule prononciation de faire du mal. Les quelques fois où elle parvenait à être lucide, la jeune rousse se demandait si le diable était tout occupé à la hanter. N'avait-il pas d'autres guerres à mener ? D'autres personnes à tuer ? D'autres catastrophes à provoquer ? Ou alors était-il à tous les fronts à la fois ?
Si Cassandre savait qu'elle n'était pas folle, que ce qu'elle voyait et entendait était bien réel, elle craignait de le devenir à force de devoir batailler contre cette entité démoniaque. Elle ne faisait pas le poids contre le diable en personne.

Au matin, sa mère revint. A nouveau, elle lui parla, lui proposa à manger, voulu la faire bouger. Mais Cassandre l'entendait à peine. Ne pouvait-elle pas se taire ? Il y avait déjà trop de voix, de bruits dans sa tête pour qu'elle en rajoute. Elle chuchota « vas-t-en », sans savoir si elle parlait à Rose ou à Lucifer. Néanmoins, Mme Cardonne partit avec un soupir, après lui avoir administré la piqure de calmants. Toute la journée, la jeune fille resta proscrite dans la même position. Elle semblait calme vu de l'extérieur, mais le combat se déroulait en elle. Si elle baissait sa vigilance, le diable se faisait une joie de la torturer un peu plus. Aucun répit.

Quelqu'un toqua à la porte. Encore Rose. Allait-elle la laisser tranquille un jour ?

« Tu as de la visite. »

De la visite ? Voilà une autre affaire. Pourquoi invitait-elle quelqu'un alors qu'elle était dans cet état ? L'humiliation ne faisait pas partie des projets de la jeune fille. Elle était lasse. Ne voyaient-ils pas qu'elle ne pouvait pas leur parler, les recevoir ? Ne comprenaient-ils pas qu'elle n'était pas disponible ? Elle n'avait pas le temps de s'occuper d'eux. Des affaires plus urgentes l'attendaient. Et elle aurait voulu le crier. Mais rien ne sortait. Les sons restaient coincés dans sa gorge. Comme si, pour économiser ses forces, son corps bloquait certaines fonctions afin de ne pas la distraire. Elle se sentait comme une petite fille. Effrayée, fatiguée. Oh oui, tellement, tellement fatiguée. Et le monde extérieur semblait receler de monstres à éviter. Pourtant elle savait bien que le monstre se cachait ailleurs. Et dans sa tête, tout était clair et brouillon à la fois. Le problème était clair. Les solutions l'étaient moins. Colère. Subitement, ce fut ce sentiment qui la domina. Elle trembla. Si elle y était parvenue, elle se serait levée et aurait claqué la porte au nez de sa mère. Les intrus. Ils ne comprennent pas. Elle est seule. C'est elle qu'Il veut. Ils n'y peuvent rien.

Mais elle ne dit rien, ne fit rien. La personne qui entra ne lui plut pas du tout. Jeph. Que venait-il faire là ? Il avait l'air d'hésiter. Ah, il faisait moins le malin maintenant qu'il se trouvait devant la pauvre loque qu'elle était devenue. Rose les laissa seuls. Le jeune homme fit quelques pas en sa direction.

« Salut. »

Cassandre détourna le regard.

« Ta mère m'a apprit que tu n'allais pas bien. Tu ne répondais plus au téléphone, alors je l'ai appelé... »

Colère. Que sa mère aille au diable ! Ah, la belle ironie !

« Pourquoi tu ne me parles pas ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Impatience. Il est venu rien que pour lui dire ça ?

« Je suis désolé... Tu sais, pour la dernière fois. »

Irritation. Il fallait y penser avant.

« Ce n'était pas prémédité. Je veux dire, je n'avais pas prévu de... Mais... »

Un sentiment sans nom. Que se passe-t-il ? Quelque chose dans sa poitrine se réveille. C'est doux...

« Mais tu dormais et puis tu m'as attrapé et... »

C'est sa faute en plus ? Exaspération. Culpabilité. Et si c'était vrai ? Lui en veut-elle vraiment ?

« Dis quelque chose, je t'en pris... »


Cassandre secoua la tête. Il n'y avait rien à dire. Et même si elle avait voulu parlé, elle ne l'aurait pas pu.

« Je reviendrai demain. »

Non, ne reviens pas. Ou si. Ne t'en vas pas.
Cassandre ne savait plus quoi penser. Son esprit se détournait peu à peu de son tyran pour se concentrer sur un tout autre problème. Que ressentait-elle ? Quel était ce sentiment qui la grisait quand il la prenait dans ses bras ? Quand il l'avait embrassé ? Ou bien était-ce elle ? Était-ce elle qui avait fait le premier pas, inconsciemment, comme il le disait ? La concrétisation de ce qu'elle avait prit pour de l'amitié ? Était-ce plus que cela ? Il lui semblait impossible ne pas s'en être rendu compte plus tôt. Mais elle n'avait pas le temps. Elle ne pouvait pas se permettre de rêver à... ça. Ça reviendrait à leur faire du mal à tous les deux. C'était pourtant si tentant. Mais... Peut-être interprétait-elle mal les paroles de Jeph ? Et si elle se trompait ? Sur ce qu'il ressentait ? Sur ce qu'elle ressentait ? Trop de questions. « Qui vivra verra », dit le dicton. Oui, elle verrait. Mais en attendant, elle ne pouvait toujours pas bouger, ni parler.

Jeph revint le lendemain. Et comme elle ne répondait toujours pas, le jour suivant aussi. Ainsi que le suivant. Pendant plusieurs jours, ce fut la même routine. Vers 16 h 30, il arrivait. Il s'asseyait à côté d'elle et il lui parlait. De tout et de rien. De Mathi, Kan et Lia, qui demandaient de ses nouvelles et voulaient la voir. De sa fête d'anniversaire qui approchait. Du cadeau qu'ils lui avaient tous trouvé, mais dont il ne dévoilerait rien. Et de temps en temps, il lui demandait de répondre. Mais elle restait muette. Et Cassandre voulait rire, parler, crier mais rien n'y faisait. Un jour, elle en pleura de frustration. Jeph le vit et, avec douceur, récupéra ses larmes du bout des doigts. Ensuite il la prit dans ses bras. C'était comme faire un câlin à une poupée, une peluche. Elle ne répondait pas à l'étreinte. La jeune rousse savait qu'elle lui faisait de la peine. Elle s'en voulait tellement. Ses visites étaient la seule chose qu'elle attendait de ses journées. De toutes ses forces, elle essaya. Elle essaya de bouger. Ses doigts frémirent. Sa main droite se souleva mollement. Elle retomba. Puis elle remonta lentement et alla s'accrocher au t-shirt du jeune homme. Elle le serra tellement fort qu'elle eut mal aux jointures. Mais elle était heureuse. Jeph remarqua son mouvement et se recula. Ses yeux brillaient. Ceux de Cassandre aussi. Elle bougeait ! Pas beaucoup, mais quand même. Elle tenta de mouvoir son autre main. Elle fut déçue. Elle n'y arrivait pas. Pourtant, il le fallait. S'il avait été capable de lever la main, elle devait pouvoir bouger le reste. Elle ne pouvait plus rester prostrée, à attendre quelque chose qui n'arrivait pas, à avoir peur d'un démon intérieur. Jeph, voulant l'aider, prit son autre main dans la sienne et la porta à hauteur de leurs yeux. Il lui fit faire des petits cercles, monter, descendre, toujours doux. Puis, lentement, il l'amena contre son cœur. Cassandre pleurait toujours. De peine, encore. De peur. Mais de joie, de soulagement aussi. Pour la première fois depuis des jours, elle entrouvrit les lèvres. Un son en sortit, pas plus fort qu'un murmure. Une syllabe suffit. Jeph. Des larmes coulèrent sur ses joues à lui. Comment était-il possible de ressentir tant de choses à la fois ? À la simple évocation de son prénom ? D'un geste presque brusque, il la serra contre lui, si fort qu'elle eut peur de se briser entre ses bras. Et pourtant elle était si bien. Il avait une main dans ses cheveux, une autre dans son dos. Elle sentait ses muscles se contracter sur elle. Et ses larmes couler dans son cou. Elle se mordit la lèvre. Puis elle sembla retrouver toute sa mobilité d'un coup. Vivement, elle l'enserra de ses bras, s'accrochant à lui comme une désespérée. Après tout, c'est ce qu'elle était. Surpris, il sursauta mais n'en raffermit que plus son étreinte. Ils restèrent ainsi de longues minutes, peut-être des heures, Cassandre n'en savait rien. Elle n'avait plus aucune notion du temps. La seule chose qui comptait pour l'instant était le jeune homme contre elle et ce sentiment qui semblait déborder de son cœur pour se répandre dans tout son corps. Des mots lui vinrent, qu'elle eut terriblement envie de prononcer. Mais elle avait peur. Oh, elle les avait déjà dit, à d'autres garçons. Mais avait-elle déjà ressenti cela ? Non, mille fois non. Elle ne voulait pas tout gâcher. Si jamais il la repoussait ? Sans doute se briserait-elle en mille morceaux. Elle était déjà dans un état lamentable. Il n'était pas nécessaire d'en rajouter.
Bientôt, trop vite à son goût, il fallut se lâcher. Rose venait aux nouvelles. Quand elle vit que Cassandre bougeait, même si elle n'était toujours pas très loquace, elle appela Pierre pour venir la voir. Ils la félicitèrent et l'aidèrent à se lever. Jeph, poliment, s'était écarté. Et Cassandre en ressentait un grand vide. Mais alors que son beau père la mettait debout, ses jambes ne répondirent pas. Elle n'avait plus la moindre force. Après plusieurs jours sans manger, il était évident qu'elle n'avait pas une santé à tout casser. Pierre partit chercher un médecin et de la nourriture, tendit que Rose faisait comprendre à Jeph qu'il pouvait s'en aller. Quand celui-ci, à regrets, se dirigea vers la porte, Cassandre sentit la détresse l'envahir. Elle trembla et les larmes recommencèrent à couler. Elle disait « non », tout bas, d'une voix presque inaudible. Mais sa mère, assez proche, l'entendit et rattrapa le garçon.

« Je suis désolée de te demander ça, mais voudrais-tu bien rester avec elle quelques temps ? Juste pendant qu'elle se remet. Elle n'a pas l'air de vouloir te quitter et c'est grâce à toi si elle bouge à nouveau. Je sais que ça va être dur mais... »

Cassandre protestait intérieurement. Pourquoi cela devait-il être difficile ? Elle n'était pas une enfant gâtée qui faisait des caprices. Mais elle comprit que si en elle, elle se sentait vive, de dehors, elle devait sembler inarticulée, comme un déchet. Elle ne souhaitait pas imposer cela à son ami. Mais elle avait tant besoin de lui. Celui-ci réagit au quart de tour et retourna auprès d'elle. Le docteur arriva. On porta la jeune fille dans son lit, la fit asseoir. Pour l'instant, elle ne devait se nourrir que de potages, de liquide, pour que son corps ne rejette pas la nourriture. Et elle restait sous perfusion constamment. Toute les demi-heures, Rose montait vérifier que tout allait bien. Jeph restait avec Cassandre toute la journée et ne partait dans la chambre d'ami que lorsqu'elle était endormie. Oserait-il jamais lui avouer ses sentiments ? La voir dans cet état lui crevait le cœur. Elle d'habitude si joyeuse, si pleine de vie... Souvent il la voyait se contracter, comme si elle ressentait une douleur. Il aurait tant aimé la soulager, quitte à souffrir à sa place.
Tous deux trouvaient toujours quoi faire pour ne pas s'ennuyer. Ils regardaient la télévision, discutaient de tout et de rien, inventaient des jeux... Mais quoi qu'ils fassent, Cassandre serrait toujours la main de Jeph dans la sienne. Elle avait peur que si elle le lâchait, il s'en aille.

Même si la présence de son ami la réconfortait, elle n'en entendait pas moins les voix. Elle savait que si Jeph était là, elles ne pourraient rien lui faire, mais elles chuchotaient des paroles si horribles qu'elle avait du mal à ne pas frissonner tout le temps. Cela s'arrêterait-il un jour ?
Le soir, ils se séparaient et allaient chacun dans leur chambre. Souvent, Cassandre gardait les yeux ouverts la plupart de la nuit. Elle serrait les dents, s'agrippait à ses draps pour ne pas crier contre les voix et les visions. On aurait pu penser qu'à force de les entendre et de les voir, elle aurait fini par s'y habituer, mais non. Cette nuit-là, le sommeil la rattrapa. Elle sombra en peu de temps. Aussitôt, les ombres s'immiscèrent dans son esprit. Elles dansaient devant ses yeux endormis. Et son corps dansait aussi. Elle tourbillonnait, inlassablement, à en perdre la tête. Ses bras virevoltaient autours d'elle. Partout, des flammes se balançaient au rythme d'une musique démoniaque. Aucune pensée ne venait lui entraver l'esprit. Elle était dans un brouillard délicieusement anesthésiant. Puis, la voix. Elle chuchotait à une oreille, criait de l'autre. Des millions de voix et pourtant la même. Toutes disaient la même chose. « Tu sens ce bonheur, cette torpeur ? Tu sens ce bien-être ? Reste ici, avec moi, avec nous et tu le connaîtras pour l'éternité. » Cette voix, si douce, était si attirante. Cassandre souhaitait se baigner dans les bras de son propriétaire. La séduction faisait son effet. La musique, toujours plus forte, assassinait ses doutes. La voix faisait taire ses craintes. Elle sentait des mains sur son corps. Des mains caressantes. Des caresses qu'elle ne connaissait pas. Des caresses à vous faire crier de plaisir. Puis une bouche, dans son cou. Des lèvres qui traçaient la courbe de ses épaules. Un torse contre son dos. Si chaud. La voix, sensuelle. Si dur de résister à l'appel du plaisir. Les mains la retournent. Elles dessinent son visage. S'attardent sur ses lèvres. Elle les entrouvre, gémit. Que ça s'achève ! Elle était bien à en avoir mal. Trop de désir pour son corps si faible. Le visage de son tortionnaire se rapprocha du sien, lentement, tentateur, dangereux. Ses propres mains, à elle, montèrent jusqu'aux joues du séducteur. Elle n'en pouvait plus d'attendre. Elle l'attrapa sauvagement et l'amena à elle. Elle l'embrassa ardemment. Il répondit au baiser, avec tant de passion que le feu monta en elle. Elle se sentit se consumer tant que l'étreinte dura. Les mains du bourreau la tenaient fermement contre lui, une sur ses hanches, l'autre dans ses cheveux.
Le baiser prit fin soudainement et il se pencha à son oreille. « Dis mon nom. » Même sa voix était rauque, pleine de désir. Alors elle se perdit dans le plaisir et, sous ses caresses, chuchota :

« Lucifer ».

Cassandre se réveilla au moment où elle prononçait le nom du diable. Elle tremblait encore du cauchemars qu'elle venait de faire. Mais en était-ce un ? N'était-ce pas plutôt un rêve ? Car cette fois-ci, elle ne souffrait pas. Elle avait brulé de plaisir, c'était vrai, mais n'était-ce pas justement une douleur délicieuse à endurer ? La jeune fille se mordit les lèvres. Elle culpabilisait. Déchirée entre son envie, son besoin d'appeler Lucifer pour vivre encore l'expérience de ce [plaisir ---> trouver synonyme] intense et ce sentiment qu'elle ressentait pour Jeph et qui lui disait que ce n'était pas bien. Que pouvait-elle faire ? Aller voir Jeph ? Sortir de la maison ? C'est cette option qui lui paru la meilleure. Elle avait besoin de prendre l'air après être restée enfermée si longtemps. Après plusieurs jours de repos, elle avait assez de force pour se déplacer normalement. Sans bruit, Cassandre se leva et enfila un jean, un pull épais et des tennis. Elle prit son téléphone puis descendit au rez-de-chaussé. Elle but une tasse de café et sortit. C'était à peine l'aube. Il faisait froid et elle avait eu raison de s'emmitoufler dans un manteau bien chaud, avec une écharpe et des gants en laine. Les environs étaient blancs. Enfin, l'air était blanc. Étrange à décrire à vrai dire. La jeune fille marcha sans but précis, savourant seulement l'air qui entrait dans ses poumons. Cela lui avait manqué. Elle aimait tellement se retrouver à l'extérieur. Elle se dirigea vers le parc abandonné. Elle savait qu'il n'y aurait personne, vu l'heure et c'est ce qu'elle voulait. Au lieu de s'asseoir sur un banc comme elle le faisait habituellement, elle alla jusqu'à la balançoire. Elle s'élança et prit de plus en plus de vitesse, de plus en plus de hauteur. L'adrénaline coulait dans ses veine. Elle se sentait à la fois calme et vivante. Et c'était si reposant. Son téléphone sonna. Elle ne répondit pas. Il sonna encore. Elle ne répondit toujours pas. La sonnerie se tut et Cassandre continua de se balancer. En regardant la position du soleil, elle se dit que la matinée devait déjà être bien avancée. Elle voulut se percher sur un muret assez large. Avec difficulté, elle monta dessus et s'y allongea, ses genoux relevés. Ainsi, elle laissait les rayons du soleil parcourir son visage et la réchauffer. Elle se demandait pourquoi elle était monté là-haut. Ce jour-là, elle se sentait l'envie de faire des choses inhabituelles, de retourner en enfance. Elle aurait voulu bouger, mais elle était si bien sur son mur.

« Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »

Cassandre releva la tête pour identifier qui venait la déranger. C'était Lia. Elle avait relevé ses cheveux en une queue de cheval blonde, ce qui allongeait encore davantage son cou. Cassandre la trouvait belle.

« Et toi ?
— Je viens fumer, comme toujours.
— Ah.
— Si tu descendais de ton perchoir ?
— Pas envie.
— Comme tu voudras. »

Lia partit s'asseoir sur leur banc habituel et entama une cigarette. De temps en temps, elle pianoter rapidement sur son téléphone. En la voyant faire, Cassandre regarda qui l'avait appeler. C'était Jeph. Il avait dû se lever et remarquer qu'elle s'était absentée. Elle lui envoya un message : « Ne t'inquiète pas ». Il allait la maudire. D'ailleurs, quelques seconde plus tard, elle reçu un SMS de lui « Tu es où ? ».

« Quelque part. »
« Arrête. »
« Toi arrête »
« S'il te plait... »
« Désolée. Pour tout. »

Elle s'excusait pour avoir déserté sans prévenir mais aussi pour ce qu'elle lui faisait subir ces derniers temps. Pour ses crises, pour avoir répondu à son baiser et s'être ensuite enfuie, pour ne pas savoir exprimer ses sentiments, pour avoir tant besoin de lui et pourtant chercher à être loin de lui. La jeune rousse se décida à quitter son mur et rejoignit son amie.

« Tu me prêtes une clope ? »

Elle lui en passa une.

« Alors, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Questionna la blonde.
Sais pas. C'est... étrange. Je me sens lunatique. »

Elle lui raconta les évènements de ces derniers temps, en omettant les passages des hallucinations et des voix.

« Et tu as envie de te changer les idées ?
— Évidemment.
— Et tu ne veux pas rester avec Jeph ?
— Je ne sais pas, soupira Cassandre. Je ressens le besoin d'être avec lui, mais je sens aussi qu'il faut que je m'en éloigne...
— Ce soir, on sort toutes les deux ma poulette. Et tu ne dis rien à Jeph. Enfin, tu lui dis que tu es avec moi, mais c'est tout.
— Tu m'emmènes où ?
— Tu verras. Fais-toi toute belle. »

Après lui avoir fais la bise, Cassandre s'en alla. Elle n'avait pas envie de rentrer tout de suite mais ne voulait pas faire paniquer Jeph non plus. Voir Lia lui avait fait du bien. Alors elle retourna chez elle. Quand elle fut à l'étage et qu'elle annonça sa rentrée à Jeph, celui-ci ne répondit pas. Elle alla voir dans la chambre d'ami mais il n'y était pas. Sur le lit se trouvait un petit bout de papier avec écrit « Je rentre chez moi, je ne peux pas continuer comme ça, désolé. ». Cassandre ne savait pas si elle en était triste ou soulagée, surement un peu des deux.

La jeune fille avait enfilé une robe bustier noire et des escarpins en satin hauts de quinze centimètres. Quand Lia vint la chercher, elle mis un gilet en laine et une veste puis rejoignit son amie dans sa voiture. Pendant une vingtaine de minutes, Lia conduisit sur une nationale puis s'arrêta devant un quartier commerçant. Elle l'entraîna jusqu'à la porte d'une boite de nuit dans laquelle elles entrèrent sans problème. Après avoir déposé leurs affaires, elles se dirigèrent vers le bar. Lia commanda deux verres de Whisky.

« Tu es sûre que je peux boire après avoir été malade ?
— Un verre ne te tuera pas, puis tu es guérie non ?
— C'est vrai, mais c'est un peu fort quand même...
— Tu es venue pour oublier n'est-ce pas ? Alors crois-moi, c'est le meilleur – si ce n'est le seul – moyen.
— Qu'est-ce qui t'es arrivé Lia ? Depuis quand tu sors te saouler dans les discothèques ?
— J'ai juste envie d'oublier qu'on fait parti d'un monde de coincés, le temps d'une soirée, tu comprends ? Alors, à nous ! »

Cassandre trinqua avec elle et se laissa prendre par son entrain. Après tout, elle n'avait pas tord. Ce n'est pas comme s'ils passaient leur vie à faire la fête. Alors elles pouvaient bien s'amuser pour une fois. Elle but son verre à petites gorgées. L'alcool lui brula la gorge mais elle finit quand même son verre et en commanda un deuxième. Puis elles allèrent toutes les deux danser sur la piste. La musique était envoutante et Cassandre y perdit la tête. Les verres s'enchaînèrent au cours de la soirée sans que quiconque tente de la freiner. Elle rigolait avec Lia pour tout et rien et draguait sans vergogne. Son amie l'encourageait à aller voir plein de garçons différents. Puis ce fut elle qui se mit à draguer. Cassandre, malgré son cerveau embrumé par l'alcool, comprit qu'elle devait vraiment être ivre pour flirter avec des garçons alors qu'elle était avec Kan.

« Haha Cassie, regarde celui-là. Il est mignon, hein Cassie ? Tu le veux ? Parce que sinon je le prend héhé. Fais pas ta prude hein Cassie. Oh regarde, il a un copain. Ils se ressemblent. Ah, ce sont des jumeaux. Ah non, c'est la même personne. Haha, je le vois en double, je suis trop forte.
— Héhé Lia tu devrais voir ta tête ! Et moi, et moi, tu me vois en double ? Attend, là y a son vrai copain. Mais non c'est pas son double banane, c'est vraiment son copain. Toi tu en prends un et moi l'autre ok ? Allez, à trois on y va. Un, deux... Oh, regarde, celui-là il est plus mignon !
— Hé mais c'est Jeph ! Salut Jeph ! Comment que ça va bien ? Tu as reçu mon message. Ah bah oui, sinon tu serais pas là haha. Regarde comme on est belle avec Cassie. T'as vu, t'as vu !
— Allez, va draguer le mec là-bas Lia. Mais allez vas-y !
— Oui, oui, j'y vais. À tout à l'heure mes cocos !
— Cassandre, tu es ivre ? Demanda Jeph.
— Qui, moi ? Noooooon ! Pourquoi tu dis ça ?
— Tu pues l'alcool.
— Hééé, c'est pas gentils ça. En tout cas, tu sais que t'es mignon toi ? Je dois pas te le dire assez souvent. »

Cassandre attrapa son ami par la cravate et le tira vers elle.

« Tu sais, je t'aime beaucoup Jeph... Tu fais quoi si je t'embrasse ? Tu me laisses faire ?
— Non.
— Pourquoiiii ?
— Parce que tu es saoule.
— Pffff, la bonne excuse, c'est même pas vrai. Allez, laisse-moi tranquille. Je vais chercher des mecs qui seront contents de me voir. Hé Lia, il a toujours un copain ton mec ?
— Non non non, tu rentres avec moi toi, la rattrapa Jeph.
— Hééé, non ! Je te suivrais pas de toute façon alors hein ! »

Comme elle tentait de rejoindre Lia, il l'immobilisa et la porta à son épaule, comme un sac de farine. Malgré les coûts qu'elle lui donner pour se libérer, il ne la lâcha pas.

« Mais repose-moi ! Et Lia hein ! On peut pas la laisser là ! Pis elle peut pas conduire je te rappelle !
— J'ai déjà appelé Kan pour elle maintenant tiens-toi tranquille.
— Bah voyons ! T'as cru que c'était Noël ! Lâche-moi ou je crie.
— Tu cries déjà Cassandre...
— Bah je crie plus fort.
— Fais ce que tu veux.
— Ce que je veux c'est que tu me pooooooses !
— Non. Allez, monte dans la voiture.
— Non.
— Si.
— Non.
— Bon, je t'y mets de force s'il faut alors bouge tes fesses, il caille je te signale. »

En grommelant, Cassandre s'exécuta. Il avait tout gâché. Elle s'amusait bien et voilà qu'elle devait partir à cause de lui. Pendant qu'il conduisait, elle se rendit compte qu'il ne prenait pas le chemin menant à chez elle.

« Où on va ?-Chez moi.
— Hé, t'as pas le droit de me kidnapper ! J'vais l'dire à ma mère !-Bah tiens, et tu lui expliqueras comment tu t'es retrouvé totalement bourrée alors que tu sors juste d'une maladie sérieuse... Il y a une semaine tu n'arrivais même pas à marcher et là tu vas danser en boîte. Il serait tant que tu arrêtes de faire des conneries. Je ne sais pas ce que tu as ces temps-ci mais vraiment, on ne peut pas te quitter des yeux cinq minutes.
— Roh ça va, j'suis plus une gamine.
— Parfois on se demande, je t'assure. »

C'est dans le silence qu'ils arrivèrent chez lui. Elle le suivit dans les escaliers montant à son appartement et Jeph lui donna un verre d'eau avant de lui sortir un plaid et de l'installer sur son canapé. Il posa sur la table basse une carafe d'eau et une boîte de Dolipranne, prévoyant qu'elle aurait besoin le lendemain matin. Ensuite, il alla se coucher.
En se réveillant, Cassandre sentit un atroce mal de tête lui tapager le crane. Elle avait la bouche pâteuse et les muscles endoloris. Avant même de se souvenir comment elle en était arrivée là, ni pourquoi elle se trouvait chez Jeph, elle avisa le médicament en face d'elle et se jeta dessus. Après en avoir pris deux, elle tenta de réfléchir mais n'y parvenait pas, sa tête bourdonnant trop pour cela. Alors elle se rallongea et ferma les yeux, laissant le cachet faire effet. La deuxième fois qu'elle se réveilla, Jeph était déjà levé. Elle l'entendait s'activer dans l'appartement. Le mal de tête étant toujours là mais largement atténué, elle tenta de se rappeler de la veille. Elle se souvenait d'être allé au parc, puis d'avoir rejoint Lia dans sa voiture et d'aller être en boite. Elle avait bu un ou deux verres et beaucoup dansé mais le reste de la soirée manquait à sa mémoire. Elle se leva et chercha Jeph. L'ayant trouvé, elle alla lui faire un bisou sur la joue mais il se dégagea. Surprise, elle l'observa : il faisait manifestement la tête. Que s'était-il passé pour qu'il soit de mauvaise humeur ainsi ? Aussitôt, elle sut qu'elle avait fait quelque chose de grave. Et vu qu'elle était sorti en boîte, qu'elle avait vraisemblablement la gueule de bois, il n'était pas difficile de deviner quoi. Elle avait du finir bourrée et Jeph était arrivé à son secours, comme toujours. Elle s'assit sur une chaise et demanda :

« Tu veux qu'on arrête de se voir ? »

Surpris, il releva la tête et lui demanda pourquoi.

« Parce que tu passes ta vie à me sortir de toutes les situations embarrassantes, que tu es toujours là pour moi, que tu me supportes avec mes sautes d'humeur étranges et que tu ne bronches jamais. Tu ne te mets jamais en colère mais restes quand même à m'aider. Et que je ne te rends jamais la pareille, parce que tu es tellement un mec bien que tu ne t'écartes jamais du droit chemin. Parce que tu es une personne saine d'esprit, qui a toutes les cartes pour réussir et que moi, je suis une pauvre fille qui a visiblement des problèmes psychologiques que je ne veux même pas faire soigner et que je suis lunatique, que je ne t'apporte rien de bon, que je te fais souffrir pour rien. Pour tout ça, est-ce que tu veux couper les ponts avec moi ? »

Il ne répondit pas et garda la tête baissée. La jeune fille prit ça pour un oui.

« D'accord. Je suis désolée. Et merci pour tout ce que tu as fais pour moi. La seule chose que je peux faire pour toi, c'est te promettre de ne pas retomber dans la dépression de la semaine dernière. »

Elle sortit de la cuisine et après avoir récupéré ses quelques affaires personnelles, partit de l'appartement. Elle marcha le long de la rue sans se retourner. Elle rentra directement chez elle, déjeuna, puis se cacha dans son cagibi. Assise sur le banc, elle se laissa aller au chagrin et aux larmes. Cette fois-ci, elle ne pleurait pas à cause de Lucifer et de ce qu'il lui faisait vivre, mais parce que la séparation avec son meilleur ami lui laissait un vide dans le cœur. Quelques temps après, elle passa dans la salle de bain et se débarbouilla. Elle prit une douche bien chaude, fit le reste de sa toilette puis retourna dans sa chambre. Elle appela une amie de sa classe pour connaître les devoirs qu'elle avait manqué. Après avoir noté les numéros des exercices, elle tenta de les faire grâce aux cours dans les manuels scolaires. Le lendemain, elle retournerait en cours. Elle sentait qu'elle devait s'occuper. Et la semaine suivante, elle reprendrait la danse. Elle allait se donner plein de choses à faire, ainsi elle n'aurait pas le temps de penser à quoi que ce soit. Et ne pas être totalement inutile lui ferait du bien. Elle fit du ménage dans sa chambre qui en avait particulièrement besoin. Elle fit de même avec les chambres d'ami, le débarra et la salle de bain. Elle ouvrit toutes les fenêtres pour aéré un peu. Sur la balcon, elle arrosa les quelques plantes et enroula une guirlande autour de la rambarde. C'était vraiment la fin de novembre aussi ils commenceraient bientôt la décoration de la maison pour Noël. C'était la période que Cassandre préférait. Toute la maison scintillait pendant décembre, même la nuit. Quand elle eut fini ses occupations, elle partit jouer avec Tibault. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas passé du temps avec lui et ça leur manquait à tous les deux. Elle l'emmena faire un tour, lui paya une glace et une séance de cinéma. Ils allèrent voir un dessin animé sorti depuis peu. Tibault rit durant tout le film et le cœur de Cassandre se réchauffa. Ces derniers temps, elle avait perdu la beauté des choses simples. Mais pour être en paix avec elle-même elle savait qu'elle avait encore deux choses à faire. La première concernait Jeph et devrait être mise de côté puisque, de un, elle ne se sentait pas prête à se déclarer et de deux, ils venaient juste de couper les ponts. La deuxième serait réglée bientôt, elle se le promit.

En rentrant chez elle, elle appela :

« Lucifer ! »

Le diable apparut, entouré de fumée noire.

« Lui-même. »

Ses cheveux étaient toujours noirs, il avait toujours sa queue en pointe et ses cornes et montrait toujours cette nonchalance insolente.
Maintenant qu'elle était devant lui, elle ne savait plus trop quoi faire.

« Je voudrais que vous me laissiez tranquille. S'il vous plait.
— Le problème, c'est qu'il ne me plait pas.
— Mais pourquoi vous acharnez-vous sur moi ? Je ne vous ai rien fait !
— Toi non, mais tu m'es très précieuse.
— Je ne peux plus supporter cette situation.
— Alors laisse-toi aller, murmura-t-il. Je ne comprend pas pourquoi tu t'y refuses. Tu ne souffrirais plus. Tu serais heureuse. Je sais que tu en meures d'envie. Tu souhaites tant de choses que je pourrais t'offrir.
— Non... Ce que je veux vraiment, vous ne pouvez pas me le donner. La seule chose que vous puissiez faire pour moi, c'est m'oublier.
— Cela est malheureusement impossible. Mais je peux te proposer un marché. Tu m'accordes trois heures de ton temps par semaine et tu n'auras plus les vertiges ni les maux de tête. Et tu n'entendras plus ma voix dans ton esprit.
— Et les cauchemars ?
— Cela, en revanche, je n'y peux rien. Il n'appartient qu'à toi de les faire cesser.
— Comment ?
— Viens avec moi. Peux-tu réellement résister à ça ?

Il se plaça derrière elle et effleura la cambrure de son cou avec ses lèvres.

— Y arrives-tu ?

Cassandre se dégagea avant de plus pouvoir se retenir. Son cœur battait plus vite. Elle se savait faible face à ses caresses. Elle se souvenait parfaitement de son rêve de la veille. -Très bien, j'accepte votre marché. Quand est-ce qu'on commence ?

— Le trois décembre, c'est ton anniversaire, non ? Alors, je viendrais te voir dans la journée. »

Et il s'en alla, sans plus de manières.

~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~o~

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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mar 2 Juil - 7:57

CHAPITRE 5
Rendez-vous

Partie 1.


Ce trois décembre, Cassandre se réveilla lentement. Elle se leva, descendit dire bonjour à tout le monde et prendre son petit-déjeuner. Depuis qu'elle avait décidé de se ressaisir, ses rapports avec sa mère et Pierre s'étaient améliorés. Tous lui souhaitèrent un joyeux anniversaire et elle reçu quelques cadeaux. Plusieurs bons pour des soins de beauté ou d'un montant particulier pour un magasin de multimédias. Sa mère lui offrit une jolie robe violette et Tibault lui donna un dessin qu'il avait fait à l'école. Elle les embrassa tous et rangea tous ses présents. Elle se prépara longuement. Après avoir pris un bain bien chaud, elle enfila la robe de sa mère, laissa sa chevelure onduler dans son dos et se maquilla légèrement. Après avoir mis ses escarpins et son manteau, elle monta dans la voiture familiale et Tom la conduisit chez Mathi. Elle appréhendait un peu cette journée. Elle était impatiente de revoir ses amis mais ne savait pas si Jeph serait là. S'il venait, il y aurait sans aucun doute un gène entre eux. Mais s'il ne venait pas... Cassandre savait qu'elle en serait blessée, bien qu'elle comprenne qu'il veuille continuer à prendre du recul. Finalement elle choisit de mettre ce problème de côté. Elle ferma les yeux quelques instants et quand elle les rouvrit, elle sursauta. Lucifer était installé à côté d'elle. Paniquée, elle regarda Tom, mais il ne semblait pas s'être aperçu de la présence démoniaque dans l'habitacle.

« Dites, vous ne pouvez pas apparaître comme ça ! Chuchota-t-elle.
— Vous avez dit quelque chose mademoiselle ? Demanda Tom.
— Non, non. Pourquoi ne vous voit-il pas ?
— Il n'y a que toi qui puisse me voir, expliqua le diable. Et m'entendre.
— Et merde, s'exaspéra la jeune fille, la tête entre les mains. Je suppose donc que vous parler ferait penser aux gens que je suis folle.
— Sans doute.
— Génial ! Bref, que faites-vous là ?
— Je te rappelle que tu dois passer du temps avec moi aujourd'hui.
— Seulement trois heures par semaine, récita-t-elle. Et vous ne pouvez pas rester maintenant, car je vais fêter mon anniversaire chez des amis.
— Très bien, je reviendrai te voir après alors. »

Et il s'évapora. Tom, lui, la regardait d'un œil inquiet. D'accord, pour la discrétion, elle repasserait.
La voiture arriva chez Mathi. Sa mère vint lui ouvrir et lui souhaita un joyeux anniversaire. La jeune rousse se rendit dans la chambre de son ami. Personne n'était encore arrivé. Dès qu'il la vit, le jeune homme la prit dans ses bras et lui souhaita plein de bonheur, d'argent, de bonnes choses pour cette nouvelle année. Cassandre le remercia et ils s'installèrent sur un canapé. Petit à petit, leurs autres amis arrivèrent. D'abord Lia, puis Kan. Mais aucune trace de Jeph. Mathi reçut un coup de fil auquel il répondit en s'éloignant un peu. Mais les trois amis pouvaient tout de même entendre les réponses de Mathi.

« Tu es où ?
— ...
— Mais enfin, c'est son anniversaire !
— ...
— Tu abuses là.
— ...
— Comment veux-tu que je lui dise ?
— ...
— Bon très bien, fait comme tu veux. »

Il revint sur le canapé et avec un soupir annonça qu'un empêchement retenait Jeph et qu'il ne pourrait pas venir. Cassandre savait bien qu'il ne voulait simplement pas la voir. Elle ne lui en voulait pas, même si ça lui faisait mal. Elle rassura Mathi : ce n'était pas grave.
Lia décréta que c'était l'heure des cadeaux. Cassandre les ouvrit avec enjouement. Des bijoux, des parfums... Le dernier paquet n'était pas très gros. C'était un haut de pyjama blanc sur lequel tous ses amis avaient écrits des petits mots. En les lisant, elle reconnu sans mal leur auteur. Ceux de Kan étaient moqueurs, ironiques, ceux de Lia plus réservés, ceux de Mathi plein de tendresse et ceux de Jeph toujours attentionnés. Alors il avait participé à ce cadeau. Ils l'avaient sans doute préparé avant que Cassandre ne commence à faire n'importe quoi. Elle serra le vêtement contre elle et remercia chaleureusement les offreurs. Au moment du gâteau, ils chantèrent tous « joyeux anniversaire » et la jeune fille souffla sur les deux bougies en forme de 2 et 0. Vingts ans... N'aurait-elle pas dû se sentir différente ? Si elle se sentait plus adulte, c'était uniquement par la douleur causée par l'absence de Jeph. Mais ses autres amis étaient là, alors ils passèrent une bonne journée pendant laquelle la jeune fille oublia ses soucis. Cependant, le soir, quand il fallut partir, le stress de Cassandre reprit de plus belle. Qu'allait-elle bien pouvoir dire à Lucifer ? Comment la soirée allait-elle se passer ? La jeune fille aurait donné n'importe quoi pour ne plus avoir de problèmes.

Lucifer apparut encore une fois sans prévenir. Cassandre sursauta puis soupira. Après tout, elle aurait dû s'y faire. Mais pouvait-on se faire à recevoir la visite du diable dans sa chambre ? Elle n'avait pas encore mangé, aussi Lucifer l'accompagna silencieusement à la cuisine et la regarda diner avec ses parents. Quand elle fut à nouveau dans sa chambre, elle fut tentée de s'installer sur son lit mais trouva cela trop intime. Elle s'assit alors sur sa chaise de bureau. Elle se demandait si Lucifer en avait également besoin. À vrai dire, elle le voyait mal s'assoir et bavarder gentiment de tout et de rien. Bon sang, il était le diable, de quoi allaient-ils bien parler ? Comme si on causait cuisine avec le prince des Enfers. Comme si elle causait cuisine tout court. Étrangement, elle ne parvenait pas à se souvenir de quoi elle parlait avec ses amis généralement. Finalement, ce fut lui qui prit la parole en premier.

« N'as-tu rien à ne me demander ? Aucune question ?
— Des tonnes, avoua-t-elle. Vous non ?
— Peut-être. Alors une question chacun, ça te va ?
Elle opina.
— Êtes-vous amoureux de moi ?
Le diable la regarda, incrédule, avant d'éclater de rire. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait demandé ça. Mais elle ne comprenait vraiment pas l'intérêt que lui portait Lucifer.
— Ai-je l'air de quelqu'un qui tombe amoureux ?
— Pas vraiment... Mais pourquoi est-ce moi qui vous intéresse ? Ou bien allez-vous séduire toutes les filles qui vous tombent sous la main ?
— Évidemment que je les séduis toutes ! Mais il est vrai que je ne demande pas à toutes de devenir ma femme. Toi, tu es spéciale. Tes origines peuvent me donner un pouvoir inégalable.
— Mes origines ? Demanda-t-elle, étonnée.
— Ton père.
— Vous le connaissiez ?
— Si bien... Mais il me semble que c'est à moi de poser des questions. Que penses-tu de moi ?
— Eh bien... hésita la jeune fille. Je ne sais pas vraiment quoi penser. Vous me terrifiez, vous et ce que vous provoquez en moi. Mais vous semblez ne pas être quelqu'un de méchant parfois.
Encore une fois, il rigola.
— Ce n'est qu'une façade, n'est-ce pas ? Vous faites ça pour je finisse dans vos bras. Vous voulez juste m'attirer et pensez que vous montrer sous un bon jour peut vous aider. Le pire dans tout ça, murmura-t-elle, presque pour elle-même, c'est que vous avez sans doute raison.
— Je n'en demandais pas temps, commenta-t-il, visiblement ravi. Enfin, je suppose que s'il n'y avait aucune résistance, ça n'aurait pas autant de charme. Aucune femme ne m'a jamais résisté longtemps et je ne pense pas que tu sois la première. De toutes manières, je n'aurai de cesse de te traquer tant que je n'aurai pas ce que je veux. Question suivante : pourquoi te refuses-tu à moi ?
— Ce n'est pas très dur à deviner... Vous êtes le diable. Je suis chrétienne. Depuis petite, on m'apprend à ne pas vous faire confiance, que vous incarnez la tentation et le mal à l'état pur. On me promet le Paradis si je vous évite et l'Enfer si je vous laisse entrer dans mon cœur. Qui voudrait vivre en Enfer ?
— Qui a dit que le Paradis était mieux que l'Enfer ?
— Les flammes, la douleur, les cris... C'est pas trop mon truc.
— Certes, certes, ceux qui finissent en Enfer ne sont pas vraiment gâtés. Mais toi, ça ne serait pas pareil. Tu échapperais à tout ça, puisque tu serais ma femme.
— En admettant que je vous suive dans votre délire, ça voudrait dire quoi ? Je passerai mes journées à vous servir, à crier sur des serviteurs, à torturer des gens ? Très peu pour moi, merci. D'ailleurs, c'est mon tour : de quel pouvoir parliez-vous ? Et en quoi cela concerne-t-il mon père ?
— Disons, réfléchit Lucifer, que tu peux augmenter ma puissance. La magie blanche – il grimaça à ce mot – peut accomplir des choses que la magie noire ne peut pas. Et inversement. Alors imagine un peu la combinaison des deux à la fois.
— Je ne vois toujours pas en quoi ça me concerne...
— C'est pourtant simple, dans tes veines coule le sang de ton père. Son pouvoir aussi, donc.
— C'est absurde, mon père n'avait pas de pouvoir ! Et si ce que vous dites est vrai, cela voudrait dire que j'ai moi-même des pouvoirs. Or, ce n'est pas le cas.
— Non, toi tu es à demi-humaine, évidemment que tu n'as pas de pouvoirs. Mais ton père si, je te l'assure. Mon corps s'en souvient encore, ajouta-t-il, mauvais.
— Il... Vous a fait du mal ?
Cassandre ne pouvait pas croire ce qu'elle découvrait. Certes, elle ne connaissait pas réellement son père, mais de là à accepter qu'il ait eu une quelconque force magique...
— Pas autant que je lui en ai fait.
— Que lui avez-vous fait ?
— Tu n'es pas prête à entendre ça. Bon, conclu-t-il, il est l'heure que je m'en aille. Tu es bien plus curieuse que ce que tu ne laisses croire. Enfin... Je pars.
— Attendez... S'il vous plait, n'apparaissez plus quand je ne suis pas seule. »

En rigolant – décidément, Cassandre avait des talents de comique qu'elle ignorait – il s'évapora. Cassandre se sentait encore plus perdue qu'avant. Elle ne savait vraiment plus quoi penser de Lucifer. Il lui avait révélé des choses qui n'avaient provoqué que plus de questionnements en elle. Qui était donc réellement son père ? Quel était ce pouvoir dont parlait le diable et qu'il convoitait tant ? La seule chose dont elle pouvait être sûre, c'est que son père était quelqu'un de bien. En effet, Lucifer n'avait-il pas dit qu'il avait besoin de la magie blanche ? En soupirant, la jeune fille tenta de chasser ces questions de son esprit. C'était plus facile à dire – penser, dans ce cas – qu'à faire. Elle s'y retrouvait si peu dans sa vie désormais qu'elle ne savait plus quoi faire. Tout ce qui rythmait son quotidien auparavant n'avait désormais plus aucun sens. Elle fit alors la seule chose à laquelle elle pensa : elle prit son ipod et alla s'installer sur son balcon en écoutant la musique. Elle prit bien soin de s'emmitoufler dans une grosse veste bien chaude : elle avait été assez malade pour les trente prochaines années.

Le lendemain, Cassandre refit son apparition en cours et à la danse. Elle raconta la même chose à tout le monde : elle avait été malade. Se plonger dans les devoirs et dans sa passion lui faisait beaucoup de bien. Elle occupait son esprit autant que possible. De plus, son pacte avec Lucifer lui permettait de ne plus subir les vertiges et affreux maux de tête. Si elle dormait toujours aussi mal, elle trouvait un peu de répit et de repos dans ses journées. Elle était tentée de se rendre au parc abandonné, un lieu qui l'apaisait toujours, mais craignait d'y rencontrer Jeph. Fuyait-il également cet endroit de peu de l'y croiser ? Que faisait-il ? À quoi pensait-il ? Lui en voulait-il encore beaucoup ? Cassandre avait du mal à s'empêcher de penser à lui. Après avoir été si dépendante de lui, la rupture soudaine la faisait souffrir plus qu'elle ne l'aurait cru. Elle voulait l'appeler, prendre de ses nouvelles, lui dire à quel point il lui manquait. Mais elle se retenait, non pas par fierté – cela faisait longtemps qu'elle avait abandonné la fierté avec lui – mais parce qu'elle ne voulait plus lui faire du mal. Et tant qu'elle était empêtrée dans cette histoire de diable, elle ne serait jamais totalement maîtresse d'elle-même. Quand elle aurait trouvé un moyen d'en finir avec tout ça, elle irait le voir et lui dirait tout ce qu'elle ressentait. Mais pour l'instant, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était chercher comment se débarrasser de Lucifer.
Cependant, Jeph n'était pas son seul ami. Elle pouvait contacter Kan, Lia, Mathi ou Harry. Suite à sa récente cuite avec Lia, elle décida de ne pas l'appeler, même si la bienséance – ou même seulement l'amitié qui les liait – exigeait qu'elle prenne de ses nouvelles. Elle ne voulait pas non plus parler à Mathi. Non qu'elle ait quelque chose contre lui mais sa douceur lui rappellerait trop Jeph. Restait alors Kan et Harry. Elle savait que les deux étaient à même de lui changer les idées. Kan ferait le pitre pour la faire rire et Harry l'entraînerait malgré elle dans toutes les boutiques du centre-ville. Se disant que Kan risquerait de poser trop de questions par rapport à Jeph, elle appela Harry. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il était arrivé et transmettait les salutations de ses parents à sa mère. Ton les conduisit dans la partie la commerciale de la ville et Harry décréta qu'ils devaient trouver une nouvelle robe à Cassandre. En effet, l'association de leurs parents, les AFA (Anciennes Familles Aisées) organisait un gala de Noël. Cette année, il fallait venir masqué. Harry fit remarquer que vu la couleur des cheveux de Cassandre, il serait difficile de ne pas la reconnaître. Ils parcoururent donc les boutiques et le jeune homme décida qu'elle devait porter une robe longue, qui changerait de ses habituelles robes courtes façon tailleurs. Cassandre y consentit mais émit une condition. Elle ne voulait ni volants, ni froufrous. Harry promit et ils partirent à la recherche de la perle rare. En écumant les boutiques de soirées, ils sélectionnèrent plusieurs choix mais dans l'une, Cassandre s'arrêta devant une robe pour laquelle elle eut un coup de cœur. Elle était noire, d'une matière rappelant le satin. Le bustier était recouvert de perles et de broderies qui ne se voyaient presque pas car elles étaient également noires. La jupe s'évasait à partir de la taille et formait une courte traîne. Elle demanda à la vendeuse de l'essayer et trouva le résultat très satisfaisant. En fait, elle adorait cette robe. Cependant, Harry lui en proposa une blanche avec des manches en voiles et une ceinture en roses.

« Prend la noire, chuchota une voix à son oreille. »

Cassandre sursauta et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Lucifer était derrière elle. Évidemment qu'il lui conseillait la noire. Il le lui avait dit clairement : il trouvait le noir lui allait bien au teint. En même temps, il n'allait certainement pas lui dire de prendre la blanche. Trop pure pour lui, surement. De toutes manières, Cassandre avait déjà fait son choix.

« Je prends celle que je veux, rétorqua-t-elle.
— Ne le prend pas mal ! S'excusa Harry.
— Oh, non, ce n'est pas pour toi que je disais ça. »

Elle s'était encore faite avoir. Elle en avait vraiment assez que Lucifer apparaisse à tout bout de champs et toujours quand elle n'était pas seule. Elle se déshabilla et acheta la robe noire. Pendant qu'elle déambulait dans les allées commerciales avec son ami, le Prince des Ténèbres continuait de les suivre. Alors qu'ils étaient dans un café et que Harry s'était éclipsé pour aller aux toilettes, elle lui demanda :

« Qu'est-ce que vous faites encore là ?
— Tu me dois trois heures de ton temps, lui rappela-t-il.
— Par semaine ! Vous avez déjà bien utilisé une heure hier.
— Et alors ? Je les répartis comme j'en ai envie.
— Retrouvez-moi à la maison, s'il vous plait.
— Pourquoi je ferai ça ?
— Pour me prouver que vous êtes quelqu'un de bien ? Oh, très bien ! Je vous accorde une heure de plus si vous arrêtez d'apparaître quand je suis accompagnée. »

Il souffla mais disparut néanmoins. Le voir se dématérialiser sous ses yeux était toujours assez choquant. Surtout qu'il laissait toujours derrière lui un mouchoir pourpre. Harry revint et lui demanda si tout allait bien. Il avait remarqué qu'elle semblait préoccupée et qu'elle se parlait toute seule. Cassandre lui assura qu'elle allait bien, elle avait juste un peu de mal à dormir la nuit. Quel euphémisme ! Néanmoins, sortir avec Harry lui avait fait du bien et elle le remercia en l'embrassant sur la joue.
Chez elle, elle prit soin de ranger sa robe puis attendit que Lucifer arrive en révisant quelques cours.

En trois semaines, Lucifer en avait plus appris sur Cassandre qu'elle sur lui. Il n'était pas particulièrement loquace à propos de lui, si ce n'était pour vanter les mérites de sa propre personne et les avantages à l'épouser. Bien qu'elle n'eut toujours pas l'intention de se marier avec lui, elle ne savait plus vraiment sur quel pied danser en sa présence. Il avait souvent un comportement cordial, bien que toujours moqueur. Il s'asseyait parfois en face d'elle, en la regardant simplement réviser ou manger. Mais il arrivait qu'il se mette en colère, parce qu'elle se refusait toujours à lui, ou parce qu'il n'avait juste pas envie de faire l'effort de se montrer sous son bon jour. Quelque part, elle le comprenait : quand on a passé l'éternité à faire le mal, il devait être difficile de changer, même le temps de quelques instants. Cela dit, Lucifer étant ce qu'il était, Cassandre ne doutait pas que cette gentillesse apparente ne restait qu'une façade, un moyen de la séduire. Et bien qu'elle soit plus encline à l'écouter qu'aux débuts, elle ne ressentait toujours pas l'envie de se donner à lui. Elle s'étonnait de voir qu'elle était plus forte que ce qu'elle aurait cru. Elle avait pensé que la visite quotidienne du diable dans sa chambre la rendrait plus attachée à lui, mais il n'en était rien. Elle avait toujours peur de lui. Une aura menaçante se dégageait constamment de lui qui la forçait à se tenir en retrait. Comme si le mal qu'il avait fait – qu'il incarnait – l'entourait et la repoussait. Une force qu'elle ne s'expliquait pas l'obligeait à se sentir gênée en face de lui.
La veille du bal de Noël, Lucifer lui avait annoncé qu'il l'accompagnerait. Cassandre avait refusé, mais rien n'y avait fait. C'est donc à lui qu'elle alla ouvrir la porte quand les invités commencèrent à arriver – il aurait été difficile d'expliquer à Rose comment et pourquoi un illustre inconnu descendait de la chambre de sa fille sans y être auparavant entré. Le gala étant un bal costumé, Lucifer arriva vêtu d'un ensemble trois pièces noir, d'une cape à la doublure rouge et d'un masque décoré d'arabesques. Ses yeux habituellement rouges et noirs étaient seulement très sombres, le pourpre sans doute dissimulé par les pouvoirs du Prince des Enfers. Sa manière aristocratique de parler et de s'incliner devant la maîtresse de maison plut tant à Rose qu'elle envisagea de faire de lui son nouveau gendre. Prenant le bras de Cassandre, il l'emmena vers la piste de danse et, plantant son regard dans le sien, la fit valser. La jeune fille n'avait sans doute jamais si bien dansé, mais ce n'était pas à son cavalier actuel qu'elle pensait. Même s'il faisait forte impression aux autres demoiselles de l'assistance de par sa prestance, Cassandre cherchait des yeux un tout autre jeune homme. Elle le vit arriver, au milieu de la foule. Également vêtu de noir, il ne portait cependant pas de masque. Elle détourna la tête vivement. Si elle le regardait trop longuement, elle ne pourrait s'empêcher d'aller le trouver. Hors, elle lui avait promis de se tenir loin de lui. Le fardeau qu'elle représentait pour lui ne devait plus être. Mais même si elle avait voulu le rejoindre, elle ne l'aurait pu car Lucifer l'accaparait tout entière. Elle le soupçonnait de vouloir lui faire tourner la tête pour la déstabiliser et profiter de sa faiblesse pour la piéger et la convaincre. Elle ne le laisserait pas faire. Quelqu'un d'autre, également, avait visiblement envie de l'empêcher de la garder pour lui. Un homme masqué de blanc et vêtu de grande ailes d'anges demanda à Lucifer de se retirer pour danser avec Cassandre. En voyant le costume, le diable leva les yeux au ciel et accorda à la jeune fille un regard plein de sous-entendus qu'elle capta tout à fait. Ayant reconnu le jeune homme à la voix, elle se demanda avec qui elle préférait danser. Elle en était presque au point de se dire qu'il valait mieux rester avec Lucifer. Mais jugeant que rien ne pouvait être pire que de se damner en Enfer, elle accepta la main de Jérôme.

« Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vu, commença-t-il. T'ai-je manqué ?
— Pas le moins du monde.
— Pourtant tu as choisi de danser avec moi, au détriment de ton cavalier.
— Je fais seulement plaisir à ma mère. Si entretenir son espoir de nous voir un jour mariés peut me permettre de passer mes journées tranquille, je danserai avec toi tant que tu le voudras.
— Quel honneur ! s'exclama-t-il, sarcastique. Je vois que tes intentions sont pures et nobles.
— Tout autant que les tiennes. Harceler des femmes fait-il parti de ton emploi du temps quotidien ?
— Je n'ai généralement pas besoin de les harceler, elles viennent à moi toutes seules.
— Ce doit être frustrant d'en avoir une qui te résiste, non ?
La musique étant terminée, Cassandre voulut s'éloigner, mais Jérôme la retint par le poignet.
— Il serait temps que tu comprennes où sont tes intérêts, grinça-t-il entre ses dents.
— Lâche-moi, sinon je crie, prévint la jeune rousse.
— Tu n'oseras pas, la défia le jeune homme. Pas devant tous ses gens.
Elle écrasa violemment ses orteils avec le talon de ses escarpins. Il grimaça de douleur et défit sa poigne.
— Oh, désolée, je suis si maladroite ! »

Cassandre s'éloigna d'un pas rapide. Tant Jeph que Lucifer avaient observé la scène. Ce dernier la suivit lorsqu'elle sortit dans le jardin et se promena en silence à ses côtés. Elle lui demanda de la laisser seule, ce qu'il fit sans discuter. Si la jeune fille en fut surprise, elle n'avait toutefois pas l'envie d'y réfléchir. Elle se laissa glisser au sol, le long d'un mur et se prit la tête entre les mains. Elle se sentait suffoquer. Pas à cause du diable, elle le savait. C'était l'émotion d'avoir revu Jeph, le regret d'en être arrivé au point de devoir s'éloigner de lui pour ne pas le faire souffrir. Mais elle ne pouvait continuer à le fuir. Se relevant, elle courut jusque dans la salle. À cause de l'heure tardive, la plupart des invités étaient déjà partis. Mais pas lui.

« Jeph ! »

Il se retourna juste à temps pour recevoir le choc du corps de Cassandre se jetant contre le sien. Elle l'enlaça avec l'énergie du désespoir. Surprit, il ne répondit pas tout de suite à son étreinte mais finit par la serrer contre lui.

« Je suis désolée, chuchota-t-elle à son oreille. Je n'y arrive pas. Je n'ai pas la force de rester loin de toi. Serre-moi juste encore un peu et après je m'en irai.
— Non, répondit-il, ne me laisse pas, pas encore. »

Plus tard, ils étaient montés dans la chambre de Cassandre, afin de s'y retrouver, comme pour rattraper le temps perdu. Ils étaient sur son lit, assis face à face, en tailleur. Ils se tenaient les mains, se les caressant mutuellement, de leurs pouces.

« Tu m'en veux beaucoup ? questionna la jeune fille.
— Tu pourrais essayer de te faire pardonner, lui répondit-il.
— Comment ? demanda-t-elle encore.
— Fait-moi une proposition que je ne peux pas refuser.
— Embrasse-moi, murmura-t-elle. »

Il se pencha vers elle, la questionna des yeux. Elle hocha la tête et vint à sa rencontre. Leurs lèvres se touchèrent, doucement, timidement. Un flot d'émotion submergea Jeph. Il avait attendu ce moment depuis si longtemps. Rêvait-il ? Il en avait l'impression. La douceur des lèvres de Cassandre ne pouvait être réelle. La jeune fille ne pouvait s'être vraiment donnée à lui, lui avoir ouvert son cœur. Elle ne l'aimait pas. Ou bien avait-il compris de travers ? À vrai dire, il s'en fichait. Il l'embrassait et c'était elle qui le lui avait demandé. Cassandre, elle, avait l'impression que son cœur explosait. Tous les sentiments qu'elle avait retenu sortaient d'un seul coup. Glissant ses doigts dans les cheveux de Jeph, elle approfondit le baiser. Il était à la fois tendre et passionné. Jeph fit glisser ses lèvres dans son cou, le long de ses épaules. Cassandre ne pouvait se retenir de toucher son visage, qui lui avait tant manqué. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas tracé le contour de ses traits.
Cette nuit-là, les deux amis n'en furent plus. Ils se découvrirent d'une autre manière, plus intime, plus approfondie, plus aimante. Ils ne firent plus qu'un, leur corps et leur esprit. L'amour naissant n'en était plus un, c'était une concrétisation, celle d'une attente entre deux âmes, d'une recherche douloureuse de l'autre. La récompense d'une épreuve à prouver la force de leur lien, l'espoir d'un avenir plus brillant et plus beau.

Au réveil, Cassandre se sentait étonnement bien. Le cauchemars avait été au rendez-vous, comme toutes les nuits, mais il avait été moins horrible que d'habitude. Elle mettait cela sur le compte de la présence de Jeph. En revanche, ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi Lucifer l'avait laissé passer la nuit avec lui. N'aurait-il pas du l'en empêcher ? Elle n'allait néanmoins pas s'en plaindre. Elle posa sa tête sur la poitrine de Jeph, encore torse nu. Sa respiration régulière l'apaisait. La main du jeune homme vint caresser son dos. Cassandre n'aurait pu se sentir mieux. Elle ressentait une plénitude qu'elle n'avait jamais connu. Relevant le menton, elle déposa un léger baiser sur le lèvre de Jeph. Puis un second, et un troisième. Elle avait du mal à se retenir tant il lui avait manqué. Ils avaient besoin de se toucher, comme pour s'assurer que l'autre était bien là.

« Il faudrait peut-être se lever, non ? demanda Jeph.
— Pourquoi ? On ne peut pas passer la journée au lit ? bouda Cassandre.
— Si tu veux, chuchota-t-il en l'embrassant. »
Plus tard, il la regardait, assise sur son lit. Elle était penchée sur son devoir d'économie et mordillait distraitement son stylo. Une mèche rebelle tombait devant ses yeux, qu'elle ne cessait de chasser. Elle était si belle. Pour n'importe quelle autre personne, elle aurait sans doute semblé banale, même si sa magnifique chevelure rousse attirait forcément les regards. Mais pour lui, c'était la fille la plus adorable qui lui ait été donné de rencontrer. Elle leva les yeux vers lui et un sourire illumina son visage. Aucun doute, il était ensorcelé.

Jeph était parti depuis plusieurs heures lorsque Lucifer apparut. Si Cassandre n'était plus étonnée de le voir surgir de nulle part sans prévenir, elle était toujours déstabilisée par ses changements d'apparence. En effet, chaque fois, son visage n'était pas le même. Cela pouvait aller de la simple couleur de cheveux à toute la physionomie. Seul détail qui ne changeait jamais : ses yeux, si particuliers.
Cassandre avait envie de lui demander pourquoi il avait été si complaisant la veille mais n'osa pas, de peur de le rendre encore plus possessif. Il ne lui en parla pas non plus. En revanche, il lui demanda de la suivre et alla sur le balcon. Il prit Cassandre par la taille et ils commencèrent à s'élever du sol. La jeune rousse paniqua, si bien qu'elle ne put s'empêcher de s'accrocher au cou du diable. Il se posa sur le toit et Cassandre s'assit précipitamment pour ne pas perdre l'équilibre. Se rompre le cou en tombant du haut de la bâtisse n'entrait pas dans ses plans. Lucifer rigola de son inquiétude mais la laissa là, marchant vers le sommet du toit. La jeune fille prit le parti de ne pas le suivre. Lorsqu'il parla, Cassandre entendit sa voix aussi clairement que s'il lui avait parlé à l'oreille. Pourtant, elle n'aurait pas dû comprendre ses paroles, tant le vent soufflait fort. Le temps ne semblait pas savoir s'il voulait pleuvoir ou pas. Les nuages se faisaient noirs et Cassandre sentit sa vieille peur des orages refaire surface. Elle s'obligea néanmoins à faire comme si tout allait bien.

« Je ne te sens pas rassurée, Cassandre, se moqua Lucifer.
— Vous croyez ? ironisa celle-ci. Je suppose qu'il n'y a pourtant aucune raison de s'en faire.
— Tout à fait. Après tout, tu es accompagnée par un être surpuissant doté de pouvoirs hors du commun. C'est un élément à prendre en compte, tu ne penses pas ?
— Certes, concéda-t-elle.
Il la rejoignit.
— Allez, lève-toi.
— Je ne crois pas, non.
— Ne te fais pas prier, s'impatienta-t-il.
Soupirant, elle s'exécuta.
— Regarde. L'immensité de la ville. Cette étendue de terre sous tes yeux. Contempler le monde de si haut ne te rend-il pas euphorique ?
— Eh bien, je dois avouer ne pas jouir d'un tel spectacle tous les jours, mais l'impression de risquer ma vie chaque seconde n'est pas une sensation que j'aime à ressentir alors...
— Si tu crois que le sarcasme a un quelconque effet négatif sur moi, tu fais erreur. »

Cassandre décida d'ignorer sa remarque et observa le panorama. En effet, c'était magnifique. La nuit tombée, les lumières des maisons, des lampadaires rendaient le paysage féérique. Elle entendit la voix de Lucifer, mais pas à côté d'elle, dans sa tête.

« Ferme les yeux. Ressens le vent et sa colère. Ressens la tension du temps. Ressens l'ivresse d'être au bord du précipice. C'est si excitant, non ? Avance. »

À présent, la pluie tombait et les cheveux de Cassandre lui collaient au visage. Elle avança d'un pas et... Tomba dans le vide. Elle n'eut pas le temps de crier car déjà elle atterrissait, avec douceur, dans les bras tendus de Lucifer. Ah ! Voilà qu'il se la jouait prince charmant sauveur des damoiselles en détresse !

« Non mais ça va pas ? Vous avez décidé de me tuer ? Ce n'est pas en jouant au preux chevalier que je vous tomberai dans les bras... Sans mauvais jeu de mots, ajouta-t-elle, furieuse, en voyant son expression amusée.
— Tu as raison, la prochaine fois, je te laisserai t'écraser par terre. Ça m'évitera de t'entendre piailler à tout va. Et puis, une fois morte, ton âme ne sera que plus facile à contrôler.
— C'est ça, répondit Cassandre, acerbe. Sauf qu'il n'y aura pas de prochaine fois.
Elle rentra et se laissa choir sur son lit en soufflant.
— Vous m'épuisez. »

Lucifer partit dans un grand éclat de rire moqueur mais Cassandre n'y prêta pas attention. La porte venait de s'ouvrir et Thérèsa entrait, un panier de linge sous le bras.

« Voici vos vêtements, miss.
— Merci Thérèsa.
— Tout va bien, miss ? Il me semble vous avoir entendu crier un peu plus tôt.
— Ce n'était rien... Juste une bestiole, ne vous inquiétez pas. »

La domestique partie, Cassandre lança un regard de reproche à Lucifer, qui ne tentait pas de se retenir de rire.

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MessageSujet: Re: Les coffres de Cassandre   Mar 2 Juil - 7:58

Partie 2.

Le même genre de scène se reproduisit plusieurs fois : Lucifer lui rendait visite, elle se laissait emporter, lui criait dessus et se faisait surprendre par quelqu'un dans la maison. Malheureusement pour elle, tout se savait chez les Cardonne et Cassandre craignait que sa mère finisse par soupçonner quelque chose. En fait, elle ne se demandait pas ce qu'elle ferait si elle savait, mais plutôt quand elle saurait. Le diable, quant à lui, semblait prendre toujours autant de plaisir à mettre la jeune fille dans toutes sortes de situations impossibles. Il faisait preuve d'une imagination débordante lorsqu'il s'agissait d'embêter Cassandre. En tout cas, celle-ci n'avait pas le temps de s'ennuyer, entre les moments passés avec Jeph, ceux passés avec Lucifer, les cours, la danse et les diners auxquels étaient sans arrêt conviés les Cardonne.
Lorsqu'ils étaient avec leurs amis du parc, Cassandre et Jeph n'étaient pas particulièrement démonstratifs. Pas par pudeur, mais simplement parce que lorsqu'ils n'étaient encore qu'amis, ils étaient déjà assez tendres l'un envers l'autre pour ne pas avoir besoin d'en rajouter encore. S'ils aimaient les gestes attentionnés, ils n'avaient pour autant pas envie de tomber dans la mièvrerie. Aussi, une après-midi qu'ils s'étaient tous retrouvés au parc, emmitouflés bien au chaud dans leur manteaux, Lia et Kan se serraient l'un contre l'autre. Jeph était assis à côté d'eux, tenant simplement la main de Cassandre qui grelottait contre Mathi, par terre. Celui-ci plaisantait d'ailleurs souvent au sujet du couple qui venait de se former. Cassandre le comprenait tout à fait : avant, seuls Kan et Lia étaient en couple, ce qui laissait trois membres célibataires. Désormais, Mathi était en minorité.

« Ce n'est vraiment pas juste, se plaignait-il. Je me retrouve à tenir la chandelle ! Vous quatre êtes en couple et moi je suis tout seul.
— Pauvre chou, rétorqua Cassandre, tu es en manque d'amour ? Trouve-toi une petite amie alors.
— C'est ça, je vais aller voir une fille et lui dire « salut, ça te dirait de sortir avec moi ? ».
— Oh, tu sais bien que tu n'aurais aucun mal à te trouver une fille. Elles sont toutes en pâmoison devant le beau paon que tu es, remarqua Lia.
— Certes, mais enfin...
— Allez viens-là, tata Cassie va te réconforter. »

Cassandre se serra davantage contre Mathi et l'entoura maladroitement (gros manteau plus écharpes plus moufles, ce n'est pas particulièrement ce qui facilite le plus les mouvements...) de ses bras.

Noël arrivait et il fallait donc choisir une date pour leur traditionnelle soirée de Noël. Généralement, ils la passaient en boîte puis se retrouvaient chez l'un d'eux pour s'échanger les cadeaux. Ils décidèrent de faire comme d'habitude et il fut convenu qu'ils se rendraient tous dans une boîte nommée Mixie's le 24 après avoir fait un saut chez Lia pour déposer les cadeaux où ils iraient finir la soirée.
Lucifer déclara qu'il voulait également passer du temps avec elle pour Noël. Sachant que cette fête ne comptait que deux journées et qu'elle devait passer tout le 25 avec sa famille, il ne restait guère que la journée du 24 ou le 25 au soir. Et histoire de ne pas avoir à choisir, Lucifer décida qu'ils se verraient aux deux moments susmentionnés. Cassandre se serait volontiers passée de sa présence mais Lucifer ne l'entendait visiblement pas de cette oreille. Sachant que de toute manière, il obtiendrait ce qu'il voulait, elle ne protesta même pas.
Ayant déjà terminé l'achat de ses cadeaux de Noël, elle n'eut pas besoin de s'inquiéter de cela de toute la semaine précédent le 24 décembre. Elle comptait offrir un kit de médiators pour sa guitare à Jeph, un blouson en cuir à Kan, un pendentif en forme d'étoile en or blanc à Lia et un abonnement sur un site de rencontre à Mathi. Elle avait également prévu des cadeaux pour son frère, sa mère, son beau-père, pour Harry...

La veille de Noël, Lucifer ne lui fit pas la grâce de la laisser dormir. Aussi, dès 8 h 30, il ouvrit les fenêtres en grand et s'introduisit sournoisement dans ses rêves pour la réveiller. Cassandre ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou pas : en effet, malgré qu'elle ait accepté ces rendez-vous avec Lucifer, elle continuait à subir d'affreux cauchemars. Aussi, se réveiller le matin l'arrangeait assez. Grâce à ses pouvoirs, il fit apparaître devant Cassandre une tasse de café. S'il y a une chose qu'il avait bien compris depuis qu'il passait du temps avec elle, c'est qu'elle était d'une humeur massacrante toute la journée si elle n'avait pas sa dose de caféine le matin. Quand elle se leva pour se doucher, il fit mine de la suivre. Cassandre lui jeta un regard mauvais qui voulait tout dire : « si vous me suivez, vous vous en prenez une ». Lucifer haussa un sourcil :

« Si tu crois qu'un mur va m'empêcher de voir ce que je veux voir... »

Cassandre rougit violemment et s'enfuit dans la salle de bain. Elle fit en sorte de se doucher au plus vite, pour rester nue le moins de temps possible. Mais s'il était capable de voir à travers les murs, ne pouvait-il pas voir sous ses vêtements ? Elle aurait pu lui dire que ce n'était pas digne d'un gentleman, mais elle avait comme l'impression qu'il se fichait totalement de passer pour un gentleman ou pas. Elle s'était toujours retenue de lui poser des questions. Elle avait peur d'apprendre à le connaître et de développer de l'affection pour lui. Cependant, elle ne pouvait nier que plusieurs aspects de sa personnalité l'intriguaient.

« Vous avez quoi comme pouvoir ? demanda-t-elle lorsqu'elle revint dans la chambre.
— Pourquoi une telle question ?
— Eh bien, il est bon de connaître ses ennemis, je suppose. Non ?
— Dans ce cas, il est certainement préférable que je révèle rien, n'est-ce pas ?
— Cela serait en effet plus judicieux de votre part, admit-elle.
— Alors nous sommes d'accord.
— Sauf que vous avez envie de me séduire, reprit-elle, malicieuse, et que pour se faire, vous allez choisir de me faire plaisir.
— Me serai-je trompé ? Aurais-tu un pouvoir, finalement ? Celui de lire l'avenir, peut-être ?
— Peut-être... murmura la jeune fille.
— Et que vois-tu pour le futur alors ? continua-t-il.
— Hum... Je vois...que vous allez me dire tout ce que je veux. Et puis que je vais me rétamer dans les escaliers.
— Je te rattraperai.
— C'est là tout le problème, se reprit Cassandre, c'est vous qui m'avez poussé. »

Elle rompit leur contact visuel. Durant leur joute verbale, elle s'était sentie troublée par lui. Et il s'agissait bien de la dernière chose dont elle avait besoin. Elle s'éloigna de Lucifer et s'assit sur son canapé.

« Vous ne voudriez pas faire apparaître une autre tasse de café ? S'il vous plait, ajouta-t-elle en voyant l'expression du diable qui avait l'air de dire « tu me prends pour un domestique ? ». »

Lucifer accepta finalement de lui parler de ses pouvoirs. Comme il le lui avait déjà montré, il avait la capacité de faire apparaître des objets, de lire les pensées et d'influencer le comportement des gens. Il pouvait également tuer quelqu'un (ceci, elle n'en avait jamais douté), mais pas ramener à la vie. Il savait voler et se déplacer dans l'eau sans avoir besoin de bloquer sa respiration. Il était insensible à la douleur et enfin, il était immortel. Cassandre se dit que c'était bien sa chance : ainsi il pourrait la pourchasser jusqu'à ce qu'elle ait quatre-vingt-huit ans, bien qu'avec l'aspect qu'elle aurait à ce moment là, il n'était pas certain qu'il voudrait encore d'elle.
Cassandre ne put résister : maintenant qu'il était parti sur les confidences, elle ne voulait pas l'arrêter et lui posait plein de questions sur sa façon de vivre, ses sous-fifres, ses occupations quand il ne la harcelait pas...

« Eh bien, je vis en Enfer, comme tu le sais. Un endroit tout à fait charmant, d'ailleurs. Si, si, je t'assure, ajouta-t-il en voyant sa moue dubitative. Il fait chaud toute l'année, c'est très agréable. J'habite un grand palais qui doit bien faire plusieurs kilomètres. L'avantage de la magie, c'est qu'il est impossible de se perdre. En revanche, si une Âme Perdue s'y promène, elle s'y retrouve coincée à jamais, c'est un tel labyrinthe ! »

Au cours de leurs discussions, Cassandre avait apprit que les Âmes Perdues étaient les « damnés », ceux qui n'avaient droit au Paradis. Elle savait également que Lucifer faisait tout pour en récupérer le plus possible et qu'il ne rechignait jamais à en recueillir une de plus.

« C'est entièrement bénéfique : ça énerve le « Grand Patron », ma part de malheur dans le monde augmente et j'ai plus d'esclaves pour me servir.
— En effet, que vouloir de plus ? ironisa Cassandre.
— Presque rien. Juste un petit engagement de ta part. Si peu, n'est-ce pas ? »

Cassandre leva les yeux au ciel. Lucifer ne renonçait jamais à placer de petites phrases significatives au cours d'une conversation.
Le « Grand Patron » était le surnom ironique que donnait le diable à Dieu. Cassandre pouvait comprendre qu'il ne veuille pas l'appeler par son « nom ». Non seulement cela revenait en quelque sorte à reconnaître sa suprématie mais en plus, en fonction des religions, il ne se faisait pas appeler de la même manière. C'était donc également une solution de facilité. Quant à la part de malheur dans le monde dont le mérite était censé lui revenir, cela avait d'abord choqué Cassandre. Mais le diable étant ce qu'il était, elle ne pouvait guère s'attendre à autre chose. De plus, il lui avait expliqué la réelle signification de cette expression : lorsqu'une âme allait au Paradis – il ne pouvait s'empêcher de cracher sur ce mot – les proches qui la pleuraient trouvaient une sorte de réconfort. En revanche, lorsque cette âme trouvait place en Enfer, sa famille et ses amis sombraient dans un grand désespoir. Cassandre se rassura en se disant qu'il devait certainement y avoir plus d'âmes au Paradis qu'en Enfer. Le monde ne pouvait pas aller si mal, si ? En même temps, Lucifer faisait tout pour que l'humanité coure à la catastrophe. Et il était si bien parti... En effet, quand on voyait tout le malheur qui arrivait sur Terre, on pouvait parfois se poser des questions. Les plus défaitistes annonçaient la fin du monde, la fin de la civilisation telle qu'on la connaissait et ils n'avaient peut-être pas tort. Sans être si dramatiques, les plus rationnels savaient que notre situation ne pouvait pas durer indéfiniment dans le même état. Viendrait un jour où nous n'aurions plus de ressources en charbon, en pétrole, en gaz naturel. Où seules les énergies renouvelables seraient capables de faire tourner le monde. Et dans cette optique, les plus optimistes tentaient de trouver des solutions concrètement impossible à réaliser. Ils voulaient réformer totalement les systèmes d'alimentation électrique, construire davantage de centrales hydrauliques, d'éoliennes, équiper tous les bâtiments de technologies photovoltaïques. Mais pour l'instant, l'avancée des recherches physiques sur ces énergies ne permettait pas leur utilisation unique pour alimenter des villes, des régions entières. Il ne fallait pas se voiler la face. L'énergie hydraulique dépendait largement des évènements climatiques, l'éolienne aussi et le solaire... Et bien il ne marchait que le jour pardi ! La nécessité de stockage de ces deux dernières étaient un frein à leur utilisation. De plus, tout le monde était d'accord pour faire plus d'économies d'énergie grâce à ces nouvelles voies de productions électriques, lorsque ces projets étaient exposés à la télévision ou bien évoqués vaguement comme futur engagement de la ville, engagement que tout le monde sait qu'il ne sera jamais tenu. Mais lorsqu'il s'agissait de vraiment voir un parc éolien construit pas loin, de déstructurer un peu un paysage pour faire de la place à des panneaux solaires, ou d'augmenter les impôts pour permettre de mettre en place un centre de tri des déchets plus performant, là, il n'y avait plus personne. L'égoïsme des hommes étaient ce qui les perdrait.
Cassandre n'était pas quelqu'un de pessimiste de nature. Cependant, force lui était de reconnaître que les générations futures étaient mal barrées. Vraiment mal barrées. Mais elle voulait croire que la situation pouvait encore s'arranger. Dans ce cas-là, il suffisait que Lucifer ne fasse plus rien susceptible de faire plonger le monde. Ou plutôt qu'il ne soit plus en mesure de faire quoique ce soit car il n'allait surement pas consentir à arrêter ses activités démoniaques.

« Le plus passionnant pour moi, continua-t-il, reste de semer la discorde. Ö combien exaltant que de voir les gens se faire la guerre pour des motifs aussi futiles qu'une divergence d'opinion ! Les hommes sont si bêtes qu'il ne faut pas grand chose pour les faire partir. Ils font le plus gros du travail tous seuls ! Et pouvoir être partout en même temps est vraiment un avantage. Aucune contrainte de temps. Il faut bien que mon statut serve à quelque chose.
— Vous voulez dire que là, maintenant, vous êtes à plusieurs endroits en même temps ? demanda Cassandre. Que faites-vous ?
— Et bien, je suis actuellement parmi les conseillers du président français et leur glisse l'idée d'une politique plus restrictive pour les populations. Je suis également en Chine, où j'informe un propriétaire de champs que sa fille a copulé avec un de ses employés. Et je suis en Honduras, où je viens de provoquer un séisme de manière à faire le plus de victimes possibles.
— C'est horrible... Comment pouvez-vous imaginer que j'accepte de vous épouser quand vous me racontez tout ça ?
— À quoi t'attendais-tu ? Je suis le diable. »

Cassandre soupira et s'éloigna. Il n'avait pas tort. Elle avait un peu trop tendance à oublier avec qui elle parlait. Il savait si bien se comporter comme quelqu'un de normal qu'il était dur de toujours le voir comme le mal incarné. C'était pourtant ce qu'il était. De plus, chaque minute passée avec lui lui faisait ressentir une certaine culpabilité à l'égard de Jeph. Non pas qu'elle soit consentante pour ces rencontres, ni qu'elle flirte avec Lucifer, mais elle savait très bien que le diable n'avait pas de nobles intentions et qu'elle n'était pas insensible à son charme, quoiqu'elle puisse tenter de se dire. La jeune fille avait hâte de revoir son petit-ami. Comme pour apaiser sa conscience, elle avait besoin de se retrouver près de lui et de ressentir au fond d'elle-même la teneur de son affection. Et puis, le temps d'éloignement qu'elle s'était imposée avait provoqué un sentiment de manque qu'elle cherchait à combler chaque fois qu'elle en avait l'occasion.
Jeph lui avait expliqué qu'il n'aurait jamais pris l'initiative d'une séparation. Qu'il ne l'aurait jamais laissée seule. Mais il lui avait avoué que cette distance lui avait fait du bien, lui avait permis de mettre au clair ce qu'il ressentait réellement. À ce moment-là, il savait déjà qu'il était amoureux d'elle – il le savait depuis si longtemps... – mais il avait également compris que malgré tout ce qu'elle lui ferait subir, il serait à ses côtés. Il l'avait remercié d'avoir choisi de partir et elle lui avait demandé pardon. Puis ils avaient décidé d'un commun accord de ne plus en parler.

Lucifer ne la laissa pas se plonger dans ses pensées et réclama son attention toute la journée. Au moment du repas, il descendit avec elle à la cuisine. Cassandre mangeait seule avec Tibault car leurs parents étaient trop occupés à préparer Noël. Le petit garçon était surexcité et la jeune fille riait de son impatience. Elle aurait tant aimé revenir aux années où elle croyait encore au Père Noël, où elle était insouciante de tout. Même si avec la mère qu'elle avait et le père qu'elle n'avait jamais eu, elle n'avait pas vraiment passé une enfance idéale.

« Je suis ravi que tu ais des pensées si négatives mais je ne suis pas certain qu'elles soient appropriées à un jour comme celui-ci... commenta Lucifer.
— Oh, taisez-vous et ne lisez pas dans mes pensées, rouspéta la jeune rousse. »

Thérèsa et Tibault la regardèrent avec une expression surprise et tandis que la domestique fronçait les sourcils, le petit garçon demanda à sa sœur si tout allait bien. Celle-ci répondit que oui, qu'elle répétait un texte pour les cours, tout en se maudissant de s'être encore faite avoir. Elle chercha à avoir l'air naturel et y parvenait plutôt bien jusqu'à ce que Lucifer se mette à soulever des assiettes. Elle pensa très fort dans sa tête pour lui dire d'arrêter. Bien sur, cela ne fit que redoubler son hilarité et son acharnement. Soufflant, elle se leva de table et sortit de la maison. Elle aurait bien fumé une cigarette mais avait oublié son paquet dans sa chambre. Elle se balada un peu, sachant très bien que le diable la suivait, puis rentra se préparer pour la soirée.

Du moment que les cinq amis mirent les pieds au Mixie's, il ne fut plus question que de fête, de danse, de rires et d'alcool. Cassandre, ayant retenu la leçon, but peu et approuva son choix quand elle vit que les autres étaient rapidement passés au stade de presque ivres. Même Jeph n'avait pas fait attention à sa consommation et le barman, trop content de vendre ses produits, se gardaient bien de leur faire quelques remarques. Du moment qu'ils payaient et ne vomissaient pas sur son sol, il n'y avait aucun problème pour lui. Cassandre avaient déjà vu Jeph boire et savait très bien qu'il avait l'alcool joyeux. Par contre, elle savait aussi que dès qu'il était bourré, il ne pouvait plus s'empêcher de draguer à droite et à gauche. Si jusque là, ça ne l'avait jamais vraiment dérangée – n'étant pas encore sa petite amie –, elle ne comptait pas le laisser faire cette fois-ci. D'ailleurs, il était déjà en train de danser avec une jolie petite brune qui lui faisait du rentre-dedans. Cependant, il était trop ivre pour se rendre compte du manque de subtilité de la  fille et, tout content de faire de l'effet, ne faisait rien pour l'en empêcher. La jeune rousse n'avait jamais été d'un naturel jaloux. Elle faisait assez confiance à Jeph pour savoir qu'il ne la tromperait pas (en même temps, il l'avait attendu assez longtemps pour tout fiche en l'air avec un coup d'un soir) mais elle ressentait l'envie de le taquiner. Et le sachant l'esprit trop embrumé pour avoir deux pensées cohérentes, il y avait fort à parier que sa jalousie à lui se réveille assez rapidement. Elle alla donc danser avec Mathi, se faisant langoureuse contre lui. Lui même ne s'en choqua pas, également trop bourré pour comprendre quoi que ce soit. Il se contenta donc de la serrer contre lui. La chanson se termina et Cassandre garda son cavalier avec elle. Jeph, ayant quant à lui échappé à sa sangsue, rechercha sa petite-amie et la trouva collée à son meilleur ami. Il leur jeta un regard noir mais s'éloigna, vexé. Le jeune fille quitta alors Mathi et le rejoignit. Et elle lui prouva qu'elle n'était pas entreprenante que sous l'effet de l'alcool. Alors qu'ils se déhanchaient sur la piste, elle n'avait rien à envier à la petite brune qui draguait Jeph l'instant d'avant.

C'est ainsi que se passa une partie de la soirée. Quand, bien éméchée, Lia proposa qu'ils se rendent chez elle, personne n'y vit d'objection. Ce fut évidemment Cassandre qui prit le volant, peu désireuse de finir la nuit à l'hôpital, ou pire, à la morgue. Une chose, néanmoins, l'étonnait. En effet, elle aurait pensé que Mathi ferait plus attention à sa consommation d'alcool, après ce qui était arrivé à sa sœur. Celle-ci était décédée plusieurs années auparavant, dans un accident de voiture dont sont petit-ami ivre était responsable mais s'en était sorti vivant. Cassandre savait que Mathi avait gardé une rancune tenace contre cet homme, l'origine de la pire partie de sa vie. Aussi, Cassandre conduisait donc, en se demandant ce qui avait pu pousser son ami à boire de l'alcool avec excès à chaque fête.
La jeune rousse avait son permis de conduire, mais n'avait pas de voiture. Pourquoi ? Peut-être parce que Tom la conduisait où elle voulait. Peut-être par soucis écologique ? Ou bien tout simplement pour ne pas avoir à tenir tête à sa mère qui, elle le savait, ne verrait pas d'un bon œil de ne plus pouvoir savoir où elle se trouvait dès qu'elle sortait. C'est pourquoi elle privilégiait la marche à pied quand elle pouvait se passer de voiture.

Une vingtaine de minutes plus tard, Cassandre se garait devant la maison de Lia. Ses parents fêtaient apparemment le réveillon chez des amis et n'avaient pas vu d'inconvénients à ce que leur fille ne soit pas avec eux. Chose que Rose Cardonne n'aurait jamais permise. Lia les firent tous entrer et ils se rendirent dans le salon, où ils avaient précédemment posé leurs cadeaux au pied du sapin. Presque tout de suite, ils s'échangèrent leurs présents. Cassandre reçut les cadeaux habituels : parfums, bijoux, vêtements... Seule Lia avait fait preuve d'originalité. Sans doute son intuition féminine, et son côté romantique qui avait parlé. Elle lui avait offert deux billets pour Disneyland. Un échange de regard lui confirma ce qu'elle pensait déjà, c'est-à-dire qu'elle devait y aller avec Jeph. Il est vrai que la destination n'avait rien d'étonnant. Cependant, Lia aurait pu choisir des voyages encore plus clichés, comme Paris ou Venise. Mais Disneyland correspondait nettement mieux à Cassandre car elle gardait une âme d'enfant et s'extasiait toujours devant chaque attraction de ce parc, peu importait le nombre de fois où elle y allait. Tous savaient la fascination qu'exerçait ce lieu sur elle.
La soirée se passa dans les rires. Un moment, Kan proposa le jeu de la bouteille. Personne ne rejeta l'idée, aussi se servit-il de la bouteille de bière qu'il venait de finir et commença à la faire tourner. Elle s'arrêta sur Mathi.

« Action ou vérité ?
— Vérité, répondit-il.
— Si peu marrant. Enfin bon. Pourquoi tu ne sors avec personne ?
— Parce que ta copine est déjà prise.
— Saloperie ! s'écria Kan tandis que les trois autres rigolaient. À ton tour Jeph.

La bouteille s'arrêta à nouveau sur Mathi.

— Quelle poisse ! Action.
— Embrasse Lia.
— Quoi ?! s'indigna le petit-ami de celle-ci.
— Bah quoi ? C'est ça qui est marrant dans ce jeu, non ? Allez Mathi, un ptit bisou !

L'alcool aidant, Mathi ne se fit pas prier et embrassa Lia, qui se laissa faire. Ce fut au tour de Mathi. La bouteille désigna Lia.

— Vérité.
— Pourquoi tu sors avec ce nul ?
— Parce qu'il est chauve.
— Je ne suis pas chauve, j'ai le crâne rasé !
— Le résultat revient au même, chéri.
— Alors tu ne m'aimes que pour ça ? Snif.
— Eh oui, désolée mon chou.
— Arrête de te fiche de lui, intervint Jeph, il va finir par te croire.
— Mais non, le rassura Kan. Je sais bien que c'est pour mon incroyable aura sexy qu'elle est folle de moi.
— Oh oui, tu as raison, ironisa Cassandre, même moi, j'ai du mal à y résister !
— Sans rancune Jeph, hein !

Lia fit tourner la bouteille. Qui finit vers Kan. Il choisit action, elle lui demanda de l'embrasser, il fut content. Ce fut ensuite au tour de Cassandre. La bouteille la désigna.

— Ah non, ça c'est pas possible, protesta Kan. Tu recommences !

La bouteille désigna cette fois Jeph, qui choisit action.

— Va me chercher une bière. S'il te plait.

Il s'exécuta en grommelant. Kan eut à nouveau la bouteille et jubila quand elle tomba sur Cassandre. Il avait apparemment une idée en tête.

— Action.
— Enlève ton pull.
— Hein ?! Je suis pas d'accord ! tempêta Jeph.
— Tu n'as pas vraiment le choix en fait... C'est dommage, hein ? Allez Cassie ! »

La jeune fille leva les yeux aux ciel et haussa les épaules avant de se dévêtir de son pull beige. Elle se retrouva donc en soutient gorge devant tous ses amis. Honnêtement, elle ne s'en sentait pas gênée. Pour elle, cela revenait au même qu'être en maillot de bain. Elle soupira néanmoins de la puérilité des deux garçons, qui risquait de lui coûter un bon rhume.
Elle resta un moment ainsi, jusqu'à ce que Jeph la désigne et lui demande – ordonne serait le bon mot – de se rhabiller.

À la fin de la soirée, ils se dirent tous bonne nuit, se souhaitèrent encore une fois Joyeux Noël puis se séparèrent. Jeph raccompagna Cassandre chez elle. Devant le portail, il l'embrassa puis l'enlaça, déposant ses lèvres sur son cou. La jeune rousse en frissonna mais ne dit rien, se contentant de glisser ses mains dans les cheveux de son petit-ami. Ses lèvres se promenaient sur sa carotide et baisaient chaque parcelle de sa peau. Il la serrait contre lui et elle sentit son désir pour elle. Avant de se laisser aller, elle le repoussa légèrement.

« Non, haleta-t-elle. Pas ici, pas maintenant.
— On peut monter dans ta chambre, si tu veux, proposa Jeph.
— Tu dois rentrer. Demain matin, tes parents se demanderont où tu étais et les miens pourquoi tu es ici.
— Hmmm... Tu es sûre ?
— Oui. »

Il l'embrassa encore une fois et elle ne put s'empêcher de lui répondre. Ce fut lui qui mit fin au baiser. En un regard, il lui dit au revoir et s'en alla. Cassandre attendit quelques minutes dans le froid que son cœur se calme. Puis elle rentra se coucher.

Le lendemain matin, elle fut réveillée très tôt par Tibault qui lui criait que le Père Noël était passé. Malgré sa fatigue – due autant à l'heure à laquelle elle s'était couché qu'aux cauchemar de la nuit – elle se leva pour accompagner son petit frère au sapin. L'arbre, illuminé, abritait un peu plus d'une dizaine de cadeaux. L'enfant, impatient, suppliait sa mère pour qu'elle le laisse ouvrir ses paquets. Elle resta néanmoins catégorique : il fallait petit-déjeuner d'abord. Comprenant qu'elle ne céderait pas, Tibault avala rapidement son chocolat chaud et sa tartine puis retourna près du sapin. Enfin, Rose accepta qu'il ouvre ses présents. Tandis qu'il déchirait les emballages pour y trouver les jouets de ses rêves, Cassandre s'occupait de ses propres paquets : DVD, bijoux, vêtement... Rien de bien nouveau sous le soleil. Cependant, un petit emballage, rectangulaire et plat attira son attention et l'intrigua. En le déballant, elle découvrit un billet d'avion pour un village situé dans les Alpes. Elle reconnaissait le nom pour y être allée une fois étant petite et pour l'habitation qui s'y trouvait. En effet, il y avait là-bas un château qui appartenait à la famille Gardie depuis des générations et que Michel avait légué à Cassandre à sa mort. Cependant, jusqu'à ses dix-huit ans, c'était Rose qui s'était occupée de le préserver et Cassandre, à sa majorité, n'avait pas souhaité y retourner ni même en entendre parler. Pour elle, ce château évoquait son père, son héritage et lui rappelait qu'elle ne le verrait plus jamais. La seule fois où elle s'y était rendue, c'était lors de ses six ans. Elle et sa mère venaient de déménager et, pour se changer les idées, étaient allées passer les vacances dans l'immense bâtisse. Cassandre s'était perdue dans le dédale de couloirs et d'escaliers et s'était retrouvée dans ce qui servait autrefois de cachots. Elle avait eu une peur bleue et n'avait plus jamais voulu y remettre les pieds. Et aujourd'hui, sa mère lui offrait l'occasion de s'y rendre ? D'autant plus qu'il n'y avait qu'un billet, donc elle déduit qu'elle n'était pas censée se faire accompagner. Qu'était-elle censée faire toute seule dans un immense château ?

« Le château de la Villette ? Pourquoi ?
— Eh bien, répondit Rose, il est temps que tu te rendes sur le lieux où ton père a passé son enfance et qu'il t'a légué, tu ne crois pas ?
— J'y suis déjà allée.
— Je te parle en tant que propriétaire. Ce n'est plus moi qui doit m'en occuper désormais. Bien sur, je t'aiderai si tu le souhaites. Mais il est à toi et j'estime que tu dois prendre tes responsabilités.
— Je n'ai jamais demandé à hériter d'un château !
— Cassandre... soupira Rose. »

La jeune fille, ne voulant pas gâcher le Noël de Tibault en faisant un scène, abandonna. Cependant, lorsque sa mère se rendit à la cuisine pour superviser la préparation du repas, elle la suivit.

« Tu veux vraiment m'envoyer là-bas ?
— Écoute... Tu te comportes étrangement ces derniers temps... Thérésa, Tom et même Tibault t'entendent souvent parler toute seule ! Alors je souhaite que tu t'éloignes un moment, le temps de te retrouver, tu comprends ?
— Oh oui, persifla Cassandre, je comprend. Tu as honte de moi. Tu me crois folle. Et tu ne veux pas que tes précieux amis puissent en entendre parler. Tu préfères m'exiler pour pouvoir continuer à vaquer à tes activités tranquillement. Alors très bien, puisque tu as si peu de considération pour ta propre fille, j'irai. Laisse-moi au moins proposer à des amis de venir avec moi.
— Il n'en est pas question. Personne ne doit savoir que tu es... comme ça. Tes amis ont des familles influentes. Tu souhaites vraiment ruiner ton avenir social ?
— Quel avenir social ? Le mien, ou le tient ? Saches que je n'ai rien à faire du regard des gens. Il n'y a que toi et les coincés de ton espèce qui s'en préoccupent.
— Cassandre ! Je t'interdis de me parler ainsi, je suis ta mère !
— Malheureusement ! »

Elle quitta la pièce, sachant qu'elle avait perdu la partie. Elle irait au château, et seule qui plus est. Elle avait le cœur battant d'avoir osé tenir tête à sa mère de cette façon. Elle s'était très rarement rebellée pendant son enfance ou son adolescence et c'était en quelques sortes une première. Elle se sentait fébrile d'avoir enfin osé lui dire ce qu'elle pensait. Mais ça ne changeait rien. Elle était condamnée à l'exil. Elle se sentait revenir au Moyen-Age, quand on exilait les parias. Elle devrait arrêter les cours, la danse, cesser de voir ses amis, d'avoir une vie, tout simplement. Et elle ne savait même pas pour combien de temps.

Lorsque Cassandre retrouva Lucifer, le soir, il savait tout. Il lui dit qu'il l'accompagnerait mais la jeune fille ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Déjà, c'était sa faute si elle parlait « toute seule ». Ensuite, elle avait bien conscience que la situation présente ne pourrait pas durer éternellement. Lucifer se lasserait de lui faire la cour et réclamerait sa main. Surement l'obligerait-il à l'épouser. De plus, avoir le diable comme compagnon de tous les jours n'était pas vraiment une situation saine.
Lucifer dut lire dans ses pensées car il parut se vexer. Il disparut et Cassandre se retrouva seule. Ne sachant trop quoi faire en cette fin de Noël, elle décida de se rendre chez Jeph.
Après avoir toqué plusieurs fois, elle dut se rendre à l'évidence : il n'était pas chez lui. Elle s'assit alors devant la porte et attendit. Au bout d'une heure à peu près, Jeph émergea de l'escalier et s'étonna de trouver sa petite-amie sur son pallier. Il la fit rentrer et elle lui raconta l'épisode du château. Néanmoins, elle ne lui dit pas la raison pour laquelle sa mère souhaitait l'y envoyer, ne voulant qu'il la prenne pour une folle.

Alors que Jeph préparait deux tasses de café, la jeune rousse le rejoignit et se colla contre son dos, passant ses bras autour de lui. Elle avait du mal à rester loin de lui quand il était dans les parages. Ses sentiments la submergeaient et elle ressentait le besoin de le serrer contre elle. Jeph délaissa le café et se retourna face à elle. Il l'enlaça et ils restèrent comme ça plusieurs minutes. Cassandre releva la tête pour l'embrasser, hésitant entre la tendresse et la passion. À force de caresses, ils finirent sur le grand lit du jeune homme. Jeph déshabilla lentement Cassandre, parcourant chaque parcelle de son corps petit à petit. Il ne se lassait pas de la redécouvrir à chaque fois. De ses lèvres, il redessinait ses courbes, célébrait sa beauté. Il pouvait rester ainsi des heures, contre sa peau, douce et laiteuse. Cassandre se laissait faire puis enleva la chemise de Jeph. Elle traça le contour de son torse puis descendit plus bas. Elle l'attira à lui et ils s'unirent dans un même mouvement. Ils atteignaient l'extase, le paradis. S'aimer si intensément les remplissait, comblait leurs manques, leurs tristesses.
Plus tard, quand ils se réveillèrent, Jeph avait la tête posée sur la poitrine de Cassandre. Celle-ci laissait courir une main dans ses cheveux, l'autre sur sa joue. Jeph colla son front contre celui de Cassandre et ferma les yeux, son souffle caressant le visage de la jeune fille.

« Je t'aime, chuchota-t-il.
— Je t'aime, lui murmura-t-elle en réponse. »

Ils n'avaient besoin de rien de plus.

Jeph proposa à Cassandre d'aller au château avec elle. Il prendrait l'avion un peu plus tard, pour ne pas éveiller les soupçons de Rose et ne dirait à personne où il allait. Cette idée tentait la jeune rousse, car elle aurait donné n'importe quoi pour ne pas se retrouver seule là-bas. Mais elle savait qu'il y aurait des domestiques et que d'une manière ou d'une autre, Rose saurait. Jeph argumenta alors en lui disant que de toutes manières, elle était majeure, le château lui appartenait et que donc, elle faisait ce qu'elle voulait. Consciente qu'elle s'exposait au courroux de sa mère, mais heureuse que son petit-ami soit si déterminé à l'accompagner, elle accepta qu'il reste avec elle pendant une semaine.
Cassandre passa toute la soirée et la nuit chez Jeph. Le matin, elle paressa un peu au lit puis finit par se lever. Elle prépara le petit déjeuner au jeune homme qui était encore endormi et le lui apporta. Pendant qu'il mangeait, elle se rhabilla et repartit chez elle après un dernier baiser. Sur le trajet, elle fuma une cigarette qu'elle s'empressa de jeter devant la maison, car sa mère sortait.

« Tu crois vraiment que je ne m'en étais pas rendue compte ? demanda Rose. »

Et sans attendre sa réponse, elle monta en voiture. Cassandre, rouge et toujours en colère, monta dans sa chambre à grands pas. Elle passa par la chambre de Tibault, aménagée en château fort, pour lui dire bonjour puis commença à faire ses valises. Elle devait partir le 30 décembre. La jeune fille était étonnée que sa mère ne souhaite pas qu'elle soit présente pour le jour de l'an mais se dit qu'elle devait avoir invité des personnes importantes. Cependant, Jeph devait passer le réveillon avec sa famille, aussi ne la rejoindrait-il que le lendemain.
Toute la journée, elle s'occupa à faire une liste de tout ce dont elle aurait besoin et à répertorier ce qu'elle avait déjà et ce qu'il faudrait acheter. Comme elle ne savait pas pour combien de temps elle partait, elle prévoyait large. Il lui semblait qu'elle déménageait davantage qu'elle partait en voyage. De plus, le château étant assez isolé, il lui serait difficile de sortir régulièrement pour s'approvisionner, bien que ça soit le travail des domestiques.

Les jours précédents sont départ, elle passa voir Kan, Mathi et Lia pour leur annoncer son voyage et passa le reste de son temps le nez dans ses valises.


***
Je crois que c'est le chapitre le plus long pour l'instant x)

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J'ai pas résisté
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