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 Narcisse et Pamplelune

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LadyRose
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MessageSujet: Narcisse et Pamplelune   Lun 25 Avr - 10:41

Mon nouveau texte (en cours de réalisation), j'espère qu'il vous plaira autant que je me plais à l'écrire ! Very Happy



CHAPITRE I



Lorsque Pamplelune entra dans la chambre de sa cousine elle fut saisi par une étrange odeur. La pièce entière en était imprégnée du sol au plafond en passant pas les coussins, les édredons et les rideaux. Narcisse, sa cousine, se tenait au milieu de sa chambre, confortement installée dans un fauteuil, presque recroquevillée sur elle-même. Elle mâchouillait tranquillement une petite branche d’arbre. De temps en temps elle prenait de sa main libre une tasse dont une petite fumée s’échappait. Bien sûr, elle faisait presque chaque geste en accordant un regard à un miroir posé sur la table, ce n’était pas pour rien que Pamplelune la surnommait Narcisse !

Pamplelune s’approcha et sa cousine tourna paresseusement la tête de son côté. Sans un mot elle suivit du regard la jeune princesse qui s’installa dans un fauteuil en face d’elle. « Du thé ? », lui-demanda-t-elle tout en s’admirant dans la glace. « Oui… Pourquoi pas ? Mais qu’est-ce que c’est ? C’est de là que vient cette odeur ». Avec un sourire Narcisse attrapa sous la table une petite boîte métallique qui contenait une multitude de petits pétales noirs. L’odeur qui s’en émanait était encore plus forte. « Réglisse. C’est délicieux, meilleur qu’en sucrerie », l‘informa-t-elle. Curieuse, Pamplelune saisit une pincée de feuilles et la versa dans une petite boule argentée percée de minuscules trous et qui pouvait s’ouvrir et se fermer. Elle plongea l’objet dans une tasse pendant que Narcisse déversait l’eau chaude à l’intérieur de celle-ci.

« Tu t’intéresses aux arbres ? Ont-ils bon goût au moins, ma chère ? » dit Pamplelune en pointant le petit bâton que mâchouillait sa cousine. « Ne soit pas sarcastique, c’est aussi de la réglisse ». Pamplelune réalisa soudain que sa cousine avait encore une de ses périodes culinaires qui consistait à essayer un aliment sous toutes ses formes possibles. Ce genre d’engouement passait en général rapidement. Narcisse se regardait encore dans la glace. Réflexion faite elle avait l’air assez fatiguée. Le blanc de ses yeux était veiné de rouge, le contour de son œil paraissait assez cerné.

« Est-ce que tu as encore mal dormi ? ». Pamplelune posait machinalement chaque matin cette question dont elle connaissait invariablement déjà la réponse. Elle ne fut donc pas étonnée d’entendre un « oui ». Sa cousine se recroquevilla encore plus et ferma les yeux dans un soupir. « Il faudrait vraiment régler ce problème… », tenta Pamplelune. « Oui… Je sais… », murmura Narcisse.

« Où étais-tu cette nuit ? ». A cette question Narcisse resta longtemps sans répondre. Finalement, d’un ton trainant et toujours les yeux fermés : « Dans une forêt. Il y avait une gamine à la voix suraiguë qui chantait dans une langue étrangère. Du hollandais, je crois. J’ai mis du temps avant de comprendre que c’était le Chaperon Rouge ». Pamplelune écarquilla ses yeux, ceux-ci se mirent à briller. « Ah, mais c’est la première fois que tu la voyais celle-là ! Et alors, gentille ? ». Narcisse hocha la tête doucement : « Oui, mais elle avait vraiment une voix à te faire saigner les tympans. J’ai mis du temps avant de comprendre, parce qu’il n’y avait pas son panier d’osier ni le loup. A vrai dire elle n’avait que son habit ; c’est grâce à ça que je l’ai reconnu ».

Pamplelune resta pensive. Depuis de nombreuses années à présent sa cousine était victime d’étranges songes qui la transportaient dans des contes et des récits. Parfois elle ne voyait personne dans son rêve et elle ne faisait qu’attendre son réveil. Mais la plupart du temps elle rencontrait les protagonistes des histoires. Ainsi elle s’était lié d’amitié avec la petite Sophie de Ségur, fait une course avec un lièvre et une tortue et soupa avec Echo.

Au début les médecins pensèrent à de simples rêves mais au fil du temps ils s’aperçurent qu’il s’agissait de bien plus que cela. Narcisse était en effet capable de décrire des plantes, animaux, coutumes etc. du monde entier et d’époques différentes sans pour autant n’avoir jamais rien lu, vu ou entendu sur le sujet auparavant.

Mais ces rêves avaient des effets plus négatifs que bénéfiques. Ces songes dans lesquels elle ne rêvait pourtant pas et avait le libre-arbitre lui pompaient toute son énergie. Elle était donc bien souvent fatiguée et sujette à des excès d’émotions qu’on ne pouvait pas prévoir.

D’où lui venait cette étrange faculté ? Personne ne le savait, pas même la principale intéressée. Mais certains chuchotaient que l’hérédité n’aurait pas été pour rien. Il y a seize ans le frère du roi, le père de Narcisse, partit en ambassade pendant de longs mois jusqu’au lointain royaume de Träumereien. Lorsqu’il revint il avait un bébé dans les bras. Il déclara que la mère était morte en couche et somma qu’on ne lui parla plus d’elle à cause du douloureux souvenir qui entourait le décès de celle-ci. Un an plus tard la peste parcourut le royaume et décima une partie de la population, dont feu le frère du roi. Narcisse, orpheline, fut recueillie par son oncle et sa tante qui avaient eux-aussi une enfant du même âge, Pamplelune. Après toutes ces années l’identité de la mère de Narcisse restait toujours un mystère puisque le père de celle-ci, muré dans son silence, ne révéla jamais le nom de sa défunte épouse.

Pamplelune leva de nouveau la tête vers Narcisse. Cette-dernière continuait de mâchouiller le bâton de réglisse d’un mouvement régulier tout en se regardant dans le miroir. Pamplelune se leva et prit congé. Comme lors de son entrée, Narcisse la suivit du regard d’un air indolent tandis qu’elle quittait la pièce.

Elle fut arrêtée au milieu de la salle de bal par Loos, sa demoiselle de compagnie. C’était, de son avis, quelqu’un d’assez ennuyeux. Elle ressemblait à un perroquet à toujours aller dans le même sens que vous, de peur d’être renvoyée. Loos semblait remplir son rôle auprès de Pamplelune comme si elle le devait et non le voulait. « C’est d’ailleurs certainement le cas », pensa la princesse tout en écoutant la jeune fille. Celle-ci venait l’informer que son père la demandait.

C’est avec un gros soupir que Pamplelune repris sa route en direction de la salle du trône. Ce n’était pas que Pamplelune détesta son père, simplement elle ne le connaissait pas suffisamment pour emmètre une quelconque opinion à son égard. Elle le voyait très peu, et leurs rares rencontres étaient furtives. Mais elle ne s’en plaignait pas. La jeune princesse connaissait le protocole et les devoirs attribués à son père. Un jour elle aussi devrait en porter le poids.



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Dernière édition par LadyRose le Lun 25 Avr - 15:05, édité 1 fois
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LadyRose
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MessageSujet: Re: Narcisse et Pamplelune   Lun 25 Avr - 15:05

Le roi n’était pas un mauvais homme. En son for intérieur il savait qu’il ne serait probablement pas canonisé après sa mort, cependant son peuple, d’après les échos qu’il en avait, le jugeait assez bon souverain. Il avait souffert dans sa jeunesse de la comparaison quasi permanente avec son frère cadet. Augustus était bien plus vif que lui, il avait de l’esprit et du courage. Mais la coutume était la coutume et, à la déception générale, ce fut lui qui monta sur le trône en qualité d’ainé.

Et même après être devenu le roi il était encore sujet à comparaison avec son cadet ! Le voyage à Träumereien fut une bonne opportunité pour se débarrasser de lui. Une fois Augustus parti on cessa de rapporter toutes ses décisions à celles de son frère. Il se maria et eu une belle petite fille. Quand il apprit par un message le retour de son cadet il n’en fut pas inquiet : il avait fondé une famille et avait un héritier, enfin une héritière. Il avait su mener sans peine son royaume et chacun commençait à reconnaitre ses capacités à régner.

Mais la déception du roi fut grande lorsqu’Augustus revint : lui aussi avait une enfant, au moins aussi jolie que sa propre fille. Et les langues recommencèrent à ne parler que de son frère cadet. Chacun se demandait qui avait pu être la mère de l’enfant. Les commérages allaient bon train, d’autant plus qu’Augustus se refusait à parler d’elle, soi-disant pour ne pas réveiller le souvenir de sa mort… Le roi était sûr qu’Augustus faisait cela pour qu’on ne cesse pas de s’intéresser à sa petite personne.

Et, il faut bien l’avouer, le roi, bien que n’étant pas foncièrement mauvais mais nourri de rancœur à subir pendant des années la comparaison avec son frère, ne pu s’empêcher de se sentir satisfait lorsqu’Augustus mourut de la peste quelques temps après son retour.

Il pensait ne plus rien avoir à craindre, mais il se trompait. Un jour que le roi se promenait silencieusement dans les jardins, il entendit la conversation d’un groupe de courtisans au travers d’une haie. Ils comparaient les deux petites, la sienne et celle d’Augustus. Il ne se tint plus de rage. On aurait dit que son frère le narguait de là où il se trouvait. Le roi ne voulut pas que sa fille souffrit comme lui. Il déposséda Narcisse des terres qui devaient lui revenir à sa majorité. « Elle n’a pas sa place dans mon royaume », pensa-t-il. Il fut enchanté lorsqu’il apprit le mal étrange dont souffrait la petite. Il fut plus heureux encore lorsqu’il s’aperçut que ces maux étaient sans remèdes. Narcisse, perpétuellement fatiguée, restait constamment dans sa chambre et ne sortait qu’en toute discrétion. Partout dans le royaume on l’appelait la Pupille-Fantôme, à force certains doutèrent même quelle fut encore en vie.

Lorsque le roi entendit cela il fut satisfait et ne repensa plus à elle.


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