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 Sept Mois Pour T'aimer

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Ethan.J.Hawkins
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MessageSujet: Sept Mois Pour T'aimer   Mer 6 Avr - 2:41

Résumé :

"Le coup de foudre peut survenir n'importe où, n'importe quand, sans qu'aucune volonté n'y soit pour quelque chose. Et c'est ce que va découvrir Leland, journaliste newyorkais, lorsqu'il fera la rencontre de Jayne, une jeune infirmière de Brooklyn. Après sept mois de vie commune rompue par une séparation, la jeune femme meurt dans un atroce accident. Ne pouvant plus supporter cette souffrance, Leland va s'apercevoir à ses dépends qu'il a la faculté de changer le passé pour sauver l'amour de sa vie."



A mon âme sœur perdue.
Tu avais tant raison, les contes de fées n’existent pas. Je regrette tant de choses mais il est presque impossible de rattraper son passé. Cette histoire est nôtre, souviens-toi de ces instants immortels...



Bon, le premier chapitre est entier, avec les premières corrections de Christelle (merci encore miss Wink). J'aurais fini sous peu le troisième chapitre, que je publierais en même temps que le deuxième.

Chapitre 1 :

Première rencontre
(Manhattan, 17 Août 2008)

— Le temps efface tout, et à la fin, il ne reste que les ténèbres. —

« Stephen King »

I

Le crépuscule se dissipait peu à peu, laissant place aux réverbères qui ornaient Lexington Avenue. Aux abords d’un bar dont l’enseigne s’illuminait de plein feu, un taxi s’arrêta. Une ravissante jeune femme en sortit, se battant avec la bretelle de sa robe pour qu’elle tienne sur son épaule.
Après avoir donné une fine liasse de billets d’un dollar au chauffeur, elle se redressa et entra à l’intérieur de l’établissement. Peuplé par une majorité d’hommes — tous venus dans l’espoir de rencontrer de quoi se mettre sous la dent —, elle tenta de s’immiscer au milieu des regards vicieux, jusqu’à l’étage. Sirotant un verre de vodka martini, une ombrelle entre ses doigts gras et noueux, Grace, était installée à l’une des tables en terrasse.
Leur rencontre — comme les précédentes — ressemblait à une étreinte passionnelle, agrémentée de petits cris aigues hystériques. Grace recula d’un pas, jeta un bref regard sur son amie et lui lança dans sa plus grande humilité :
— Oh Jane ! Mais comment fais-tu pour garder une si belle silhouette ?
Elle poussa un ricanement qui lui dessina un visage resplendissant. Les deux amies s’assirent autour d’une table située dans un coin de la pièce. Derrière un des deux fauteuils (accroché à la façade du mur) un miroir arborait l’image adroite de Grace, passant furtivement une main dans sa tignasse frisée.
— Jon vient toujours ? demanda Jane tout en appelant un serveur
— Bien sûr. Il m’a envoyé un SMS avant que je parte, en me prévenant qu’il aurait un peu de retard.
A l’aide de l’index et du majeur, Grace retira un cheveu qui flottait dans son verre. Elle réussit à l’attraper du premier coup et le balança plus loin en grimaçant.
— Il est brun celui-là, ce n’est pas un des miens, dit-elle en souriant.
Jane acquiesça, le regard évasif.
Un serveur arriva à leur table. Affublé d’un costard miteux, dont une partie de sa chemise lui sortait du pantalon, il prit commande. Grace prit à nouveau un vodka-martini. Quant à Jane, elle eut plus de mal à se décider. Après une longue attente gênante, quand le jeune serveur compris que Grace ricanait sur sa coiffure en brosse, elle demanda une pression.
— Ce bar n’est plus comme au début, déclara Grace. Tu te souviens Jane, il y a trois ans, quand on se faisait offrir des verres par tous les frimeurs qui voulaient nos numéros ?
— Si je me souviens ! On rigolait tellement.
Elles soufflèrent simultanément, le regard baissé. Puis Grace continua :
— C’était plus facile à cette époque. On était encore étudiante ; moins de responsabilités...
— Moins d’argent ! précisa Jane.
— Exact ma belle ! Mais on s’amusait vraiment. Je regrette ce temps-là...
— Au moins on se côtoie encore. J’ai perdu contact avec tellement de gens depuis la fin de mes études. Il y a quelques années, je connaissais tout le monde à New York, et maintenant, j’ai l’impression de n’être plus qu’une touriste égarée.
Le serveur arriva, le plateau tremblant sur ses mains maladroites et leur servit leurs verres, puis déposa l’addition, froissée dans un cendrier. Grace le fixa. Le jeune homme remarqua les regards qu’elle lui portait et se mit à rougir. Ses fossettes s'enflammèrent et le jeune homme fit demi-tour avant d’être rattrapé par Grace. Elle imita la voix grossièrement délicate d'une fille de joie.
— Tu dois toutes les faire tomber toi !
Jane pouffa dans ses mains. Le serveur bégaya.
— Heu... Et bien... A vrai dire...
— Je suis sûre que t’arriverais à me faire grimper aux rideaux. Dis le moi gros cochon !
Il ne prononça qu’un semble de monosyllabes incompréhensibles. Grace se mordit les lèvres.
— Je suis... vraiment désolé... Madame. J’ai beaucoup de travail... Et...
— T’as raison, file mon mignon ! Et n’oublie pas que je suis là, à t’attendre.
Il tressaillit et s’apprêta à partir quand un homme le retint par l’épaule.
— Je suis avec ces dames. Apporte-moi une coupe de bordeaux, et pas dans un verre sale comme la dernière fois.
— Oui Monsieur. Très bien...
Le nouvel arrivant s’assit à côté de Grace en lui adressant un baiser fougueux sur la joue.
— J’ai mis un temps fou à me débarrasser de ce cloporte ! dit-il en agitant ses mains en tout sens.
— Au moins t’es venu, rajouta Jane, souriante.
Jon décrocha un sac à bandoulière de son épaule, le jetant sur la banquette où il était assis avec Grace.
— Tu m’as l’air surexcité ce soir, dit-elle en le fixant de ses yeux vert bleuté. Ce n’est pas aujourd’hui que tu devais emménager sur la 52ème avenue avec Eric ?
— Eric ?! Tu rigoles chérie ! Ca fait un bout de temps que je l’ai largué celui-là. Plus ennuyeux que lui tu meurs...
Le verre de rouge arriva. Un autre serveur différent en tout point de son prédécesseur lui apporta. Jon le remercia d’un hochement de tête, et après lui avoir laissé l’addition qu’il déposa dans le même cendrier que pour celle des filles, il repartit sans dire un mot. Les trois amis trinquèrent, faisant tinter leurs verres.
— A la nôtre ! s’écria Jon.
En reposant sa pression, Jane lécha le filet de mousse sur sa lèvre supérieure. Puis elle contempla Grace avant d’ajouter :
— Alors, tu voulais nous parler de quoi ?
— C’est vrai ça ! continua Jon en mettant une main sur la jambe de Grace. Ca avait l’air important quand j’ai reçu ton message. Je me suis inquiété au début !
Grace éclusa son vodka martini.
— C’est par rapport à Paul. Il doit déménager bientôt pour son boulot. Et du coup, pour que je l’accompagne, il m’a demandé en mariage.
La réaction ne fut pas celle qu'elle attendait. Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, aucun de ses deux amis ne dirent quoi que ce soit.
— Ca ne vous fait donc pas plaisir ? surenchérie Grace nerveusement.
— Bien sûr que ça nous fait plaisir, continua Jane, tout de même perplexe. Mais c’est juste que ça nous tombe dessus, il nous faut du temps pour encaisser le choc.
Furieuse de cette réponse, Grace s’écria :
— Mais de quel choc tu me parles ? Ce devrait être un événement à fêter. Quelque chose de beau. Je ne vous comprends pas... Vous êtes mes amis pourtant !
— Le problème n’est pas là, poursuivit Jon. Ca va peut-être te sembler égoïste, mais si tu t’en vas, tu vas forcément nous manquer. On a juste du mal à apprécier ton départ.
Jon semblait avoir trouvé les bons mots. La colère de Grace se dissipa.
Jon lui prit la main.
— On est heureux pour toi ma chérie. Tu mérites vraiment d’être heureuse.
— Je suis d’accord avec lui, conclut Jane.
Grace se mit à verser une larme. Jon la serra dans ses grand bras potelés, lui susurrant des mots doux à l’oreille.
Jane éclusa sa bière. Un homme passa à côté et s’amusa devant une telle descente. Elle faillit s’étouffer, et détourna son regard. Jon lui fit signe à Jane d’aller aborder cet homme. Elle se pinça les lèvres tout en secouant nerveusement la tête. Il était hors de question pour elle d’aller taper la causette à un quelconque inconnu, aussi séduisant soit-il. Elle regarda derrière l’épaule de Jon et le vit s’asseoir non loin de leur table.
Grace s’essuyait les yeux avec un mouchoir qu’elle sortit de son sac-à-main. Son mascara avait grossièrement coulé en dessous des yeux, mais elle retrouva rapidement le sourire quand Jon prit une nouvelle commande.
— Quand j’y pense, commença Jane, tu ne nous as pas dit où vous comptiez emménager ?
— C’est vrai ça ! ajouta Jon, qui tentait en vain de faire tomber la goutte de bordeaux sur sa langue qui restait désespérément accrochée à la paroi du verre.
Grace rangea le mouchoir, maintenant chiffonné, dans son sac, qu’elle posa ensuite à ses pieds.
— A Green Bay, dans le Wisconsin.
— Oh ma pauvre chérie... J’ai horreur du Middle West, déclara Jon d’une voix monocorde. J’espère quand même que tu ne nous oublieras pas. Et pour les grands évènements tu pourras toujours revenir à New York.
— Il a raison, poursuivie Jane. Je ne sais vraiment pas comment je vais pouvoir m’amuser sans toi.
Jon fit mine de tousser, comme pour rappeler sa compagnie.
— Et moi alors ?
— Ne le prends pas mal Johnnie, mais c’est juste qu’avec toi ce n’est pas pareil, même si je m’éclate tout autant. Et qu’elle fille ne rêverait pas d’avoir un meilleur ami homo ?!
Grace rigola pendant que Jon faisait une imitation effroyable de l’homosexuel stéréotypé. Elles rigolèrent à gorge déployée, quand le serveur arriva, un pichet de bière à la main, et les verres sur un plateau.
— Ce n’est pas trop tôt ! s’écria Jon. J’ai bien cru qu’on allait se dessécher sur place.
Et s’empressant de prendre le pichet d’une main forte, il entama le service, tout en commençant par le verre de Grace, puis celui de Jane, tout en lui adressant un clin d’œil.
— A nous trois ! dit Jon.
Puis, faisant tinter leurs verres, ils s’écrièrent tous trois simultanément, de bon cœur :
— A notre amitié indestructible !


II

Le reste de la soirée ressemblait plus à une orgie d’alcool qu’à un moment de stricte convivialité amicale. Mais Jane préférait de loin ce genre de moments à ceux qui se partagent autour d’une table entre amis, à se raconter ses dernières semaines, toutes aussi passionnantes les unes que les autres, dans une pure hypocrisie collective.
Au quatrième pichet de bière, Grace déclara forfait, ne pouvant plus ingurgiter une seule goutte de cette substance gazeuse et terriblement fraiche.
— A nous deux ! déclara Jon en fixant Jane.
Elle ricana.
— Tu n’as pas peur mon vieux. Personne ne me bat à ce jeu là. Tu finiras ta dernière bière que je ne serais pas encore rassasiée.
Dans l’entente de ce défit, Jon fit la commande d’un nouveau pichet ainsi que de deux shooters de whisky. Grace se leva, chancelante, et traina Jane avec elle jusqu’aux toilettes. Elle l’a tira comme un vulgaire sac.
Pendant qu’elle vidait sa vessie en chantant sur une chanson des Stones, Jane elle, ajusta son maquillage ainsi que sa poitrine, remontant ses attributs par son décolleté.
— Tu comptes aller l’aborder avant qu’il s’en aille ? demanda Grace en sortant du cabinet dans le quel elle se trouvait.
Jane lui lança un regard menaçant par le miroir qui se trouvait sur le mur, devant la longue rangée de lavabos.
— Je n’irais pas le voir ! Et puis, qui te dit qu’il m’intéresse ? Tu n’en sais rien après tout.
— Arrête Jane, je te connais. Tu as toujours ce petit regard lumineux lorsqu’un homme t’intéresse. Huit ans d’amitié ça marque !
Jane secoua la tête.
— Je verrai bien ce que je ferai. Mais en attendant, j’ai encore envie de boire ! Ce sera peut-être notre dernière soirée. Il nous faut en profiter.
— Sans moi ! Je suis à deux doigts de tout régurgiter.
— Charmant...
Jane rangea le maquillage de Grace dans son sac, posé sur le rebord du lavabo. Elle se contempla rapidement avant de d’ajouter :
— Je suis vraiment heureuse pour toi ma chérie. Je vais être triste, c’est vrai, mais tu mérites d’avoir tout ça.
— Je te remercie... répondit Grace en serrant son amie dans ses bras. Tu vas me manquer aussi. Mais tu viendras à la maison ! Tu visiteras le Wisconsin. Puis tu sais bien que Paul t’apprécie énormément.
— Il n’est pas venu ce soir, je trouve ça dommage.
— Ah, tu le connais ! rigola Grace. Toujours surchargé de boulot. Puis j’ai l’impression qu’il ne tient pas vraiment Jon en amitié...
Jane haussa les sourcils.
— Ah bon ?
— De le savoir homo ça doit sûrement lui provoquer un blocage.
— C’est bête. Il n’y a pas plus adorable que Jon !
— Bah oui, je sais bien. Mais bon. Paul est comme ça. Toujours avec ses foutus préjugés sur les gays. Il est tout de même rassuré. Bah d’un côté il sait très bien que Jon ne me fera jamais aucunes avances. C’est d’ailleurs pour ça qu’il me laisse sortir avec lui, en tout confiance.
— C’est facile d’avoir une confiance aveugle dans ces circonstances.
— Bon, on devrait y retourner avant qu’il ne s’inquiète, lança Grace en agrippant son sac.
Jon était toujours assis, deux autres pichets de bière, dont un rempli seulement à demi, attendait sur la table. Jane se rassit en face de lui, et constata que son verre venait d’être rempli. Jon sourit, lui tendant le shooter de whisky. Elle le prit et, d’un geste voluptueux, comme si elle jouait à narguer ce dernier, fit tomber le shooter dans sa peinte de bière. Jon n’attendit pas pour interpréter le même mouvement, beaucoup moins gracieux cette fois.
Ils trinquèrent avant d’entamer une course à la bière, testant la rapidité de l’adversaire, pour celui qui aura la meilleure descente. Au trois quarts achevés, Jane s’arrêta, recrachant un peu de sa bière.
Une fois son verre terminé jusqu’à la dernière goutte, Jon le posa violement sur la table, provoquant un son lourd et étouffé, avant de s’écrier :
— Victoire !
Jane souffla, déçue de sa prestation qui fut un échec cuisant. Son verra était pratiquement vide, et daigna le terminer, le repoussant sévèrement sur le côté. Mauvaise joueuse, Jane détestait par dessus tout d’avoir à perdre.
Jon rigola en servant de nouveaux leurs verres.
— Je te laisse une chance de te rattraper, dit-il avant de s’adresser à un serveur trois tables plus loin. Deux autres shooter de whisky mon ami !
Le serveur ne l’entendit pas. Jon insista.
— Je suis prête pour une revanche ! s’écria Jane, confiante. Tu vas mordre la poussière mon gros !
— Ne sois pas si sûre de toi ma belle ! J’ai bien l’intention de conserver mon titre.
Grace n’écoutait plus leur discussion houleuse. Allongée sur la banquette, les jambes tendues sur les genoux de Jon, la jeune femme était à moitié inconsciente.
Les deux shooters arrivèrent.
— Prête ? demanda Jon, arpentant une certaine excitation.
— Prête !
Et ils firent le même processus qu’au premier coup. Jane inspira en profondeur, après quoi, elle descendit d’une traite sa peinte. Jon la suivait dans le même rythme. Ni l’un ni l’autre ne faisait plus attention au verre de son adversaire. Au bout d’un moment, le gaz ne leur piquait plus le palet, comme anesthésiés de cette douleur gênante.
Puis un verre retentit sur la table. Jane s’essuya la bouche à l’aide du revers de sa main, et poussa un cri.
— J’ai réussi !! Je t’ai battu ! cria-t-elle.
Jon posa à son tour le verre qu’il venait de terminer.
— Je te félicite ! Tu m’as battu à plate couture.
Jane s’effondra, le bras sous la tête, sur une flaque de bière. Jon s’adossa à la banquette. Ils ignoraient bien à quel quantité d’alcool ils en étaient, mais l’euphorie prit vite le dessus. Jane lui remplit péniblement son verre, à nouveau, puis celui de Jon, qui se mit à rigoler.
— On a de la bière à finir. Aucun gâchis ! affirma-t-elle en soulevant le verre, le basculant et le tournoyant dans les airs, qu’elle s’amusait à observer d’un œil admiratif, comme s’il prenait vie. Allez, cul sec mon pote !
Mais il n’en bu pas la moitié du premier quart qu’elle le reposa sur la table.
— Je reviens, dit John en se levant. J’ai besoin de vider ma vessie.
Pendant l’absence de Jon, qui fut étonnement longue, Jane se leva, et en profita pour aller aborder le jeune homme qui l’attira un peu plus tôt dans la soirée. Assis au milieu d’une table bondait d’hommes, riant et se donnant de temps à autres des coups sur l’épaule, elle hésita un instant à lui adresser la parole. Mais sous l’effet de l’alcool, elle ne se rendit pas compte qu’elle se tenait désormais tout prés d’eux, à les observer d’un regard fougueux. L’un d’eux, une bouteille de Corona en main, la remarqua.
— On a de la compagnie les amis ! lança-t-il aux autres, le sourire aux lèvres, qui déployait une mâchoire d’une proéminence hors du commun.
Jane rigola en l’imaginant en cheval.
— Salut ma jolie ! dit un autre en l’attrapant par la taille.
Elle sourit et s’assit sur ses genoux. Sans lui demander, elle attrapa son verre de scotch et en bu une grosse rasade.
— On peut dire que tu sais boire toi ! déclara ce dernier, stupéfait.
Cette fois, ce fut la personne dont elle fut subjuguée, qui prit la parole :
— Tes amis t’ont laissée ?
— On jouait et j’ai gagné !
Jane rigola avant de s’étaler sur la table. L’un d’eux tenta de rattraper les verres qui vacillaient sous le choc.
Elle pointa du doigt celui qu’elle convoitait et lui demanda d’une voix cassée :
— Comment tu t’appelles trésor ?
Ses amis poussèrent des cris d’excitation. Le jeune homme se mit à rougir.
— Alexandre. Et toi ?
— Jane... dit-elle en peinant à articuler ses mots.
Elle se mordit les lèvres.
— En t’observant tout à l’heure, je me suis demandé si t’embrassais aussi bien que tu savais charmer.
— J’embrasse encore mieux que tout ce que tu as pu rêver dans ta vie, dépassant tous tes fantasmes les plus fous.
Rigolant comme une détraquée, Jane se releva. Une des personnes assises en table, la retint pour ne pas qu’elle ne bascule, et chute violement.
— Tu n’es qu’un prétentieux ! Mais je veux que tu me le prouve quand même !
Il rigola.
— Je suis sérieuse ! Montre-moi tes talents, don juan.
Alexandre se leva, rajusta sa chemise — qui était déboutonnée sur le haut, laissant percevoir une touffe de poils que Jane ne trouva pas attirant —, et s’approcha de Jane qui révulsait ses lèvres. Le baiser fut rapide, sans bruit ni gêne, dans un moment totalement atypique. Puis Jane libéra ses lèvres de celle de son partenaire. Elle sourit et lui demanda :
— Et si on continuait chez moi ?
Perceptiblement confus, Alexandre buta dans ses mots. Jane comprit qu’il refusait son offre de la manière la plus pathétique qu’elle ait pu entendre.
— Tant pis pour toi, continua-t-elle. Tu ne sais pas ce que tu rates.
— Je me doute bien oui... Mais le problème, (il montra sa main gauche) c’est que je suis marié.
Sur son annulaire se trouvait un anneau en argent. Jane grimaça, comme déçue, et lui tendit un baiser sur la joue. Après quoi, elle les salua tous avant de rejoindre Jon, sui venait récemment de sortir des toilettes.
— Tu ne devineras jamais ce qui vient de m’arriver, lui dit-elle, faisant la tête.
— Tu t’es fait remballer ?
— Exact... Un homme marié. Qui aurait pu savoir ? C’est dommage quand même, il était vraiment mignon.
— Il y a pleins de beaux mecs ce soir. Tu devrais faire le tour et en choisir un pour te raccompagner chez toi. Et vous danserez toute la nuit à la recherche de vos vices cachés, dans une douce euphorie éphémère.
— Ca ne te réussit vraiment pas le romantisme quand t’es bourré.
— Je suis surtout crevé, rétorqua-t-il. J’ai bossé toute la journée. J’en peux plus...
— Tu ne vas pas me laisser quand même ?! J’ai envie de continuer à m’amuser.
Mais le bâillement de Jon fut signe de retraite. Grace elle, s’était mise à faire des petits rugissements, sûrement plongée dans un drôle de rêve. Jon la souleva.
— Allez ma grande, il faut y aller.
— Il est quelle heure ? demanda-t-elle, en passant une main sur son visage blanchâtre.
— L’heure d’y aller, termina Jon, avant de la lever et de lui prendre son sac-à-main, quelle aurait sans doute oubliée s’il n’était pas aussi attentif.
Jon embrasse tendrement Jane en lui souhaitant une bonne nuit, puis glissa quelques billets dans le cendrier. Grace qui voulait en faire autant, se contenta d’un geste de la main pour lui dire au revoir.
— Rentre bien, dit John.
— Vous aussi. Faites attention surtout.
Ils descendirent, laissant Jane seule à la table, qui s’empressa de commander un café.

III

Affalée sur un bras, Jane s’amusait à faire tourner une de ses bagues sur la table. Elle pivotait dans un sens, puis heurta un verre avant de retomber à plat. Jane finit par la remettre à son doigt, se lassant presque de ce jeu stupide et sans grand intérêt. Pendant ce temps là, un morceau des Free passait dans un volume à se péter les tympans. A sa droite, un couple s’embrassait langoureusement. Elle les regarda un bref instant, puis se focalisa sur le contenu des verres. Elle examina toute la surface de la table : il s’y trouvait une dizaine de verres (shooters, verres à martinis et peintes) ; six carafes de bières (vides) ; le cendrier comportant plusieurs additions ainsi que l’argent laissé par Jon (trente-huit dollars au total) ; et son sac-à-main qu’elle eut posé en bout de table au cours de la soirée.
Il ne restait plus rien à boire. Tout avait été ingurgité, y compris les deux cafés et le cappuccino qu’elle commanda une fois Jon et Grace partis. Sans eux, la soirée ne pouvait être que terminée. Elle finit par se résigner, et régla le reste de l’addition avant de se lever, et de marcher en direction de la sortie. Sa démarche était d’une indolence contrôlée, essayant de ne pas se casser la figure, faisant d’une lourde chute fracassante, une moquerie collective pour tous les ivrognes ici présents.
Le bar se vidait peu à peu. Il était déjà trois heures passé, et Jane travaillait le lendemain. Elle eut peine à s’imaginer son réveil imminent, dans un peu plus de cinq heures.
Elle passa la porte du bar, poussa difficilement la barrière en bois avant de se trouver à sur Lexington Avenue. Et sans qu’elle en comprenne la raison, elle sentit un léger poids sur son épaule, un peu comme une caresse. Elle tourna la tête. Un jeune homme tenait une main sur elle, et arborait une expression d’excitation. Elle sourit quant au charme qu’il lui insufflait. Puis il prononça ces quelques mots avec exhortation:
— Embrassez-moi s’il vous plait !
Elle se sentit soudain dans l’incrédulité la plus totale. Il se tenait devant elle, une main aisée sur son épaule, la fixant de ses yeux noisette qu’elle crut avoir toujours connu.
— Mais... Je vous... bafouilla-t-elle en plissant les yeux. Pardon ?!
Et il se répéta comme s’il elle n’avait pas entendue la première fois.
— Embrassez-moi.
Elle ne put dire si cet acte non prémédité était causé par un surplus d’alcool, mais elle se pencha, et colla ses lèvres au siennes. Durant une, ou peut-être deux secondes, elle pensa juste à un rêve, comme si ce n’était pas en train de se produire. Et se laissa emporter dans ce moment qui lui parut éternel.
Puis ils décollèrent leurs bouches. Jane ouvrit les yeux. Il était toujours devant elle. Un sourire se dessina sur le visage du jeune homme.
— Je suis vraiment désolé de vous avoir demandé une telle chose, admit-il, sans gêne.
— Il n’y a pas de mal.
Il se frotta l’arrière de son crâne, ébouriffant d’avantage sa chevelure coiffée en épis. Et il finit par lui tendre une main amicale avant d’ajouter :
— En tout cas je vous remercie d’avoir joué le jeu...
— ... Jane !
— Jane. Je vous remercie.
Elle lui serra la main, la gardant longtemps dans la sienne, tous deux rigolant bêtement.
— Moi c’est Leland. Au cas où ça vous intéresserait.
Elle rigola.
— La prochaine fois que l’envie vous reviendra d’embrasser tout Manhattan, prévenez-moi, dit-elle en souriant.
— Je n’y manquerai pas, Jane.
Il y eut un silence gênant. Jane se mordit les lèvres en penchant son regard sur un homme ivre, de l’autre côté de la rue, qui parlait tout seul, et se mit à crier contre sa bouteille dont le contenu était presque vide.
— Regardez Jane. Il se mit à côté d’elle, et tendit son index en direction d’un groupe de personnes, dont plusieurs d’entre eux regardaient en leur direction. Vous les voyez ?
— Je les vois.
— L’un d’entre eu, James Benson...
— ... il n’a vraiment pas eu de chance avec son nom, lui coupa-t-elle.
Leland se mit à rire avant de poursuivre :
— Il a passé toute la soirée à vouloir me caser avec sa meilleure amie, une certaine Hannah si mes souvenirs sont bons. J’ai pas mal bu il faut dire.
— Hannah ne te plait pas ?
— Tu as déjà vu le film Massacre à la Tronçonneuse ? rétorqua-t-il.
Elle sourit.
— Et bien cette soirée, poursuivit Leland, toujours en guettant ses amis au loin, était aussi déplaisante que la scène finale avec la pauvre fille qui se retrouve à la table familiale.
— Ca ne pouvait pas être aussi déplaisant tout de même. Et cette fille doit avoir des atouts cachés.
— Possible. Qui sait... ?
— Et du coup, d’embrasser une pauvre inconnue dans la rue t’a semblé être la meilleure solution pour te débarrasser d’elle ?
— A vrai dire, il n’y a pas que de ça...
Jane haussa un sourcil.
— Je leur ai dit que j’étais en couple, et que ma copine allait bientôt arriver. Et tu peux me croire Jane, j’ai du attendre une dizaine de femmes vraiment hideuses avant de tomber sur toi !
— Je prends ça comme un compliment. Mais du coup, comment fait-on ? Tu te retrouves bloqué. Si je m’en vais, comme j’avais prévu de le faire, tes amis vont comprendre que ce n’était qu’un mensonge.
Leland resta perplexe un instant. Il ne dit pas un mot de plus. Puis, il ajouta comme si l’idée qu’il venait d’avoir était tout à fait prodigieuse :
— Tu n’as qu’à venir avec nous. On va se rendre chez un ami. Il habite un grand loft au nord de Manhattan, et il a plein d’alcool chez lui.
— Non, vraiment je suis désolée. Mais je travaille tôt demain. Et ce n’est vraiment pas raisonnable.
— C’est dommage. On aurait pu passer une bonne soirée Jane.
Elle lui tendit à son tour une main ferme. De la voir ainsi, se tenant le plus droit possible sur ses 1 mètres soixante-neuf, lui adressant une main droite, d’un sérieux irraisonnée, Leland ne put s’empêcher de pouffer de rire. Il lui prit la main, et la tira vers lui. Elle sentit son souffle frôler sa nuque. Il sentait une odeur brute dont elle s’enivra. Jane, elle, avait une haleine qui sentait la bière, et ses vêtements étaient imprégnés par l’odeur des Chesterfield.
Ils étaient maintenant enlacés, l’un contre l’autre.
— Merci encore Jane, lui susurra-t-il à l’oreille.
Elle fouilla dans sa poche. Vide. Il ne lui restait plus qu’un quarter.
— Je vais devoir rentrer à pieds... dit-elle en grimaçant. Je n’ai malheureusement plus d’argent pour prendre le taxi. Mais l’air frais me fera du bien.
— Tu rigoles ! Attends, je dois bien avoir quelques billets sur moi.
Il chercha dans toutes ses poches. Elles ne contenaient qu’un paquet de Camel chiffonné, un briquet, et son porte feuille dont le contenu était lessivé, ne comportant plus un seul sous.
— Je suis vraiment navré, dit-il.
— Ca ne fait rien. J’aime marcher de toute manière.
— A cette heure-ci ?! Vous rigolez j’espère ! Je ne laisserai jamais une jolie femme se balader toute seule, le soir, dans les rues mal famées de New York.
Un ami de Leland s’approcha d’eux, d’un pas chancelant. Il déclara d’un ton hardi :
— Bon, Leland. On ne va pas t’attendre éternellement.
— Je vais y aller de toute façon, répondit Jane, lançant un sourire à Leland.
— Ta copine ne vient pas avec nous ?
Leland observa Jane. Il réfléchit, puis décida sur un coup de tête ;
— Non elle ne peut pas, et moi non plus Eric ?
— Pardon ? demanda Jane, suivit de près par la réaction d’Eric.
— Bon, comme tu voudras vieux. Mais tu rates quelque chose.
Il repartit en direction des autres. En traversant la route, il évita de justesse une voiture, qui le frôla dangereusement. Il jura quelques propos incohérent en levant le poing, puis continua sa route.
Jane regarda Leland avec perplexité.
— Pourquoi ?
— Je te l’ai dit, je n’aime savoir une jolie fille toute seule, à cette heure-ci, dehors.
Leland regarda ses amis longer l’avenue, jusqu’à ne devenir plus que des silhouettes dans l’horizon.
— Et qui te dit que je ne suis pas une personne dangereuse Leland ? demanda Jane en agitant ses sourcils.
— Tu ne vas pas me faire croire que ton sac-à-main comporte une arme quelconque.
— Eh bien, tu te trompes ! Je suis armée jusqu’aux dents ! Attends, je vais te montrer.
— (Rigolant) On ferait mieux d’y aller maintenant. Je commence ce à me geler, dit-il pendant que Jane sortait un engin de son sac.
Il avait la forme d’un gros briquet, tout noir. Elle l’attrapa maladroitement, et pressa le bouton du dessus. Leland se reçu une giclée dans les yeux.
— Oh mon Dieu ! s’écria Jane en jetant sévèrement sa bombe lacrymogène. Je suis vraiment désolée... !
Leland était désormais recroquevillé, les mains sur son visage.


IV

La lune se dessinait à la surface de la mer. L’eau était calme, sereine. La silhouette d’une mouette passa sur cette sphère lumineuse, arpentée de fines rayures emportaient par les vagues.
Jane et Leland étaient assis sur un banc, jouxtant le port de Hudson River. Jane analysa les yeux de Leland. Ils étaient à présent moins gonflés que la dernière demie heure, mais arboraient toujours un rouge vif inquiétant. Elle tenta d’humidifier le contour de ses yeux à l’aide d’un mouchoir et de sa salive.
— Je suis vraiment désolé, admit-elle.
— Ce n’est vraiment rien, je te l’ai déjà dit. Tu comptes vraiment t’excuser toutes les cinq minutes ? lui demanda-t-il en rigolant.
Elle s’arrêta de frotter ses yeux, et se mit à sourire.
— Tu as raison. C’est idiot... Mais j’aimerais tout de même me racheter.
— Tu n’as pas à faire ça.
— Si ! J’y tiens vraiment. Tu sais quoi ? Je vais t’inviter au restaurant !
L’idée lui parut ingénieuse sur le moment, qu’elle le dit d’un ton héroïque. Leland semblait réfléchir à présent.
— Maintenant ? demanda-t-il, lui lançant un regard intéressé qu’elle ne pu s’empêcher de trouver charmant.
— Les restaurants son fermés à cette heure-ci. Mais pourquoi pas dans la semaine. Tu me donnes ton numéro de téléphone et on s’organise ça.
— T’es toujours comme ça ?
— Comme quoi ? demanda-t-elle, incrédule.
— A vouloir toujours tout organiser. Il t’arrive de vivre au jour le jour ?
— Oui, bien sûr ! Je sais m’amuser.
— Je ne te parle pas de ça. Mais de vivre impulsivement.
— Comme d’asperger un parfait inconnu de bombe lacrymo par exemple ? Parce que si c’est de ça que tu veux me parler, je vais te dire que j’ai déjà donné ce soir.
— Allez suis-moi !
Il l’a tira du banc, et Jane le suivit, tenant fermement la main de Leland, si chaude et rassurante.
Il l’a conduisit jusqu’à Chinatown.
Les rues étaient désertes. On apercevait de temps à autres un animal passer ou une ombre inquiétante, rien de plus. Jane n’était pas grandement rassurée, mais tenant toujours la main de Leland, elle se sentit un instant en sécurité, malgré l’ambiance lugubre de la nuit qui régnait dans le quartier.
A l’intersection d’une rue — dont les façades murales étaient ternies par le temps — Leland stoppa net sa démarche. Il jeta d’un bref regard l’horizon des deux côtés de la rue, et sortit un trousseau de clefs. Il enfonça l’une d’elle dans la serrure d’un rideau métallisé, avant de soulever celui-ci pour donner vue à la devanture d’un restaurant typique chinois. A l’aide d’une nouvelle clef, il ouvrit une porte en bois qui grinça lorsqu’il l’a tira en arrière pour rentrer, suivi par Jane.
Il s’avança dans le noir, à tâtons, jusqu’au bar où, en décrochant une tablette en bois qui se trouvait accrochée au mur, il eut accès aux
Jane ne fut pas totalement surprise quand à l’agencement de ce restaurant, dont la décoration suscitait un manque d’hygiène. En frottant légèrement un doigt sur l’une des tables, elle ne fut pas étonnée d’y trouvait une fine couche de poussière.
— C’est ici que tu travailles ? lui demanda-t-elle en jetant des coups d’œil indiscrets à l’ensemble de la salle.
Leland était à présent agenouillé de l’autre côté du bar. Il fouillait dans un des frigos qui se trouvaient incrustés tout le long du comptoir.
— Andy Chung m’a engagé depuis que j’ai dix-sept ans, dit-il en se relevant, deux bouteilles de bières à la main.
— Tu n’as donc pas terminé tes études ?
— Je n’en voyais pas l’intérêt. Quand je suis arrivé à New York, j’avais dans l’ambition de travailler dans le cinéma. Un peu comme tout le monde j’ai l’impression.
Jane le fixa à présent de ses petits yeux bleus qui faisaient craquer Leland. Absorbée par son histoire, elle s’assit sur une chaise, plia ses fines jambes, et resta à le contempler, le menton sur la paume de sa main.
J’ai eu beaucoup de mal à m’acclimater au début. Ce fut vraiment un moment très dur dans ma vie.
— Et tu viens d’où ?
— Du New Hampshire. J’ai passé toute ma jeunesse à Camden.
Il décapsula les bières avec son briquet. La pression portée par le mouvement rapide de sa main fit s’échapper la capsule, qui vola dans la pièce avant de se retrouver dans un vase orné de signes asiatiques.
— Comment tu as fait une fois ici ?
— J’avais fait quelques économies avant de venir. Pas grand-chose, juste de quoi tenir un mois ou deux. Durant les six premiers mois, j’ai vécu chez un hippie que j’ai rencontré dans le métro. Le jour où il s’est fait arrêter pour trafic de Marijuana, je me suis retrouvé à la rue. Et c’est là que j’ai rencontré Andy. Il a vraiment été comme un père pour moi. Il m’a tout enseigné. Je sais cuisiner un plat chinois comme aucun New Yorkais ne sait le faire !
— Prouve le moi ! déclara Jane dans un sursaut qui frôlait l’euphorie. Cuisine moi... voyons voir... Vous n’avez pas de cartes dans ce resto ?
— Que dirais-tu d’un porc au curry ?
Elle réfléchit.
— Bien trop basique... Mais cela dit... Ce n’est pas le plus évident à faire. Et il faut que t’avoue que j’ai toujours raffolé de ce plat !
Leland rigola en hochant la tête.
— Très bien. Tu ne vas pas être déçue.
— Mais je ne demande qu’à goutter !
Leland se précipita en cuisine. Il commença par allumer deux plaques puis, il aligna les aliments un par un sur la table de travail. Il mit un morceau de beurre dans une poile qu’il plaça ensuite sur la plaque, qui se mit aussitôt à crépiter.
— Besoin d’un coup de main ?! demanda Jane dans l’autre pièce.
— Ca ira ! Je me débrouille très bien tout seul, ne t’en fais pas, lui dit-il en enfilant un tablier blanc, recouvert par des traces d’aliments.
Il commença par découper la viande du porc en petits cubes, qu’il plaça ensuite sur la poile. La viande se mit rapidement à cuir, passant d’un rouge très vif à une sorte de couleur grisâtre. Puis, sur une planche à découper, il plaça un oignon. Pour réussir à le découper en tranches parfaitement fine, il prit un long couteau qu’il aiguisa nerveusement. Une fois la découpe de l’oignon terminée, se fit au tour des poivrons, qu’il trancha en larges lamelles.
Jane qui s’impatientait, alluma la radio. Une musique d’ambiance s’enclencha, et se mit à résonner dans l’ensemble des haut-parleurs qui se trouvaient à différents endroit de la salle.
— Trop ennuyeux... chuchota-t-elle.
En tripotant les boutons, elle réussit à choisir plusieurs stations de radios. Aucune ne semblait l’intéresser, mais elle s’arrêta cependant sur l’une d’elles, qui jouait un morceau des Who. La chanson résonna jusque dans la cuisine. Leland secoua la tête, le sourire aux lèvres. Cette manie qu’elle avait de vouloir toujours tout contrôler l’amusait beaucoup.
La préparation se fit plus vite que Jane ne l’eut pensée. Leland se ramena, les mains chargés par deux assiettes blanches, recouvertes par une somptueuse préparation gastronomique. Il en posa une juste devant le regard admiratif de sa convive, qui enfourcha ses baguettes. Il s’assit devant elle, trinqua avec leur bières entamées, et se lancèrent dans la dégustation du plat. Aucun des deux ne dit quoi que ce soit durant les premières bouchées.
— Je dois bien avouer que tu sais cuisiner, déclara-t-elle en prenant une nouvelle rasade de sa bière.
Leland lui adressa un clin d’œil.
— Je te l’avais bien dit.
A la radio passait à présent un morceau d’Alice in Chains. Jane tressaillit sur sa chaise, et finit par se relever, tendant une main à Leland qui enfourcha un morceau de viande dans sa bouche.
— On va danser ! lui dit-elle, surexcitée.
— Maintenant ? Mais je ne sais même pas danser.
Leland lui prit la main, perplexe, et suivit la jeune femme jusqu’à l’entrée du restaurant, où ils auraient la place d’exécuter quelques pas de danses. La chanson étant calme, ils s’enlacèrent tous deux, jusqu’à sentir battre le cœur chacun. Les premiers pas étaient adroits, mal ordonnés, mais Jane finit par prendre le contrôle devant la chorégraphie maladroite de ce dernier.
— Tu vois, ce n’est pas si dur, lui dit-elle en lui jetant un grand sourire. Il suffit de se lancer.
Leland suivit ses pas, sans trop de difficultés, heurtant par moment les escarpins de Jane. Au deuxième couplet de la chanson, leurs corps se rapprochèrent encore d’avantage. La tête de Jane se posa sur l’épaule de Leland, qui sentit comme une odeur printanière dans sa chevelure.
Ils dansèrent un long moment, enlacés. Profitant de cette soirée. Et quand cinq heures sonnèrent, ils firent tous deux assis non loin du bar, chacun une bière à la main. Adossés chacun au comptoir, la tête relevé et appuyé contre le muré en bois ciré, ils entamèrent une longue conversation.
— Parle-moi un peu de toi Jane.
La jeune femme déglutit sa gorgée de bière.
— Je n’ai pas grand-chose à te dire.
— Tu n’as qu’à commencer par les grandes lignes, proposa Leland, dégrafant l’étiquette de sa bière dont la marqué était imprimé en caractères asiatiques.
— Alors, pour commencer... Je viens du Wisconsin.
— Ma première fois était avec une fille du Middle West ! ajouta Leland, tout sourire.
Ce détail semblait faire rire cette dernière.
— Ca ne m’étonne pas, continua-t-elle. On n’a pas froid aux yeux dans cette région. Puis il faut se réchauffer comme on le peut.
Et en faisant tinter sa bière contre celle de Jane, il ajouta d’une voix théâtrale :
— Je trinque à ça !
Jane bu une fine gorgée avant de poursuivre. Hésitante.
— Je suis venue vivre à New York pour poursuivre mes études. Je ne me suis d’ailleurs jamais autant plu dans une ville. New York est un endroit magique ! Comme Paris, mais en plus démesuré.
— Tu es déjà allée à Paris ?
— Jamais... Mais j’aimerais, un jour.
Elle posa sa bière avant de pencher sa tête contre l’épaule de Leland.


L’aube plongeait les rues de New York dans une lueur douceâtre, à travers les nuages menaçants. Leland ralentit le pas, suivant la lente démarche de Jane qui s’arrêta pour allumer une cigarette.
— On fait quoi maintenant ? demanda-t-elle.
— Je n’en sais rien. Tu veux faire quoi ?
Elle réfléchit.
— J’aimerais avoir un bon café bien chaud ! Puis je commence le boulot dans un peu moins d’une heure.
Ils reprirent la marche, longeant une rue de New York, déjà peuplée de monde. L’air était agréablement frais.
— Si tu veux, commença Leland en jetant de petits regards à Jane, en bas de chez moi il y a un café vraiment sympa. On pourrait s’y arrêter, je n’habite pas très loin d’ici. Et tu n’auras qu’à faire ta toilette chez moi avant de partir pour le travail.
Ils s’arrêtèrent devant un passage piéton. Le feu était au rouge. Une multitude de voitures passèrent à une allure folle, arborant pour la plupart une couleur jaune.
— Mais je n’ai aucun habit de rechanges...
— Ce n’est pas un problème. Je vis en collocation. Je paris que tu portes les mêmes tailles que Emma.
— D’accord ! On fait comme ça. Mais il y’a intérêt que ce café soit aussi bon que tu me le dis.
— Un des meilleurs. Importé d’Italie.


De la buée s’échappa des deux tasses de cafés. Jane en but deux grosses rasades. Assis tous deux en terrasse, admirant le lever de soleil, ils ne dirent plus un mot. L’air se réchauffait. Jane sortit la dernière cigarette de son paquet et l’alluma. Un rond de fumée se forma quand elle expira la première bouffée.
Leland la reluqua. Elle était à présent vêtue d’une courte jupe noire, avec un débardeur blanc qui lui dessinait une poitrine parfaite. Il scruta ses formes, sa beauté, son charme, ses courbes si bien arboraient. Cette bouche fine et délicate, dont les lèvres qu’elle plissait nerveusement étaient colorées non grossièrement d’un gloss à peine brillant, emprunté aussi à Emma. Mais ce qui le fascinait vraiment chez elle, c’était la couleur de ses yeux. Ils étaient d’un bleu étonnant, brillant au plein jour, et foncé dans l’obscurité.
Jane se raidit quand un vent frais lui parcouru le cou. Elle contracta tout son corps dans l’espoir de se réchauffer.
— Il va être l’heure, annonça-t-elle en regardant sa montre. Tu veux qu’on fasse quelques pas ensemble ?
Leland termina le fond de sa tasse, posa plusieurs pièces dans le cendrier, et se leva en enfilant sa veste. Puis il lui répondit en se frottant les yeux :
— Bien sûr ! De toute façon, je n’ai rien de prévu pour aujourd’hui.
Ils longèrent, côte à côte le boulevard, jusqu’à tomber sur Brooklyn. A deux blocs de l’endroit où ils étaient, se trouvait l’hôpital de Jane. Ils eurent du mal à se quitter, hésitant à rompre ce moment. Leland se mordit les lèvres dans l’espoir de pouvoir embrasser celles de Jane, si pulpeuses qu’on aurait envie d’y gouter. En somme, il se trouva dans l’impasse. Elle, se trouvant devant lui, le regard fuyant, dans l’incapacité de rajouter quoi que ce soit pour conclure la nuit de la veille, et lui, pris de panique, comme paralysé. Puis Jane se lança à dire :
— Ca m’aura fait vraiment plaisir de passer cette soirée avec toi. Si tu veux remettre ça...
Les mains moites et tremblantes, Leland se lança. Il l’attrapa par la taille, arpentant enfin cette si belle silhouette et, sans même admettre le moindre refus quelconque, il l’embrassa fougueusement dans un oubli total de lui-même. L’instant était au-delà de ce qu’il pouvait s’imaginer. Puis, relâchant ses lèvres des siennes, recula de quelques centimètres, un grand sourire arborant son visage fatigué.
— Maintenant c’est à toi de voir si tu souhaites qu’on se revoie à nouveau.
Sans attendre la moindre réponse, il fit volte face et, d’un pas victorieux, longeant à nouveau le long boulevard jusqu’à s’effacer dans l’horizon.
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