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 L.A. River - Midnight Rider (Tome 1)

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Ethan.J.Hawkins
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MessageSujet: L.A. River - Midnight Rider (Tome 1)   Mar 5 Avr - 15:52

Ethan J. Hawkins




L.A. River

Midnight Rider

Tome 1











A toi,
en espérant que tu
te reconnaisses à travers
ces chapitres.






1






15:23.
Je me souvenais à présent. Tout s’éclaircissait dans ma tête et mes souvenirs finirent par me revenir comme sortant d’un rêve. Tout n’était que brume et illusions mais je me souvenais des moments essentiels. Rien ne pouvait plus me retenir à présent. La colère avait pris possession de mon être. Mais cette fois-ci, je n’étais plus seule.
Je l’espérais...
La fatigue pesant, je n’étais plus capable de tenir debout. Le bruit des vagues s’écrasant contre le pied rocailleux de la falaise me tenait éveillée en cet instant, aussi somnolant soit ce bruit. Je sentais des cailloux me rentrer dans la chair et mon jean se remplissait de terre au gré de mes mouvements. Le climat se faisait sentir plus humide et brumeux que la veille mais la chaleur était bien présente. Seule cette chaleur forçait mes yeux à se fermer. Je redoutais de m’endormir, veillant patiemment sur elle. Je pouvais sentir son souffle chaud se frotter contre mon front. Elle était la dernière personne que j’avais et un tel amour naissant ne pouvait s’éteindre. Ô mon Dieu non, jamais. Je ne pouvais en aucun cas la laisser partir, quoi qu’il m’en coûte.
Les premières lueurs du soleil apparaissaient à travers les quelques nuages qui s’engloutissaient dans la mer à travers ce vaste horizon. La luminosité me permettait de garder les yeux entr’ouverts. Je m’adossai contre un rocher tout en gardant sa main dans la mienne. Elle n’ouvrit pas les yeux et continua de dormir.
Sa tête se tourna vers moi tout en gardant les yeux fermés. S’appuyant de tout son être, elle me déclencha une douleur au genou quasi-instantanée. Je voulus examiner de plus près et aperçus une trace de sang imprégnant mon jean. Touchant dans la zone imbibée de ce rouge presque noirâtre, je me rendais compte qu’il n’était pas sec. L’adrénaline m’avait fait oublier cette douleur un instant. Je comprenais pourquoi mes yeux se fermaient. Ce n’était pas de la fatigue. Je perdais énormément de sang et il me fallait à tout prix voir un médecin. Cela dit, j’étais bien trop faible pour bouger et ce fut de même pour elle. Je préférais encore m’assoupir et me retrouver dans un de ces rêves où tout paraît beau et unique. Là où l’on se sent bien et où la vie est éternelle et paisible. Tout n’est pas rose et rempli d’animaux mais juste des êtres qu’on aime et des rêves qui se concrétisent enfin. Je préférais me résoudre à cette parfaite illusion utopique plutôt que d’avoir à combattre à nouveau.
Ses yeux finirent par s’ouvrirent et les miens se fermaient lentement, oubliant totalement la douleur. Mais ce ne fut qu’un court instant. Elle m’agrippa le bras et le secoua en tout sens pour tenter de me réveiller. Sa voix transcendait la beauté elle-même. Je me sentais bien et je voulais que ce sentiment de bien être dure éternellement. Je n’étais plus en force de rouvrir mes yeux. Sa voix paraissait plus lente et plus faible jusqu’à n’entendre plus qu’un doux murmure qui me porta dans un total oubli de moi-même. A travers mes paupières closes, la lueur se faisait moins dense. Tout était serein et la fin était proche. Le calme abattue sur moi en un éclair et je remarquai une chose. Une chose qui ne m’avait pas frappé dès le début mais de la voir ainsi, cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et je remarquai qu’à présent tout était bel et bien fini mais autre chose encore me frappa l’esprit. J’étais à nouveau seule...




2


Une semaine plus tôt.





Je m’appelle Liz Trey.
Je n’ai pas une vie féerique ni même réalisé les plus grands exploits au monde. Je ne suis pas celle à qui tu donnerais ton cœur et pour qui tu pourrais parcourir les océans à la nage dans un élan de romantisme. Je suis celle qu’on regarde sans vraiment voir. Les gens autour de moi m’admirent dans un désir purement charnel, sans passion dévorante. Je ne suis à leurs yeux qu’une vulgaire poupée avec qui ils s’amusent toute la nuit avant de la jeter et de passer à autre chose. Je connaissais presque ce processus par cœur, dans une multitude de dégoûts et de rejets. Rien en moi ne saurait expliquer ma vie, ce pourquoi j’en suis là aujourd’hui. J’ai pendant longtemps parcouru ma vie avec philosophie et traversé des sentiers familiers, mais aujourd’hui, je m’aperçois que mon but est encore loin. Je ne veux pas qu’on se souvienne de moi pour ce que j’aurais pu être mais pour les choix que j’aurais fait. Je ne suis pas une personne unique.
Je suis lycéenne dans un de ces nombreux lycées délabrés du Bronx, ville où je réside. C’est le genre d’établissement où n’importe quel élève peut se ramener avec un flingue planqué dans son jean et faire feu sur ses camarades de cours ou sur ses professeurs. Le Bronx est l’endroit rêvé si vous désirez acheter une arme ou bien de la drogue mais dans mon cas, rien de tout cela ne m’intéresse. L’air n’y est pas respirable, les rues sont truffées de gens louches et les flics y mettent rarement les pieds. Je ne suis jamais rassurée lorsque je sors de chez moi pour faire les courses ou voir des amis, j’ai toujours la phobie de recevoir une balle perdue qu’un dealer aurait tiré sur un concurrent trop gourmand.

Les cours d’algèbre se passaient toujours à côté de Josh dans la salle 230. On était mardi matin et il devait être un peu plus de 9 heures 30. Je le regardais travailler et il s’appliquait à écouter le cours de Monsieur Stevenson, tel un élève attentif. Je me plaisais à l’admirer. Un ami comme lui on n’en a qu’un dans toute une vie. Il n’en a pas l’air à première vue, lorsqu’on voit ses petits bras potelés et son visage de bébé – à vrai dire, tout était potelé en lui – mais il savait être à l’écoute de n’importe qui. Il n’était ni sportif ni même populaire, il n’avait pas un physique de dieu grecque et n’avait jamais connu les plaisir de la chair avec une fille, mais Josh était mon ami. Il me comprenait et savait être présent lorsque j’en ressentais le besoin et pour moi, c’était déjà plus que ce qu’un homme ne m’avait jamais fait par amour. Je l’observais suivre attentivement le cours mais lui ne le savait pas. Lorsqu’on observe Josh, son visage devient tout rouge et il se met à bégayer bêtement.
Habituellement, je suivais les cours très attentivement mais aujourd’hui je me sentais portée à l’indolence. D’ailleurs, je sentais que je ne serais très vite plus la seule.
Beth Stadler.
Cette fille pouvait vous faire fondre un iceberg juste avec son postérieur. Je ne pouvais plus sentir cette sale chienne depuis le secondaire, lorsqu’elle m’eût piqué mon premier mec, Vince Kinzler. Juste avant la fin des exams, Rick Chase avait invité tout le bahut chez lui pour une fête en guise de fin des cours. Ses parents étaient partis en voyage en Europe et il en avait profité pour inviter tous les étudiants chez lui. Vince et Beth s’étaient planqués en douce dans la chambre des parents pour s’envoyer en l’air. Ce n’est que quelques jours après qu’il m’en parla pour qu’on rompt et cette pouffe s’était fourrée dans le crâne que le passé restait dans le passé et qu’un mec ne pouvait briser l’amitié de deux amies. Une bonne dose d’hypocrisie était nécessaire.
Sa main me toucha l’épaule en guise d’appel. Je sentis mon coup frissonner et mes poils se dresser. Rien qu’à l’odeur de son parfum bon marché nauséabond, je sus que j’avais à faire à cette pouffiasse. Elle me tendit un petit bout de papier plié maladroitement puis elle acquiesça d’un sourire presque pathétique. Je me retournai et déplia le papier, reconnaissant l’écriture de Sven. Si on avait demandé à un singe tétraplégique d’aligner deux mots à l’aide d’un stylo coincé entre les dents, je pense que cela aurait donné quelque chose de plus admirable...
Il y avait inscrit ces quelques mots aussi romantiques soient-ils.
« Rejoin moi dan les toilete.
Sven »
Il se leva et sortit de la salle de cours en m’adressant un clin d’œil. Hésitant un instant, je décidais finalement de le suivre sous les yeux abasourdis des autres élèves, sagement assis. Josh me retint la main et me supplia de rester. Ce n’était pas très intelligent de ma part j’en étais consciente. « Mais à quoi bon, pensais-je ».
Je l’embrassai sur la joue et sortis de la classe.

On entrait dans les cabinets pour femmes. Sven me lança contre le mur d’une façon qui me fit perdre la tête. Avant même de dire quoi que ce soit, il se jeta sur mes lèvres et m’embrassa langoureusement. Il se comportait toujours d’une façon brutale mais cela avait quelque chose de plutôt excitant. On peut dire qu’il avait trouvé en moi ce qui me faisait frémir d’envie, ce côté aphrodisiaque qu’il exerçait sur mon être me remplissait d’envie. Parcourant son corps, j’imaginais cette envie éphémère.
J’aurais pu le dévorer.
Il me tint par la taille et remonta sa main droite jusqu’à mon sein. Mon cœur battait à un rythme anormal et je sentais les pulsations, il en profita pour continuer de plus belle. Je me sentis bouillonner au fond de moi. Je savais que je finirais par exploser s’il ne s’arrêtait pas et le repoussais frénétiquement mais en vain. J’avais l’impression de planer, comme emprise par son odeur ou par la force de ses bras. Je ne savais plus comment faire pour que ça s’arrête. Ma tête tournait et me fit perdre la raison. Il fallait qu’il se calme avant que je ne sois à mon tour incontrôlable. Je lui repoussai les bras et avant même qu’il ne s’y remette, je le reteins différemment. Par la force de mon poignet, j’arrivais à le retenir. Je repris mon souffle et détournai le regard du sien. Il sentait que je me refusais à lui et cette idée le déplut.
- T’as vraiment envie de me baiser dans les chiottes du lycée Sven ?
Mon cœur prit du temps à reprendre des pulsations régulières, à la limite de l’euphorie. La chaleur était toujours présente au fond de moi et je savais qu’il m’en fallait encore peu pour que je ne me transforme en un animal assoiffé de sexe et que je lui saute dessus, arrachant un par un ses vêtements.
Il me fixa avant de détourner la tête. Sa main se glissa sur son cou et me rétorqua passivement de son accent si étrange.
- Ici ou ailleurs, qu’est ce que ça change après tout ?
Son regard se fit plus doux et affectueux. Il se pencha sur moi et m’enlaça à nouveau. Ca semblait si mignon dans le fond mais s’il pensait que ça suffirait à me convaincre. Il me sentit cependant hésitante et en profita pour continuer.
- Je ne veux pas te forcer tu le sais mon ange. Mais c’est juste que...
Avant qu’il ne continue, je savais très bien ce qu’il était en train de penser dans son petit crâne de primate. La chaleur s’estompa en moi, refoulant toutes envies récemment présentes.
- Eh bien... Tu dois savoir que la plupart des filles du bahut ont déjà franchi le cap.
Comment une telle phrase peut donner la moindre excitation à une fille. S’il pensait arriver à me convaincre avec de tels propos, il se trompait.
- Je sais, oui. Mais tu oublies une chose, c’est que je ne suis pas toutes ses putes, Sven ! Rétorquais-je sèchement. Tu penses que je suis comme elles, bonne à baiser dans les chiottes du lycée ?!
Il secoua la tête.
- Arrête, ce n’est pas ce que je voulais dire et tu le sais. C’est juste qu’en ce moment... Enfin excuse-moi, je n’aurais pas dû, Liz... C’était extrêmement vulgaire de ma part.
Son visage de bad boy névrosé se transformait peu à peu en une grosse poire rouge emplie de honte. Il avait un sacré culot de me parler des autres sachant qu’il était le responsable de la plupart de leurs dépucelages. Ce type était un vrai lapin en rut.
Je rentrai dans un les cabinets, ne pouvant plus voir sa tête d’imbécile et une certaine envie, différente de celle causée par Sven, envahit ma vessie. Je fermai la porte en tournant la serrure qui ne semblait soudainement pas très sûre, coincée sous ce bois pourrissant. Sven semblait contrarié d’avoir parlé une fois de plus sans réfléchir et tenta de s’excuser, aussi maladroitement qu’il puisse le faire. Sa voix semblait tellement pathétique à travers cette porte en bois et ses propos étaient tout aussi inutiles.
- Pourquoi refuses-tu de comprendre que j’ai des envies et que je suis un mec ?! Tu n’es pas seule dans l’histoire Liz !
Que peut-on bien répondre à quelque chose d’aussi profond et de subtile que ça... Rien ne me venait en tête et je décidais de l’ignorer, aussi immature était ma réaction.
Il ne dit plus un mot, n’entendant plus cet accent agaçant. Je ressortais des toilettes après avoir eu terminé, et entrouvris doucement la porte. Je m’attendais à le voir surgir comme dans un film d’horreur, mais rien. J’ouvris entièrement cette porte et l’aperçus debout, tourné vers le mur. Il posa sa veste sur le rebord de la fenêtre et en sortit un sachet en plastique de la poche intérieur. Il en extrait le contenu et une fine poudre blanche s’étala sur le marbre blanc du lavabo. Il fit de cette poudre deux traits parallèles qu’il inspira dans une de ses narines, puis dans l’autre. Le voyant s’affaler contre ce lavabo, je compris qu’il ne se souciait plus vraiment de notre dispute. Il semblait plus serein.
Reprenant sa veste, il sortit des toilettes me laissant seule.

Un de nos nombreux rituels avec Josh était de nous retrouver tous les midis pour déjeuner ensemble. Je détestais la nourriture de cette cantine mais j’adorais néanmoins passer des moments avec Josh. Ces moments-là, à mes yeux, étaient plus uniques encore que n’importe quel autre événement de la journée.
J’entrai dans la cafétéria et y trouva Josh, déjà installé à une table, seul. Il était prêt à dévorer le contenu de son plateau bien garni en nourritures grasses, m’attendant patiemment. Je m’asseyais à ses côtés et il me lança un doux sourire avant de commencer à entamer son déjeuner à pleine bouchée.
- C’est avec ce con que tu comptes aller au bal de fin d’année ? Me demanda-t-il entre deux bouchées de son sandwich au poulet.
Ne pouvant retirer mon regard sur le bout de mayonnaise collée sur son menton, j’hésitais à lui répondre.
- A vrai dire, je ne sais pas trop. Et puis je ne suis même pas sûre d’y aller, donc je pense que c’est réglé.
Je ne pensais pas un traître mot de ce que je lui racontai. Je rêvais, et ce depuis de très longues années, d’aller au bal de fin d’année. Je savais déjà quelle robe je porterais ce soir là.
- Je sais très bien que tu n’aimes pas Sven et je sais aussi qu’il ne te porte pas vraiment dans son cœur mais si tu le connaissais comme moi je le connais et bien tu trouverais en lui de très bons côtés.
- Si tu le dis Liz. Mais ne viens surtout pas te plaindre s’il vient à te faire du mal.
- Tu n’as pas à t’en faire pour ça, je suis une grande fille ! Et toi alors, les amours ?
- Ca suit son cours.
- Comment ça ?
- Eh bien, j’ai une fille en vue, voilà ce que ça veut dire.
Je savais très bien qu’il ne m’en dirait pas plus et il continua de dévorer son sandwich en marmonnant quelque chose d’incompréhensible. A l’aide d’une serviette je lui enlevai la mayonnaise du menton mais il ne réagit pas, comme un enfant se faisant aider par sa mère. Il devait sûrement me voir comme telle et ce n’était pas plus mal.
- J’espère au moins que tu auras le courage de l’aborder. Je te connais Josh tu sais.
- Le bal est dans plus d’un mois, j’ai le temps. Je n’aime pas presser les choses, tu devrais le savoir aussi.
- Il ne faudrait pas qu’il soit trop tard, c’est tout ce que j’en dis moi.
- Puis de toute façon ce n’est qu’un foutu bal. J’ai du mal à comprendre les gens. Ils font tous une fixation sur cet événement comme s’il allait marquer toute leur vie.
- Les gens ne sont pas tous comme toi Josh. Ils idéalisent beaucoup cette soirée comme une mise en avant de leur vie future. Ne les blâme pas.
- Tu dois sûrement avoir raison. Pourtant, j’espère ne pas finir seul à ce bal...
- Je suis prête à parier qu’elle acceptera. Qui ne craquerait pas devant ce charisme fou !
- C’est gentil Liz mais tu n’es vraiment pas obligée.
- Allez, mange au lieu de parler !
On termina notre déjeuner sur cette note, et Josh ne reparla plus du bal. Je le regardai manger, sans toucher à mon assiette. J’avais du mal à le cerner, à savoir s’il était vraiment heureux.

La dernière sonnerie devait sûrement être la plus réjouissante de la journée. Les cours ne m’ennuyaient pas vraiment mais je me délectais d’autant plus de mes occupations plutôt que d’être assise dans une salle à écouter un prof parler.
Je franchissais à peine le portail vers le monde réel que je me retrouvais seule. Josh n’était pas encore là. Un autre de nos rituels. Ma montre indiquait pourtant 05:07 pm. J’avais du retard du fait que Monsieur Harris m’avait retenue pour une dissertation non rendue mais même avec du retard, Josh ne serait pas parti sans moi.
Un cri m’interpella au loin. Je tournai lentement la tête et y trouva Sven, accompagné de plusieurs de ses amis, en train de porter des coups sur une boule au sol. En regardant de plus près, je vis que cette boule était en fait une personne. Ils étaient en train de frapper un pauvre innocent, comme à leur habitude. Sven n’était rien d’autre qu’un pauvre connard. Il avait des gros bras et était obligé de le montrer à qui pouvait bien passer son chemin.
J’eus soudain un déclic.
« Et si cette personne était... ». Ca paraissait insensé mais il fallait que j’en sache plus. Je me faufilais davantage vers la foule de gens qui observaient le spectacle et compris que c’était bien lui. J’avais l’impression de bouillonner de terreur. Cela ne pouvait pas arriver, ce n’était pas possible... J’accouru en leur direction et l’un d’eux me vit arriver, me reconnaissant. Ils prirent tous la fuite comme des lâches. Je sentais une profonde rage m’envahir et prendre peu à peu le contrôle de mon corps. Je me servis de mon sac pour frapper l’un d’eux au visage avant qu’il ne puisse se faufiler à l’arrière du 4x4 de Sven. Ils montèrent tous à l’intérieur de ce tout-terrain miteux et partirent lâchement. Josh était affalé à terre et agonisait au sol. Je m’allongeai à ses côté et le pris dans mes bras. Des gens nous observaient sans bouger, tout autour de nous, et ne firent pas un geste.
Je répugne ce monde et ce qu’il en devient.

On marchait tous deux, sans dire un mot, jusqu’à la maison de Josh. Il n’osa pas en placer une, sûrement trop humilié par cette histoire. La nuit tombait peu à peu et les lampadaires s’allumaient, donnant naissance à une lumière artificielle.
On s’arrêta devant chez lui et Josh agrippa de ses mains encore tremblantes les sangles de son sac. Il me fallait rompre ce silence gênant et le réconforter.
- Je suis désolée Josh.
Il me regarda juste un instant. De la tristesse, c’est tout ce qu’on pouvait lire à travers son visage d’enfant malheureux.
- Désolé pour quoi Liz ? Tu ne vas quand même pas t’excuser pour les bêtises de ce con. Laisse tomber, tu n’y es pour rien. Et tu compte toujours renoncer au bal de fin d’année ?
- Je n’en sais rien Josh. Je vais y réfléchit. Et toi Josh, tu as une heureuse en vue avec qui tu pourrais y aller ?
Josh se mit à sourire ce qui me fit penser qu’il avait une fille en vue. Je savais très bien qu’il ne me dirait pas qui elle était mais j’avais dans l’idée que ça pourrait être celle dont il me parlait souvent, une certaine Laurine de son club d’RPS ou RPG.
- J’espère juste qu’elle acceptera mais je ne sais pas comment le lui dire.
- Ne t’inquiète pas. Si elle te plait vraiment alors les mots viendront naturellement.
Il ne semblait pas vraiment convaincu de ma théorie mais tant pis, il devait s’assumer et agir comme un grand en l’invitant à ce foutu bal.
- Bon, je dois y aller Josh. Karl m’attend.
Ca me faisait de la peine de le laisser ainsi mais il avait l’air d’avoir repris le sourire et ça me suffisait à retrouver le moral.
- On se revoit demain en cours.
Il entra chez lui et avant de refermer la porte, me lança un doux sourire.



3






Ne pas suffoquer dans cette atmosphère crade et puante.
Cette odeur de tabac me répugnait au plus au point. Elle recouvrait les draps, le tapis, les rideaux. Quasiment tout ce qui se trouvait dans cette pièce sombre et répugnante me dégoûtait. De vieux magazines Hustler traînaient en abondance sur une table de nuit poussiéreuse dont le bois semblait fatigué. Les draps sentaient le tabac froid. Je répugnais cet être mais aussi sa façon ignoble de vivre.
Il m’agrippait par la taille en me donnant de violents coups de reins. Je pouvais le sentir jouir en moi. A quatre pattes on ne voit pas grand-chose mais je le sentais s’essouffler au rythme des coups. Il rentrait en moi comme s’amusant avec un jouet. J’étais sa douce et précieuse poupée.
Ma longue chevelure noire frôlait le matelas. J’avais la tête baissée et j’appréciais secrètement le plaisir de la chair.
Je pus profiter d’être libérée de ses hideuses mains lorsqu’il eut fini. Je sentis son foutre rentrer en moi. « Cet enculé n’avait pas mis de capote... Me dis-je, écœurée ».
Il se leva et sans même enfiler de caleçon, se servit une bière dans le petit frigo, installé tout près de son lit.
- Demain je ne serai pas là, je te confie donc la maison. Que je ne te prenne pas à inviter des garçons.
Il ramassa son caleçon qui se trouvait étalé au sol et s’inclina en arrière pour pouvoir l’enfiler. Il se releva et, gardant toujours fièrement sa bière à la main, s’avança vers son armoire. La porte de celle-ci fit un bruit de grincement lourd lorsqu’il l’ouvra. La poignée ne tenait qu’avec la force de je ne sais quelle magie et les tiroirs menaçaient de s’écrouler à tout moment.
Je fis de même et me rhabillai. Je n’avais aucune en vie de m’éterniser dans cette affreuse chambre. La vie n’était pas comme ça avec Tante Eva lorsqu’elle était encore envie. Je n’ai d’ailleurs jamais compris comment elle avait pu épouser une personne aussi ignoble et différente d’elle. Elle me répétait souvent que les contrastes s’attirent, et ils en étaient la preuve réelle.
Il enfila un vieux tee-shirt gris qui à l’origine devait sûrement avoir une couleur plus claire et repris sa bière qui était posée sur l’armoire.
- Demain j’ai une livraison à faire, je serais rentré dans la nuit. Tu sais te faire à manger je suppose. T’es assez grande pour te débrouiller maintenant.
- Tu peux partir sereinement Karl.
J’enfilai à présent mon pull et sortis au plus vite de cette pièce hideuse.

Ma chambre ressemblait étrangement à celle d’un ado en pleine crise d’adolescence mais je ne pouvais vivre dans une chambre de fille. J’aurais l’impression d’être en colocation avec Paris Hilton. J’appréciais beaucoup la musique rock et tout ce qui l’entoure, sûrement comme beaucoup de mecs d’ailleurs. Mais détrompez-vous sur moi, je ne suis ni misogyne ni même lesbienne. J’apprécie tout autant la compagnie de jeunes hommes sur internet. Certains sont là juste pour trouver une fille à baiser mais il m’arrive aussi d’en trouver qui sont juste là pour parler et faire de nouvelles rencontres. J’aime écouter ce que les gens ont à dire, non pas par curiosité mais parce que toute parole est bonne à être entendue.
Josh n’était pas présent ce soir, ce qui est rare. J’appréciais beaucoup nos conversations du soir mais pour cette nuit j’aurais la visite d’un inconnu. Son pseudonyme marquait L.A. River. Ce nom me paraissait familier. Il s’adressa à moi par un simple Salut. Je fis vite abstraction de son pseudo et me lança dans une conversation avec cet étrange inconnu. Nous parlâmes des heures durant de tout et de rien. Au fil de la nuit, d’autres discussions s’enchaînèrent à un rythme fulgurant. Je rencontrai un certain Pet, passionné par la photographie qui voulut me rencontrer pour prendre des clichés de moi, un autre s’appelant Eric, qui voulait à tout prix qu’on se voit pour une partie de jambes en l’air... Durant plus de quatre heures, je parlais à des dizaines de personnes, laissant mon premier contact à l’abandon. Son retour se fit sentir plus insistant. Je m’attendais finalement à tomber sur un pervers mais je réalisai vite que mes pensées étaient erronées. A ma grande stupéfaction, je compris que ce contact mystérieux n’était autre qu’une fille. Je lui fis vite comprendre que je n’étais intéressée que par les hommes mais elle ne semblait pas être lesbienne, elle voulait simplement savoir des choses sur moi.
« L.A. River ». Il fallait que je me souvienne.
Sous mon lit se cachent beaucoup de choses. Plus personnelles qu’autre chose, je cachais avant tout une boîte, ma vieille boîte à souvenirs. J’y rangeais des choses qui me rappelaient que la vie pouvait être belle et intéressante.
Je fouillais soigneusement à l’intérieur et y trouvais un vieux billet de concert pour Radiohead que j’étais allé voir avec Josh, ma première boucle d’oreille que j’avais sûrement dû casser en m’amusant avec, puis une photo de Maman et moi. Le décor derrière nous montrait un pré d’une verdure resplendissant sous un soleil radieux. Je me rappelais très bien de ce pré. Il appartenait au vieux Jim et à son épouse Louise. Ils nous laissaient y venir Maman et moi pour y cueillir des cerises dans leur énorme cerisier donnant sur cette petite rivière isolée. On s’y baignait souvent d’ailleurs dans cette rivière. L’eau y était particulièrement froide mais rien ne pouvait gâcher ces moments là. Tout était si beau et si admirable.
Je comprenais maintenant d’où provenait ce pseudonyme. L.A. River. C’était le nom qu’on donnait à notre petit coin de paradis. Mais qui pouvait bien être cette personne ? Je crois pourtant me souvenir qu’on n’était que deux à connaître ce nom et a partager ces moments. Je voulais en savoir plus sur elle et je retournai sur mon ordinateur dans l’espoir de mettre un visage sur cette mystérieuse personne. Je commençais à taper mais ma main s’arrêta net. Je n’y croyais pas mes yeux, elle venait de se déconnecter, sans prévenir. Rien à faire, je ne saurais pas qui elle était. Je me sentais dégoutée. Je ne pourrais vraiment pas fermer l’œil de la nuit, pas sans savoir qui elle était et ce qu’elle voulait de moi.



4






T’évaporant dans ce monde vaste et dur, oubliant que tout n’est qu’illusion, je ne te laisserais pas cligner des yeux et rater l’instant essentiel, celui qui aurait pu tout changer.
Je relisais ces quelques lignes écrite par Josh qui, à ses heures perdues se mettait à écrire de jolis poèmes. C’est sûr que ça l’aiderait juste à se mettre tous les balaises du lycée sur son dos mais lui au moins était passionné et non pas par cette poudre blanche qu’ils se foutent tous dans le nez à longueur de journée. Il n’avait vraiment rien à voir avec cette espèce inférieure qui se prend pour des hommes, brandissant leur queue à qui voulait bien y goûter.
Josh se trouvait à ma gauche, une table plus loin de moi. Il mâchonnait son crayon tout en étant absorbé par le cours. Je tentai de lui faire un signe pour qu’il m’aperçoive mais rien à faire, il ne répondait pas. Cela paraissait étrange. A cette distance, il devait forcément m’avoir entendue. Je décidais donc de lui écrire un mot. Je découpai un petit bout de papier de mon cahier déjà bien rempli de gribouillages et sortis mon crayon de ma trousse. Je demandai à Gretchen de le lui faire passer discrètement et elle s’exécuta. Josh reçu le message et le déplia en le cachant sur ses genoux, de sorte que Madame French ne le remarque pas. Je le vis le lire et m’attendis à voir sa tête se tourner en ma direction accompagnée du plus beau de ses sourires mais il ne fit rien de tel. Il froissa le bout de papier qu’il balança dans son sac et se remit à écouter le cours. Je ne comprenais pas. Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi voulait-il m’ignorer ? Je ne méritai pas qu’il agisse comme ça avec moi. J’avais toujours été bonne avec lui. Et si c’était de la faute de Sven ? Peut-être lui avait-il ordonné de ne plus m’adresser la parole... Je devais en avoir le cœur net.
Les douze coups de midi sonnaient. M’empressant de rejoindre Josh à la cafétéria, j’en oubliais la plupart de mes affaires en cours de biologie. Je ne pouvais pas me passer de lui, il était la seule personne qui me faisait rire et avec qui je passais de supers moments. Ca pouvait paraître étrange à dire mais je me sentais importante à ses côté. Il avait toujours su m’écouter et avant tout, me comprendre. Il me fallait juste lui expliquer que Sven n’était qu’un con arrogant et prétentieux et qu’il n’avait pas à avoir peur de lui.
Josh était bien là, assis à la même place, comme à son habitude. Sauf que cette fois, il était entouré par les membres de son club de jeux vidéo. Ils mangeaient tous ensemble et avaient l’air très heureux, parlant et rigolant entre eux. J’eus soudain un pincement au cœur. Je m’avançais vers sa table, hésitante et à moitié tremblante. J’avais peur de sa réaction que j’anticipais plutôt mal. Je ne voulais pas qu’il m’envoie chier ou qu’il m’ignore à nouveau.
J’étais à présent devant lui.
- Salut Josh.
Il s’essuya le contour de sa bouche à l’aide d’une serviette et se sentit soudain gêné. Il se frotta les mains et, hésitant, se mit à rougir.
- Ouais... Tu sais, je suis désolé pour tout à l’heure. Tu sais, moi et les cours, lorsque je suis absorbé on ne peut plus m’en faire décrocher.
Il semblait stressé et se mit à rougir de plus belle, n’osant même plus me regarder dans les yeux.
- Arrête Josh. Je sais très bien que c’est Sven qui t’a parlé. Il t’a foutu la pression c’est ça ? Tout ça pour qu’on ne se voit plus. C’est bête ce qu’il a fait et tu n’as pas à l’écouter d’accord ?
Il haussa les épaules et resta sans rien dire, tête baissée. Il devait se sentir humilié à nouveau. Tous ses amis ne dirent plus rien. Ma venue avait dû jeter un grand froid à leur table. Plus personne n’osait manger quoi que ce soit, faisant semblant de ne rien entendre de notre conversation. J’avais beau le regarder, je sentais en lui un total relâchement, comme si tout n‘avait plus d’importance. J’avais peur de le perdre et mes mains se mirent à trembler.
- On devrait parler ailleurs je pense.
- On peut aller dans le couloir si tu veux, lui proposais-je avec insistance.
Nous partîmes en direction du couloir sans en placer une. Il me suivait d’un pas hésitant, gardant la tête baissée. Je m’arrêtais dès que nous fûmes isolés et tranquilles pour parler.
- Si c’est bien à cause de Sven j’aimerais te dire que ce n’est qu’un pauvre con et que tu n’as vraiment pas à avoir peur de lui, je contrôle tout. J’ai même décidé de le quitter.
- Tu ne comprends vraiment rien. Ce ne sont que des illusions tout ça Liz.
Il se frotta le front avant de continuer son discours.
- Ce n’est pas que ça. J’ai bien réfléchis cette nuit et on n’est pas fait pour être ami. Je suis désolé...
- C’est injuste ce que tu me dis !
- Non Liz. Regarde cette table où j’étais installé, c’est là qu’est ma vraie place, à leur côté.
- J’ai du mal à te suivre là, je suis désolée...
- Tu sais la fille avec qui je voulais aller au bal ?
- Oui bien sûr, on en a parlé hier soir mais je ne vois pas le rapport Josh.
- Eh bien, cette fille c’était toi Liz. On vit dans deux mondes différents et tu ne t’en aperçois même pas.
Je sentais vraiment que mes nerfs étaient tout prêts à lâcher et qu’à un moment je ne pourrais plus rien contrôler. Toute cette histoire était tellement pathétique.
- Je dois retournais avec eux. Encore désolé Liz...
Josh retournai à sa table, rejoignant ses amis pour finir de manger avec eux et je le regardais partir, sans le retenir. A quoi bon.




5






Oublierais-je un jour ce qu’il m’avait fait subir ? C’était tellement dur à vivre mais après tout, je ne pouvais vraiment pas lui en tirer rigueur. Et si tout n’était qu’illusion entre nous, comme il voulait me le faire comprendre. Je ne savais plus trop quoi penser. Ma mémoire tomba en flèche. J’étais écœurée, annihilée. La vie pouvait être tellement injuste par moment.
Je marchai dans le noir, sur une route déserte. Pas une voiture ne passait. J’inhalais l’air frais de la nuit qui s’insufflait dans mes narines en profitant d’une courte solitude. Je me rendais chez Sven pour régler mes comptes avec lui. Je n’aimais pas vraiment aller chez lui mais je n’avais pas trop le choix. Il vivait avec des gens plutôt étranges et morbides. Je n’y suis allée qu’une seule fois et je m’y étais vraiment sentie mal accueillie. Cette maison me rappelle que nous vivons dans un monde rempli de débauches et de vices.
Je franchissais le seuil de la maison et appuyai une fois sur la sonnette. J’attendais mais personne ne se manifesta. La porte restait close. La musique qui provenait de l’intérieur me fit comprendre que la maison n’était pas vide. J’ouvris lentement la porte et y passai ma tête en espérant y apercevoir une présence humaine. Tout ce que je voyais, ce fut deux personnes installées sur un grand canapé de cuir noir qui regardaient la chaine MTV avec le son à plein volume. Je tentai de les prévenir de ma venue mais rien n’à faire, ils ne m’entendaient pas. Il y avait un homme, incroyablement musclé et une fille à ses côtés qui se contentait de passer sa main tout le long de son corps. En m’approchant, je vis que cette fille était complètement dénudée. Elle tentait de l’embrasser pendant que ce dernier se dessinait une parfaite lignée de coke qu’il s’empressa ensuite d’inspirer dans ses narines.
Ces gens sont si pathétiques.
Je fis comme si je ne les avais pas vus, ce qui ne paraissait pas vraiment les déranger, et monta au premier étage. Je me souvenais encore où se situait sa chambre et pris l’escalier qui donnait à l’étage où se trouvaient les chambres de tous les colocataires de cette maison.
Avec tout cet énervement, je n’avais pas pensé à ce que je pourrais bien lui dire et le stress dépassa la colère. Je m’attendais à une réaction idiote de sa part et de devoir l’entendre déblatérer sur ce qui s’est passé en prétendant que tout était entièrement de ma faute.
Je m’avançais dans un étroit couloir qui donnait sur plusieurs portes dont certaines comportaient des messages du style « Frappe-toi avant d’entrer » ou encore « Rentre pas sans capotes ». Ces types étaient vraiment tous les mêmes.
Je finis par arriver devant sa porte qui, elle, ne comportait pas de pancarte idiote, mais juste un paillasson classique qui annonçait banalement l’entrée de sa chambre. Je frappai deux coups à la porte et avant même d’entendre sa voix me dire d’entrer, je l’ouvris doucement. Il ne me restait plus que quelques secondes à présent pour trouver quoi lui dire et pour lui clouer le bec une bonne fois pour toute. La porte s’ouvrit et mon stress s’accéléra. Je ne voulais pas qu’il ait le dernier mot, pas une fois de plus.
Et me voilà dans sa chambre. En réalité, les mots sortirent tout seul.
« Putain de merde ! » J’étais stupéfaite de ma découverte, aussi déplaisante soit-elle.
Après quoi, je sentis mon souffle se couper et mes jambes se mirent à trembler comme deux feuilles. Ma tête me joua des tours et finit par me faire perdre l’équilibre mais il je persistais à rester debout. Comment ce con avait-il fait pour se donner la mort... ? Et pourquoi étais-je ici, à le découvrir ainsi, la gueule grande ouverte ?
Il était allongé sereinement sur son lit, un porno entre les mains. Il me fallait partir à présent, je ne voulais pas me retrouver à expliquer aux flics ma venue dans cette maison de dépravés sexuels. Je devais partir immédiatement et surtout sans laisser de traces. La bonne nouvelle, c’est que personne ne m’avait vu entrer. Maintenant, il ne me restait plus qu’à filer en douce.
- Salut !
Un type venait d’entrer, le style nonchalant, et m’abordait sans voir que le corps de son ami était inerte sur son lit. Il devait être bien trop raide pour comprendre quoi que ce soir je pense.
- T’es qui toi ? On ne se serait pas déjà vu quelque part ?
- Je ne pense pas non...
« Une tête comme la tienne et une odeur à en faire vomir un rat, je m’en souviendrais je pense ». Mais je ne pus lui répondre, de peur qu’il me reconnaisse vraiment. Il se rapprocha d’avantage jusqu’à ce que je puisse voir ses yeux imbibés d’alcool et de je ne sais trop quelle autre saloperie. Son haleine ressemblait à celle d’un vieux moine shaolin après quelques verres de saké et son odeur corporel était répugnante. Il me donnait encore plus la nausée que la vue de Sven, mort sur son lit. Il tira une latte de son joint et partit en direction de la cuisine, m’oubliant complètement.
Je soufflai un moment et repris mes esprits. Je devais vraiment sortir de cette maison de fou. Je décidais donc de sauter par la fenêtre, comme ça je ne croiserais plus personne sur mon passage.
Je venais de descendre du premier étage de cette maison en escaladant la paroi en bois qui était attachée au mur. Je l’avais fait sans une égratignure sauf à l’atterrissage qui me sembla un peu brutal. Ma cheville me fit mal quelques instants mais sans gravité. La douleur s’estompa après quelques mètres de marche en rentrant chez moi.
Je rentrai à la maison et ce fut la seule certitude que j’avais en tête. En faisant le vide dans ma tête, je tentai d’y voir plus clair et de comprendre pourquoi ce genre de choses m’arrivait à moi, qui faisais tout pour vivre une vie calme et paisible.

Arrivant à la maison, je vis que Karl n’était pas encore rentré et me rappela qu’il devait revenir tard dans la soirée.
J’avais de la chance.
Je montai rapidement dans ma chambre et ferma le verrou à double tour. Je me précipitais vers mon bureau et sans même m’asseoir, en sorti une feuille de papier et un stylo du tiroir qui se trouvait en dessous. Je devais faire vite et les mots commençaient à me manquer. Ce n’était pourtant pas comme si j’écrivais une lettre de suicide mais même dans le feu de l’action, j’avais du mal à exprimer ce que je ressentais vraiment.
Plusieurs minutes passèrent jusqu’à devenir des heures et ma lettre fut presque terminée. J’en fis quelques modestes arrangements avant de la plier et de la ranger dans une enveloppe en y inscrivant le nom de Josh au dessus. « Voilà une bonne chose de faite, me dis-je ».
Une voiture entra dans l’allée, c’était Karl qui devait rentrer. Je me penchais en direction de la fenêtre et y aperçus de la lumière. Le voilà rentré et je n’avais pas encore fait ma valise. Le temps pressait et je me dépêchais de tout terminer avant qu’il ne monte voir si j’étais bien dans ma chambre.
Je sortis quelques affaires de ma commode que je plaçais soigneusement à l’intérieur d’une grosse valise encore vide. Je m’approchais ensuite de mon armoire et en sortit des fringues que je rangeais aussi dans cette valise, la remplissant au fur et à mesure.
Pendant que je sortais rapidement quelques jeans pour les ranger dans la valise, Karl frappa à la porte. Je ne savais quoi faire et continuais sans même daigner lui répondre. Il tenta d’ouvrir la porte mais la serrure le retint. Je me dépêchai mais il insista encore, s’énervant sur cette pauvre porte.
- Liz ?! Qu’est ce que tu fous putain ?! Il n’y a pas intérêt pour toi que tu sois avec un garçon, je te préviens !
Il s’énerva d’avantage jusqu’à porter des coups très violents à la porte, la faisant vibrer jusqu’à presque céder. Elle menaçait de casser à tout moment et je fus prise de panique. J’ouvris la fenêtre, sans vraiment réfléchir et la porte s’ouvrit, fracassant la serrure. Karl était rouge de fureur et j’apercevais ses veines se gonfler. Je n’eu pas le temps d’emporter la valise mais j’avais au moins la lettre pour Josh sur moi.
À présent je courais le plus loin possible sans me retourner. Je savais très bien que si je me retournais, j’y apercevrais Karl complètement hystérique qui battrait des mains pour me faire revenir. Mais plus rien ne me retenait ici, dans cette maison crasseuse et dans cette ville affreuse. Mon but était désormais de retrouver mes origines, celles pour qui je me bats chaque jour et qui m’apprendront je l’espère, à voir plus clair sur la mort de mes parents.

J’apercevais de la lumière à travers la fenêtre de sa chambre, située au premier étage de cette grande maison de banlieue. Cela m’étonnait de le voir encore debout à cette heure-ci. Quelque chose devait le tracasser pour qu’il n’arrive pas à fermer l’œil. J’aurais tellement aimé être avec lui et le serrer dans mes bras pour lui faire oublier tous ses ennuis. Si seulement je n’en étais pas la cause.
Je sortis la lettre de ma poche et la fit glisser dans l’ouverture de sa boîte-aux-lettres. J’espérais lui faire comprendre certaines choses à travers ces lignes et avant tout de lui faire comprendre qu’il avait toujours été le seul sur qui je pouvais compter et que je ne lui en voulais pas du tout.
Je contemplai une dernière fois cette lumière, l’imaginant sur son lit tout en lisant une bande dessinée. Je regardais une dernière fois puis la lumière s’éteignait.
« Fais de beau rêve Josh ». Je repartis, ne sachant pas vraiment quel chemin prendre, encore sous l’impulsion de cette décision si soudaine.
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Ethan.J.Hawkins
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MessageSujet: L.A. River - Midnight Rider (Tome 1) "Chapitre 6 à 9"   Mar 5 Avr - 16:22



6





Jamais je n’aurais pensé faire une telle chose.
Je marchais le long de cette route pavée de terre et de graviers sans savoir si c’était vraiment le bon chemin. La nuit, tous nos repères se confondent et tout nous paraît sombre et lointain. Toutes les routes ressemblent à de profonds abysses sans fin ornées de directions infinies. Mais cela ne me décourageait pas pour autant. A chaque nouveau pas que je faisais, je m’éloignais d’autant plus de chez moi et ça me procurait un bien fou.
J’avais beau sentir mes racines s’arracher sous mes pieds, je savais très bien où je devais me rendre. Et rien ni personne ne pourrait s’y opposer.
Voilà plus d’une heure que je marchai sur cette même route sans m’arrêter. Les voitures se faisaient rares et par moment je me sentais vraiment seule. J’aperçus une lumière s’approcher à une allure rapide. La densité de cette lumière s’intensifia rapidement. Elle arrivait vers moi et j’entendais comme une musique rock qui provenait de l’intérieur.
La voiture arriva à mon niveau et continua sa route gardant la même allure aussi imprudente fut-elle. Je pensai me retrouver seule à nouveau quand un grincement de pneus me fit sursauter. Le bruit retentit plusieurs secondes, rompant le silence qui régnait alors sur cette paisible route, avant de s’arrêter et de faire place à une marche arrière. Je me sentais beaucoup moins rassurée d’un coup.
La voiture fit un demi-tour et s’approcha de moi, ralentissant. Je m’attendais à voir un groupe de jeunes psychopathes mais rien de tel, juste trois jeune garçons qui me paraissaient bien serviables. L’un d’eux ouvrit une des fenêtres et m’interpella gentiment. Je continuais à marcher comme si de rien n’était, mais il insista. Je ne l’ignorais pas vraiment, mais je ne voulais pas qu’ils pensent que j’étais une fille facile qui parlait à n’importe qui. Puis cette même personne me reconnut. Il sortit d’avantage la tête de la vitre qu’il ouvrit jusqu’au trois-quarts et m’interpella à nouveau.
- Mais je te connais toi !
S’il pensait arriver à ses fins avec ce genre de ruse c’est qu’il ne me connaissait vraiment pas. Ils tournèrent tous les trois leur tête en ma direction. Je me sentais vraiment gênée.
- Mais si ! T’es la copine de Sven pas vrai ?! Je t’ai vu plusieurs fois traîner à des fêtes avec lui.
Ah merde, ce con disait donc vrai. Mais qu’ils me connaissent me rassura un tant soit peu.
- Et bien en effet, je sors bien avec lui.
- Tu veux qu’on te dépose quelque part ?
- C’est gentil mais je me débrouille très bien toute seule.
- Où tu vas comme ça ? Il est tard et il fait vraiment noir sur cette route. Ce n’est pas un endroit très sûr pour une fille dans ton genre. Allez, monte. Tu n’as pas à avoir peur de nous, on ne mord pas.
Après tout, je ne craignais pas grand-chose avec ces trois-là et j’avais énormément de route à franchir encore. Ils me seraient finalement d’une grande aide en me déposant quelques kilomètres plus loin. J’acceptais donc leur demande, montant à l’avant au côté de Kyle.

* * *


Tout n’était que cendre et débris.
Les meubles périrent instantanément sous les flammes ainsi que l’intégralité des objets. L’intensité de l’explosion fut si prodigieuse qu’elle se fit ressentir par de fortes secousses dans les maisons voisines. Des éclats de verres provenant des fenêtres jaillirent en tout sens laissant des traînées de fins cristaux éparpillés sur tout le gazon. Les pompiers avaient fait très vite et le feu fut rapidement maitrisé, mais avec une telle explosion, il était impossible de tout éteindre à temps. Il ne restait plus que des cendres dans cette carcasse moisie d’une vieille maison de banlieue.
L’explosion provenait de chez Karl Trey au 16 Eden Street, dans une banlieue isolée du Bronx. On apercevait les gyrophares à plusieurs kilomètres à la ronde, faisant venir bon nombre d’habitants du quartier bien trop curieux. Pompiers, policiers et même l’ambulance étaient présents sur les lieux. Toutes sortes de voitures étaient garées en désordre dans le jardin, laissant très peu de place aux derniers arrivés. Tout le voisinage hésitait à montrer le bout de leur nez, caché derrière leur grillage, comme pour se protéger d’une nouvelle explosion imminente.
Par-delà tous ces gens, se présenta une personne. Un homme d’âge mûr, un grand brun ténébreux, vêtu d’un costard à bas prix sans cravate et des chaussures de villes récemment cirées. Il s’avança jusqu’à l’intérieur de la maison. Les policiers présents dans les lieux de l’incendie le dévisageaient mais cette forme d’hostilité ne lui fit pas le moindre effet. Le commissaire Steve Bates l’interpella et le retint avant qu’il ne puisse continuer sa visite. L’homme ne semblait pas très courtois face à son approche déplacée. Bates lui demanda son identité et l’homme s’exécuta. Il plongea sa main à l’intérieur de sa longue veste beige et en sortit une carte sur laquelle on pouvait lire Agent spécial du F.B.I., Donovan Johnson.
Bates examina tout d’abord la carte et le laissa passer d’un bref « D’accord. », tout aussi sympathique qu’il puisse en paraître. Johnson s’engouffra dans les débris de la maison pendant que Bates, regardant tout autour de lui, ouvrit un flacon de médicaments avant d’en avaler deux gélules.
Johnson analysa rapidement les alentours, comme s’il cherchait quelque chose de précis. Il ne se souciait pas de connaître la cause ni même la raison d’une telle chose et monta directement au premier étage après avoir fini d’examiner le rez-de-chaussée. Les murs étaient tapissés de marques noirâtres, causées par les flammes. Le sol était encore chaud et collant. On marchait dedans comme dans de la boue.
En entrant dans une des chambres qui se trouvait au premier étage, l’inspecteur croisa un policier, déjà présent sur les lieux. Il était muni de gants en plastique blanc qui recouvraient l’intégralité de ses mains. Ce dernier fouillait dans les débris mais à un tel niveau d’incendie ce fut assez complexe de trouver la moindre chose.
Johnson lui fit signe de redescendre et le jeune policer s’exécuta sans dire un mot. L’inspecteur examina la pièce à son tour. Il tourna en rond, balayant cendre et masses noires qui constituaient autrefois des meubles et ne trouva rien lui non plus. Au milieu d’un tas d’affaires méconnaissables se trouvait une petite boîte en acier. Le contour était à la limite de se transformer en poussière mais l’intérieur avait pourtant été incroyablement bien protégé des flammes. Johnson l’ouvrit et y découvrit quelques objets qu’il comprit de suite être sentimentaux. Il fouilla et tomba sur une photo. Une femme ainsi qu’une jeune fille s’y trouvait dans un décor d’été. Il s’empressa de la mettre dans son imper sans prendre le temps de l’envelopper dans un film plastique comme le ferait tout bon policier.
L’inspecteur Bates entra à son tour et interpella Johnson d’une voix imposante qui ne surprit pas son interlocuteur. Johnson se retourna et les deux hommes se fixèrent un instant avant que Bates ne reprenne la parole.
- Pourquoi nous envoyer le F.B.I ? Cette affaire se passe dans ma juridiction et tous les indices laissent à croire que c’est un suicide.
Johnson garda son sang-froid. Il sortit un paquet de chewing-gum de son jean et en goba un.
- Suicide ?
Bates fit comme si l’inspecteur été sourd et lui répondit en haussant la voix.
- Oui, c’est bien ce que je viens de dire. C’est un suicide. Le père a pété les plombs et a fait de son four une bombe dévastatrice.
- Et la jeune fille ?
- Vous voulez sûrement parler de Liz, renchéri t’il. A priori elle n’était pas dans la maison lorsque l’explosion s’est produite et c’est une chance pour elle. A l’heure actuelle il y a une patrouille qui la recherche dans les quartiers voisins.
Bates s’indigna dans sa plus grande humilité.
- La pauvre fille. Si elle savait dans quel était se trouvait cette maison et son vieux père. A son âge ce doit être un traumatisme de vivre une telle chose.
- Oui, sûrement, admit Johnson.
Les deux hommes restèrent dans cette pièce sans dire un mot et Johnson finit par en ressortir. Il venait de trouver la seule chose qui l’intéressait. Il passa étroitement entre la porte et Bates et descendit jusqu’au salon, rejoignant les policiers encore présents.
Johnson se dirigea dans le jardin et se fit rattraper par Bates qui l’appela de vive voix.
- Attendez !
Il accourut vers lui et lui demanda à nouveau.
- Pourquoi le F.B.I. enquête-t-il sur cette affaire.
- Je n’ai pas déjà répondu à cette question ?
- Non. Et j’aimerais juste savoir ce qui se passe. C’est à propos de la fille, je me trompe ? Sa voix trahissait son impatience. J’avoue trouver ça étrange de ne pas la retrouver à cette heure-ci après ce qui vient d’arriver chez elle.
- La seule chose que je peux vous dire c’est que je la retrouverais et qu’elle va être très importante lors de cette enquête. Et sur ce, inspecteur, je dois filer.


* * *


Le temps passait et les kilomètres défilaient. J’avais le sentiment qu’il comptait bien m’emmener aussi loin que je le désirais. Kyle ne dit pas grand-chose durant le trajet mais il me semblait être un garçon vraiment adorable. Cependant, ses deux amis dormaient à poings fermés. L’alcool avait dû les assommer pour un bon moment. Kyle lui, gardait la pêche malgré les kilomètres qu’il parcourait depuis un bon moment déjà mais ça ne semblait pas le déranger, comme s’il se sentait obligé de faire tout ça pour moi. J’observais la route qui défilait sous mes yeux tout en restant muette. La fatigue m’emporta un instant mais je sus retenir mes paupières afin de rester éveillée jusqu’à la fin du trajet. Le rythme monotone de la route ainsi que la musique en fond sonore devinrent rapidement somnolant. Cette ambiance me transportait dans un autre monde. Je ne voulais pas m’assoupir dans cette voiture et entamais la conversation avec Kyle pour tenter de garder les yeux ouverts.
- Tu sais, tu n’es vraiment pas obligé de continuer.
Kyle m’entendit mais continua de fixer la route en restant imperturbable.
- Je sais Liz mais il faudrait au moins te trouver un hôtel avant de te déposer. Je ne te connais pas vraiment mais tu m’as l’air d’être une chic fille et je ne voudrais pas qu’il t’arrive malheur.
Toujours concentré sur son volant, un léger sourire se dessina sur son visage et un soupçon de joie me parcourut le corps. Il semblait tellement différent de ses deux amis, assis à l’arrière. Son côté mature et sûr de lui me fit presque craquer. Je l’observais. Ses cheveux noirs et raides, sa barbe de trois jours, ainsi que ses yeux verts très clair me firent tomber sous son charme. Il me surprit à le regarder et cet instant fut comblé de gêne. Il me regarda quelques instants et pendant une fraction de seconde, j’eus l’impression qu’il lisait en moi. J’eus une réaction d’étonnement et le perçus très bien, comme s’il tentait de me déchiffrer mais qu’il n’y arrivait pas.
Je me sentais vraiment idiote. Pourquoi me comportais-je ainsi ? C’était vraiment pathétique de ma part...
- Tu m’as l’air distraite, je me trompe ?
- Oui... Excuse-moi. En ce moment rien n’est facile de mon côté.
Il sourit et détourna son regard pour se poser sur le mien. Il avait des yeux vraiment magnifiques.
- Et c’est pour cela que tu fuis ?
- Je ne fuis pas vraiment en fait. Disons que je suis à la recherche de quelque chose.
- Je n’y vois pas vraiment de différence.
Je me sentais bien en l’écoutant même si je savais très bien que bientôt je devrais le quitter pour continuer ma route.
Il extirpa un briquet de la poche de sa veste et alluma une clope avant de continuer son discours.
- La vie n’est facile pour personne. Tu peux être la personne la plus gentille et la plus admirée de ton entourage et un beau jour te faire tuer par un cinglé dans la rue. Rien n’est facile sur cette terre et les gens n’y contribuent pas vraiment. On ne peut pas choisir le tournant que notre vie prendra mais la seule certitude que j’ai c’est que les choix qu’on fait permettent à notre vie d’établir ses tournants. Si on pouvait savoir qu’elle décision serait la bonne alors peut-être qu’on deviendrait invincible. Et alors plus rien ne nous échapperait et on pourrait connaître la vraie signification du bonheur.
Kyle tira une longue bouffée de sa cigarette et la garda longtemps dans ses poumons avant de la recracher. Un épais nuage de fumée se dispersa en tout sens à l’avant de la voiture. J’admirais sa fumée tout en écoutant ce qu’il me racontait. Ses paroles me parurent sensées et on sentait de la douleur au fond de sa voix. Je ne savais trop quoi lui répondre. Je préférais encore m’assoupir plutôt que de débattre sur un sujet sans fin. Mes yeux se fermèrent et je sentis son regard se porter sur moi. Je ne pus m’empêcher de sourire bêtement et je savais qu’il venait de le voir.




7






Jenny Mason n’avait jamais eu peur de quoi que ce soit. Elle ne redoutait ni son patron, ni même les bouchons en centre ville en pleine heure de pointe et encore moins de se lever le matin. Elle savait vraiment ce qu’elle voulait et ne se laissait impressionner par personne. Mais en ce jeudi 23 mai, Jenny ne se doutait pas qu’elle allait rencontrer une personne qui allait la terrifier au plus au point.
Elle se rendait comme tous les jours chez le procureur Dan Hobbs, où elle y travaillait comme substitut, poste auquel Jenny ne s’attendait pas lorsqu’elle faisait encore ses études de droit. Elle n’avait jamais réellement rêvé de faire un tel boulot mais n’ayant pas pu terminer ses études elle eut la chance de travailler pour le meilleur procureur de New York.
Ce jour-là, la route était paisible avec une circulation très fluide. Sa montre indiquait 07 : 43 am et il ne lui restait que dix minutes pour franchir ce boulevard avant d’arriver au bureau. Un jour presque banal si ce n’est qu’elle avait de l’avance mais elle était loin de s’imaginer qu’un geste aussi anodin en apparence pouvait provoquer chez elle un traumatisme imminent. Ce ne pouvait arriver sans l’intervention de James Dick, son voisin du dessus, qui fit un vacarme à réveiller les morts dans les alentours des six heures du matin. Elle n’eu pas retrouvé le sommeil et en profita pour se préparer en avance. Ces événements firent qu’elle arriva au bureau à 07 : 54 am au lieu de 08 : 15 am, heure à laquelle sa journée de travail commençait habituellement.

L’entrée du bâtiment était ornée de plaques dorées où des noms d’avocats et de procureurs étaient inscrits en gravure noire. L’intérieur était tapissé de blanc grisâtre qui donnait un style vieillot à l’immeuble en plus d’une odeur de plâtre qui flottait dans l’air. Tout paraissait grand et classe et Jenny s’y sentait à l’aise.
Elle commença l’ascension des escaliers jusqu’au septième étage. Les marches étaient larges et hautes et elle s’essouffla au bout du troisième étage. Elle ne se laissa pas abattre pour autant et persévéra, comme à son habitude. Les habitants de cet immeuble avaient à plusieurs reprises réclamé un ascenseur mais en vain. Rien ne se fit et elle prenait ses mêmes escaliers depuis plus de trois ans déjà.
Arrivée à son étage, elle se mit à respirer profondément pour tenter de retenir son souffle. Elle s’avança d’une démarche lente et son attention fut attirée par des éclats de voix. Elle continua tout de même son chemin jusqu’à arriver devant la porte du bureau. « Merde... se dit-elle angoissée ». Les bruits provenaient de chez le procureur. Elle tendit l’oreille vers la porte pour tenter d’identifier les individus présents et reconnut tout d’abord la voix de Monsieur Hobbs qui criait sur une personne qu’elle ne put reconnaître par sa voix grave et faible à la fois. Hobbs ne s’arrêtait pas de s’exclamer à tout va, recouvrant la voix de l’autre personne présente dans la pièce. Elle essaya ensuite de comprendre de quoi ils étaient en train de parler et elle ne put entendre que des bouts de phrases, « Je ne peux rien vous dire... n’est pas de ma juridiction... retrouvée morte hier soir... ». Jenny avait du mal à compléter ces phrases et y donner un sens.
Elle se rapprocha d’autant plus et la seconde voix, celle plus grave, s’emporta à son tour et elle pu comprendre ce qu’il racontait. « Je la retrouverais, ne vous inquiétez pas monsieur le procureur. Elle ne peut plus m’échapper dorénavant ».
« Mais de quoi était-il en train de parler ? Qui pouvait bien être cet homme ? ». Jenny ne savait trop quoi penser de cette conversation et n’osait pas entrer dans cette pièce empli d’hostilités. Rien qu’à l’idée de rencontrer cette personne si étrange lui donnait la chair de poule mais elle ne pouvait pas rester là, collée contre la porte de son lieu de travail. Si jamais on la voyait elle aurait une belle réputation. Il lui fallait faire quelque chose à tout prix et commença à ouvrir la poignée lentement. Elle ouvra la porte et un bruit retentit dans toute la pièce ainsi que dans le couloir où elle se trouvait. « Quel était donc ce bruit, se demanda-t-elle. Qu’avais-je fait ? » Mais elle comprit vite que ce n’était en rien de sa faute. Un des deux hommes avait fait feu et tiré avec une arme, ce qui avait fait retentir ce bruit assourdissant. Elle eut peur mais resta bloquée sur place. Des pas retentirent jusqu’à la porte et elle devait en aucun cas se montrer. La peur s’afficha sur son visage qui devenait peu à peu très pâle. La porte s’ouvrit quelques secondes plus tard et un homme encore inconnu s’y encadra. Elle tourna la tête de droite à gauche et fixa un instant la cage d’escalier. Elle pensa que c’était une bonne idée et fila pour s’y cacher. Elle se glissa donc entre deux barres en métal sans aucun mal grâce à sa belle silhouette et s’y accroupit pour ne pas se faire voir.
L’homme finit par sortir de la pièce et s’avança lentement avant d’emprunter à son tour les escaliers. Jenny leva légèrement la tête, bien cachée, et aperçut une ombre noire passer à quelques centimètres d’elle. Elle découvrit enfin son visage. Il était brun et avait une expression très sombre. On ne ressentait aucune émotion à travers ses yeux et sa taille devait atteindre les un mètre quatre-vingt quinze. Elle eut le souffle coupé et resta là, même une fois l’homme parti. Qui était-il ? Jennifer Mason resta cachée sans même avoir de réponses à ses questions, apeurée de ce qu’elle pourrait bien trouver une fois rentrée dans le bureau du procureur.


* * *


Il était 08:23 am et Kyle s’arrêta à une aire de repos où il s’empressa de me déposer, voulant à tout prix faire taire ses amis qui l’harcelait pour rentrer chez eux.
On se trouvait dans l’Ohio.
Il avait traversé deux états dans une bagnole pourrie juste pour moi. Il ne me connaissait que depuis quelques heures et le voilà prêt à me rendre service. Comme quoi, le monde peut nous surprendre tous les jours.
Il me tendit un billet de cinquante dollars que je refusais catégoriquement. Il insista et je lui pris la main en fermant son poing. Tenant sa main entre les miennes, il se rapprocha de moi pour me tendre un bisou. Je baissai la tête en signe de refus, qu’il approuva d’un de ses sourires charmeurs. Je ne pouvais pas l’embrasser et il le comprit en retournant dans sa voiture. Avant de démarrer le moteur, il m’observa une dernière fois et ajouta de sa voix grave et mûre.
- J’espère avoir la chance de te croiser à nouveau un de ces jours. Ca m’aura fait plaisir de passer cette nuit avec toi.
J’approuvais d’un sourire et le saluais de la main avant de me diriger vers les sanitaires. En marchant, j’entendais la voiture repartir, les roues grinçantes sur la terre qui constituait le sol du parking.

Tout autour de moi était crasse, puanteur et délabrement. Ces toilettes n’avaient pas dû être nettoyées depuis au moins le jour de ma naissance. Cette atmosphère me filait la nausée mais je restai concentrée sur mon reflet. J’avais des airs de déterrée, c’était vraiment pathétique. Les cernes recouvraient toute la surface extérieure de mes yeux et me donnaient l’impression de ressembler à un doberman. Je recouvrais cette surface avec de l’eau fraîche tout en tapotant la zone humidifiée par l’eau. Je rajustais ensuite mon jean qui me descendait vraiment trop en dessous du nombril.
Après quelques arrangements, j’ôtais mon débardeur et le posais délicatement sur le rebord du lavabo. Je retirais ensuite mon soutien-gorge, laissant apparaître ma poitrine. Je fis couler un peu d’eau sur la paume de ma main et l’a versai sur mon torse avant de frotter durement sur tout le haut de mon corps. Je n’aimais pas cette sensation de saleté sur moi.
Une fois mon relooking terminé, je me rhabillai et contemplai une dernière fois mon reflet, aussi narcissique cela pouvait paraître, à travers ce grand miroir à moitié rongé par la crasse et le temps. J’étais beaucoup plus présentable qu’il y a dix minutes. Peut-être qu’une mèche ou deux provenant de ma longue chevelure étaient maladroitement coiffées, ce qui les fit partir de travers, ainsi qu’un manque de maquillage me faisait paraître moins admirable que d’habitude mais je me sentais tout de même beaucoup mieux.

Dans la cafétéria qui donnait sur l’air de repos, se trouvait très peu de gens. Seuls des routiers remplissaient le bar qui, recouverts d’assiettes remplies de plats variés, faisait le bonheur de ces convives. Pas une seule voix ne se faisait entendre, seul le vieux jukebox posé entre deux rangées de tables, faisait l’animation avec ses vieilles chansons rock. La décoration était tellement banal et rustique.
A ma gauche, assis à quelques tables de moi, se trouvait un jeune homme qui ne cessait de me fixer. Je trouvais ça affreusement gênant et fis comme s’il n’existait pas. J’attendais qu’une serveuse arrive pour détourner mon attention de cette personne. Je n’avais pas d’argent sur moi et je commençais à me demander si je n’aurais pas bien fait d’accepter l’argent de Kyle.
Après quelques minutes d’attente interminable, une serveuse se pointa jusqu’à ma table et, d’une grimace en guise de sourire, me demanda ce que je désirais prendre. « Un sourire sincère pour commencer, pensais-je ».
- Un café bien serré s’il vous plait, avec des croissants si vous avez.
La bonne femme gribouilla rapidement sur son carnet, bien qu’il n’y ait pas grand-chose à retenir, et s’empressa de retourner derrière son comptoir, dans l’espoir que ce soit pour me servir.
Le jeune homme était toujours là mais son attention était détourné par son ordinateur portable qu’il venait de poser sur la table. Il pianotait à une allure fulgurante, je n’avais jamais vu ça. Soit ce garçon était écrivain soit il passait son temps à geeker sur internet. Cela dit, il n’avait pas vraiment une tête à passer des heures sur le net. Avec sa tignasse châtain clair et ses yeux bleus j’en perdrais bien la tête. Mais son côté voyeur et dragueur me rendrait vite folle.
- Et voilà pour vous ! M’adressa gentiment la jeune serveuse en déposant une tasse rempli de café fumant ainsi qu’une petite assiette ou se présentait trois croissants, empilés les uns sur les autres.
Je sentais l’eau me venir à la bouche en voyant ces quelques misérables croissants qui allaient me servir de casse croute pour toute la journée.
- Je vous remercie, lui dis-je timidement avant de m’empresser de boire une gorgée de ce café encore brûlant.
Et la serveuse repartit à son poste de travail, bavarder avec sa collègue qui s’occupait passivement de resservir du café à qui le demandait.
Je pris quelques bouchées de ces délicieux croissants et finis rapidement mon café. La caféine me redonnait la pêche, ce qui me permettrait de tenir toute la journée. Les quelques heures que j’avais passées à dormir dans la voiture de Kyle m’avait plus cassé le dos qu’autre chose. Mes cernes étaient encore visibles mais mon cœur battait à un rythme irrégulier. Je ne savais pas si c’était vraiment bon signe.
Le jeune homme ferma son ordinateur avant de commander à nouveau des pancakes assaisonnées de sirop d’érable. J’étais ravie qu’il détourne ses yeux de moi. Mais ce ne fut que de courte durée. Il se mit à me fixer à nouveau mais cette fois-ci en m’adressant un sourire. « Pathétique... Me dis-je en terminant le dernier bout de croissant. ». Je venais de finir mon petit déjeuner et mon ventre gargouillait toujours. Mais le plus ennuyeux pour l’instant, était de partir sans payer. J’étais coincée. Les deux serveuses avaient une vue sur tout le restaurant. S’il me venait l’envie de me lever et de sortir, elles me verraient de suite. Et si c’est le cas, je ne voudrais pas me retrouver au poste de police. Ca ruinerait toutes mes chances d’arriver à L.A. Mais tant pis, je tente le tout pour le tout.
Passant du geste à la parole, je me levais doucement, examinais tout autour de moi, et en profitais que les deux serveuses soient occupées pour sortir discrètement. Heureusement, le garçon ne me regardait pas à cet instant. Mais ma chance fut de courte durée. J’entendis une des serveuses m’interpeller. Sa voix stridente traversa tout le restaurant. Les quelques routiers, le nez dans leur assiette, sursautèrent en l’entendant crier à tue-tête. J’eu un haut le cœur en l’entendant et n’osa pas me retourner.
- Mais où allez-vous comme ça ?! Me demanda-t-elle.
Sa voix se fit plus faible mais la colère résonnait encore comme des étincelles qui jaillirent en tout sens pour frapper le premier venu.
- Vous me devez quatre dollars cinquante-huit ! Vous nous avez pris pour la soupe populaire ou quoi ?!
A présent, tous les regards étaient tournés vers moi. Je me sentais très mal. Je n’avais plus aucune issue, je devais me résoudre à terminer mon voyage ici, dans ce lieu pourri.
- J’attends une réponse ! Je vous préviens, je vais appeler les flics !
Elle fit signe à sa collègue de composer le numéro, ce qu’elle fit. Mon pou s’accéléra mais je ne pus bouger, restant immobile face à tous ses regards.
- L’addition est pour moi ! S’exclama le garçon.
La serveuse reposa le téléphone pendant que l’autre ne pouvait relâcher son regard du mien, gardant son expression de colère qui me terrifiait.
- Mettez-la sur ma note.
- Comme tu veux Jake, c’est ton fric après tout.
Je me sentis plus légère d’un coup et je pus bouger à nouveau, admirant l’air prétentieux de ce Jake. Quel gentleman...
Je sortis du restaurant sans même le remercier. Il n’y avait rien de très respectueux dans mon geste mais je ne pouvais plus l’encadrer. Ses airs supérieurs me débectaient. Mais avant que je m’en rende compte, il se trouvait à quelques mètres derrière moi. Il m’avait suivi jusque dehors. Mais qu’attendait-il ? Des remerciements... ?
Il se dépêchait de me rattraper et je fis comme si je ne l’avais pas vu. Il tentait, tout en accélérant, de rentrer son ordinateur dans sa pochette avec grande difficulté. Je le trouvais si minable mais charmant à la fois... Je me retournai et, à quelques petits mètres de lui, m’exclamai de colère.
- Mais que veux-tu à la fin ?!
Il s’arrêta net, à la limite de l’essoufflement, et répondit d’une voix rassurante.
- Je veux simplement t’aider. J’ai l’impression que tu n’es pas vraiment à ta place ici. Toute seule tu n’iras pas bien loin. Laisse-moi t’aider, tu le veux ? J’ai une voiture.
- Non merci. Je me débrouillerais très bien toute seule. T’as dû te tromper à mon sujet.
Je continuai ma route mais il insista péniblement.
- Je t’en prie. J’ai envie de t’aider. S’il te plaît...
- Mais merde à la fin ! Tu veux quoi ?! Gagner le prix du type le plus sympa du monde ? Laisse-moi tranquille. Merci pour la note et maintenant lâche moi !
Je me sentais mal de le planter là, seul, et de repartir sans me retourner. Je commençais à avoir de la peine pour ce garçon mais tant pis. J’ai été juste et droite avec lui et maintenant il me fallait continuer ma route. Je sentis une goutte m’érafler le front et qui coula jusqu’à mon nez. Je levai la tête en l’air et aperçus de gros nuages noirs recouvrir la quasi totalité du ciel. De petites gouttes se mirent à tomber jusqu’à devenir de plus grosses.
Il ne manquait plus que ça...



8





« Je dois aimer et respecter mon prochain », tel était le message inscrit sur la façade de ce lycée délabré du quartier nord du Bronx. Les élèves passaient en masse dans cette entrée forgée d’escaliers en marbre blanc. Il était 7 : 57 am et les derniers élèves presque ponctuels, se précipitaient à l’intérieur sous le regard accusateur du proviseur Mc Dougall qui guettait le moindre de leurs faits et gestes.
Mc Dougall ne supportait pas le retard et encore moins l’absentéisme, quelqu’en soit la raison. Chaque élève de son précieux lycée se devait d’être à l’heure, et non après la sonnerie qui annonce le début des cours. Cette règle qu’il avait instaurée devait faire régner l’ordre et la loi pendant toute sa période de proviseur.
Il observait jusqu’à entendre la sonnette retentir. Ils étaient tous rentré et il se sentait fier d’avoir accompli, une fois encore, ce que le précédent avait tant échoué. Il entra à son tour au sein du lycée, avant que son adjoint, Richard Mayer, ne le retienne. Richard était bon, voir même très bon. Avec sa coupe en brosse qui faisait apparaître sa tignasse argentée ainsi que ses lunettes à boucles marron, lui donnait un air d’homme maltraité par le temps. Personne ne lui montrait le moindre respect.
Mc Dougall se retourna, surpris qu’il l’interpelle de la sorte.
- Que voulez vous Monsieur Mayer ? Demanda le proviseur en franchissant les escaliers qui donnaient sur le hall d’entrée du lycée. Richard le suivait, collant son pas.
- Je m’excuse de vous interrompre ainsi Monsieur mais quelqu’un désirerait vous parler, et ça m’a l’air assez important.
- Eh bien mon cher, qu’il fasse feu. Je l’attendrais dans mon bureau. Vous lui ferez passer le message.
Le proviseur accéléra le pas, Richard sur ses talons. Mc Dougall se sentit ennuyé de l’attitude de son second et lui fit vite comprendre.
- Il y a autre chose peut-être ? Lui demanda-t-il en haussant le ton.
- Et bien... Richard déglutit sa salive avant de poursuivre. Ce monsieur fait partie des forces de l’ordre...
- Un policier ? Demanda-t-il en gardant son sang-froid.
- F.B.I. Monsieur.
Le pauvre homme se résigna à terminer sa course devant la porte qui donnait sur le bureau de Monsieur Mc Dougall.
- Eh bien. Voilà qui est bien étrange.
Les mains de Richard se crispèrent sur son cartable marron clair qui se délabrait avec le temps, donnant à son propriétaire un air encore plus désespéré.
- Nous n’avons aucun problème avec les forces de l’ordre rassurez-moi Monsieur.
- Ne vous inquiétez donc pas. Cela ne doit pas être aussi catastrophique que ça puisse paraître. Ce lycée aura tout surmonté durant les vingt-huit ans que j’aurais passé à faire régner l’ordre et la loi. Allez donc lui dire de me rejoindre ici dans disons... Cinq minutes. Cela devrait me suffire à mettre mes affaires en ordre.
- D’accord Monsieur. Je le préviens de ce pas, hoqueta-t-il nerveusement.

L’agent s’avança dans ce couloir sombre et vide. Il garda la tête haute sans faire attention à la propreté des lieux qui faisait contraste à l’allure de ce vieux lycée de banlieue. Richard lui montrait le chemin sans dire un mot. Ils traversèrent une allée de casiers bleus foncés dont certains étaient tapissés d’autocollants en tout genre. Richard s’arrêta enfin devant le bureau de Monsieur Mc Dougall et frappa timidement deux coups avant qu’une voix rauque clamait aux deux hommes d’entrer. Richard ouvrit la porte et laissa tout d’abord entrer l’inspecteur avant de l’annoncer au proviseur et de repartir.
Johnson se présenta avant de s’asseoir à la demande forte aimable de Mc Dougall. Les deux hommes étaient l’un face à l’autre et le proviseur lança la conversation en se hâtant de connaître l’origine de sa venue.
- Bon... Que voulez vous savoir inspecteur Johnson ? Je suis disposé à vous révéler toutes les informations sur chacun des élèves de ce lycée si toutefois cela pouvait vous aider en quoi que ce soit.
A sa grande stupéfaction, l’agent n’eut pas l’air de s’en réjouir et resta de marbre. Il sortit un paquet de chewing-gum de sa poche et en goba un.
- Je suis ici car j’enquête en ce moment sur la disparition d’une jeune fille portant le nom de Liz Trey. Annonça l’inspecteur en mâchouillant vulgairement son chewing-gum.
- Liz ? Mais comment cela se fait-il ? Vous savez, c’est une élève très brillante et qui a un bel avenir devant elle.
Le proviseur se leva de son siège pour prendre place devant sa vitre à portes coulissantes. Tout en faisant les cent pas, il voulut en savoir plus sur cette affaire.
- Elle n’a rien fait d’idiot j’espère.
- Pour l’instant la police pense à un homicide mais je reste suspicieux.
- Homicide ?!
Le visage de Mc Dougall se remplit de terreur et de dégoût. Il ne put reprendre place sur son siège et resta néanmoins immobile devant sa fenêtre qui donnait sur une vieille maison inhabitée. Il regardait d’un œil évasif ce jardin recouvert d’herbes mortes et de détritus qui s’étalaient sur la totalité du terrain. Tout au bout sur la droite se trouvait une petite maison en bois, sûrement fabriquée par les anciens habitants. Cette petite maison devait servir de niche pour leur chien.
- Rien n’est encore sûr, c’est donc pour cela que je suis ici aujourd’hui.
- Oui bien sûr, je comprends tout-à-fait.
Son regard reprit une certaine lueur et son visage de meilleures couleurs.
- Et puis-je savoir qui elle aurait assassinée ?
Ce mot lui rafla la gorge comme s’il venait d’avaler des lames de rasoirs.
- Son beau-père, Karl Trey. Elle vivait sous sa tutelle depuis son plus jeune âge. Selon le rapport qu’on m’a transmis du bureau du procureur, elle aurait été en très mauvais termes avec ce dernier, ce qui nous pousse à croire qu’elle serait passé à l’acte hier soir, dans les environs des vingt-trois heures trente avant de prendre la fuite.
- Ceci est vraiment insensé ! Cette jeune fille n’aurait jamais pu passer à l’acte, ce ne sont que des balivernes que vous proférez sur cette pauvre Liz. Si vous la connaissiez comme moi je la connais, vous changeriez vite d’avis, s’indigna-t-il d’un ton courroucé avant de reprendre place à son bureau.
Mc Dougall reprit sa respiration et posa délicatement les deux paumes de ses mains sur la table.
- Bon... Ecoutez-moi bien Monsieur. Je peux comprendre que parfois les faits peuvent faire croire à l’impensable. Et si, admettons, l’assassin avait perpétré son crime et que Liz soit partie avant qu’il ne puisse s’en prendre à elle. Ce serait elle qui serait en danger. Cela tient la route non ?
Mc Dougall espérait une réponse qui favorise sa version mais Johnson se faisait intransigeant et cela agaça rapidement le proviseur qui perdait patience.
- Et dans ce cas, pourquoi ne pas prévenir la police ou bien se réfugier dans un poste de police ? Je comprends tout à fait votre point de vue et je ne remets pas en doute vos qualités de proviseur. Vous connaissez très bien vos élèves mais il ne faut écarter aucune hypothèse.
Le proviseur ne savait plus où donner de la tête, il se contenta d’acquiescer aux propos de l’Inspecteur.
- J’aurais une dernière chose à vous demander, si cela ne vous dérange pas.
- Non bien sûr, je vous écoute.
- Eh bien, il me faudrait parler avec les amis les plus proches de Liz voir même son petit copain, si toutefois elle en avait un.
Mc Dougall feuilleta un cahier à la couverture bleu pâle sur un dégradé de noir qu’il rangeait dans le tiroir de son bureau.
- Alors, je pencherais sur... Beth Stadler, et... Voyons voir... Josh Daley aussi, avec qui elle passe le plus clair de son temps. Pour ce qui est de son petit copain, je n’aime pas vraiment cet individu. Plusieurs fois il a failli être expulsé de mon lycée mais il y a toujours échappé. Cela dit, ce sera difficile pour vous de le rencontrer.
Johnson fronça un sourcil, ce qui lui donna un air intriguant.
- Et je pourrais savoir pourquoi ?
- Il a été noté comme absent aujourd’hui. Mais ne vous inquiétez pas, rien d’étonnant chez lui. Les jours où il daignge venir au lycée sont rares. Ce voyou m’aura donné du fil à retordre, c’est le moins que l’on puisse dire.
- Je pourrais au moins avoir son adresse ?
- Bien sûr. Je vais vous faire venir les deux élèves dont je vous ai cité le nom.
Le proviseur décrocha son téléphone et appuya sur une touche du clavier. Johnson, lui, resta de marbre et attendit sans dire un mot, toujours en train de mâchouiller son chewing-gum à pleine bouche.
- Oui, vous pouvez me faire venir Beth Stadler et Josh Daley à mon bureau s’il vous plait ? Je vous remercie.
Il raccrocha le combiné et les deux hommes attendirent la venue des deux élèves.
- Je souhaiterais leur parler chacun à leur tour si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
- Il n’y a pas de problème. Je vous laisse le bureau d’à côté qui me sert pour mes réunion si vous le désirez.
- Cela fera l’affaire Monsieur le proviseur, déclara Johnson avant de se lever et de prendre place dans ce fameux bureau.

* * *


La pluie tombait à grosses gouttes et je n’arrivais plus à déceler le moindre obstacle devant moi. Mon regard devenait flou, j’avais l’impression d’avoir plongé ma tête dans un énorme récipient d’eau. Je ne pourrais bientôt plus avancer et devais me résigner à terminer mon trajet et m’abriter dans un lieu très proche. Si toutefois j’en avais la chance...
« Quelle merde ! M’exclamais-je ». J’étais énervée et désorientée. J’avais froid et il me fallait me réchauffer au plus vite.
Un bruit de klaxon éveilla ma curiosité. Je me retournai mais ne vis pas grand-chose avec toute l’eau que j’avais sur le visage. Soudain des phares m’éblouirent et la voix d’un homme me demanda de monter. Malgré le bruit que faisait l’averse, je reconnus la voix du jeune homme de la cafétéria. Que me voulait-il encore...
Je m’approchai au niveau de sa fenêtre qu’il ouvrit aussitôt. Je reconnus ses yeux bleus et eus un bel aperçu de sa porcherie. Des restes de fast-food ainsi que des magazines traînaient dans sa petite voiture chauffée. J’hésitais un instant à monter avec ce névrosé mais avais-je vraiment le choix.
- D’accord mais à une condition ! Dis-je d’une voix qui trahissait mon énervement.
- Laquelle ?
- Que tu la boucles et que tu te contentes seulement de conduire.
Cela faisait des heures maintenant qu’on roulait et la pluie ne cessait de tomber, heurtant son pare-brise de plein fouet. Le bruit créa un son somnolant. La fatigue se faisait sentir et je me laissais aller, fermant doucement les yeux. Cela dit, je n’étais pas vraiment en confiance dans ce taudis avec lui.
- Tu n’as jamais pensé à ranger cette épave ? De lui donner un petit coup de propre.
Il ne semblait pas vexé face à ma suggestion très pertinente.
- Ca y est, la condition est rompue ?
- Non... Ce n’était qu’une question théorique.
Il garda le silence un long moment, m’obéissant étrangement. Je ne savais rien de ses attentes mais au fond, il voulait peut-être seulement mon bien. Mais qui serait assez fou pour aider une étrangère dans un monde comme le nôtre. Durant cette interrogation, je me sentis partir dans mes rêves. Je prenais confiance en cet étranger et en profitais pour prendre un peu de repos.




9





N’ayant rien à dire, Beth était assise face à ce grand et long bureau et se limait passivement les ongles. Tout ce dont elle pensait était qu’on lui avait fait manquer les cours et ça la remplissait de joie. Elle devait penser que son avenir était déjà tout tracé avec sa belle gueule et sa silhouette de sirène. Si seulement...
- Alors Mademoiselle Stadler...
- Je vous l’ai déjà dit Monsieur l’agent, vous pouvez m’appeler Beth.
Sa main se plaça sur celle de Johnson et elle lui sourit. Il ôta sa main et continua.
- Je ne préfère pas mademoiselle. Donc comme je le disais, vous êtes amie avec Liz Trey, nous sommes bien d’accord ?
Beth sembla s’ennuyer et détourna son attention sur la fenêtre pour contempler le paysage néfaste de cette ville délabrée.
- Je ne comprends pas.
- Vous voulez peut-être que je reformule ma question.
- Non je ne parle pas de ça ! Je veux dire... Dans les films, vous les policiers, vous vous montrez forts et puissants devant la jeune femme en détresse. Montrez-moi votre grosse matraque Monsieur l’agent. Je vous promets de coopérer, annonça Beth tout en se dandinant sur son siège.
Elle fit reculer son fauteuil et souleva sa petite jupe bleu clair. On apercevait sa culotte blanche qu’elle montra avec fierté sans aucune pudeur. Johnson retenue une érection et se montra très professionnel.
- Je vous en prie mademoiselle Stadler, se renfrogna-t-il en se frottant le visage. J’ai besoin d’éclaircir certaines choses alors s’il vous plaît, rhabillez-vous et finissons-en.
- Qu’est ce que vous pouvez être frigide Monsieur l’inspecteur ! Et bien, je n’ai pas trop le choix, je vous écoute.
Johnson éclaircit sa voix d’une toux peu crédible et reprit en espérant, cette fois, ne plus être interrompu. Il tapota ses quelques feuilles et poursuivit sous les regards de Beth.
- Vous vous connaissiez bien toute les deux ? Vous parlait-elle de ses problèmes personnels ?
- De quel genre ? Si elle avait ses règles, des mecs qu’elle se tapait dans les chiottes du lycée ? Soyez précis inspecteur.
Johnson tenta de garder son calme.
- Mais que lui est-il arrivé au fait ? Elle s’est suicidée ou un truc dans le genre ? Cette fille est vraiment étrange par moment, ça me fait peur, je vous jure !
Johnson abandonna. Cette fille ne pouvait être son amie. Elle n’avait que faire de Liz.
- Bon, finalement ce sera tout. Je n’ai plus aucune question à vous poser.
- Vraiment ? Demanda Beth d’un air étonné qui trahissait son mécontentement.
- Oui, vraiment. Vous pouvez disposer mademoiselle Stadler.
Beth partit sans faire de réflexion et se faufila dans le couloir en agitant grossièrement ses fesses.
Johnson se dit que cet interrogatoire n’était qu’une vulgaire perte de temps et espérait que ce ne soit pas le cas avec le prochain.
Josh Daley.
Selon le proviseur, il était le meilleur ami de Liz. Tous deux étaient toujours fourrés ensemble en dehors des cours et par conséquent, il devait tout savoir sur elle. Si elle a décidé de son plein gré de s’enfuir, elle ne l’aurait fait sans le lui dire avant. Et Johnson espérait vraiment en savoir autant de lui.


* * *


- On dirait que la pluie a cessé, annonçai-je en ouvrant un œil en direction de la vitre qui se trouvait à ma droite.
- Tu as raison. Cela doit faire plus d’une heure qu’elle a cessé de tomber.
« Plus d’une heure ?! Pensais-je en ouvrant les yeux ».
- Mais combien de temps ai-je dormi ?
- Deux bonnes heures je dirais.
Le temps passe extrêmement vite lorsqu’on dort dans une voiture. Mais cela m’aura plutôt bien reposé, je dois dire.
- Tu aurais dû me réveiller.
- Tu m’avais interdit de te parler alors je me suis dit que...
Le pauvre. Il était si obéissant que ça en était presque pitoyable. Je me trouvais injuste face à lui et je devais remédier à ça.
- Et bien disons que cette condition est levée, lui dis-je tout en lui adressant un sourire qu’il me rendit aussitôt.
- Et on est où ?
- On vient d’entrer dans l’Indiana. D’ici une dizaine d’heures on sera dans l’Illinois.
Je sentais que je me rapprochais de mon objectif, aussi petits soient mes pas.
- On se trouve dans le Middle West je me trompe ?
- On l’était déjà dans l’Ohio.
Je me sentis moins cultivée d’un coup. Mais je commençais à apprécier ce garçon ainsi que la façon qu’il avait de rester passif quoi qu’il arrive. Sa compagnie ne me dérangeait plus à présent.
- Tu as vu ?! Juste devant nous ! S’exclama-t-il en montrant du bout de son index le ciel qui s’éclaircissait.
Je regardais à travers le pare brise et l’aperçus moi aussi. L’arc-en-ciel se montrait fièrement et resplendissait de toutes ses couleurs. Cela faisait quelques années que je n’avais pas pris le temps d’admirer un tel spectacle. Ce fut si beau. Et on était là comme deux imbéciles, à contempler ce spectacle qui se donnait devant nos yeux d’enfants ébahis. Il me fixa ensuite, d’un air émerveillé.
- Au fait... Maintenant que j’ai la permission de parler...
- Je t’écoute, lui dis-je gentiment.
- Je m’appelle Jake.
Son regard se fit plus doux avec une pointe de rougissement sur ses fossettes.
- Moi c’est Liz. Et je suis contente de voyager avec toi.
Ma tête se posa contre son épaule et nous roulions à présent dans une meilleure atmosphère. Je commençais vraiment à apprécier ce garçon.

* * *


- Je n’ai rien de plus à vous dire inspecteur. Je suis navré.
Josh transpirait à grosses gouttes. Il suait et Johnson comprit pourquoi. Il le savait, il savait où Liz se trouvait. Josh était sa meilleure piste si toutefois il voulait bien l’ouvrir pour dire quelque chose d’intéressant.
En 1973, Johnson entra au sein de la C.I.A. et fut formé comme tel pour la détection des micro-expressions qui lui permettaient maintenant de déceler si une personne disait la vérité ou non. On lui apprit, sous les bons ordres du sergent McKee, que toutes émotions se montraient en un temps record de 1/25 de secondes. De là, si on n’était pas assez attentif au suspect, on ne saurait rien sur lui. De la joie, de la colère, du dégoût, de la peur, de la tristesse, de la surprise et du mépris, voilà les sept émotions à déchiffrer. Johnson était un vrai détecteur de mensonge et Josh l’ignorait.
- Dis-moi mon garçon, tu la connais vraiment bien Liz Trey. Jamais il ne s’est passé quelques intimités avec elle ?
Josh ne disait rien et il se contentait de trembler bêtement mais l’inspecteur n’en avait pas fini avec lui.
Tu ne te l’ais jamais faite ? J’ai vu sa photo et je comprendrais tes envies tu sais. Je suis un homme moi aussi !
Josh avait peur mais il ne fallait pas être un génie pour le savoir. Il lui fallait insister davantage encore.
- Non tu as raison, qui voudrait d’un tas comme toi !
Cette fois-ci c’était bon. Il lisait en lui parfaitement bien. Josh est attiré par elle. Il est en colère, ce qui se justifie.
- Où se trouve Liz ?
- Je n’en sais rien.
- Tu mens ! Où est-elle ?!
Johnson tapa un coup sec sur la table. Josh sursauta et son soda valsa dans les airs avant de retomber et de rouler sur la table.
- Elle est où ? Insista-t-il.
- Je n’en sais rien je vous dis ! Elle est partie sans rien me dire. Laissez-moi tranquille maintenant ! Vous me faites peur...
Des larmes coulaient, parcourant son visage avant de s’arrêter sur ses lèvres qu’il lécha.
- Elle ne t’a peut-être rien dit oralement mais sûrement à l’écrit, de peur que tu ne la convaincs de rester. Tu as cette lettre avec toi Josh ?
- Vous êtes fou ! Elle ne m’a rien écrit du tout et je ne sais pas où elle est ! On était bon ami c’est tout et puis ça se limitait au lycée.
- Tu as un casier ?
- Je vous demande pardon ?
- Un casier, un coffre où tu ranges tes livres, enfin tu sais, tu n’es pas demeuré quand même ! Je veux le voir.
- Je n’ai pas les clés. Elles sont... chez moi. Je suis désolé.
- Ne t’en fais pas. J’ai ma petite idée pour ça. Et tu vas gagner un nouveau cadenas tout neuf mon grand !

Le directeur McDougall était accompagné du concierge, Monsieur Ericksen. Johnson jeta un œil attentif sur Josh qui regardait passivement son casier qui allait bientôt être découvert par tous quatre ainsi que la plupart des élèves du lycée qui guettait d’un œil curieux.
- Allez-y Monsieur Ericksen !
Armé d’une pince coupante, il rompit le cadenas d’un coup et le décrocha. McDougall s’en approcha et ouvrit la porte du casier sous les regards attentifs des spectateurs. Abasourdis, le proviseur resta de marbre devant cette trouvaille hors du commun. Des petits sachets remplis de poudre blanche étaient rangé sur quelques livres de cours.
- Allez mon grand, suis-moi. Lança Johnson en lui mettant les menottes.
Josh ne se débattit pas et resta coopératif. Les élèves étaient sous le choc. Qui aurait pu imaginer que Josh avait pu être capable d’une telle chose.
Johnson fouilla dans le casier à la recherche d’une lettre mais ne trouva rien. Il était déçu bien qu’il ait coincé un jeune trafiquant de drogue.
Il repartit avec Josh en direction du commissariat de Bates où il espérait à nouveau apporter des réponses à ses questions.

* * *


L’inspecteur Johnson se trouvait au 682 Union Avenue, Westbury. La morgue dans laquelle il se trouvait lui fit remonter de vieux souvenirs à la surface, ce qui lui fit vite défaut. Cet endroit lui rappelait à quel point la vie pouvait être fragile et éphémère.
En longeant ces couloirs vides et froids, recouverts de peinture grisâtre, il ressentit un léger frisson qui parcourut tout son dos. Il se sentit mal à l’aise mais n’eut pas le courage de faire demi-tour. Que penserait son patron, le directeur Samuel Lewis du bureau fédéral d’investigation, s’il n’était pas en mesure d’identifier un cadavre à la morgue.
- Ah, Inspecteur ! Lança un médecin légiste à Johnson du bureau d’accueil. Vous voilà enfin.
Il portait une blouse blanche sur laquelle était épinglée une carte plastifiée où se trouvait sa photo ainsi que son nom inscrit en caractère noir. Il signa quelques papiers qu’une femme lui remit et se tourna ensuite vers Johnson, le sourire aux lèvres.
- Vous tombez très bien Monsieur Johnson, déclara-t-il en serrant d’une pointe très ferme la main paresseuse de l’inspecteur. Je me présente, Docteur Evan Thorpe. C’est moi qui ait pratiqué l’autopsie du jeune garçon qui vous intéresse pour votre enquête.
Ils marchèrent tous deux longeant ce long couloir interminable pour s’arrêter devant l’entrée de la pièce mortuaire. Plusieurs cadavres y étaient installés sur des lits en acier inoxydable. Un léger froid régnait à l’intérieur de cette salle, ce qui n’arrangeait pas le côté glauque de cet endroit morbide.
- On m’a prévenu pour le corps que la police de New York a retrouvé à l’adresse exacte ou vivait un certain Sven Williamson.
- Williamson ? S’étonna-t-il. Oh non mon cher inspecteur, vous faites fausse route.
- Je vous demande pardon ?
L’inspecteur sortit un paquet de chewing-gums de sa poche avant de reporter son attention sur les propos étranges du Docteur.
- La personne que vous voyez là s’appelle bien Sven mais son nom de famille n’est pas Williamson.
Ils se trouvaient en face d’un cadavre dont seul le bas du corps était recouvert d’un drap blanc. Son torse était marqué par trois coupures identiques, recousues à l’aide de fils noirs. Ces traits formaient un V que Johnson reconnu par expérience.
- Vous m’envoyez confus Docteur...
- Je vais tout vous expliquer mais il faut faire vite. Le Consulat ne va pas tarder à rapatrier le corps vers son pays d’origine.
- Son pays d’origine ?
Thorpe comprit que l’inspecteur était très mal renseigné sur cette enquête. Il appliqua donc à tout lui expliquer.
- Bien sûr. La Suède Inspecteur. Ce jeune homme est d’origine suédoise. Il faisait ses études et résidait aux Etats-Unis mais n’en était pas originaire pour autant.
Johnson avait horreur d’apprendre les choses au dernier moment et se sentait presque honteux.
- Et donc ils vont le rapatrier vers son pays d’origine aujourd’hui même, si j’ai bien compris.
- Tout à fait. Voilà pourquoi nous devons faire vite, précisa-t-il à nouveau. Il s’appelait donc Sven Lindgren. Les causes de la mort sont dues à une overdose, provoqué par de l’héroïne.
Johnson contemplait attentivement le cadavre mais ne vit rien qui puisse aider son enquête. Aucun signe de blessure dû à une lutte.
- Il a abusé de la drogue, c’est la seule raison de sa mort ? Il n’a pas été tué selon vous ?
- Non inspecteur. Il n’a pas été tué et a encore moins abusé de la drogue comme vous le dites.
- Pourquoi cette overdose alors ?
Johnson se sentait dépassé et il n’aimait pas ce sentiment qu’il s’empêcha de faire apparaître sur son visage.
- Eh bien, rares sont les fois où les overdoses sont provoquées par un surdosage. Les produits pouvant néanmoins provoquer ce surdosage résultent de l’absorption d’un opiacé mais jamais à cause d’un abus. Chez un toxicomane, pour que le surdosage ait lieu, il faudrait qu’un mélange se produise. Des drogues différentes, de l’alcool fort, sont les meilleurs mélanges pour causer cette overdose mais ce jeune homme ne s’est contenté que de sa dose quotidienne. Rien de plus.
- J’ai du mal à vous suivre Docteur. Soyez plus clair je vous en prie.
Thorpe inspira en profondeur et continua son discours sous les yeux confus de Johnson qui tentait de comprendre où il voulait en venir.
- Il ne reste qu’une dernière supposition.
- Et qui est ? Demanda impatiemment l’inspecteur en mâchant frénétiquement son chewing-gum.
- La surdose peut provenir d’un nouveau produit qu’il aurait absorbé, tout en restant de l’héroïne. Mais celui-ci, contrairement à son dosage habituel, serait bien plus concentré. Ce produit doit être nouveau sur le marché et ça signifierait, en l’occurrence, qu’un nouveau trafic a lieu. Vous ferez bien de faire un tour dans le lycée où il étudiait car c’est de là que le trafic doit sûrement avoir lieu. J’en mettrai ma main à couper Inspecteur.
- Je vous remercie pour toutes ces informations. Il me faudrait une copie de son dossier.
- Mais bien sûr. Vous irez le demander à l’accueil en sortant, ils s’occuperont de ça avec plaisir.
Après une brève poignée de main, les deux hommes se séparèrent.
Johnson se trouvait à présent sur le parking de la morgue, soulagé d’en être sorti. Il prit son téléphone portable et tapa le numéro du commissaire de New York qui répondit à la troisième sonnerie. Sa voix semblait contrariée et ne daigna pas dire un mot après avoir décroché le combiné.
- Commissaire Bates ?
- C’est bien moi. Que voulez-vous encore ?
Johnson sentait de l’hostilité dans sa voix mais ignora vite ce détail.
- Je viens de passer à la morgue pour identifier le corps de Sven Lindgren. Il semblerait qu’il soit mort d’overdose.
- Lindgren ?
- C’est une longue histoire. Il se peut que la drogue qui a provoqué sa mort, provienne de son lycée et vous n’êtes pas sans savoir que j’ai récemment trouvé une grosse quantité de stupéfiants dans le casier d’un élève de ce lycée. Laissez-moi analyser cette drogue pour en être sûr.
- Bon d’accord. Je m’en occupe dès que j’aurais le temps dans la journée et vous n’aurez qu’à passer plus tard pour récupérer les résultats.
- Merci Commissaire.
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Ethan.J.Hawkins
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MessageSujet: L.A. River - Midnight Rider (Tome 1) "Chapitre 10 à 13"   Mer 6 Avr - 23:42

10





Avais-je réellement fait le bon choix. Avoir quitté mes quelques repères pour me retrouver avec un parfait inconnu jusqu’en Californie. Si au moins j’étais sûre de ce que j’allais y trouver. Ces pensées me firent un pincement au cœur dans un élan de mélancolie. Je fixais la vitre et m’imaginais ailleurs, emportée par la mélodie de la radio qui passait une des premières chansons de Coldplay. J’attendais peut-être trop de cet endroit, mais comment y renoncer... Ce serait comme renoncer à son rêve le plus précieux et faire une croix sur nos espérances les plus profondes. Et si je n’étais pas encore apte à voir à travers le mensonge et y trouver une part de vérité qui me coûterait sûrement le peu d’humilité qui me restait.
Le temps était chaud et agréable. La fenêtre ouverte, je sentais le vent se frôler contre mon visage. Quelques oiseaux survolaient le ciel au dessus de nos têtes. Ils dansaient en cercle tour autour de nous dans une telle grâce que j’en fus transportée.
Dans un moment d’égarement, je portais un regard admirateur sur lui, qui faisait tant pour moi, m’amenant où mon cœur le souhaitait sans savoir pourquoi j’y allais.
- On arrive bientôt dans l’Illinois ? Lui demandais-je impatiente de pouvoir m’arrêter quelques instants.
- Dans un peu moins d’une heure. On aura roulé un peu plus de quinze heures, dit-il admiratif de ses exploits de conducteur endurci. Je ne t’ai rien dit mais c’est dans cet état que j’habite, à Steger, continua-t-il. On pourra se loger chez moi pour la nuit si tu le souhaites, et demain on reprendra la route.
- Je pensais que t’habitais à New York ou du moins dans les alentours.
Je ne savais trop quoi penser. Je ne le connaissais pas vraiment mais après cette journée en voiture, rien que lui et moi, je pensais tout savoir de cet étrange personnage. Ce sentiment était si bête que je ne pouvais pas le lui reprocher. Après tout c’est moi qui lui avais interdit de parler. Mais à présent, je voulais en savoir plus sur lui et je tentais de m’immiscer dans sa tête en lui posant des questions en tout genre.
- Pourquoi être parti si loin de chez toi ? C’était pour le travail peut-être ?
Etrangement, mes questions n’avaient pas l’air de lui poser problème et il y répondit comme pour passer le temps.
- Si tu veux vraiment tout savoir... Il s’interrompit un instant et se frotta les yeux comme pour s’interdire de flancher et de tomber la tête sur le volant. J’habitais avec une fille, continua-t-il. Mais hélas, ça s’est assez mal terminé.
Son regard de chien battu revint et j’avais de la tristesse pour lui. Il me semblait si gentil et si mignon, comment pourrait-on lui faire le moindre mal.
- Lorsque ça s’est fini, j’ai pris mes affaires et je suis parti sur un coup de tête. J’ai roulé des heures et des heures, jusqu’à ne plus en pouvoir mais mes yeux refusèrent de se fermer tellement j’étais rempli de ressentiments. J’ai donc persévéré jusqu’à arriver dans l’état de l’Ohio, où j’ai eu la chance de te rencontrer.
- Je suis vraiment désolé pour toi tu sais. Je sais ce que s’est que de partir sur un coup tête, en pensant qu’il n’y a rien de mieux à faire. En se disant que le bonheur se trouve ailleurs.
- Alors qu’en fait c’est exactement pareil où que l’on se trouve. Tu sais Liz... Il y a autre chose dont j’aimerais te parler mais ça m’embarrasse un peu je dois dire.
Cela m’embarrassait un peu de l’entendre se confier autant à moi mais je voulais en savoir plus sur lui.
- Je t’écoute, tu n’as pas à être embarrassé.
- Eh bien... Il y a deux mois de ça, j’ai emprunté de l’argent à un type et il s’avère que je n’ai pas pu le rembourser.
- Mais pourquoi tu as fait une telle chose ? C’est stupide !
- J’avais besoin d’argent c’est tout ! Et maintenant il me propose de faire un cambriolage pour lui rembourser... J’aurais besoin d’aide pour ça, et je me disais que...
- Que je vienne t’aider à cambrioler de pauvres personnes innocentes ?! Oh non hors de question Jake ! J’ai assez de problèmes comme ça...
Jake semblait anéanti. Sa seule chance d’échapper à ses gangsters était que je l’aide mais que faire... j’en étais incapable.
- Il s’agit juste de récupérer trois œufs en or massif qui se trouvent dans un coffre fort. Ils m’ont donné un plan. On prend les œufs et on s’en va aussitôt. Les propriétaires ne sont même pas chez eux. Il faut juste ne pas se faire prendre par un des voisins c’est tout. Je t’en prie Liz...
Commet échapper à son regard... Je finis par accepter.
- D’accord Jake, je le ferais avec toi.
Son regard se fit sentir plus serein mais je ne dis plus un mot, trop anxieuse de ce qui pourrait bien m’arriver.


* * *


Lorsqu’il se faufila dans le bureau du commissaire, Johnson ne pensait pas le trouver d’aussi mauvais poil. Bates avait passé sa journée dans le laboratoire de la police pour qu’on puisse lui refiler les résultats au plus vite. Il y a une telle masse de travail qui règne dans ce laboratoire qu’il est difficile d’avoir au plus vite ce que l’on recherche. Mais Johnson sera ravi de trouver ses résultats très concluants.
- Voilà Inspecteur, lança Bates de son fauteuil. Tout est sur mon bureau.
Un verre de Jack Daniel’s à la main, Bates ne semblait plus aussi aigre qu’il en fût une heure avant. Il prit deux gélules d’une boîte blanche non étiquetée qu’il avala avec une gorgée de Jack. L’heure tournait et il s’impatientait de rentrer chez lui et de retrouver sa femme ainsi que son Kerry Beagle qu’il avait recueilli chez lui après les multiples demandes de sa femme qui avait toujours rêvé d’avoir ce genre de chien. Il les retrouverait tous deux, assis sur le canapé devant la télé dans leur petite maison à Manhattan.
Il ne lui restait plus qu’à résoudre un certain problème avec l’agent Johnson.
- J’ai aussi appelé votre directeur.
L’inspecteur eut un mauvais pressentiment mais garda son calme.
- Pour quelle raison ?
Johnson se sentit pâlir et examina tout autour de lui, les moindres objets qui constituaient l’univers de cette pièce le firent se calmer. C’était une des meilleures façons pour lui de calmer ses angoisses et c’est ce qu’il faisait à chaque fois qu’un de ces moments avait lieu en oubliant même le problème.
- Il m’a dit que vous avez demandé un repos prolongé à cause du stress et qu’ils n’ont aucun lien avec l’enquête sur Liz Carter. Pourquoi avez-vous menti ?
- Je dois retrouver cette fille, c’est tout ce qui compte.
Bates éclusa son verre et s’impatienta sur sa question.
- J’ai ici avec moi ce qui pourrait aider à cette enquête mais comment vous les donner maintenant, je ne sais même pas pourquoi vous agissez. Veuillez éclairer ma curiosité.
- Je sais comment la retrouver, faites-moi juste confiance. Si la drogue que Sven Lindgren a absorbé est la même que celle vendue par Josh, on pourra le coincer pour homicide involontaire et là je lui demanderais où est Liz. Je sais qu’il est au courant. Je fais ce boulot depuis plus de vingt-cinq ans maintenant, je sais lire à travers les émotions des gens. Croyez-moi Bates, il sait où elle se trouve, et il me le dira s’il se trouve dans un moment de faiblesse.
Bates hésita un instant et finit par se lever de sa chaise, conscient du risque qui ‘il courait s’il laissait Johnson continuer l’enquête sans permission de son directeur.
- Vous savez... Pour moi ça fera trente deux-ans la semaine prochaine. Ma carrière est clean, rien à dire. Trente-deux ans de loyaux service et tout ça pour quoi ? Pour faire vivre ma petite famille dans un quartier tranquille, à l’abri de la racaille et de la drogue. Mais j’en ai marre de tout ça. Je veux plus encore et j’aimerais par-dessus tout m’épanouir dans ma tâche. Je comprends votre point de vue, aussi étrange peut-il être par moment... mais j’accepte. Retrouvez donc cette fille et ne foirez pas surtout.
Bates lui tendit le dossier qu’il s’empressa d’attraper et de consulter.
- Génial ! S’écria-t-il. Je vous promets de la retrouver commissaire.
- Je le souhaite pour vous. Si vous échouez je serais contraint d’en avertir votre directeur qui risque de ne pas apprécier cette petite plaisanterie.
- Vous n’avez rien à craindre, je la tiens désormais, où qu’elle se trouve.

* * *


On était enfin sorti de la voiture, non loin de cette fameuse maison, et Jake me refila des vêtements qu’il avait dans son coffre. Ils devaient sûrement appartenir à son ex copine mais ça ne me dérangeait pas tant que ça. Surtout qu’elle faisait ma taille.
Jake sortit une bouteille d’eau et en avala une grande quantité tandis que de mon côté, je retirais mes vêtements avant d’enfiler ceux donnés par Jake. Il se sentit gêné de me voit en petite tenue et cacha son excitation. Ce garçon était si adorable.
- Bon... Il va être l’heure Liz. Prépare-toi.
- Je suis prête, lui dis-je en finissant d’agrafer ma braguette.
On parcourut quelques rues bourgeoises et des maisons qui ressemblaient à des palaces. Tout était beau et chic dans ce quartier. Le genre d’endroit que je ne connaîtrais sûrement qu’en rêve. En longeant tranquillement la rue dans laquelle se trouvait la maison qu’on recherchait, un chien se mit à aboyer en nous voyant passer. Ses aboiements résonnèrent dans tout le quartier appelant d’autres chiens à faire de même. On se faufila rapidement dans le jardin où se trouvait cette fameuse maison, avant que l’on se fasse repérer par un habitant de cette rue.
Le gazon était si propre et si bien tondu que ça en faisait presque peur. Comment les gens peuvent-ils prendre tant d’importance à l’esthétique d’une maison ?
Jake trafiquait des fils qu’il sortit d’une petite boîte en plastique qui se situait sous la sonnette. Il consultait fièrement son plan, sans stresser ni paniquer et se débrouillait à merveille. J’en oubliais à quel point j’avais peur.
- Ca y est ! Chuchota-t-il lorsqu’il eut enfin terminé de couper l’alarme de la maison.
- Maintenant tu me suis en silence et tout se passera bien d’accord ?
Je n’avais d’autre choix que faire mon indignation et de le suivre dans cette maison bouffée par le noir. Je hochai la tête pour lui faire comprendre que je comptais bien ne pas le perdre de vue dans cette immense baraque.
On examina rapidement le rez-de-chaussée en passant par le salon qui, décoré d’objets africains, était aussi bien aménagé en meubles et technologie dernier cri. Un si grand design et un tel goût pour le luxe devaient provenir que de la femme de ce riche avocat qu’on était en train de voler. Je préférais encore me dire que je prenais à des gens qui n’étaient pas dans le besoin plutôt que le contraire et de faire souffrir ma conscience. On passa ensuite par un large couloir qui donnait sur un escalier. Voyant le visage ravis de Jake, je compris vite que la chambre se situait à l’étage, là où se trouvaient les œufs.
Je le suivis à travers cet étage jusque dans la chambre de ce couple fortuné. Un lit à baldaquin orné de rideaux en tissu léger blanc, recouvrait tout le haut du lit dans une décoration digne des plus belles chambres de princesses. Tout était si beau et ravissant qu’il fut dur de s’imaginer vivre dans une telle demeure.
- Surveille par la fenêtre Liz, je vais tenter d’ouvrir le coffre.
Je lui répondis par un signe de la main et Jake retourna un tableau qui tentait de cacher, aussi ostensible était-il, un coffre-fort incrusté dans le mur. Le milieu de la façade comportait une serrure à clé que Jake ignora, sortant un chalumeau de son sac. Il pressa le bouton et dans un bruit de flambage, le coffre se mit à fondre lentement.
Pendant ce temps, je surveillais par la fenêtre si personne ne venait pointer le bout de son nez. Le temps paraissait très long et j’avais envie de partir. Je ne tenais plus en place et je devais sortir de là avant de devenir folle.
- C’est bon, s’écria un peu fortement Jake, lorsqu’il réussit à faire un trou dans le coffre.
Je m’approchai de lui et lui ouvrit le sac pour qu’il y range les œufs à l’intérieur. Ils n’étaient pas vraiment comme je l’imaginais. Chaque œuf comportait des petits pieds en or pour les maintenir toujours droit et une pointe en forme de couronne était posée sur chacun d’eux comme en signe de noblesse. On referma aussitôt le sac et descendit au plus vite au rez-de-chaussée.
- Attends Liz ! J’ai oublié mon chalumeau à l’étage.
- Tu t’en fous ! Lui dis-je pressée de sortir. Tu t’en rachèteras un. Allez, on y va maintenant avant que quelqu’un nous voit !
- Mais tu ne comprends pas... j’ai mes empreintes dessus. Je m’en sers souvent pour le travail...
- Bon mais fais vite alors, je n’ai pas envie... Merde !
Pendant que je parlais, je vis de la lumière dans le jardin. Un flic traînait autour de la maison. Jake le vit aussi et paniqua autant que moi. Un voisin a dû nous entendre et les prévenir.
- Ecoute-moi Liz, j’ai vu une porte dans la cuisine qui donne de l’autre côté du jardin. Tu sors par là et tu m’attends à la voiture, moi je reprends mon chalumeau et je te rejoins d’accord ?
Je n’aimais pas vraiment sa proposition mais avais-je vraiment le choix après tout ?
- D’accord, fais vite ! Et... Bonne chance...
Jake prit mon visage entre ses mains telle une scène hollywoodienne d’un grand romantisme et me donna un baiser sur le front.
Il se précipita dans le couloir et moi j’allais rapidement et en silence dans la cuisine où se trouvait la porte dont Jake me parlait. Elle était fermée mais la clef était toujours sur le verrou. Je la tournai et avec un bruit de déclic, la porte s’ouvrit. Je foulais à nouveau ce gazon propre et net et parcouru toute une allée cachée par des arbustes. Tout au bout se trouvait la rue, et bientôt je me sentirais en liberté, en espérant que ce soit de même pour Jake...
J’arrivais au bout de cet interminable chemin et je m’élançais plus rapidement ; une fois arrivée dans la rue mais une voix m’interpella. L’agent de police se trouvait derrière moi, un revolver à la main.
« Maintenant j’étais vraiment dans la merde, me dis-je en tremblotant ».[/justify][/justify]




11






Jamais un seul détenu n’aurait aimé l’allure d’enfant de cœur que se trimbalait Josh. Voilà un traitement de faveur qui aura sûrement sauvé son petit cul. Malgré son isolement, il semblait très inquiet et mal à l’aise. Josh n’avait jamais appris le droit et ne savait vraiment pas ce qu’il risquait d’encourir pour vente de produits illicites dans un lycée de New York. Il se sentait mal et d’autant plus qu’il était tout seul. Il aurait aimé que Liz soit avec lui et qu’elle le prenne dans ses bras en lui disant que tout irait bien et qu’il n’avait pas à s’en faire. Mais elle n’était pas présente et il savait très bien pourquoi. Il avait encore sa lettre dans la poche de son jean. Personne n’était au courant de ce qu’elle lui avait écrit, ces quelques mots qui lui firent chaud au cœur et qu’il cacha avec lui pour que personne ne puisse la lire.
Il s’allongea un instant, repensant à tous ces moments uniques partagés avec elle et s’imagina à ses côtés. Ce rêve lui parut si doux qu’il en fut transporté. Mais ce ne fut que de courte durée. Johnson arriva dans la cellule accompagné d’un policier qui le conduisit à une salle d’interrogatoire.

Johnson se servit tout d’abord un verre d’eau et installa ses quelques papiers sur la table qui les séparait, lui et Josh. Il fit patienter les choses histoire de rajouter du stress à ce jeunot. Josh était au comble de l’anxiété mais ce n’était que le début de son tourment.
- Tu sais mon garçon, commença-t-il. Pour ce qui est du trafic de drogue, tu risques beaucoup. Mais tu dois en être conscient je présume.
Josh ne décelait aucune émotion en lui et ça lui glaça le sang. Il abaissa la tête en tortillant ses doigts.
- Mais il y a autre chose encore. Tu connais un certains Sven je me trompe ?
Josh ne comprit pas de suite pourquoi il évoquait son nom. Il n’était pas son seul client.
- Oui bien sûr. Je lui ai vendu de la drogue à plusieurs reprises. Ce n’était pas vraiment mon meilleur client mais il payait cash.
- Il est mort avant-hier soir.
Les yeux de Josh devinrent plus gros et son visage se couvrit de transpiration à une vitesse folle. Sa bouche était pâteuse et ses mots devinrent vite incohérents.
- Selon l’autopsie, il est mort après avoir absorbé de l’héroïne achetée par toi. Les tests sont formels Josh. C’est ta drogue qui la tué.
Il se sentit frissonner et sa tête se mit à tourner. Il était vraiment perdu et avait besoin de réconfort mais cet inspecteur était là et c’était bien la dernière personne avec qui il voulait être. Il avait peine à s’imaginer dans une cellule pour les trente prochaines années. Sa vie était foutue...
- Je suis tellement désolé de toute cette histoire. Si seulement j’avais su...
- Oui mais il est trop tard maintenant mon garçon et c’est surtout trop tard pour te repentir. Tu as fait du mal autour de toi juste pour de l’argent. C’est quelque chose de très grave en soit, il ne faut pas avoir de conscience pour agir aussi bêtement.
Josh se mit à pleurer à chaudes larmes et posa sa tête entre ses mains.
- je suis tellement désolé ! Je ne veux pas que ma vie soit gâchée, j’ai tellement à faire encore ! Je vous en supplie... pourquoi moi ?!
- Non Josh. Il est trop tard maintenant et ta vie est belle est bien gâchée par ta faute et ta cupidité !
Il reçut ces mots comme des coups de poignards en plein cœur et pleura d’autant plus. Johnson en avait mal aux oreilles et aurait aimé qu’il se taise. Il en avait assez de le faire souffrir et finit par passer aux choses sérieuses en restant subtil.
- Mais tu sais... Je ne devrais peut-être pas te dire ça mais il y aurait bien une façon de t’aider à éviter la prison.
- Ah bon ? Mais laquelle ?
- Eh bien... Tu sais pour Liz, il me faudrait juste savoir où elle se trouve. Je sais très bien qu’elle t’a dit où elle allait mais que tu ne veux pas me le dire.
La main de Josh se glissa dans sa poche, gardant précieusement la lettre écrite par Liz.
- Mais... Elle compte tellement sur moi... Je ne veux pas la trahir vous savez.
- Dis-moi tout et je t’aiderais. Tu as ma parole.
Josh hésita mais il sortit finalement la lettre de sa poche et le posa sur la table. Il se sentait honteux et essuya ses yeux trempés de larmes à l’aide de sa manche.
- Tenez... faites-en ce que vous voudrez... mais surtout ne lui faites pas de mal, c’est une fille extraordinaire.
Johnson prit la lettre et la posa au fond de sa veste.
- Tu n’as pas à t’en faire mon garçon, je m’occupe de tout.
- Et pour ce qui est de moi alors ?
- Tu n’as pas à t’en faire, dit-il en se levant de sa chaise et en s’approchant de la porte en appelant un policier. Merci pour cette lettre. Et bonne chance pour toi.
- Mais ça veut dire quoi ça ?! Sale enfoiré !! Relâchez-moi !!
Johnson sortit pendant que Josh se faisait reconduire de force dans sa cellule.
Il se posa sur une chaise et lut la lettre d’une seule traite. Il se sentit avancer d’un pas énorme et en fut soulagé. Bientôt il se retrouverait en face de Liz et cette simple pensée lui rendit le sourire un instant sans penser au pauvre Josh qui avait tout dévoilé sans rien avoir en retour. Cet égoïsme ne le perturba pas et il préféra se réjouir de son intelligence et sa mesquinité à tout avoir comme un enfant trop gâté. Il se leva de sa chaise et sortit du commissariat en repensant à cette lettre.
« Cher Josh,

Je sais que la vie ne t’a pas apporté que du réconfort et j’en suis vraiment navrée pour toi. Tu comptes énormément à mes yeux, tu es comme la lanterne qui éclaire mes pas et qui réchauffe mon cœur lorsque je me sens seule. Je ne te remercierais jamais assez pour tout ce que t’as fait pour moi et je remercie le ciel d’avoir eu la chance d’avoir un ami tel que toi.
Il est vrai aujourd’hui que la vie m’aura donnée un nouveau tournant dont je ne préfère pas manquer le virage. Je dois partir à la recherche de mes origines et je ne peux le faire avec toi. J’espère qu’en mon absence tu sauras te débrouiller seul et que tu trouveras enfin le grand amour, celui que tu auras tant espéré avoir.
Me voilà donc parti pour la Californie à L.A. J’espère qu’une fois là bas je pourrais te donner de mes nouvelles. Ne cherches surtout pas à me joindre et ne parle à personne de cette lettre, je t’en prie.
Prends soin de toi.

Ta plus grande amie, Liz. »

Johnson entra dans sa voiture et s’installa sur son siège, sortant les clefs de sa poche. Il attacha soigneusement sa ceinture et régla son rétroviseur. Il déclencha le moteur et avant même de pouvoir démarrer, il entendit son téléphone sonner. Il espérait vraiment que ce ne soit pas une mauvaise nouvelle. Mais rien ni personne ne pouvait lui gâcher ce moment de bonheur qu’il éprouvait.
Il décrocha et reconnut la voix de Bates. Il semblait épuisé mais il avait l’air d’avoir une bonne nouvelle.
- Johnson ?
- Oui. Que vous arrive-t-il commissaire ?
- La police de Chicago vient de m’appeler. Il semblerait qu’une fille portant la description de Liz aurait été arrêtée chez eux pour vol avec effraction dans un domicile au nord de Steger.
- J’y vais ! Annonça Johnson sans réfléchir.
- Il y a de la route à faire vous savez pour aller jusque dans l’Illinois.
- Je prends le risque. Il ne me faut pas rater cette chance de la retrouver.
- Bonne chance Inspecteur, déclara fièrement Bates.
- Merci.[/justify]


* * *


Je me retrouvais en prison pour un foutu cambriolage et Jake n’était même pas avec moi. Il a dû avoir la chance d’échapper à cet agent de police. On ne peut pas en dire autant de moi.
Après un interrogatoire peu concluant, un policier m’accompagna dans une cellule remplie de filles plutôt louches qui ne me rassuraient pas. Il m’y déposa et referma à double tour derrière lui avant de repartir.
Je m’installai sur un des bancs placé contre le mur, non loin d’une fille qui ne cessait de me fixer. Cela me gênait beaucoup mais je n’osais lui dire que cet endroit ne me rassurait vraiment pas. Je commençais à avoir peur de leurs réactions quand cette dernière s’approcha de moi. Elle n’était plus très loin et continuait de me fixer sans dire un mot.
- Tu me veux quoi à la fin ?! Lui dis-je en m’impatientant.
La jeune femme se leva et s’approcha lentement de moi en humectant ses lèvres. Elle me contempla de la tête au pied et me lança avant de se mettre à me caresser les cheveux.
- Tu sais que t’es vraiment bonne toi. Tu ne voudrais pas qu’on fasse des trucs toutes les deux. Les autres filles ne seront pas jalouses, ne t’en fais pas ma chérie.
Elle me répugnait, je tentais de ne pas l’écouter et de m’évader dans mes pensées lorsqu’une autre détenue arriva pour m’aider. Elle repoussa violement cette dernière qui compris rapidement à qui elle avait à faire. Le tatouage qui recouvrait la partie droite du cou de cette fille représentait une toile d’araignée avec deux lettres inscrites au milieu – ZB – et elle finit par s’excuser pour l’animosité de cette fille. Elle venait de m’aider alors qu’on ne s’était encore jamais rencontré. Je ne savais quoi lui dire mais sa présence commençait à me rassurer, aussi étrange soit-elle.
- Je me présente, Kendra. J’ai été arrêtée parce qu’un flic m’a serrée d’un peu trop prés lors d’une fouille corporelle. Il a douze points de sutures au bras et sûrement une poche de glace entre ses jambes, ajouta-t-elle en rigolant. Et toi, c’est quoi ton petit nom ma belle ? Cela m’étonne beaucoup qu’une fille comme toi soit dans un endroit comme celui-ci. Tu n’es pas dans ton environnement ici.
- Tu ne sais rien de moi.
- Excuse-moi ! Je ne voulais pas te vexer. C’est juste que...
- Que quoi ? Continuais-je.
Kendra passa sa main dans sa tignasse noire et laissa apparaître une cicatrice sur son front. Elle s’adossa ensuite au mur et continua.
- Et bien... Tu me rappelles ma petite sœur, Jane. Je n’ai jamais vraiment pris soin d’elle et je le regrette aujourd’hui.
- Il n’est jamais trop tard tu sais.
- C’est sûr, dit-elle en s’esclaffant. Mais elle est morte, alors je pense que maintenant c’est un peu trop tard. J’apprends de mes erreurs, c’est déjà un point positif.
- Je suis désolée...
- Non ne dis pas de bêtises, tu ne pouvais pas savoir. Une balle dans la tête, dit-elle en faisant le signe avec sa main contre sa tempe dans une démonstration dérisoire. Puis cette fille qui t’a accostée, je la connais bien et elle ne t’aurait pas fait de cadeaux. C’est une vraie plaie. Et toi raconte-moi, qu’est ce qui t’es arrivée pour que tu te retrouves là ?
J’eus un rire étouffé en repensant à ces deux derniers jours et je finis par m’adosser à mon tour sur ce mur glacial avant de lui répondre.
- Ce serait trop long à te raconter mais pour te résumer et bien disons que certaines choses ne se sont pas passées comme prévu. Et j’ai l’impression d’avoir tout gâché, une fois encore.
Kendra se tourna vers moi et posa sa main sur la mienne. Son regard ressemblait à celui d’une mère qui avait une chose importante à annoncer à sa fille.
- Ne renonce jamais à tes rêves ou à quoi que ce soit. Je te dis ça parce que moi je n’ai pas eu d’autre choix que d’y renoncer. Me voilà depuis plus de trois ans dans un gang où on s’amuse à faire régner l’ordre dans les quartiers mal réputés. J’étais jeune et impulsive mais je regrette tellement de choses et j’ai perdu tant de personnes que j’aimais. Si je te dis ça c’est simplement parce qu’il n’est jamais trop tard pour accomplir ses rêves lorsqu’on le peut encore. Dans mon cas, si je renie mon gang et bien je me retrouverais six pieds sous terre en moins de deux.
- Je comprends... La vie ne t’a pas fait de cadeaux à toi non plus.
Elle posa sa tête contre mon épaule avant de fermer les yeux. Je ne dis rien et fit de même alors que mes yeux commençaient déjà à se fermer. En quarante-huit heures je n’avais pas dû dormir plus de sept heures. Maintenant, je me laissais emporter dans mes rêves en essayant d’oublier dans quelle merde je m’étais encore fourrée...




12






« Du moins c’est ce que nous espérons ».
Ces paroles me sortirent de mon sommeil. J’ouvris les yeux et aperçus tout d’abord Kendra sur qui j’étais bien sagement posée. Elle dormait encore. A travers les barreaux, j’aperçus un policier accompagné de Jake. Le flic ouvrit la porte en m’appelant d’une voix forte et distincte annonçant qu’on venait de payer ma caution. Je me sentis à la fois rassurée et énervée.
Je me levais, réveillant Kendra en ôtant mon bras de sous sa tête qui, d’un sourire, me souhaita bonne chance avant de se rendormir.
- Salut Liz, dit-il d’un air gêné. Je me suis fait du souci pour toi...
On marchait tous deux jusqu’à la sortie du commissariat sans dire un mot. Enragé contre lui, je me contentais de lui jeter des regards menaçants. Mais je ne lui en voulais pas vraiment, j’étais seulement sous l’emprise de la peur. Il était si mignon lorsqu’il était gêné que je ne pu m’empêcher de le regarder. Il m’avait manqué quand même...
- Dis-moi Jake ?
- Oui ? Demanda-t-il avant de se faire bousculer par une jeune fille qui venait de rentrer dans le commissariat. Vous pourriez vous excuser quand même ! Lui cria-t-il en se retournant vers ce drôle de personnage.
La fille répliqua. Elle semblait me connaître mais je ne pus la reconnaître sur le moment. Elle me dévisagea avant de m’adresser la parole.
- Liz ?
- On se connaît ?
- Fais attention !
- Quoi ?
Un homme venait d’entrer dans le commissariat muni d’une arme que je n’avais pas eu la chance d’apercevoir. Les gens se mirent à crier et il pointa son arme en notre direction. Il était grand et ténébreux et mâchait un chewing-gum d’une manière très déplaisante. Ses yeux exprimaient du mécontentement et en même temps une joie incertaine. Ce sentiment qui s’affichait sur son visage me terrorisa. Tout s’effaçait autour de moi et je n’aperçus que le canon de son revolver qu’il plaça non loin de mon visage d’un air déterminé. J’avais bien trop peur pour voir ma vie défiler devant mes yeux mais le temps semblait ralentir et l’action devenait presque paralysée. Je voyais ce qui se passait autour de moi, des visages terrifiés ainsi que des hurlements de terreur. Jake m’attrapa le poignet et me tira vers la sortie.
Les gens se mirent à crier et à se plaquer à terre ou sous des bureaux. Une vieille dame eut même l’idée de se cacher sous une chaise en agrippant sa tête de ses petites mains tremblantes.
- Je te tiens ! Dit-il enfin avant d’appuyer sur la gâchette.
Par chance, un policier intervint rapidement et lui assena un coup au dos ce qui fit dériver la balle en hauteur. Elle transperça le plafond en faisant tomber une pluie de poussières sur les gens apeurés. Jake m’agrippa le bras et me conduisit en dehors du commissariat. J’eus le temps de me retourner et de voir cet homme se faire attraper par deux policiers qui tentaient de l’immobiliser. Nos regards se croisèrent à peine une seconde avant qu’on ait passé la porte qui nous menait à l’extérieur de toute cette violence. J’étais sous le choc et je me laissais diriger par lui jusqu’à sa voiture. Jake courut jusqu’à ne plus en pouvoir et mon cœur battait extrêmement vite, pas forcement par mauvaise endurance mais surtout par traumatisme.
Jake tenta d’ouvrir la portière en faisant tomber ses clefs à plusieurs reprises.
Sans qu’on ne s’en rende compte, un fourgon arriva à notre distance et un homme en sortit avant de nous attraper et de nous expulser à l’intérieur.
La porte se referma et le van accéléra. En me jetant, je mettais blessé à la tête mais sans gravité, ce que Jake perçu immédiatement, sans pouvoir m’aider. Les hommes semblaient fous et l’un d’eux lui parla grossièrement.
- Tu ne te moquerais pas de nous par hasard ?!
Un homme assis autre deux autres personnes à la corpulence très développée semblait bien connaître Jake. Pourquoi nous avaient-ils embarqués dans ce fourgon et qui était donc ce fou furieux qui avait tenté de me tuer dans ce commissariat ? Mon esprit était totalement brouillé. Je ne savais plus quoi penser ni quoi faire. Pourquoi est-ce que toutes ces choses m’arrivaient à moi ? Je voulais juste connaître certaines choses de mon passé, je n’en demandais pas autant...
- Je suis désolé. Il y a eu des complications.
L’homme se mit à rire ce qui entraîna les deux gros bras dans le même état d’esprit et ils se mirent à rire à gorge déployée.
- Je n’en ai rien à foutre de tes complications. Ramène-moi ces œufs ce soir ou sinon je te découpe en morceaux et je te donne à manger à mes chiens. T’as compris sale fils de pute ? Et je viole ta copine jusqu’à ce qu’elle me supplie d’arrêter et là je lui colle une balle dans la tête avant de la jeter dans de l’acide. Alors vas te faire foutre avec tes complications et ramène-moi mes œufs !!
Le fourgon s’immobilisa un instant et un de ses hommes nous balança dehors avant de repartir.
On se retrouvait perdu dans une route isolée avant de retourner devant le commissariat pour récupérer la voiture de Jake en espérant que le cinglé qui avait tenté de me tirer dessus était déjà reparti.


* * *


En entrant dans l’appartement de Jake, je fus étonnée de voir tout ce rangement. Rien ne traînait au sol, les meubles étaient tous bien garnis de livres ou de décorations et une odeur de propre régnait dans le hall d’entrée. J’étais surprise, le pensant plus ou moins bordélique, imaginant entrer dans une demeure où le chaos résiderait sur tout.
Je restai plantée à l’entrée de son salon, n’osant pas m’installer, sûrement encore sous le choc de cette matinée peu banale. Il entra dans sa cuisine comme la redécouvrant après un long voyage et prit le récipient de sa cafetière qu’il remplit d’eau au robinet.
- Tu désires boire du café Liz ? me demanda-t-il en emboitant le récipient dans la machine qu’il rempli d’un filtre et de café moulu en grosse quantité.
J’entrai dans le salon et m’installai sur son canapé qui faisait angle avec le mur. Il donnait pile devant sa télévision que je me permis d’allumer pour rompre ce silence gênant.
- Je veux bien mais ne le fais pas trop fort, je n’ai pas l’habitude d’en boire.
- Ne t’en fais pas, ça va bien te réveiller.
La télé s’alluma, un poil trop fort pour mes oreilles, et se mit automatiquement sur la chaîne météo. Quel était l’intérêt pour moi de savoir le temps qu’il allait faire, je ne savais pas encore ou je serais demain.
Jake ne dit pas un mot et trafiqua quelques trucs dans sa cuisine qui me paraissaient suspects. J’espérais néanmoins qu’il nous préparait un petit encas. Je n’avais pas mangé depuis bien longtemps et un petit quelque chose m’aurait fait du bien.
- Alors comment tu trouves mon petit chez moi ?
La tête de Jake apparut par l’entrée de la cuisine. Il tenait quelque chose dans les mains que je ne pus identifier.
- J’aime beaucoup. C’est spacieux en tout cas. Mais ta copine ne risque pas de revenir ?
- Ma copine ? Dit-il en retournant à ses occupations.
- Eh bien oui. Tu sais... Enfin la fille dont tu m’as parlée.
- Ah si bien sûr ! Excuse-moi, j’ai la tête ailleurs en ce moment. Ne t’en fais pas pour elle, elle est sûrement partie chez une amie pour un long moment. Puis de toute façon c’est mon appartement, pas le sien. Ne t’en fais pas Liz.
Je continuais à passer les chaines une par une mais je n’arrivais pas à trouver quoi que ce soit d’intéressant. Je zappais entre une pub on l’on apercevait un chien qui parlait en réclamant une marque de croquette célèbre, un vieux film avec Tom Hanks en vedette, un documentaire sur les rhinocéros dont la voix-off parlait d’une voix somnolente puis un téléfilm d’amour en carton. Je décidais de couper la télé, en désespérant sur toutes ces chaines inutiles.
Jake arriva avec les deux cafés qu’il posa sur le verre de la table basse qui se trouvait devant moi. La chaleur du café était telle que de la vapeur qui en sortait me réchauffa les mains que j’avais posé au-dessus. Elles firent barrière et repoussa cette vapeur aux extrémités de mes doigts. Je n’avais pas extrêmement froid mais mon corps avait besoin de chaleur pour se tonifier.
- Et voilà pour la miss !
Il tenait dans ses mains un plateau qui soutenait deux assiettes garnies de croissants, de pains aux chocolats, de pancakes dont le sirop d’érable débordait en tous sens, de fines tranches de bacon grillés qui recouvraient des œufs brouillés. Cette vue me donnait l’eau à la bouche et je m’empressais de saisir les couverts pour dévorer ce plat.
Le repas concocté par Jake disparu très rapidement dans nos estomacs, engloutissant tout quasiment d’une seule traite.
- Tu sais Jake... Lui dis-je une fois nos assiettes vides, en posant une main sur mon ventre gonflé. Tu es un très bon cuistot ! Je n’avais pas mangé aussi bien depuis... Eh bien à vrai dire c’est la première fois que je mange aussi bien de toute ma vie il faut croire.
- Je te remercie !
On était tous deux affalés sur le canapé à finir le peu de café qu’il nous restait et Jake se leva, poussant un petit rugissement, pour aller s’en resservir en prenant sur son passage ma tasse sans me demander si j’en désirais encore. Il devait penser qu’on aurait encore une longue journée devant nous et qu’il ne nous fallait pas flancher en cours de route. Eh bien il avait parfaitement raison. J’étais impatiente d’arriver enfin à L.A. J’avais toujours rêvé de visiter cette grand ville. De me balader sur les plages de Malibu et de manger une glace sur les rues de Venice.
Je me levai du canapé et dans une démarche lente, m’avançai vers la cuisine. Jake mit du café dans la machine avant d’appuyer sur le bouton qui déclencha la cafetière. Le café tombait à petites gouttes et Jake se retourna pour me rejoindre avant de se rendre compte que j’étais déjà présente dans la pièce. Il sursauta avant de se demander pourquoi j’étais venu le rejoindre.
- Tu as besoin de quelque chose ?
- Tu sais Jake... Je me disais...
Je m’approchai de lui et son regard s’intensifiait au rythme de mes mouvements. Sa main empoigna fermement le rebord de l’étagère sur laquelle il s’était appuyé et ne lâcha pas mon regard. Il sentit en moi une sorte d’excitation bestiale qu’il déchiffra à la seconde où nos regards s’étaient croisés dans cette cuisine. L’attraction charnelle prit le dessus et nous nous retrouvâmes à quelques centimètres l’un de l’autre, sans dire un mot. Juste en nous contemplant. La température monta d’un cran avant que nos corps se mettent à bouillir dans un désir commun.
Il n’en attendit pas plus de moi avant de m’attraper par la nuque et de m’embrasser langoureusement. Même Sven ne m’avait jamais embrassé de la sorte. Ce fut tendre et passionnel dans un mélange de sensations qui me transporta ailleurs, dans un endroit où il faisait bon vivre et où tout paraissait beau et paisible. Je me sentais bien avec lui et je commençais à lui retirer son tee-shirt laissant apparaître sa silhouette mince mais bien bâtie. Il se remit ensuite à m’embrasser, déboutonnant mon jean de ses mains fortes et viriles. Je l’aidais à retirer mon pantalon qu’il jeta plus loin avant de retirer le sien. Il me posa ensuite violement contre la table de travail avec un tel élan que je n’osais poser la moindre résistance et le laissai balader ses mains chaudes sur mon corps.
Après avoir retiré mon haut, il embrasse ma poitrine en ôtant mon soutien-gorge puis descendit vers le bas avec sa langue. Je bouillonnais à nouveau et je voulais absolument le sentir en moi. Sentir son engin rugir dans mon corps et nous entendre crier de plaisir dans un chant d’amour, oubliant que la vie est aussi fade et déplaisante.
Je ne pensais pas aimer à nouveau mais aujourd’hui, ma vie m’a rempli de surprises tout aussi étonnantes dont j’aurais du mal à effacer de ma mémoire.




13






« Lâcher sa main aurait été comme laisser s’enfuir le monde et rester là, seule, à attendre patiemment. Attendre qu’un signe veuille bien éclairer ma route et me montrer le chemin à prendre. Comment pouvais-je encore croire à un destin après avoir subi une telle absence.
Je la contemplai qui me regardait fièrement d’un trait maternel, admirant ce soleil radieux qui gisait de part les nuages qui nous recouvrait d’ombre. Ce portrait de famille me rappelait étrangement celui que je n’ai jamais vraiment eu. La vie parfaite qui aurait dû ensoleiller mes journées et non me faire connaître des moments aussi étroits que j’ai vécus avec Karl.
Je prenais plaisir à me réjouir de ce moment qui me semblait éternel ainsi qu’à ses yeux. Mais on n’était pas seul. Il manquait hélas la compagnie d’un père que je n’ai jamais vu mais pourtant elle était là, sourire aux lèvres et les yeux remplis d’amour. Cette chevelure brune qui brillait sous ce soleil d’été me ressemblait mais ce n’était pas moi. Maman l’a reconnut et la prit dans ses bras en la câlinant de tout son être. Cette personne n’était pas moi et par-dessus l’injustice de cet amour partagé, je me renfrognais dans mon coin, ne comprenant pas pourquoi elle me remplaçait par elle.
« Rejoins-nous, me dit-elle en caressant cette chevelure d’ange. Tu as peur ? Pourquoi cette expression sur ton visage ? Tu as l’air si triste... »
Mais je l’étais... Et je n’arrivais pas à comprendre ce qui se passait. Pourquoi tout fut si compliqué dans nos vies. Je n’en demandais pourtant pas tant, je voulais juste vivre d’amour et de notre petit havre de paix et faisait tant notre bonheur. Les choses sont parfois telles qu’on ne peut rien y faire pour qu’elles changent.
Sa main lâcha la mienne et son visage se déforma. J’avais très peur... J’étais seule... Je ne pouvais me résoudre à la perdre à nouveau. Pourquoi devait-elle encore partir. Qu’avais-je donc fait de si mal pour qu’elle me punisse ainsi...
« Ne t’en vas pas... » Je voulu crier mais ma voix diminuait d’intensité. Rien à faire, elle était déjà bien trop loin et j’avais beau pouvoir crier qu’elle ne m’entendrait même pas.
J’étais à nouveau seul dans ce jardin si radieux. Une goutte tomba sur mon visage que j’essuyais avec la manche de ma veste. Une trace rouge s’imprégna dessus. Je paniquais mais rien à faire, personne n’était là pour me venir en aide. Elle m’avait abandonnée à nouveau... 
».

- Liz ?! Tu vas bien ?!
Jake m’agrippa le bras pour tenter de me réveiller. Il faisait chaud, je transpirais. Ce n’était qu’un cauchemar.
- Tu m’as fait peur tu sais... Tu n’arrêtais pas de bouger dans tous les sens.
- C’est rien, ne t’en fais pas. Il est quelle heure ? Demandais-je en me relevant sur le lit.
- Une heure passée. C’était vraiment bien...
Il paraissait tout timide en repensant à notre première relation sexuelle et je trouvais ça vraiment touchant. Je posais ma tête contre lui, ce qui le rendit encore plus heureux. Il se sentit emporté ailleurs, sûrement dans un bonheur sans fin.
- Tu sais Jake, ça me ferait quand même mal que ton ex copine rentre chez toi alors que tous les deux on a... Enfin tu vois quoi.
- Tu n’as vraiment pas à t’en faire pour elle... Je t’ai menti Liz et j’en suis vraiment désolée.
- Mais mentis sur quoi ?
Je levais ma tête et Jake se leva du lit avant d’enfiler son jean.
- Eh bien ça fait deux ans qu’on n’est plus ensemble, voilà.
- Et ton histoire comme quoi t’aurais parcouru tout ce chemin pour penser à autre chose....
Il enfila son tee shirt avant de se rasseoir sur le lit, non loin de moi. Il posa une main sur ma jambe que je ne pus lui faire dégager.
- Ce jour là c’était l’anniversaire de sa mort. C’est tout.
- Ah merde... Je me sens tellement...
- Tellement navrée ?
- Non, pas exactement mais en tout cas je suis vraiment désolé pour toi. Je sais ce que c’est que de perdre un être cher à ses yeux et je sais très bien que ce n’est pas facile à vivre.
- Je vais de l’avant ne t’en fais pas. J’ai eu ma mauvaise passe mais tout ça est derrière moi maintenant et je pense à mon avenir.
Je me sentais honteuse de lui avoir fait repenser à son chagrin et je me sentis obligée de le réconforter. Je le pris par la taille et dans un câlin très sensuel, ne le lâchai plus.
- Tu sais que t’es plutôt doué au pieu toi ! Lui déclarais-je avant qu’il ne m’embrasse sur la tête.
Quelqu’un frappa à la porte, et Jake se redressa. Il se demanda un instant qui pouvait bien venir les déranger puis il se rappela qu’un ami devait passer dans la semaine. Il se dirigea donc vers la porte d’entrée en m’adressant un sourire avant de quitter la chambre. J’en profitais pour me rhabiller.
Par curiosité, j’écoutais les deux hommes parler lorsqu’il vint ouvrir la porte, mais leurs voix étaient si faibles que j’avais beaucoup de mal à comprendre ce qu’ils se disaient. Je finis de mettre mon haut et commençais à longer le couloir vers l’entrée pour me joindre à eux. Je n’aimais pas m’immiscer dans les conversations des autres mais j’étais assez curieuse de connaître ses amis. Je ne connaissais pas grand-chose de lui et cela m’aurait fait plaisir d’en savoir plus.
J’apercevais enfin la forme de Jake et je m’avançais d’avantage pour connaître son ami. Jake ne bougeait pas, c’est étrange. Il ne devait pas être aussi excité de revoir cette personne que j’aurais pu l’imaginer. Plus un mot ne se dit laissant régner un calme gênant dans la maison. Je m’avançais à nouveau et Jake tomba à genoux, fixant la personne devant lui. Je ne voyais pas son visage mais je restai bloquée sur place. Que ce passait-il ? Jake tomba ensuite sur le dos. Une lignée de sang coula autour de lui comme le redessinant. L’homme essuya son couteau à lame fine qu’il rangea dans son imper noir. Je le connaissais... Il avait tenté de me faire du mal au commissariat. Cette pensée glaça mon sang.
Je retournai dans la chambre, paniquée, et tentai de reprendre mes esprits avant de décider de m’enfuir, tout simplement. Je grimpai sur la fenêtre et en sautant, atterris quelques mètres plus bas, dans la rue. La voiture de Jake n’était pas garée loin et j’entrepris de la récupérer avant de repartir. « Merde ! Me dis-je. Fait chier... ».
Je rentrai à nouveau dans la maison, guettant le moindre bruit suspect. Il me fallait à tout prix prendre les clefs qui se trouvaient dans son jean et ce ne serai pas une mince affaire...
Le couloir était vide. Je me faufilais en me baissant pour ne pas être vue. J’avançais lentement et toujours personne ne se montrait. Le corps de Jake était non loin de moi. Plus que quelques petits mètres et j’aurai les clefs. Il ne me fallait pas traîner, il n’était pas reparti, j’arrivais à sentir sa présence. Cette sensation me fila la chair de poule. Je l’imaginais guettant mes pas, suivant ma lente démarche comme une proie. Je craignais qu’il n’apparaisse de nulle part, surgissant sur moi comme un prédateur.
M’agenouillant devant son corps, je m’efforçais de ne pas tremper mon jean dans le sang qui s’arrêtait progressivement de couler. La clef était quelque part dans une de ses poches dans lesquelles je plongeais honteusement ma main. La première poche était remplie de papier et de pièce de monnaie. La seconde d’une clef. « Bingo ! Criais-je risquant de me faire remarquer ». La clef était petite et colorée de bleu foncé sur le dessus. Ce n’était pas elle...
Je persévérais dans mes recherches et finit par la sentir à travers sa poche arrière. Je l’extirpai et l’empoignai avant de me relever et d’inspecter les lieux pour voir s’il n’était pas dans les parages.
Toujours rien...
J’avais très peur. Mes yeux se tournèrent sur ma gauche, laissant le reste de mon corps immobile, ayant cru entendre un bruit dans la maison. J’étais persuadée d’avoir reconnu un bruit de craquement caractéristique du parquet. Il n’était pas loin. Il me fallait sortir à tout prix d’ici avant qu’il ne me retrouve.
Le jardin était vide ainsi que le quartier dans lequel je me trouvais. Quelques voitures étaient garées devant des jardins qui limitaient les habitations. Le soleil me tapa au visage et me rendit un léger mal à l’aise sûrement à cause de la panique. Je tentai de marcher droit et compris que si je ne trouvais pas de suite la voiture, j’y resterais sûrement.
- Tu crois aller où comme ça ?
Sa voix provenait de plus loin. Je ne le voyais pas mais l’écho paraissait éloigné. Je courais jusqu’à l’entrée du jardin où se trouvait la voiture de Jake. Il courrait derrière moi mais je ne me retournais pas, je me contentai de me focaliser sur la serrure que j’essayais d’ouvrir nerveusement. Je le sentais se rapprocher de moi et renonça en me retournant vers lui. Il ressemblait à un fou qui sprinterait sans raisons apparentes. On sentait la haine et le mépris au fond de lui et, dans un moment d’égarement, je repris mes esprits. J’ouvris la porte et rentra dans la voiture. Une fois les clés dans le contact, la voiture démarra aussitôt. Il arriva jusqu’à la voiture et tenta de briser la vitre de ses grandes mains lorsque je poussai un cri d’effroi. Il se mit devant la voiture et pointa son arme droit sur ma tête mais n’eut pas le temps de faire feu. Je lui roulais dessus sans sommation et je sentis la voiture heurter son corps.
Je roulais maintenant à une vitesse folle, sans me soucier d’autrui ni même sans savoir où je pouvais bien aller. Je suivais mon instinct qui, dans un moment de folie, me disait de partir loin de ce cinglé.
A travers le rétroviseur j’aperçus une voiture qui me colla au cul. Sans pouvoir identifier le conducteur, je sus que c’était encore lui. Il ne me lâchera donc jamais... Il me fallait lui échapper mais cela risquait d’être compliqué. Entre quelques va-et-vient de ralentissement et d’accélérations, je pensais lui faire peur mais au contraire, il en profita pour me faire peur lui aussi et me doubla pour me faire une queue de poisson que j’évitais de justesse. Un camion qui passa en contre-sens me fit des appels de phares. Je roulais trop près du sens inverse et il me fallait faire attention avant que je me fasse heurter de plein fouet par une voiture qui arriverait devant moi mais il se collait contre ma droite, roulant sur le bas côté en m’interdisant de resserrer sur la droite. J’étais bloquée et un autre camion arrivait en face. Cette fois-ci il le vit comme moi et dans un jeu sadique me poussa d’avantage sur la gauche. Le camion ne ralentissait pas pour autant mais se contenta de quelques appels de phares. Cette grosse masse de ferraille m’attaquant par-devant à une vitesse étonnement vite, s’approchait de plus en plus. Ne me voyant pas me resserrer, il se mit à klaxonner. J’étais terrorisée et il le vit.
« Vas te faire foutre espèce de taré ! ». J’avais beau crier, il continuait encore. Le camion n’était plus qu’à quelques mètres et je sentais presque l’impact arriver. Tout mon corps se crispait et je n’arrivais pas à fermer les yeux. Il me regardait avec ses yeux de psychopathe mais je ne voulais pas lui faire ce plaisir.
J’inclinais le volant vers la gauche. Il me regardait en essayant de comprendre, tentant de déchiffrer en moi et pendant l’espace d’un instant, il comprit mon petit jeu. La route se situait sur une pente sinueuse. Tout autour de nous se trouvaient des falaises arborées. Il comprit mais n’approuva pas. C’était ma dernière chance et je tournai le volant au maximum, entendant mes roues grincer. Le camion arriva à mon niveau et me percuta par l’arrière ce qui me fit dériver encore davantage. La voiture partit dans le décor, dévalant la falaise en tonneau. Je me sentais comme une olive dans un shaker. Mon corps recevait des coups atroces. Je sentais des os se briser et ma chair s’ouvrir de part et d’autre. Toute ma misérable vie ne me semblait tout aussi pathétique et j’allais mourir là, dans un état que je ne connais même pas, à bord d’une voiture pourrie qui ne m’appartenait pas. Ce n’est pas la vie dont j’avais toujours rêvée mais cette réalité était bien là, présente dans cette voiture qui se défonçait au fur et à mesure des chocs.
« Je suis morte... Me répétais-je dans la tête ».
- Vous allez bien ? Je pense qu’elle a besoin d’air ! Appelez vite une ambulance et bon sang... Reculez !!
J’entendais cette femme crier. Je n’étais pas morte, Dieu merci. J’avais froid et mes yeux se faisaient lourds et humides dans un pivotement vers le haut qui me rendit aveugle un instant. Et ensuite... l’obscurité.
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MessageSujet: L.A. River - Midnight Rider (Tome 1) "Chapitre 14 à 17"   Jeu 7 Avr - 0:01


14






« Ta présence manque à ma vie... Une ombre chevaucha mon lit pour arriver jusqu’à moi, le visage imprégné de noir. Il m’était impossible d’apercevoir cette personne d’autant plus que mes yeux refusaient de s’ouvrir, refusant d’obéir, tout comme mon corps paralysé. Un souffle froid transperça mon corps et me voila frissonnante et impuissante face à elle. Je ne pouvais me résoudre à me faire emporter par cette force mystérieuse.
Chuchotant quelques mots à mon oreille, je me sentais revenir. Mes yeux restèrent fermés mais j’arrivais à voir tout autour de moi, elle qui de ses mains glacées, me griffa la poitrine.
« Run... Run ! »
Je ne comprenais rien... Je voulais partir mais mon corps refusait d’obéir.
« Run Rabbit... Run !! »
Un cri retentit dans la pièce mais je ne voyais plus personne. J’étais seule... Tellement seule...
»

- Mademoiselle Trey ? M’entendez-vous ? Serrez ma main si vous m’entendez.
Une femme tenait ma main en la tapotant de ses petits doigts froids. Elle tentait de me réveiller par la parole. Tout ceci n’était qu’un rêve.
En ouvrant les yeux, je compris où je me trouvais. La femme en question, vêtue d’une longue blouse blanche, était une infirmière. Elle avait l’air gentil. Son chignon ainsi que ses petits yeux bleus tout ronds lui donnaient les airs d’un ange.
Non loin d’elle, se trouvait deux agents de police. Ils n’étaient pas en uniforme mais il fallait être myope pour ne pas les reconnaître. L’un d’eux regardait par la porte de la chambre comme guettant la venue de quelqu’un puis l’autre, fixait le postérieur de la jolie infirmière qui se baissa pour me remettre une perfusion.
- Vous vous rappelez de quelque chose mademoiselle ?
- De rien... Pourquoi suis-je ici ?
- Un terrible accident... Vous rouliez trop vite selon les messieurs derrière moi. D’ailleurs ils désirent vous poser quelques questions mais je peux leur dire de repasser si vous vous sentez trop faible, demanda-t-elle d’un clin d’œil discret.
- Non ça ira, c’est gentil. J’aimerais savoir ce qu’ils ont à me dire.
- Comme vous désirez. Si vous avez besoin je ne serais pas loin d’accord ?
Puis l’infirmière repartit en fermant la porte derrière elle, laissant la place aux deux agents qui ne perdirent pas une seconde pour me questionner.
- Pour commencer on se présente. Agent Furtney et mon collègue si présent, l’agent Flynn. Le commissaire Bates de l’état de New York nous a contactés pour nous mettre en courant de l’affaire. Vous n’avez plus rien à craindre, on est au courant de toute l’histoire. Il nous reste juste à retrouver l’agent Johnson qui...
- Agent Johnson ?! M’écriais-je en lui coupant la parole. C’est lui qui a essayé de me tuer à plusieurs reprises ?!
Flynn intervint à son tour.
- C’est bien lui oui.
- C’est un foutu flic qui a tenté de mettre fin à mes jours ?! Je ne comprends plus rien... Mais pourquoi ? J’ai fait quoi de mal ?
- Ce n’est pas exactement un flic. Il fait parti du F.B.I. On essai d’en savoir plus à ce sujet mais son dossier ne révèle rien d’anormal chez lui.
- Qu’il ait pointé un flingue sur moi en plein commissariat et qu’il ait tenté de me faire écraser par un camion n’est pas suffisant comme preuve pour vous ?!
Ils me mirent dans une colère noire. Ne sachant plus quoi dire, Furtney gribouilla quelques notes sur son calepin. Je refusais d’en dire plus, encore sous le choc de cette histoire. Comment un agent du F.B.I. pourrait faire de telles choses et surtout sur moi qui ait une vie si banale. Pourquoi moi ? Qu’avais-je de plus qu’un autre...
- Et on pense aussi que ce serait lui qui aurait déclenché l’explosion qui a carbonisé votre maison avec votre beau-père à l’intérieur. Voilà pourquoi on a retiré toutes plaintes vous concernant.
- Je vous demande pardon... Il aurait fait quoi ?
- Vous n’étiez pas au courant ?
- Bah bien sûr que non. Je me suis enfui lorsque Karl rentrait du travail, je ne l’ai plus revu ensuite.
- La police vous a traquée un long moment pensant que vous en étiez responsable.
- Je vois... Je pourrais rester seule à présent ? J’ai besoin de repos.
- Bien sûr. Nous repasserons demain dans la matinée et vous n’avez strictement rien à craindre, nous avons placé plusieurs agents dans l’hôpital pour surveiller toutes sortes d’intrusions. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles !
Il sourit et, accompagné de son collègue, sortit de la chambre, refermant la porte derrière eux. Je n’étais pas vraiment rassurée... Ce cinglé a déjà tenté de me tuer à plusieurs reprises et a bien failli y arriver dans un commissariat...
Je tentai de m’assoupir mais toutes ces horreurs me revinrent à l’esprit. Je craignais de m’endormir et de me réveiller en sa présence et d’y passer cette fois-ci... je me sentais tellement confuse. Ma tête bouillonnait. Il me fallait du repos, tant pis.


* * *

Le calme avait prit possession des couloirs de ce vaste hôpital. Du moins, à l’étage des cas les moins graves. Johnson parcourait les marches une par une pour arriver au second étage, où se trouvait le bureau des admissions. Il longea ensuite un couloir où deux infirmiers de garde parlaient entre eux. Il entendit que l’un d’eux évoquait la possibilité que sa femme le trompe avec son meilleur ami ce qui fit sourire l’inspecteur.
Il arriva au bureau et se mit à fouiller les dossiers du jour. Ils étaient classés par ordre alphabétique, ce qui l’arrangea fortement.
A.
B.
C...
F.
H...
M...
P....
S et T.
« Bingo ! ». Il venait de trouver les dossiers en T et les feuilleta un par un. « Samantha Talas, Dimitri Tiner, Christopher Tolaro, Liz Trey ! Placée aujourd’hui chambre 408 à 14h32 suite à un accident de voiture. Blessures légères – entorse au pouce, à l’index, et coupures au visage ainsi qu’au genou ».
Il se dirigea donc vers la chambre 408 où était installée la jeune Liz qui devait sûrement dormir paisiblement à l’heure qu’il est.
Dans l’immensité du couloir qui donnait sur les chambres 402 à 410, le corps d’un policier gisait au sol. On venait de lui trancher la jugulaire et il se vidait de son sang à une vitesse folle. Son visage était aussi blanc qu’un cachet d’aspirine. Le jeune policier, dans ses derniers instants de vie, pensa au visage de sa petite femme, Heather. Il pensait à quel point sa mort serait plus douce si elle était à ses côtés pour lui tenir la main avant de plonger dans un sommeil sans fin. Il agonisait seul, terrifié de ce qui l’attendait. On n’apprend pas à un flic à mourir.
La chambre de Liz était plongée dans l’obscurité. Johnson s’approcha d’elle à petit pas, dégainant son flingue en posant sa main gauche sur le canon comme pour l’empêcher de s’enfuir. Elle devait dormir à poings fermés et il en profita pour s’approcher le près possible d’elle. Cela dit, un truc lui parut étrange. La fenêtre était ouverte. Il l’examina rapidement et aperçut un pyjama d’hôpital au pied de cette fenêtre. « C’est quoi que cette merde ? ».
Il souleva la couverture et n’y trouva que des oreillers empilés de façon à ce qu’on y aperçoive un corps humain.
Par derrière, Liz lui porta un coup violent au dos à l’aide d’une chaise. Il tomba aussitôt, inerte. Elle ne perdit pas de temps et passa par la fenêtre pour escalader la façade de cet hôpital. Liz aurait pu très bien sortir de sa chambre mais elle avait vu Johnson assassiner le pauvre policier et elle avait peur de ce qu’elle aurait pu trouver dans les couloirs.
Johnson bougea ses paupières. Il reprenait conscience alors que Liz était déjà en train de jouer les araignées acrobates sur plus de quinze mètres de hauteur.
Il bougea à nouveau ses paupières dans un moment très court d’inconscience et les ouvrit.




15





Mains et genoux collés contre la façade, je tentais de garder l’équilibre. Je m’agrippais contre ses parois dont le bois était fatigué. Le vertige me faisait tourner la tête mais je ne devais surtout pas lâcher prise, au risque de faire le grand saut. Le sol était à plusieurs mètres de moi, l’apercevant avec terreur. Je savais que le soit disant Inspecteur était tout près de moi. Il ne me restait plus beaucoup de temps avant qu’il ne me retrouve et il me fallait donc accélérer le mouvement. Je venais de parcourir une bonne partie du chemin lorsque j’arrivais devant une fenêtre ouverte. J’entrai à l’intérieur et y trouva une chambre vide dont le lit était défait. Je sortais rapidement de cette chambre et longea les longs couloirs vides.
Arrivée à la sortie, je me m’y à courir jusqu’à ne plus sentir mes jambes. Mes poumons me firent un mal de chien, suffocant et crachant toute la foutue nicotine que j’avais inhalée au cours de ces dernières années. La nuit était calme, pas un chien ne traînait dans les rues, ni même une voiture. Je me sentais moins seule, le sentant arriver derrière moi. J’arrivais à un point où mes jambes refusaient d’avancer, me désobéissant complètement.
Johnson arriva enfin à quelques mètres de moi. La panique me poussa à accélérer, le cœur battant à son maximum. Je ne lâchais pas, ce qui sembla l’énerver. Son allure était beaucoup plus rapide que la mienne, me rattrapant très vite. Une voiture me coupa la route avant de s’arrêter. La personne sortit de sa voiture pour voir si j’allais bien.
- Aidez-moi ! S’il vous plaît Monsieur ! Il veut me tuer...
- Je ne comprends rien à ce que vous me racontez mademoiselle. Parlez moins vite !
- Il veut me tuer je vous dis !
Cette personne avait dû mal à comprendre que j’étais en danger mais tant pis, je tentai le tout pour le tout et entrai dans sa voiture en la verrouillant de l’intérieur. L’homme tenta de l’ouvrir.
- Mais vous faites quoi ?! Sortez de là !
Je l’évitais et accélérais sans savoir quel chemin prendre. Je venais d’éviter de me faire tuer une fois de plus... Mais qui était-il ? Et pourquoi cet acharnement ?
Les médicaments qu’on m’avait donnés à l’hôpital m’assommaient. J’avais beaucoup de mal à me concentrer sur la route.


* * *


Bates se réveilla brusquement. Rares sont les fois où il faisait d’aussi mauvais rêves, mais ce soir là, il se sentit bouleversé. Sa femme se réveilla en l’entendant suffoquer. Elle tendit un bras consolateur vers lui qu’il attrapa avant d’embrasser.
- Ca ne va pas chéri ? Demanda-t-elle d’une voix ensommeillée.
- Pas vraiment... J’ai un mauvais pressentiment. Mais ce n’est peut-être rien après tout. Rendors-toi.
Bates se leva et descendit jusqu’à sa cuisine pour prendre un verre d’eau. L’air dans la maison était frais et humide. Il but son verre d’eau, qu’il eut prit du robinet, avant de le poser dans l’évier, à côté d’une pile d’assiettes sales. Il contempla par la fenêtre de la cuisine le croissant de lune au milieu des étoiles et se demanda où était cette pauvre fille, seule sans défense, aux trousses d’un malade mental.
« Quel monde de merde... Pensa-t-il avant de retourner se coucher ».


* * *


A la clarté du crépuscule, je pensais à elle.
Les yeux rivés sur la route et la peur qui contrôlait mon corps, je ne pouvais m’arrêter ni même faire demi tour. Tout mon être tremblait et j’avais peine à le calmer. Ma bouche refusait de s’ouvrir lorsque je voulus pousser un long soupir. Dorénavant il me fallait survivre pour comprendre.
Cela devait faire plusieurs heures que je roulais sans m’arrêter. La jauge d’essence indiquait que mon niveau était à la réserve. Je n’avais hélas pas d’argent pour faire le plein mais je continuais à avancer, pessimiste sur mon sort. D’après le panneau que je venais de croiser quelques minutes avant, L.A. ne se trouvait plus qu’à une centaine de kilomètres. J’avais pratiquement atteint mon but. Mais à quel prix... Toute cette violence n’aura servi à rien mais malgré ce massacre j’aurais pu me rendre à destination. Cet homme prétend être mon père et j’aurais soit disant une sœur... Cette histoire était tellement grotesque que ça en paraissait plausible. Dans ma pauvre tête, mes idées se brouillaient. Je me souvenais de certains passages de mon enfance avec Maman. Ces images se sont délabrées au rythme du temps mais je me souvenais de l’essentiel. L’esprit rejette parfois le superflu mais il ne peut effacer les plus beaux moments de notre vie. Moi je me rappelais essentiellement de L.A. River... Notre petit coin de paradis.
Elle m’habillait, chaque fois que l’on s’y rendait, d’une robe légère ainsi que d’un grand chapeau pour me protéger du soleil que je m’efforçais toujours de retirer dès qu’elle avait le dos tourné. A chaque fois que je tombais et que je m’écorchais le genou ou le coude, elle me donnait un bisou – Un bisou guérisseur comme on l‘appelait – Et après ça je n’avais plus mal. Parce que j’avais été guérie par elle, je ne ressentais plus rien et me remettais à jouer. La tristesse se lisait sur son visage à cette époque. Je me souvenais de l’absence de Papa. Selon elle il était mort mais j’avais vite compris qu’elle me disait ça seulement pour me protéger. Je me rappelais qu’on n’était pas seule, une autre personne était effectivement avec nous. Mes souvenirs revenaient petit à petit. Mais cela ne pouvait... Ca ne pouvait être vrai... Comment aurais-je pu oublier que j’avais une sœur ? Cette histoire me paraissait insensée. Je me souvenais à nouveau. Un soir, alors que j’étais déjà partie me coucher depuis longtemps, on sonna à la porte. Mon sommeil n’était jamais profond. J’entendis donc la sonnette retentir dans toute la maison et, en douce, je me glissais jusqu’en haut des escaliers pour observer Maman qui ouvrait la porte. Un homme se tenait de l’autre côté mais son visage restait caché par le revers de la porte. Seul son bras gauche était visible. Il portait une veste de costard bleu foncé et un bracelet en argent pendait à son poignet. Ils parlaient assez fort mais l’homme avait une voix bien trop grave et faible à la fois pour détecter le moindre mot sortant de sa bouche. Maman elle, lui disait qu’elle ne voulait plus entendre parler de cette histoire et qu’elle refusait de s’immiscer dans des affaires dont je ne compris pas le sens. De quoi voulait-elle parler ? De quelles affaires s’agissaient-ils...
Quelques jours après cette visite nocturne, elle me réveilla en pleine nuit, sans me dire pour quelle raison et après avoir fait nos bagages en ne prenant que le strict minimum, me conduisit chez ma Tante qui habitait dans l’Utah. Elle passa sa main le long de ma chevelure encore blonde à l’époque, et me promit de revenir après avoir réglé certaines affaires. On a beau dire que les enfants sont naïfs, ils arrivent quand même à lire à travers nous. Et là j’avais senti qu’un truc avait merdé... Mais quoi ? Ce soir là il faisait bon. La température printanière était au rendez-vous. Je n’arrivais pas à pleurer ni même à montrer mes sentiments. Je ne voulais qu’elle. J’avais très mal au fond de moi, une douleur qui me prenait aux tripes, insoutenable. Elle repartit en la voiture et ce fut la dernière fois que je la vis. Après plusieurs semaines, Tante Eva s’inquiéta de ne plus avoir aucune nouvelle et en informa les forces de l’ordre qui firent des recherches immédiatement. Moi je n’étais pas inquiète. Je me disais qu’un jour ou l’autre j’entendrai sa voiture se garer dans l’allée et elle me verrait arriver vers elle. Elle me sourirait et me dirait que tout irait bien pour nous à présent. Que je n’aurais plus rien à craindre. J’aurais enfin ce bisou guérisseur et ma douleur partirait. J’en rêvais jour et nuit et ce jour fut presque arrivé.
Dans la journée, après que ma Tante m’ait servie un thé à la menthe avec trois sucres, bien comme je l’aime, elle m’envoya au lit pour une sieste. Je n’avais jamais aussi bien dormi de toute ma vie. J’avais même rêvé que je volais et que je me rendais dans notre havre de paix. Et j’entendis enfin la voiture se garer dans l’allée. L’excitation monta d’un cran et je sautais du lit avant de dévaler les escaliers deux par deux. Je m’impatientais de la voir et qu’elle me sourit avec son sourire d’ange. Elle soulagerait enfin ma peine et elle nous ramènerait à L.A. River, où nous jouerions toute la journée et où l’on mangerait des fruits en parlant de tout et de rien. Je me rendais au salon et courut à toute vitesse, passant entre la télévision et Karl qui se délectait d’une bière fraîche. Tante Eve y était déjà mais une fois sortie je commençais à comprendre qu’elle ne serait pas là...
Deux policiers étaient présents et parlaient à ma Tante qui posa une main sur son visage. Elle serra son autre main et abaissa la tête. Les deux policiers remirent leur couvre-chef avant de retourner à bord de leur voiture. Elle se retourna et me regarda. Elle n’avançait pas et je compris à ses larmes que je ne la reverrais jamais plus. Ma douleur devait rester en moi jusqu’à la fin. Je refusais d’y croire. C’était si tôt, si injuste. Je demandais juste de passer une journée avec elle et de nous enivrer de ce bonheur comme toutes les fois précédentes où on dansait bêtement devant ce grand chêne blanc qui nous procurait de l’ombre. Toutes les fois où j’oubliais les petits tracas de la vie, partageant des fous rires sans fin, des joies réciproques et ce sentiment de bien être que je venais de perdre à tout jamais.
De grandes secousses me sortirent de mes pensées. La jauge d’essence indiquait désormais le point zéro. J’étais en panne sèche. La voiture s’arrêta à très lente allure et je me retrouvais coincée au milieu de la route, sans personne à qui demander de l’aide.




16





A présent, le soleil était enfin levé. J’apercevais des hectares de plaines isolées sur lesquelles se trouvait une magnifique pelouse qui ruisselait de part les rayons du soleil. Je marchais le long de la route, laissant la voiture à l’abandon. Je perdais, au gré de mes pas, toute motivation d’atteindre mon objectif. Si je pensais y trouver enfin la vérité, qu’est-ce qui pouvait bien m’y attendre... Sûrement une nouvelle déception. Je n’ai jamais fait le deuil de Maman et je ne pense pas que ça m’aiderait davantage que de retourner dans notre endroit de prédilection.
Une aire de repos.
Je pourrais enfin me reposer quelques minutes et surtout me rafraîchir le visage. J’en avais grandement besoin. Mes joues ainsi que mon front étaient recouverts de noir et de crasse, mes fringues se déchiraient et je sentais des ampoules au niveau des pieds. Je n’aimais pas me sentir aussi sale.

Je sortais des sanitaires et me dirigeais vers un banc qui se situait juste devant un grand arbre qui perdait ses feuilles tout autour de lui, formant une auréole fanée. J’en profitais pour m’asseoir un instant, ne pensant plus à rien, jouissant de l’air frais qui caressait mon visage en balayant les soucis de ma tête. Le vent me procurait un bien fou et je contemplai ce doux paysage qui se dressait devant mes yeux ankylosés par la fatigue. Le vent avait chassé tous les nuages et avait libéré ce magnifique ciel bleu de ces tâches blanches. Je me plaisais à admirer ce si banal spectacle de la vie quotidienne.
- Liz ?
Une petite voix féminine lança mon nom comme pour mieux m’identifier. Je me retournai et aperçus une jeune fille vêtue d’un jean taille basse bleu foncé ainsi que d’un débardeur noir du quel on apercevait la jolie forme de sa poitrine proéminente. Ses cheveux été rattachés par un chignon grossièrement fait. Ses yeux... Ses yeux ressemblaient tellement aux miens. Et comment pouvait-elle connaître mon nom.
- Tu es Liz Trey ? Continua-t-elle.
- En effet. Mais qui êtes-vous ? On s’est déjà vu ?
- Bien sûr. Il y a très longtemps mais tu ne dois pas te souvenir de moi.
A vrai dire, au moment où je l’ai vu, j’ai eu la puce à l’oreille. Je savais qui elle était et j’en étais complètement terrorisée, comme si j’avais vu un fantôme. Elle resta là à sourire, sans dire un mot. On aurait dit qu’elle tentait de se souvenir de certaines émotions en parcourant mon visage et mes expressions. C’était tellement fou de la voir ici, apparaître comme une surprise.
- J’étais sûre que tu viendrais. Je ne sais pas comment mais j’en étais sûre. Tu sais, j’ai vu tout ce qui s’est passé aux infos, mais ce n’a pas été aussi facile pour moi...
- J’ai du mal à comprendre ce qui se passe en ce moment. Je suis tellement perdue. Eclaire-moi s’il te plait.
- Tu sais Liz... On ne devrait pas en parler ici. Ce n’est pas tellement sûr. Je connais un bon endroit et tu pourras y manger là bas. Tu dois être morte de faim.
- Ma voiture est tombée en panne...
- Ne t’en fais pas Liz, je suis venu avec mon moyen de transport.
Elle se tourna et désigna d’un signe de la main une Bell XB 12 SS noire avec des teintes de rouge sur certaines parties de la carrosserie. Un casque était coincé dans le guidon par l’ouverture de la visière. Elle me sourit comme pour me montrer qu’elle était fière de sa moto.
- Tu n’as pas peur des deux roues j’espère, ajouta-t-elle.


* * *


Il est 11:24 am.
Nous nous trouvions à Fresno, dans un café situé dans une grande place très animée. L’été n’était pas encore présent que les gens se baladaient avec presque rien sur le corps. Le soleil tapait fort et les gens en profitaient pour se délecter de ce climat paradisiaque. Jamais je n’ai connu un temps pareil à New York dans cette période de l’année. Ici, la population avait l’air de s’épanouir.
- Alors, je veux tout savoir sur toi. Comment tu t’appelles, pourquoi je n’arrive plus à me souvenir de toi et surtout ce qui est arrivé à Maman...
- Tu es bien pressé de connaître toute la vérité, rigola-t-elle. Mais je vais tout t’expliquer, ne t’en fais pas. Tu sais, ça n’a pas été chose facile de te trouver. J’ai du demander l’aide d’un ami qui est un crack en informatique pour arriver à te localiser.
- C’était donc toi ! La personne qui est venu me parler sur le net il y a quelques jours.
- En effet.
- Tu aurais du tout me dire ce soir-là. Ca m’aurait peut-être évitée de me retrouver dans ce genre de situation...
- Tu penses ? Et si au contraire ça avait aggravé la situation ? Et puis de toute façon j’étais surveillée. Je n’aurais rien pu te dire.
Elle but une gorgée de son café encore chaud tandis que moi je contemplai mon capuccino que j’avais du mal à avaler, sûrement dépassée par les événements actuels. Elle semblait si sereine, comme si tout ce qui se passait ne l’atteignait pas. La peur ne semblait pas la dominer et quelque part, ça me donnait la motivation pour poursuivre mon but qui était le nôtre à présent. Moi qui pensais être seule en ce monde, que ma famille était six pieds sous terre, et me voilà avec une sœur non légitime et un père qui a pour seul but de m’éliminer.
- Helena Stevens.
- Je te demande pardon ?
- Je m’appelle Helena Stevens, tu voulais savoir. D’ailleurs c’est ton nom à toi aussi. Tu as changé une fois que Tante Eva t’a adoptée.
- Je n’arrive pas à comprendre pourquoi mes souvenirs se sont aussi vite effacés. Je ne me souviens de presque rien...
- C’est normal Liz. Après un traumatisme, notre mémoire efface parfois des moments de notre vie qui nous ramènerait à ce choc. C’est une sorte de protection en quelque sorte.
- Et je voulais aussi savoir...
- Oui ?
- Ce type... Johnson. Il est...
- Oui. C’est notre père biologique. C’est toujours mieux que Karl non ? Affirma-t-elle en rigolant.
J’aimais beaucoup sa façon de tout porter en dérision. Elle me fascinait et j’étais très admirative pour le courage qu’elle avait et pour ce qu’elle a dû vivre durant toutes ces années. Je me sentais tellement lâche à côté d’elle, de me lamenter ainsi sur mon sort, chaque jour que Dieu fait...
- Et pourquoi veut-il nous tuer exactement ?
- C’est une longue histoire tu sais. Mais tu dois déjà en connaître une partie je présume.
- En effet. Mais j’aimerais tellement en savoir plus...
- Je comprends oui. Et je suis là pour tout te dire, te donner enfin les réponses à tes questions. Mais pour l’instant c’est trop dangereux de parler de tout ça...
- Oui... Tu as raison.
- Mais je pensais... Dit-elle avant de s’arrêter net en fixant devant elle. Attends !
- Qu’y a-t-il ? Pourquoi t’arrêtes-tu de parler ? Lui demandais-je en tentant de déchiffrer une expression qui ne me rassurait guère.
- Merde...
Helena fixait à travers la grande baie vitrée qui se trouvait juste derrière moi puis une voix surgit de l’intérieur du café. Une femme se mit à gueuler comme une hystérique, affirmant qu’un homme serait armé. Mais qui ? Je ne voyais rien. Puis d’autres personnes se mirent à crier et à s’allonger au sol. Helena s’affola à son tour et m’obligea à m’abaisser, mais trop tard. Un coup de feu résonna à pleine puissance. Des éclats de verres me giclaient au visage. Je sentais du sang couler mais il ne provenait pas de mon visage. A terre j’agonisais tout en regardant Helena terrorisée. Elle regarda ma jambe et comprit. Je venais d’être touchée...




17





Présent comme à chacun des ses rendez-vous, le commissaire Bates entrait dans le bureau de l’institut du procureur à dix heures tapantes. Mademoiselle Mason se tenait devant son bureau, classant quelques dossiers qu’elle rangea ensuite dans un trieur. Elle ne fit pas attention à la venue du commissaire, continuant son rangement.
- Mademoiselle Mason ?
- Je n’ai pas vraiment le temps de vous recevoir commissaire, je suis débordée ce matin... Ca fait plusieurs jours que je n’ai pas dormis, j’ai des dossiers en pagaille et des tonnes de rendez-vous.
- On avait pourtant rendez-vous à dix heures. Vous souvenez-vous ?
- Je suis débordée commissaire, répliqua-t-elle. Vous n’arrivez pas à comprendre ?
- Si bien sûr... Mais...
- Mais quoi ?
- Je voulais simplement savoir si vous aviez certaines choses à me dire sur cette personne que vous aviez aperçue ce matin là.
- J’ai déjà tout raconté à vos collègues. Je n’ai rien à rajouter, vous pouvez donc repartir faire votre boulot et me laisser terminer le mien.
- Il mâchait un chewing-gum ?
La question lui provoqua un souvenir irritant. Pas celui du procureur qu’elle retrouva le visage arrachée par l’impact du tir mais plutôt celui de cet homme qu’elle aperçu, cachée dans la cage d’escalier.
- Aidez-moi, je vous en prie. Je pense pouvoir le coincer ce salopard, mais pour cela j’ai besoin de votre aide Jenny.
- Je ne peux rien pour vous, je suis vraiment désolée, lui annonça-t-elle en reprenant machinalement un dossier qu’elle venait de ranger.
Bates commençait à se décourager. Johnson ne devait pas arriver à ses fins, et il tenait à l’en empêcher quoi qu’il lui en coûte. Il ne pouvait imaginer ce qui se passerait s’il retrouvait Liz. Cette pauvre fille en a tellement bavé et un fou qui la traque serait bien la dernière chose qu’elle aurait espéré. Ce que Bates craignait le plus n’était pas qu’il la retrouve mais que Liz rencontre sa sœur. Il avait épluché le dossier et passé toute la nuit à remettre cette histoire en ordre, se droguant de café. Il était tombé sur des tas d’affaires le concernant qui avaient été classées sans raison apparente.
- Rien ne vous oblige à parler mais si vous voulez que je le foute en prison vous n’avez pas le choix. Ca été très dur pour vous d’assister à toute la scène, je peux me mettre à votre place mais mettez-vous à la place du procureur, de Monsieur Hobbs. Vous auriez aimé qu’il laisse votre assassin s’enfuir pour qu’il puisse recommencer avec une autre personne ?
Bates comprit qu’elle était en train de craquer et qu’elle allait bientôt accepter de coopérer. Il n’était pas très fier de sa ruse mais le choix ne s’offrait pas à lui.
- Car sinon c’est ce qu’il va faire. Il va tuer encore et encore jusqu’à ce qu’il aura atteint son objectif et une fois son objectif atteint, il s’en prendra à deux malheureuses filles. Vous êtes la seule à pouvoir éviter ça, vous le comprenez ? Aidez-moi à convaincre le juge que c’est lui l’assassin et qu’on doit à tout prix le traquer. On a hélas plus assez de temps.
Bates baissa les bras. Elle ne dirait rien et il en avait sa claque de la torturer ainsi, et se leva de sa chaise.
- Je suis vraiment désolé de vous avoir importunée de la sorte et j’espère que vous vous rétablirez très vite. C’était un homme formidable et c’est quelque chose de très moche qui lui est arrivé.
Se levant de sa chaise, le commissaire salua Mademoiselle Mason d’un haussement de tête. Elle l’ignorait mais venait d’arrêter son travail, le regard évasif. Bates fit quelques pas vers la sortie avant de se faire interpeller. « La voilà enfin décidée à coopérer pensa-t-il en se retournant. ».
- En sortant il s’est échappé ça de sa main, annonça-t-elle tristement en lui montrant un papier de chewing-gum chiffonné qu’elle tenait sur la paume de sa main.
Bates s’en approcha, le prit pour l’examiner et eut un petit sourire mesquin. Il le tenait. Cette fois-ci c’était bon.
- J’aurais une dernière petite question si vous me le permettez.
- Je vous écoute commissaire.
- Vous avez déclaré avoir entendu un coup de feu, hors Monsieur Hobbs à été égorgé par une lame de rasoir.
- Je n’en sais rien... C’est sûrement la peur qui m’a joué des tours je présume.


* * *


La montre de Johnson indiquait 11:07 am.
L’air était chaud et agréable. Les gens autour de lui semblaient se réjouir d’un tel temps et en profitaient pour se balader dans la ville. Fresno regorgeait de café et de restaurants ainsi que de glaciers où une masse d’enfants stationnait juste devant. Le temps était magique mais Johnson n’était pas là pour profiter du temps. Il longea une rue où il était difficile de marcher sans se prendre malencontreusement un coup d’épaule par un passant trop pressé. On croisait plus de touristes que de véritables californiens qui eux, devaient profiter du temps différemment. Une fois la rue passée, il prit une intersection qui donna sur un autre chemin truffé de magasins en tout genre. Il savait désormais qu’au bout de cette rue se trouvait ce qu’il persistait à chercher durant plus de dix ans. Son but allait se concrétiser et il s’impatientait d’en finir. Ce fut une sale histoire mais qui allait enfin voir le bout du tunnel. Johnson continua son avancé vers cette large rue qui donnait sur une place encore plus grande.
Elles étaient là, comme prévu. Il accéléra sa démarche, sentant un brin d’air se frotter contre son visage. Il dégaina son arme qu’il prit avec ses deux mains. Une femme se mit à hurler puis une autre. Les gens se mirent à paniquer mais rien à faire, il continua à avancer. Il se trouvait désormais sur la grande place et non loin de lui se dressait une grande brasserie vers la quelle il se dirigeait. Une personne le vit de part la baie vitré de cette brasserie et cria à son tour. La panique était totale sur la place.
« Tu ne peux plus t’enfuir désormais ! ». Il fit feu et la baie vitrée se brisa en un millier d’éclats qui volèrent en tout sens. Une d’elle venait d’être touchée, mais laquelle...
- Lâche ton flingue enfoiré !
Voilà qu’un groupe de policiers venaient d’intervenir rapidement après avoir entendu le tir. Par chance, ils se trouvaient non loin du lieu où était Johnson, occupé à interdire à des jeunes de faire de la planche à rouler sur les rues piétonnes.
- Lâche gentiment ton arme et mets les mains sur sa ta tête !
Johnson les regarda mais ne put se résoudre à leur obéir. Il approcha sa main de sa veste mais un second policier lui en interdit.
- Je suis du F.B.I. bande d’idiots ! Laissez-moi au moins vous montrer ma carte.
Il la sortit et un des deux policiers s’en approcha pour l’examiner. Il la lui arracha presque violement des mains et vérifia son authenticité. Rien à dire, ils venaient de faire une grosse boulette.
- Vous êtes en train de nuire à une enquête du F.B.I. Vous n’avez donc rien d’autre à faire ?
- Sur qui tiriez-vous agent... Il regarda à nouveau sa carte. Agent Johnson.
«  Merde ! ». Il venait de les perdre. Il se retourna mais elles n’y étaient plus. Il se demandait s’il l’avait vraiment touchée. Si c’était le cas, il ne perdrait pas de temps à les retrouver.
- Je suis désolé mais je dois partir maintenant.
- Vous avez besoin d’aide Monsieur l’agent ?
Le deuxième policier avait une tête de bleu. Il devait penser que tout était beau et rose dans la police, que tout le monde s’entraidait et Johnson ne put le sentir.
- Repartez vous occuper de vos petites affaires et laissez-moi faire les miennes.
- Comme vous le souhaitez Monsieur.
Johnson rangea son arme ainsi que sa carte. Son objectif était semé d’obstacles mais il espérait avoir franchi le dernier.


* * *


Le commissaire Bates se trouvait chez lui accompagné de sa charmante épouse, Paula Bates, qui lui servit une bière bien fraîche tandis qu’il se relaxait devant la télévision. Stinky, leur chien fidèle, était aussi présent et se reposait sur le tapis du salon. La sérénité régnait en maître dans la demeure des Bates jusqu’à ce que le téléphone se mette à sonner. Steve se doutait que cet appel le concernait mais par flemme, il laissa son épouse décrocher et profita encore quelques petites secondes de son inactivité sur son canapé en cuir noir.
- Chéri ?! Tu devrais venir, c’est un appel pour toi.
- J’arrive Paula !
Il eut raison une fois de plus. Se levant du canapé, il enfila ses chaussons et s’avança ensuite vers le couloir. Paula l’attendait, le téléphone en main.
- C’est pour une affaire importante paraît-il. Lui chuchota-t-elle. J’espère que tu n’auras pas à travailler aujourd’hui ! Puis t’es en repos jusqu’à après demain. Tu sais à quel point la journée de demain matin sera importante...
- Ne t’en fais pas chérie, je m’occupe de tout. Vas te relaxer.
Son épouse obéit et s’en alla au salon. Il prit le combiné et Eric Danielsen, son plus fidèle coéquipier, était au bout du fil. Il venait lui apporter de bonnes nouvelles qui ravivèrent la motivation de Bates.
- Donc on est sûr qu’il est l’assassin, c’est bien ça ?
- Exactement Steve ! On a plus qu’à le coincer désormais et il ne fera de mal à Liz ni même à sa sœur Helena.
- Je te remercie Eric.
- Il n’y a pas de quoi. Cet enfoiré me fait gerber. A vrai dire, j’ai autant envie que toi de le choper ! Mais je n’ai pas envie d’envoyer ces fouilles merde du F.B.I. à sa recherche. Que dirais-tu qu’on y aille ensemble ? On chasserait le gibier ensemble, comme dans le bon vieux temps hein !
- Tu sais quel jour on est demain mon vieux... Je suis désolé, c’est très important pout Paula, tu dois comprendre ça. J’aurais vraiment aimé venir et le coincer mais je suis bloqué là...
- Je comprends vieux. J’irais avec Henson dans ce cas.
- Henson ? Rigola-t-il. Il ne trouverait pas même un vieux cabot dans une S.P.A. Fais attention à toi d’accord ?
- Promis. Porte-toi bien et courage pour demain.
- A bientôt.
Bates s’adossa au mur et respira en profondeur. Sa main frotta son vieux museau rabougri et il comprit que sa femme l’espionnait en douce. Elle se joignit à lui et le prit dans ses bras. Ils s’assirent au sol et Bates s’enlaça à elle comme pour lui montrer son chagrin qu’elle perçut aussitôt.
- Tu veux y aller pas vrai ? Je te connais bien tu sais. Trente-huit ans qu’on est marié. Ca passe le temps.
- C’est Eric qui insiste, tu le connais. Mais je dois être présent demain, tu sais aussi bien que moi.
- Non Steve, tu es présent chaque jour. Il est avec toi, avec nous, tous les jours que Dieu nous donne. On l’a peut-être perdu dans un accident mais il est bien présent au fond de nous, dans notre cœur. Vas-y d’accord ? Je sais que c’est très important pour toi. Je t’en prie, ne gâche pas cette occasion. Rappelle-le et dis lui que c’est okay.
- D’accord... Je te remercie.
Ils restèrent là pendant plusieurs longues minutes, profitant chacun de l’autre avant qu’il ne soit trop tard et que les dégâts du temps n’ait tout emporté sur son passage et que leur vie ne devienne plus que poussière.
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MessageSujet: L.A. River - Midnight Rider (Tome 1) "Chapitre 18 à 20" FIN   Jeu 7 Avr - 0:17




18






Je me souviens d’un jour où l’on courait en coupant à travers champs, en s’exaltant de ce bonheur sans fin. Il faisait chaud ce jour là et tout était beau et paisible. Tu étais là aussi, bercée par le chant des oiseaux. On formait un triangle inséparable en ce temps là, avant qu’il ne vienne tout gâcher. Je regrette tellement ces moments partagés où tout avait un petit goût de paradis. Tout fut annihilé par sa faute. Il nous a détruits, notre précieuse petite famille... Ce jour-là, il m’a tué...
Nous étions allongées sur le toit d’un immeuble, observant le ciel et ses grandeurs infinies. Les oiseaux dansaient au dessus de nos têtes dans une telle grâce qu’on en fut transporté. Helena me racontait ses souvenirs que je m’efforçais de me rappeler. Tout était si lointain et ma tête refusait de se souvenir. La douleur de la balle avait pris le dessus. Il ne devait plus me rester bien longtemps avant que je me vide complètement de mon sang.
- Tu te souviens Liz ?
- Non...
- On était tellement heureux, si tu savais.
- Raconte-moi encore.
- Tu veux savoir quoi ? Comment ça s’est terminé ?
- Par exemple oui.
Elle ne semblait pas à l’aise à l’idée de raconter le plus mauvais passage de notre enfance et hésita pour commencer son histoire.
- Eh bien... Pour commencer, il est venu alors que je dormais paisiblement dans mon lit. Nous partagions la même chambre mais ton sommeil était profond. Il m’a emporté avec lui et m’a donnée à une famille d’adoption en Caroline du Nord. Une vieille famille de bourgeois répugnants.
- Comment tu arrives à t’en souvenir ? Tu étais si jeune à cette époque.
- C’est ma famille d’adoption qui m’a tout raconté mais ils ont toujours gardé le secret sur ma vraie famille. J’ai dû me débrouiller seule pour tout comprendre. Depuis ce jour, je te cherche partout Liz et je t’ai enfin retrouvée.
- J’ai peur tu sais...
- Tu n’a pas à t’en faire Liz, ensemble on ne risque rien. On est désormais inséparable toutes les deux.
Sa tête était posée sur mon ventre. Elle contemplait le ciel de ses yeux admiratifs. Je tentais de calmer la douleur en pensant à autre chose mais ce n’était pas chose aisée...
- Regarde Liz !
- Quoi ?
- Le gars devant nous. Il fait quoi à ton avis ?
- Hein ?
Sur le toit de l’immeuble d’en face, on aperçut une personne d’âge moyen qui parlait tout seul et se tenait sur la bordure du toit, comme pour s’apprêter à sauter dans le vide.
- Tu crois qu’il...
- Qu’il va sauter tu veux dire ? J’en ai bien peur Liz...
- On devrait faire quelque chose.
L’homme continua à parler tout seul et sauta sans qu’on ne puisse réagir. Il se laissa tomber sur le côté et tomba à une vitesse folle. L’immeuble était bien trop haut pour qu’on entende le choc mais il devait être fatal.
- Lève-toi Liz, on part de là. Les flics vont bientôt rappliquer.
J’avais beaucoup de mal à me lever, gênée par la douleur et Helena m’aida à descendre ce grand bâtiment. Je sentais mes muscles se tirer tout le long de ma jambe et cette douleur était atroce, mais il fallait continuer.
En sortant de l’immeuble, une foule de gens se dispersaient, écartée pas la police qui venait d’arriver sur les lieux. Au milieu, un homme était allongé au sol, inerte. Son visage était encastré dans le béton et une de ses jambes remontait jusqu’à son dos. Une auréole de sang entourait son cadavre encore frais que les policiers refusaient de déplacer, attendant l’ambulance.
Suivant Helena d’un pas ralenti, on se faufila dans la foule, évitant ainsi de croiser un policier qui pourrait nous reconnaître. Nous devenions de plus en plus paranoïaques au fil des heures.
- Tu t’en sors Liz ?
Ma jambe me faisait énormément souffrir. La balle était encore logée dans ma jambe et me provoquait un mal de chien. Chaque pas était un véritable supplice mais je n’avais pas le choix, il me fallait avancer.
- Ne t’en fais pas, va. J’espère simplement qu’on va vite trouver un endroit où l’on sera à l’abri.
On était à l’endroit où précédemment Helena avait garé sa moto. Stupéfaite, elle ne la retrouva pas. Soit on lui avait volée, soit la fourrière s’en était occupée.
- Fait chier ! Va falloir qu’on trouve un autre véhicule.
- Et comment tu comptes t’y prendre ?
- Il nous faut trouver un parking et je me charge du reste.
- Eh bien, je te fais confiance...
Je sentais que son idée allait vite nous poser problème, encore une fois. Elle me tenait par le bras pour m’aider à ne pas trop poser ma jambe au sol. Je me sentais transpirer et la douleur commençait à se calmer un peu. Je ne savais pas comment cette histoire allait se terminer mais je l’anticipais extrêmement mal, sachant pertinemment qu’à ses côtés, je ne m’attirais que des ennuis et qu’elle pourrait vite devenir un lourd fardeau.

* * *


Steve Bates et Eric Danielsen étaient à bord du vol 523 à destination de Los Angeles. Ils étaient installés en première classe, au frais de la police de New York. Rares sont offertes de telles grâces au policiers mais leur ancienneté leur permettait bien des avantages. Cela faisait un bon bout de temps qu’ils n’avaient pas parcouru le pays ensemble pour traquer un malade mental assoiffé de sang. Bates, malgré son âge, était fou d’excitation. S’il y avait bien une chose qui le fascinait tant dans son métier de flic, c’était de partir à l’aventure.
Il ne leur restait plus longtemps avant qu’ils atterrissent à l’aéroport de L.A. Eric semblait stressé, angoissé, sûrement une peur causée par le vol. Il lui a semblé comprendre que c’était sa toute première fois en avion mais Bates ne pensait pas le trouver dans un état pareil. Habituellement, pour ce genre d’affaire, même s’ils devaient traverser tout le pays, ils auraient fait la route en voiture mais là, le temps leur était compté.
- Tu te sens bien vieux ? Tu veux un petit remontant peut-être. Excusez-moi ! Fit Bates en s’adressant à une hôtesse.
- Non laisse tomber. Je n’aime pas boire pendant le service, tu devrais le savoir.
- D’accord mais tu as vu ta tête ? T’es tout blanc, tu commences vraiment à me faire peur tu sais.
- Ca va passer ne t’en fais pas...
- Je l’espère oui !
L’hôtesse s’approcha d’eux. Elle était vêtue de blanc, portant une courte robe qui moulait sa fine silhouette.
- Vous désirez messieurs ?
- Donnez-nous quelque chose de fort s’il vous plait.
- Nous avons des échantillons de whisky de... Elle fouilla dans le caddie qu’elle trainait avec elle. De vodka, de tequila aussi...
- Donnez-moi deux whisky je vous prie.
Elle leur tendit les deux bouteilles miniatures accompagnées de deux gobelets en plastiques. Elle les remercia et repartit avec son caddie, longeant le long couloir.
- Allez mon vieux, une petite gorgée ça ne va pas te tuer ! On va trinquer à toutes nos années de service. Qu’en penses-tu ?
- C’est une très bonne idée Steve.
Les deux hommes, dans un élan de mélancolie, firent cogner leurs verres l’un contre l’autre avant de boire cul sec cet excellent breuvage. Il ne leur restait plus très longtemps avant d’arriver à destination, dans l’espoir qu’il ne soit pas déjà trop tard...

* * *


On marchait dans un parking fermé à l’affût de la moindre voiture susceptible d’être bonne à prendre. Helena guettait et finit par tomber sur une vieille Mercedes grise dont le pare-brise était fissuré. Elle tenta d’ouvrir la portière mais rien à faire, elle était fermée à clef. On continua le chemin jusqu’à une autre voiture, en plus mauvais état.
- Croise les doigts Liz.
- A vrai dire, j’ai surtout peur qu’on se fasse prendre...
- Tu n’as rien à craindre, j’ai souvent fait ce genre de choses. Surveille que personne ne nous voit.
Elle tenta d’ouvrir mais toujours rien, encore fermé. Elle ne désespéra pas et enleva son tee shirt, sans aucune pudeur. Elle entoura son poignet à l’aide de son tee shirt et donna un violent coup sur la vitre de la voiture, côté passager. Rien ne se passa. Elle porta un second coup et hurla.
- Fait chier !
- Ca va Helena ?!
- Je crois que je me suis tordu le poignet, ça fait un mal de chien.
- Attends !
Je me dirigeais derrière cette voiture où, encastrée dans un mur, se trouvait une lance à incendie. J’en pris le bout que je déroulais jusqu’à Helena et lui tendis d’un air victorieux.
- Je te remercie...
La vitre se cassa au premier coup et Helena entra à l’intérieur sans perdre de temps. Elle trifouilla des fils qui se situaient en dessous du volant. J’avais l’impression d’être dans un film et je me sentais davantage fugitive, ce qui avait un côté excitant je dois dire. Si ce n’est cette douleur qui ne cessait de me prendre dans toute la jambe.
- Allez viens !
La voiture démarra et je m’asseyais côté passager avant qu’Helena ne sorte de ce parking dans cette nouvelle voiture qui je l’espère, ne nous fera pas défaut en tombant en panne. Vu l’état de la carrosserie, je pense qu’à l’intérieur ce n’est pas le luxe mais ça nous aidera néanmoins pour sortir de cette ville.
- Attention ! Ralentis !
Les roues se mirent à grincer faisant raisonner tout le parking. Helena freina de justesse. Une voiture tenta de nous couper la route lorsque nous voulûmes sortir de ce parking. Elle n’eût pas le temps de s’arrêter et heurta une autre voiture de plein fouet. Le choc fut si violent qu’il me traumatisa un instant, avant qu’on aperçoive une vieille dame appeler une ambulance.
Quelle journée... On repartit comme si de rien n’était, laissant le cours des choses à son propre destin, ne pensant plus qu’à notre propre destinée à venir.


* * *


- Los Angeles nous voilà !
- Tu cries ça comme si c’était la toute première fois que tu venais ici.
- J’essayais de donner un effet mais tu ne m’aides pas. Je me sens mieux Steve ! Après être descendu de cet appareil infernal on se sent vraiment mieux. Mais j’ai besoin de me dégourdir les jambes.
- Tu n’as pas de chance. On va devoir louer une voiture et partir sur le champ. Tes jambes attendront mon vieux.
Ils marchèrent quelques mètres, traversèrent la grande route et arrivèrent au magasin de location. Ils avaient eu une excellente idée de se mettre à côté d’un aéroport. Bates s’occupa de la location pendant que Steve, un sandwich au jambon à la main, admira les voitures qui s’y trouvaient en s’imaginant traverser la ville dans une BMX ou encore une nouvelle Mercedes qui venait de sortir. Mais ce rêve ne fut que de courte durée.
- Allez viens, c’est cette voiture.
- Laquelle ?
- Bah juste devant toi, tu ne vois pas ? Cachée par cette magnifique Rolls noire.
- Tu parles de cette épave ?!
- Exactement.
- Mais je ne devais pas être né qu’elle roulait déjà je suis sûr ! Arrête, ne me fais pas ça. Ne fais pas ça à nos années de bons et loyaux services. Je ne veux pas me trimbaler avec cette vieille carcasse.
- Les frais de la police ne couvrent pas tes virées de luxe Eric. Tu devras t’en contenter, que ça te plaise ou non.
- Oh, et puis après tout, pourquoi pas... Le bon vieux temps doit rester là où il est...
- Exactement ! Allez monte maintenant ! Et je ne veux pas voir de miettes partout sur la banquette !




19






- Suis-je en train de mourir... ?
- Arrête de dire ça idiote ! Tu n’es pas en train de mourir. Je vais bien m’occuper de toi, tu vas voir.
- Je perds pas mal de sang, ton garrot n’est pas très efficace j’ai l’impression.
- On est bientôt arrivé Liz, tiens le coup.
- Tu nous emmène où ?
- Tu devrais le savoir.
Je me sentais partir, la fatigue contrôlant tout mon corps. Mes yeux restaient difficilement ouverts, d’autant plus que la voiture m’avait toujours bercée. Je consultais l’heure sur le tableau de bord de la voiture. 14:03 am.
- J’ai peur tu sais... Je ne sais pas où tout ça va nous mener... Tu sais, j’ai du mal à m’imaginer une fin heureuse.
- Pourquoi es-tu aussi pessimiste ? Fais-moi confiance, on va s’en sortir et tout finira bien.
- Te faire confiance ? On se connaît depuis seulement quelques heures. Comment pourrais-je avoir une confiance aveugle envers quelqu’un que je ne connais quasiment pas ? Qu’est ce qui me dit que t’es vraiment honnête avec moi et que tu ne fais pas tout ça seulement pour me tuer ?
- Tu me déçois là... Et puis on se connaît mieux que n’importe qui mais ça tu ne t’en souviens pas, c’est tout. Comment as-tu fait pour oublier tous ces moments qu’on a partagés ensemble ? On était jeune mais je n’ai rien oublié.
Je sentais dans son regard que je venais de l’offenser mais qu’importe, il fallait que je sois franche avec elle. Je n’arrivais pas à me souvenir de ces moments si magiques comme elle me le répétait si souvent. Je ne savais quoi lui dire mais je ne voulais pas lui faire du mal.
- Excuse-moi Helena... Je n’aurais pas dû te dire ça. C’était bête de ma part.
Son visage ne changea pas. Elle continua à fixer la route sans dire un mot mais je savais très bien qu’au fond elle ne m’en voulait pas.
- Tu sais... j’étais en train de me dire que...
Un bruit me coupa dans la parole. On venait d’heurter un oiseau qui s’aplatit sur le pare-brise, se vidant de son sang et de ses entrailles. Par chance il ne l’avait pas cassé.
- Le pauvre... Compatissais-je. Au moins il est mort sur le coup.
- C’est étrange, je ne l’ai pas heurté. C’est comme s’il était tombé du ciel.
- En effet, c’est étrange. Peut-être un chasseur.
- Dans ce secteur ? Impossible !
Puis un autre bruit venait attirer notre attention. « Ce pouvait-il que ce soit encore un oiseau ? » Je jetais un coup d’œil par la vitre et n’en crus pas mes yeux. Une pluie d’oiseaux morts tombait en rafale tout autour de la voiture dans un bruit de craquement sourd lorsqu’ils atteignaient le sol. Cette vision d’horreur me terrorisa et Helena s’arrêta. On sortit de la voiture et examina le désastre. C’était une vision écœurante.
- Que se passe-t-il Helena ?
- Je n’en sais rien du tout mais je ne préfère pas rester ici. Remonte dans la voiture, on s’en va.


* * *


Durant le trajet, Bates n’en plaça pas une. Eric se doutait de son état d’esprit actuel, n’osant pas lui adresser la parole. Il tenta de le réconforter comme il le put mais les mots eurent beaucoup de mal à venir.
- Dis le moi si tu veux que je prenne le volant. Je ne voudrais pas nous qu’on finisse contre un platane.
Sa touche d’ironie ne fit pas rire Bates qui restait muet mais Eric ne se découragea pas pour autant.
- Je peux tenir le coup. Puis de toute façon on est bientôt arrivé.
- Nous allons où exactement ?
- Au 09 River Street à Van Nuys, là où résidait Liz autrefois avec sa famille.
- Et tu penses qu’elle y sera ?
- Exactement.
- Et si quelqu’un avait acheté la maison, elle ne pourra pas y entrer.
- J’y ait pensé.
- Et ?
- Et figure-toi que la maison a été laissée à l’abandon après que sa mère, Dorothy Williams, y fut retrouvée morte. Les gens ont tous accusé le père. Typique.
- Je suis sûr que c’est lui de toute façon. Il a tué de sang froid Monsieur Hobbs alors il aurait très bien pu le faire avec sa femme. Et tu veux savoir ce que j’en pense ? A mon avis ce n’est pas un crime passionnel. Ce type est un vrai monstre sans cœur ni émotions et maintenant il va s’en prendre au reste de la famille, c'est-à-dire, Liz et Helena, et nous allons l’en empêcher, quoi qu’il nous en coûte !
- Je te reconnais bien là tiens ! Toujours des paroles héroïques qui redonnent du courage. A nous deux nous formons une équipe imbattable, comme dans le bon vieux temps.
Eric semblait ne plus être attentif à ce qui racontait son vieil ami dans toute sa nostalgie.
- Quoi ? Tu tires une tête bizarre.
- Arrête-toi !
Bates obéit sans poser de question et se rangea sur le bas côté, garant sa voiture juste devant un platane. Ils se trouvaient à une dizaine de kilomètre de l’ancienne maison des Williams. Eric sortit en trombe de la voiture et dégaina son arme. Bates sortit rapidement de la voiture, ne comprenant pas l’attitude de son coéquipier surexcité.
- Hauts les mains ! Haleta Eric en désignant un homme qui se trouvait à quelques mètres de lui.
Cet homme marchait non loin d’eux et il se retourna lorsqu’il eut entendu ce dernier l’interpeller. Bates le reconnu de suite. Cet air ténébreux et ce costume noir, tout en ce personnage lui évoquait ce fou furieux de Johnson
- Agent Johnson ! Gronda-t-il. Ne faites plus un geste !
Bates couru vers lui et le plaqua au sol dans un geste post-héroïque. Il lui enfila les menottes et, avec l’aide d’Eric, le leva avant de le poser contre la voiture.
- Tu pensais faire quoi salopard ?! Tuer cette pauvre fille hein ? Tu ne feras lui feras plus le moindre mal !
- Je t’avais dit qu’on le coincerait, annonça Steve prétentieusement en rangeant son arme.
- Lui faire du mal ? Répliqua Johnson. Pourquoi ferais-je une chose pareille ?
- C’est aussi la question que je me suis posée mais tu n’arriveras pas à tes fins, du moins plus maintenant.
- Vous ne comprenez donc rien commissaire. Depuis le début de cette affaire vous êtes perdu. Ne cherchez pas à jouer les justiciers et libérez-moi. Vous commettez une grossière erreur que vous risquez de vite regretter.
- Ferme ta gueule maintenant ! C’est moi qui mène les rênes et je sais tout sur toi. J’ai lu tout le dossier. Et je sais que tu compte t’en prendre à Liz.
- Espèce d’abrutis ! Je ne veux pas la tuer, je veux simplement la protéger.
- La protéger ? Foutaise !
- Je vous promets que c’est la stricte vérité. Laissez-moi tout vous raconter et vous pourrez enfin comprendre. Je vous en prie, le temps nous est compté...
Bates fit un signe de la tête que Steve conclue de dubitatif mais les deux hommes acceptèrent de l’écouter.
- D’accord mais fais vite.
- Bon, tout d’abord, je présume que vous avez dû voir sur le rapport qu’avec mon ex épouse, Dorothy, on a eu deux fausse jumelles.
- En effet. Liz et Helena.
- Eh bien, cette histoire commence en quelque sorte par cette venue, aussi réjouissante était-elle à nos yeux. Dorothy et moi étions vraiment les parents les plus heureux au monde. On appréciait chacune de nos journées en leur compagnie et chaque jour était un cadeau de Dieu pour notre famille. Mais un jour, Helena a commencé à avoir des comportements étranges. Elle devait avoir trois ans, tout au plus et un soir, alors que la nuit était tombée, un incendie s’est déclenché dans la chambre des filles. On a tout d’abord pensé à un interrupteur qui aurait surchauffé avant de se mettre à brûler mais rien ne fut détecté par les pompiers.
- Je ne comprends pas en quoi ça peut paraître suspect, interrompit Bates.
- Eh bien, entre ce moment là et leur cinquième anniversaire respectif, on a découvert plus d’une centaine de phénomènes aussi paranormaux. On sentait que Liz n’y était pour rien mais chez Helena, c’était dur à expliquer. On sentait comme quelque chose de froid et de mauvais en elle. Je n’ai jamais pu l’expliquer mais quelque chose en elle me glaçait le sang. Puis est venu le soir de leur anniversaire. C’est à ce moment-là qu’on décida avec Dorothy de l’envoyer le plus loin possible et de l’écarter de notre famille. On avait peur et on craignait le pire, nous étions terrifiés par cet enfant.
- Vous l’avez donc abandonnée.
- Je ne vois pas les choses ainsi commissaire. Nous l’avons confiée à une famille en Caroline du Nord. On ne savait vraiment plus quoi faire avec elle et c’était notre dernier espoir de retrouver une vie normale, du moins on l’espérait. Quelques jours après, des choses anormales se produisirent chez nous. Un pigeon décapité sur notre paillasson, des scorpions dans la boîte-aux-lettres un serpent dans notre lit conjugal et on a même retrouvé un chat éventré sur notre portail. Dorothy ne supportait plus de vivre tout ça, sans parler de la culpabilité qu’elle éprouvait pour Helena et finit par faire ses bagages et quitta la ville avec Liz. Elle divorça quelques mois plus tard et quitta Van Nuys pour emménager à New York avec Liz.
- Donc si je comprends bien, selon vous, ce serait Helena qui l’aurait tuée ? Mais elle avait quel âge à cette époque ? Même pas si ans. C’est insensé !
- Peut-être pas elle mais le démon qui la hantait.
- J’ai du mal à croire à tout ça. Je reste sceptique mais continuez, je vous en prie. J’aimerais beaucoup connaître la fin de cette histoire.
- Bien sûr commissaire. Donc une fois que Dorothy fut partie pour New York, elle reçut de nouveaux messages. Elle eut autant peur pour la vie de Liz que pour sa propre sécurité et décida de la confier à sa sœur, Eva Trey. Le soir même, elle accompagna Liz chez sa Tante et repartit ensuite, se rendant tout d’abord à la police dans l’espoir d’éclaircir tout ça mais n’y arriva jamais. Je ne peux pas l’avoir tué, je me trouvais loin d’elle lorsque ça arriva.
Steve réfléchissait. Il se trouvait étonnamment fasciné par le récit de Johnson au point de le disculper de tout soupçon qui pesait contre lui mais que ce soit la petite Helena qui aurait tué sa mère, ça restait extrêmement perplexe comme situation. Il hésita mais accepta de le libérer, détachant ses menottes. Il n’avait pas vraiment confiance en lui mais il commençait à croire que la vérité sortait peut-être de sa bouche.
- Il y a encore une chose qui m’échappe.
- Laquelle ?
- Si vous ne lui vouliez pas de mal, pourquoi lui avoir tiré dessus dans le commissariat à Chicago ?
- C’était sur Helena que je faisais feu. Elle l’avait retrouvée en même temps que moi.
- Et pour le procureur ? Persista Bates.
- Le procureur ?
- Monsieur Hobbs, qu’on a retrouvé mort juste après que vous lui aviez rendu visite.
- J’avoue que ma visite à été très mal prise mais de là à le tuer, vous me voyez confus commissaire. J’ai tiré un coup de feu, je l’avoue mais j’ai simplement tiré en l’air, juste pour lui faire peur. Je ne l’ai pas tué et j’ignorais d’ailleurs que Monsieur Hobbs était mort.
Bates comprenait maintenant pourquoi Jenny Mason avait entendu un coup de feu mais le crime restait sans fin.
- Bon, aidez-nous alors. Je vais tenter de vous faire confiance mais au moindre faux pas, je ne vous louperais pas. Et ça je vous le garantie Johnson.
- Merci commissaire.




20






« Seul dans cet immense désert chaotique, je m’avance vers la lumière ».

Je reconnaissais très bien cette maison, comme si je l’avais quittée il a une semaine de ça. Le jardin était sale, recouverts de mauvaises herbes et de détritus. La façade de la maison se décrépissait, vieillie par le temps, et on avait du mal à reconnaître la couleur d’origine. Malgré ce délabrement, je la reconnaissais parfaitement, ainsi que l’allée où je roulais avec mon vélo lorsque j’avais appris à en faire. Je ressentis comme un pincement au cœur en retrouvant ces souvenirs que je pensais perdus.
On n’eut pas le temps de visiter, m’asseyant rapidement sur un vieux canapé resté là depuis un bon bout de temps. Helena apporta de quoi soigner ma blessure et s’en occupa de suite. Elle ôta tout d’abord mon jean et inspecta. Elle ne dit pas un mot et ouvrit un désinfectant qu’elle appliqua sur la blessure. La douleur était incommensurable. Je me retenais de crier mais c’était presque impossible.
- La balle est encore dans ta jambe Liz. Je ne pourrais pas la retirer.
- On va faire comment alors ?
- Je ne sais vraiment pas...
Me voilà encore moins rassurée qu’au départ. Helena ne voulait pas se rendre à l’hôpital, de peur qu’ils soient tous contre nous. J’avais bien peur que sa paranoïa nous joue des tours...
- Il faut faire quelque chose Helena. Je ne tiendrais plus longtemps comme ça...
- Attends, ne bouge pas !
Helena se leva et partit en direction de la cuisine. Je ne voyais pas ce qu’elle faisait mais en revanche, j’entendais le bruit d’un placard qui s’ouvrait, puis d’un autre. Le claquement d’objets se cognant entre eux me fit penser qu’elle fouillait à l’intérieur, mais que cherchait-elle ? Elle revint quelques minutes après avec une bouteille de vodka dans les mains et l’ouvrit aussitôt en me la tendant.
- Vas-y Liz, bois ça. Tu te sentiras beaucoup mieux après.
Le goût était infect, comme si je venais d’absorber du démaquillant. Helena regardait discrètement par la fenêtre, se cachant derrière ce fin rideau en dentelle blanc. Elle devait avoir peur qu’on nous retrouve, surtout lui. S’il venait à nous retrouver, il ne nous ferait sûrement pas de cadeau, et elle le savait très bien. Sa peur était conditionnée à ses réactions, comme s’il l’avait toujours traqué.
- Il y a une voiture Liz !
- Tu rigoles ?!
- Non... Je crois bien que c’est lui.
Elle enfila sa veste et m’aida à me relever. Je compris aussitôt qu’on devait repartir.
- Tu veux aller où dorénavant ? On n’a nulle part où aller...
- Au contraire Liz ! Il nous reste encore un endroit. Il va te falloir encore du courage, je suis vraiment désolée.
- Ne t’en fais pas, je survivrais.
Nous sortîmes par la porte de derrière, délaissant la voiture, de peur de nous faire prendre. Le chemin se fit long, ayant du mal à poser mon pied à terre. La douleur était insoutenable et je me sentais partir de plus en plus. Le chemin se fit si long que j’eus l’impression de marcher pendant des jours et des jours...
Une fois arrivées, Helena se sentait ravie de me faire découvrir à nouveau ce coin de paradis. Nous étions au L.A. River, là où tous mes rêves sont nés. C’était encore plus beau que dans mes souvenirs, encore plus grand et plus admirable que ce dont j’avais pu me souvenir. C’était mon nirvana...
- Tu tiens le coup Liz ?
- Non... Je me sens très mal...
- Tu es toute blanche, dit-elle en me retenant avant que je me mette à tomber brusquement. Il faut que tu t’allonges.
- Avec Maman on s’allongeait toujours au bord de cette falaise en parlant de tout et n’importe quoi. Emmène-moi Helena...
Ma voix se faiblissait rapidement. Helena me soutenu et me transporta jusqu’en haut de cette falaise, se situant non loin de là où nous étions.


* * *


L’agent Johnson défonça la porte d’une seule traite, Bates et Ericksen derrière lui. A l’intérieur, la maison était vide, personne dans les environs. Ils fouillèrent de fond en comble sans y trouver la moindre personne. John son examina les lieux et y trouva des compresses ainsi qu’une bouteille de vodka à moitié pleine.
- Elles sont venues ici, je le sens.
- Vous êtes doté d’un flair maintenant Inspecteur ? Et elles sont parties où à votre avis ?
- Je pense qu’elles doivent être parties à L.A. River.
- Vous savez où ça se trouve ?
- Ce n’est pas très loin d’ici.
- Et qu’est-ce qu’on attend alors ? Ajouta Eric. Allons-y avant qu’elles ne nous échappent à nouveau !
Ils parcoururent plusieurs blocks avant d’arriver à L.A. River. Johnson reconnut cet endroit, malgré les années.
Helena était sur cette immensité, dominant l’océan et ces multiples merveilles. La mer était agitée, s’écrasant contre la falaise d’une force démesurée. Liz était allongée, le visage serein. Helena tenta de la réveiller mais en vain. C’était terminé mais elle s’efforça de ne pas renoncer.
Johnson arriva accompagné de ses deux acolytes. Helena était enragée et sa colère se dispersa tout autour d’eux. La falaise trembla avant de se fissurer sous leurs pieds...







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